Les documents reproduits ci-dessous témoignent des conditions de l’occupation grecque de Bursa et de sa région lors de la guerre gréco-turque de 1921-1922. Ces témoignages émanent d’officiers français chargés de la réorganisation de la gendarmerie ottomane, qui fut entreprise en 1904 en Macédoine, avant le déclenchement de la Première guerre mondiale et qui continua après la fin de la guerre. Il s’agit des capitaines Neau (Bursa), Renaudineau (Bursa), Guilbert (Izmir) qui décrivent les rapports difficiles des Turcs, gendarmes ou civils, mais aussi des militaires français, avec l’occupant grec arrivé en mai 1919 et à Bursa, le 8 juillet 1920 (https://www.ktb.gov.tr/EN-103931/1920.html). 


Des exactions (vols d’argent, de vêtements, de nourriture et de bétail, violences, viols etc) sont commises par les troupes d’occupation, que l’armée grecque réprime parfois elle-même (rapport du 28 février 1922), et sont rapportés par les officiers français qui encadrent la gendarmerie ottomane.
Le Lieutenant-colonel Sarrou, commandant la Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane, envoya également des instructions pour l’organisation de la gendarmerie ottomane dans des lettres du 26 février, 2 et 3 mars 1922.

Il arrive que les officiers français soient menacés par les soldats grecs (rapport du 22 septembre 1922), en particulier lorsque l’armée grecque doit se retirer des territoires qu’elle occupe.  Au moment de leur départ, des soldats grecs tentent d’incendier la banque ottomane à Bursa.

Au passage, on voit aussi que la résistance des Turcs s’organise, provoquant de vives réactions des occupants grecs (arrestations) (rapport du 18 mai 1922).

L’encadrement français de la gendarmerie turque prit fin avec la victoire des nationalistes de Mustafa Kemal, comme en témoigne le rapport du capitaine Renaudineau en date du 24 septembre 1922 qui rapporte que les officiers turcs n’ont aucune instruction particulière le concernant, que l’organisation de la gendarmerie est pilotée par le gouvernement d’Ankara, ce qui revient implicitement à demander son départ.
Mehmed VI Vahideddin, le dernier sultan, qui régnait depuis Istanbul/Constantinople, mais avait déjà perdu toute autorité, fut déposé le 1er novembre 1922.

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[Rapport sur la sécurité dans la région de Brousse : vols, exactions, etc, absence de gendarmes turcs en nombre suffisant.]

Mission d'Inspection
de la
Gendarmerie Ottomane.
Brousse, le 28 Février 1922.
Nº.- 10/0.
CONFIDENTIEL
RAPPORT du Capitaine NEAU, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à Brousse, sur la sécurité.
Objet : sécurité.

J'ai l'honneur de rendre compte que depuis la réduction de l'effectif et surtout en raison de la suppression des officiers qui commandent les compagnies de Karadja Bey, Kirmasti, Guemlik et la station de Moudania, il devient de plus en plus difficile d'obtenir des renseignements sur la sécurité dans ces régions.
Tous les postes, sauf Brousse, sont commandés par des S[ous]/officiers qui ne possèdent pas les moyens utiles pour faire parvenir les rapports de sécurité à Brousse, le contrôle et le censure grecque deviennent de plus en plus rigoureux.
Comme la plupart des attentats sont commis par des Grecs, civils ou militaires, ils ne peuvent être signalés.
Dans la région de Brousse, il semble que les nombreuses attaques ayant le vol pour objet, la plupart exécutées par des soldats grecs, tendent à diminuer, le Commandement d'occupation ayant pris quelques mesures.
Cependant des vols sont encore signales sur les voyageurs, aux environs de Brousse et particulièrement sur la route de Yeni-Chéhir, dans la direction du front. Les autres seraient des soldats grecs déserteurs.
La police turque de la ville de Brousse qui vient d'être réduite à un effectif de 30 agents seulement est inexistante pratiquement.
Presque tous, pas payés et très mal commandés, ont abandonné leurs postes.
Aussi les quartiers turcs de Brousse sont ils visités presque chaque nuit par des maraudeurs qui pénètrent dans les jardins, voire dans les maisons mal gardées, pour mettre la main sur tout ce qu'ils trouvent  = volaille, tabac, vivres, etc...
Le 27 Février, l'épicier TAHSIN a été assailli vers 6 heures du soir, près de l'hôpital COUREBA par un sergent grec qui a tenté de lui dérober son paletot.
Trois gendarmes turcs se trouvant à proximité ont fait procéder à l'arrestation de l'agresseur par les gendarmes grecs.
Signé : Renaudineau.
Destinataires : Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu ) 
Monsieur le Général Comt, le C.O.F.C. (à titre de renseignements).

