Sultan Ahmet Camii, aussi appelée mosquée Bleue à cause de sa décoration intérieure en faïnce émaillée, construite près de Sainte-Sophie, semble vouloir rivaliser avec elle. C'est une des plus belles mosquée d'Istanbul et aussi celle qui a le plus de minarets.

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Sultan Ahmet Camii avec ses six minarets vue depuis l'At Meydani. Au premier plan, à gauche, l'obélisque de Théodose, à droite, la colonne Serpentine
 
Extrait de H. Barth, Constantinople, 1913 
A l'est de l'At-méïdan, sur les fondements du palais impérial byzantin se dresse la mosquée d'Ahmed [construite de 1609 à 1616]. Autre variante de Sainte-Sophie. Après avoir passé la cour extérieure plantée d'arbres on parvient, par un escalier, à un joli portail conduisant dans le parvis spacieux, de proportions régulières et majestueuses. L'architecte flanqua la mosquée de six minarets : deux, à deux galeries, aux angles de front du Haram, les quatre autres, à trois galeries, aux angles de la djami elle-même située en arrière. L'architecte voulait aussi produire l'impression que la coupole s'élevant dans l'espace limité par les minarets égalait sa voisine et sa rivale, celle de Sainte-Sophie : telle fut la condition imposée par le souverain sous peine de mort. Le clergé ottoman trouva cependant que l'on portait ainsi atteinte à la dignité de la Caaba de la Mecque qui seule, jusqu'à ce jour, pouvait se glorifier de posséder six minarets ; Ahmed à son tour apaisa les esprits en déclarant qu'il rétablirait la situation privilégiée du lieu saint en y faisant construire un septième minaret.
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Intérieur, façade de l'entrére principale
Les battants de la porte centrale du monument sont enrichis d'ornements en bronze repoussé. Quatre piliers libres et ronds de cinq mètres de diamètre (largeur anormale pour la hauteur) portent la coupole centrale qui mesure trente-six mètres de diamètre. Comme à la djami du Conquérant, on trouve ici quatre demi-coupoles réunies à la grande vers le milieu des murs ; quatre petites coupoles placées en diagonale recouvrent les angles du bâtiment carré, derrière les piliers. Abstraction faite de la muraille du haram, les contreforts sont placés moitié vers l'extérieur, moitié vers l'intérieur ; mais, sur trois côtés, on a disposé, entre les contreforts intérieurs, des galeries reposant sur des colonnes de marbre et de granit à chapiteaux en forme de stalactites. Les plaques de faïence bleues, blanches et vertes dont sont recouvertes les murailles jusqu'aux fenêtres supérieures, montrent des dessins choisis, tirés du tissage indien et comptent parmi les produits les plus précieux de l'ancienne céramique ottomane. L'influence indienne se montre aussi dans la rondeur et les rainures convexes des grands piliers du centre. Une bande décorée de versets du Coran inscrits en lettres d'or entoure ceux-ci à mi-hauteur. La partie supérieure des murailles est peinte et les dessins se raccordent adroitement à ceux des faïences placées dessous.
Le Mihrab est recouvert de pierres rares ; on y voit incrusté un fragment de la Pierre Noire de la Caaba. Le Member est un chef-d'oeuvre admirable de marbre travaillé, une imitation de celui de la Mecque. De chaque côté, des candélabres de bronze aux cierges gigantesques. A l'angle sud-est, à gauche en entrant, se trouve la loge du sultan, richement décorée, ayant une entrée particulière donnant sur la cour extérieure. Partout des objets précieux de toutes sortes, le fondateur, par son exemple, obligeait à la générosité les grands de la cour ; ainsi le gouverneur d'Abyssinie envoya six lampes enrichies d'émeraudes et suspendues par des chaînes d'or ; des exemplaires magnifiques du Coran reposent sur des pupitres dorés aux incrustations de nacre ; à la muraille est suspendue la dernière tenture de la porte de la Caaba que la caravane de pèlerins emmène et rapporte à chaque voyage.
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Quoique la mosquée fasse une impression imposante, vue de l'extérieur, à cause de son étendue et de ses nombreuses annexes ; quoiqu'elle paraisse intéressante par ses coupoles et ses minarets : l'intérieur, malgré toute sa splendeur et ses vitraux superbes, ne vaut pourtant pas la peine d'être visité pour celui qui a déjà vu Sainte-Sophie ; les colonnes sont trop lourdes et trop renflées, la lumière beaucoup trop crue ; le lieu ressemble plus à une salle de fêtes qu'à un endroit consacré à la divinité.
Cependant cette djami est regardée comme la plus remarquable de Constantinople. Sa situation magnifique à l'At-méïdan, ses accès libres de toutes parts, répondent à l'empressement de la foule ; c'est le 12 rèdschèb que la caravane part d'ici pour la Mecque : c'est ici que la Cour fête le Baïram et le Mevloud ou le jour de naissance du Prophète (le 12 rebi-ul-ewel) au milieu d'une magnificence extraordinaire. C'était une fête magnifique, lorsque le Padishah lui-même s'y rendait encore et que les grands paraissaient en grande pompe pour entendre, assis sur des tapis berbères [sic], l'éloge du Prophète ; en récompense de leurs sermons à cette occasion les imams recevaient des pelisses de zibeline ; pendant ce temps les hauts dignitaires de l'empire présentaient au sultan l'aloès et l'eau de rose, puis la lettre ile remerciements de la Mecque enveloppée de satin vert lui était remise en réponse au don remis par les pèlerins.
Dans le jardin de la mosquée se trouve le turbé carré d'Ahmet avec un parvis et une pièce secondaire à trois côtés, ayant la forme d'une chapelle et sortant en dehors du polygone régulier des constructions. Une coupole recouverte de faïences de Nicée [Iznik] repose sur huit colonnes élégantes. Les sarcophages remarquables par leur beauté, indiquent les lieux de repos du sultan, de ses enfants et de son épouse Mahpéïker, mère de trois souverains ottomans.