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[Traduction de la lettre du vali de Brousse qui demande l’aide au lieutenat-colonel Sarrou pour l’organisation de la police et de la gendarmerie précédée du rapport du capitaine Renaudeau]

Mission d'Inspection
de la
Gendarmerie Ottomane.
Brousse, le 1er Mars 1922.
Nº.- 10/2.
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU,
Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à
Brousse.
Objet:
Inspection de la Police de Brousse.
J'ai l'honneur de transmettre la lettre nº 297, en date du 26 février 1922, du Vali de Brousse, à moi adressée.
Le Gouverneur Général me demande de me charger de l'Inspection de la Police de Police de Brousse.
Ce qui restait de la Police, depuis la réduction de l'effectif opérée par le commandement hellénique, environ 30 agents, est à peu près complètement désorganisé, faute de direction.
Considérant la situation particulièrement critique et les difficultés qui ne manqueraient pas d'être faites au côté Grec, j'ai fait observer au Vali que cette charge me semblait impossible à remplir, mais que je transmettais se demande au commandement.
signé Renaudineau.
Transmis à Monsieur le général Haut Commissaire de la République Française en Orient (à titre de compte rendu)

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Constantinople, le 4 Mars 1922
Le Lieutenant-Colonel SARROU commandant le Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane.
Vilayet de  Brousse.
N°.-297.
Traduction
Brousse, le 26 Février 1922.
à Monsieur le capitaine Inspecteur de la Gendarmerie.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous exposer que la Police turque de Brousse, a grand besoin d'un Inspecteur bien fort.
Je sais bien que le Police est civile. Mais nous avons vu très bien, jusqu'à présent que vous avez un grand vouloir pour conserver les gendarmes et les conserver.
En conséquence, je vous demande de bien vouloir accepter l’Inspection de la Police, en même temps que de la Gendarmerie.
Le Vali :
VAFIZ.

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[Instructions données par le lieutenant-colonel Sarrou pour l’organisation de la gendarmerie ottomane à Brousse/Bursa]

Mission d’Inspection de la Gendarmerie Ottomane.
Nº.- 29/2.
Constantinople, le 2 Mars 1922.
Le Lieutenant-colonel SARROU, Commandant la Mission d'Inspection de le Gendarmerie Ottomane
à monsieur le Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à BROUSSE.

Résumé : Sarrou loue l’action du capitaine Renaudineau. Il fait un point sur la situation de la gendarmerie : ce n’est pas une suppression totale de la Gendarmerie ottomane, mais une réduction de son personnel et de ses fonctions. Il est donc proposé de maintenir une organisation fondée sur les principes essentiels de cette institution. Un projet de réduction pourrait être présenté aux autorités grecques afin de préserver les bases du commandement, de l’administration et du fonctionnement de la gendarmerie. Avec quelques officiers pour encadrer les unités, cette petite structure pourrait servir de noyau pour rétablir une organisation complète lorsque les circonstances le permettront. Dans un premier temps, ses missions se limiteraient aux tâches administratives et judiciaires, avant de pouvoir retrouver son rôle dans le maintien de l’ordre.
Il demande aussi de s’occuper des soldes, de prendre également en charge l’organisation de la police de la même façon et de prévoir un projet de reconstitution de la gendarmerie ottomane en cas d’évacuation. Le capitaine devra faire un nouveau rapport.]

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[Lettre du lieutenant-colonel Sarrou : Il demande au capitaine Renaudeau de répondre favorablement à la demande du vali évoquée dans la lettre du 3 mars 1922]

Inspection
de la 
Gendarmerie Ottomane.
Nº.- 31/2.
Constantinople, le 6 Mars 1922.

Le Lieutenant-colonel SARROU Commandant la Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane,
à monsieur le Capitaine RENAUDINEAU.. Inspecteur de le Gendarmerie Ottomane, à Brousse.
En réponse à votre rapport N° 10/2, du 1er Mars, j'ai l’honneur ; 1°. - de vous confirmer mes instructions du 2 Mars; 2°.- de vous communiquer la lettre que j'adresse à ce sujet à Monsieur Le Général PELLE, Haut Commissaire de la République Française; 3°. -  et de vous recommander de donner une réponse favorable à la demande du Vali de Brousse qui vous charge officiellement de l'Inspection de la Police de cette ville, tout en vous laissant la liberté de refuser cette nouvelle mission, si vous jugez que les circonstances ne vous permettent pas de le remplir sans inconvénients graves pour les intérêts généraux et particuliers qui vous sont confiés.

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[Rapport du Capitaine Renaudeau, 14 mars 1922 : il prend en charge l'inspection de la police du vilayet de Brousse. Il dresse un état des lieux d’une situation critique pour la gendarmerie turque et prend des mesures.]

Mission d'Inspection 
de la 
Gendarmerie ottomane.
Brousse, le 14 Mars 1922.
Nº.- 18/2.
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à
Brousse,
sur la Police du Vilayet.
Objet:
Inspection de la Police du Vilayet.
J'ai l'honneur de rendre compte que sur la proposition du Vali de Brousse, approuvée par S.E. le Ministre de l'Intérieur et conformément à la Note nº 29/2, du 2 Mars 1922, du Lieutenant-Colonel SARROU, Commandant la Mission, j'ai pris charge à la date du 12 Mars, de l'inspection de la police du vilayet de Brousse.
Malheureusement ce corps, dont l'effectif était de 150 agents, a beaucoup plus souffert que le Gendarmerie, de la réduction opérée par l'autorité hellénique.
L'effectif restant est de 35, ainsi réparti : Brousse : 30, Moudania : 1, Karadja Bey 2, Kirmasti : 2.
Il existe encore à Brousse (ville) un merkès memorous [merkez memuru] (Kiazim Bey) faisant fonctions de directeur de la Police du Vilayet, deux Commissaires (Mihran et Fevzi Bey) avec 27 agents. Tous les Karakoles [commissariats] ont été évacués sauf deux. (Sed Bachi et Emir Sultan).

SERVICE
Les agents assurent les services des diverses administrations ottomanes : Vilayet, Tribunaux, Evkaf, Emigrés, etc.
D'accord avec l'Etat-Major Hellénique, 2 agents ont été placés, en liaison, près du Commandant de la Gendarmerie [2] grecque. Je m'efforcerai de coordonner l'action de la Police et de la Gendarmerie, afin d'assurer au mieux le fonctionnement indispensable des administrations civiles.

ARMEMENT: Plusieurs sont armés d'un browning de fort calibre. J'espère obtenir qu'ils soient tous munis d'une arme sérieuse.

HABILLEMENT: Je me suis rendu compte, au cours de mon inspection, que l'habillement laisse à désirer, les chaussures sont très mauvaises.
Un état des besoins urgents, destiné à Monsieur le Directeur de la sûreté Générale, sera adressé au Commandent de la Mission.
Solde: Chaque homme reçoit environ 10 livres par mois, alors que la solde est de 40 livres. Etant du pays, les agents réussissent quand même à vivre misérablement.
Je compte faire installer des popotes, (locanta) [lokanta] comme je l'ai fait pour les gendarmes, qui sont convenablement nourris, pour 20 piastres par jour.

ETAT D'ESPRIT: J'ai observé que les mesures radicales et brusquées d'expulsion, prises par le Commandement hellénique (évacuation des 4/5 de l'effectif) vis-à-vis des agents, bien que civils, et des familles, ont jeté le désarroi et péniblement affecté le moral et la confiance du personnel, qui se sent désorganisé et redoute une suppression totale.
Je m'efforcerai de le maintenir, de le relever et de l'encourager, en m'intéressant particulièrement à sa situation atrocement critique, qui semble susceptibles d'amélioration sérieuses.
[3]
Destinataires : Monsieur le Général Haut Commissaire de la République Française en Orient (à titre de compte rendu.)
Monsieur le Général Commandant le C.O.F.C. (à titre de renseignements.)
Monsieur le Ministre de l'Intérieur 
Monsieur le Lieut-Colonel, Commandant le Mission d'Inspections.

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[Rapport du capitaine Guilbert à Smyrne / Izmir, 14 mars 1922
Le mouvement micrasiatique avait pour objectif l’autonomie de l’Ionie sous la protection des Grecs. Condition du soldat grec. Réticence des Grecs envers les Français qui sont même surveillés. Réquisitions grecques dans la région d’Eskişehir.]

Mission d'Inspection 
de la
Gendarmerie Ottomane.
Nº.- 139.
Smyrne, le 14 Mars 1922.
Le Capitaine GUILBERT, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à
Smyrne,
au Commandant de la Mission à Constantinople.

Objet
Renseignements divers.
J'ai l'honneur de vous rendre compte des renseignements ci-après:
1. Organisation micrasiatique. Le meeting qui devait avoir lieu le 12 Mars et dont j'avais parlé à la fin de mon rapport n° 122, du 5 février 1922, ne s'est pas réuni. A la suite de la propagation des bruits d'une levée extraordinaire d'un impôt (voir lettre n° 130) un certain nombre de Grecs de la ville ont retiré les dépôts de fonds qu'ils avaient dans les banques grecques de Smyrne: c'est sans doute à la suite de ce commencement de panique que le Haut Commissariat Grec fit paraitre son communiqué (lettre n° 130): le bruit courut même en ville que le Haut Commissaire avait l'intention de prendre des mesures contre Mgr. Chrysostome auquel il reprochait d'être l'auteur de préparatifs tout au moins prématurés qui risquaient d'affoler la population. On peut conclure de tout cela que le Métropolite de Smyrne est pour l'instant le Chef du mouvement micrasiatique, qu'à ce titre il décide certaines mesures, alors que le Haut Commissaire semble surtout préoccupé d'assurer le calme tant que la Conférence de l'Entente n'aura rien décidé. Les menées de Mgr. Chrysostome semblent avoir provoqué l'engagement d'un certain nombre de jeunes gens grecs, de 18 ans environ, que j'ai vus passer en groupes dans les rues de Smyrne.
2°. Renseignements militaires. Mon gendarme secrétaire m'a rapporté les renseignements suivants qui lui ont été donnés par un soldat grec, demeurant à Constantinople où il travaillait comme pharmacien :
"Les autorités militaires grecques font beaucoup de travaux de défense sur le front Aidin-Afioun-Karahissar: on y renforce les effectifs et on y transporte du matériel. (d'après d'autres sources les Turcs prépareraient une offensive sur le front Tchivril-Bouladan ils auraient rassemblé en arrière de ce front des effectifs importants)
"Tous les effets d'habillement en bon état ont été retirés aux soldats de Smyrne pour les envoyer su front. Sur deux couvertures une leur a été retirée. Le soldat grec informateur dit avoir vendu sa capote (modèle anglais) pour 5 Ltq a un civil de Smyrne, de crainte qu'on ne la lui prenne.
"Une grande propagande royaliste est faite dans l'armée grecque : chaque soldat qui se livre a cette propagande obtient beaucoup de petites faveurs en plus de ses camarades (permissions de la journée, effets d'habillement)
"L'argent envoyé par les familles aux militaires ne parvient pas à ces derniers : on le retient pour payer la solde des officiers. Les hommes de troupe n'ont pas perçu leur prêt depuis 4 mois.
"Les soldats grecs à Smyrne sont mal nourris : le matin on leur donne du café sans sucre, à midi des légumes (pommes de terre ou pâtes alimentaires) et de la viande 3 fois par semaine, le soir riz cuit à l'eau et des harengs.
" La population civile dit que les soldats grecs sont des voleurs ; mais quand on a faim il faut bien se procurer de quoi manger : qu'on nous donne ce dont nous avons besoin et beaucoup de vols ne seront pas commis."
Fin de la citation.
Ces renseignements confirment des informations
3°. Surveillance des Français. Mon gendarme secrétaire m'a déclaré ce qui suit :
"Dimanche dernier, vers 20 heures, je me promenais sur les quais de Smyrne en compagnie d'un gendarme grec dont j'avais fait la connaissance au restaurant où je prends mes repas : j'avais pris l'habitude de causer un peu avec lui dans cet établissement. Ce gendarme qui assure un service d'ordre à bord de bateaux faisant le service entre Smyrne et le Pirée était ici pour 3 ou 4 jours. Donc nous nous promenions, lorsque nous croisâmes un Lieutenant du génie qui nous laissa passer, puis qui fit demi-tour; afin de m'assurer qu'il nous suivait je fis un peu plus loin moi-même demi-tour ; l'officier fit la même chose. En arrivant près du Cinéma Pallas, situé sur les quais, un commandant de gendarmerie grec nous ayant aperçu fit signe au gendarme grec de venir à lui; 5 minutes après le gendarme me rejoignit en me disant que le Commandant lui avait demandé pourquoi il se promenait avec moi, ce que je lui disais. Le lendemain, au déjeuner le gendarme grec me dit à peine bonjour : il avait dü recevoir une semonce."
Fin de la citation.
Mon interprète est, lui aussi, très souvent suivi, surtout quand on le voit avec un militaire français : il doit en être certainement la même chose pour moi, mais je n'y prête aucune attention !
4°. Mesures militaires dans la région d'Eski-Chéir. J'ai obtenu d'un Turc sérieux qui vient de cette région les informations suivantes :
Les autorités grecques ont établi à Eski-Chéir et à Afioun-Karahissar la drachme au taux forcé de 10 piastres.
En raison du grand nombre des déserteurs et du vol, du pillage qui sont la règle dans l'armée grecque la plus grande insécurité sévit dans la région.
Les réquisitions intensives et abusives qui pèsent sur la région amènent la disparition rapide des moutons boeufs et chevaux: les trois quarts des boucheries ont au fermer à Eski-Chéir et les paysans n'ont pas pu effectuer les travaux des champs: l'année agricole s'annonce comme particulièrement mauvaise. Les réquisitions s’opèrent selon le mode habituel : pas d'argent, mais remise de papiers plus ou moins valables prévoyant d'ailleurs pour les animaux réquisitionnées un prix très au dessous de leur valeur marchande.
Signé : GUILBERT.
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu )
Monsieur le Général commandant le C.O.F.C. (à titre de renseignements.)
Monsieur le Lieutenant-Colonel, Commandent le Mission d'Inspection.

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[Rapport du capitaine Guilbert : excès commis par les Grecs dans la région d'Alaşehir avec de nombreux détails]
Mission d'Inspection 
de la 
Gendarmerie Ottomane.
Nº.- 145.
Smyrne, le 20 Mars 1922.
Le Capitaine Guilbert, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à Smyrne, au Commandant de la Mission à Constantinople.
Objet:
Excès commis par les Grecs dans la région d'Alachéir.
A.- J'ai l'honneur de vous rendre compte des renseignements ci-après qui me sont venus du commandant par intérim du Bataillon d'Alachéir:
1. A la suite d'un litige survenu entre Edhem effendi Zadé Lufti, notable d'Alachéir, et le handji kosti d'Inégueul pour une affaire d'achat et de vente, ce dernier aurait poussé les soldats téléphonistes grecs de cette localité d'Inéguel à arrêter la soeur et la femme de Lufti, accusé d'avoir aidé les bandes. Les soldats ne consentirent à relâcher celles-ci qu'après avoir reçu de Lufti la somme de 250 Ltq.
2.- Depuis 3 ou 4 mois les 18 soldats grecs d'Inégueul, téléphonistes et gardes, font vendre au marché de cette ville les rations qu'ils touchent de l'administration militaire et se font nourrir aux dépens des habitants d'Inegueul. A leur dernière visite dans cette localité deux officiers grecs du détachement hellénique d'Efshar recommandèrent au conseil des Anciens de ne rien donner à manger aux soldats. Le soir même de cette interdiction, le commandant du poste de téléphonistes, un caporal, fait conduire de force, à une heure très avancée de la nuit à son poste Suleiman Agha, contrôleur de la mairie, et le moktar Raghid Oglou Ali à sa question : "Qui a fait supprimer notre nourriture" les turcs répondent que ce sont les officiers de Efshar: le caporal furieux frappe de plusieurs coups de fouet le visage des deux malheureux et après les avoir retenus quelque temps au carakol - il les relâche en leur enjoignant de continuer à fournir aux soldats tout ce dont il aurait besoin. A la suite de cet évènement et du traitement dont il fut l'objet Suleiman Agha dut garder le lit deux jours.
3.- 24 heures après cette affaire le forgeron Mehmed, de Bouladan et le menuisier Hassan Osta Oglou Mehmed Ali-furent appelés au carakol. Les soldats grecs après les avoir battus les retinrent prisonniers pendant 2 jours pour avoir aidé trois mois avant le brigand Yacoub à Kavak Kiri (1 heure d'Inégueul). Ils les relachèrent après leur avoir pris 100 Ltq.
4. Un certain Kirmizi Oglou du village Tchanakdji pousse les soldats d'Indgueul à arrêter Ismail du même village, accusé d'avoir donné l 'hospitalité aux brigands : il obtient satisfaction. Ismail n'est relâché qu'après avoir donné 280 Ltq.
5. Le Commandant du détachement grec d'Efshar prétextant que la famille du brigand Yacoub était arrivée au village de Kandjouklar, fait arrêter et conduire à Efshar, Hadji Suleiman mouktar, Moula Ahmed garde champêtre, Kiémal effendi, Mehmed Tchaouch, Mehmed et Kara Dayi de ce village : après les avoir battus il les fait mettre en prison sauf Kiémal effendi qui est libéré. Le lendemain matin pour le même motif, Raghib Oglou, Ali mouktar d'Inégueul, Tcham Oglou Ali, Ali oglou Osman, le boucher Ibrahim, son fils Hadji Abdullah et Houssala Mehmed, surnommé le berger sont arrêtés et férocement battus. Le boucher et son fils sont libérés moyennant le versement d'une somme dont le montant nous est inconnu : pour la même chose Moussala Mehmed auralt payé 25 Ltq en or. 
6°. Par le rapport 12/2/22 nº 67 du Procureur Impérial de notre ville, nous sommes informés qu'il y a 2 mois le famille Moussa, qui s'était réfugiée à Zyanler à Alachéir et qui habite actuellement le quartier El-Hazar, avait envoyé sa fille Ayché à la prairie pour faire paitre deux vaches : elle était accompagnée d'Ahmed âgé de 12 ans, du même quartier. Deux soldats armés les attaquent inopinément: ils éloignent Ahmed et forcent la fille à les suivre dans un ravin voisin. Là ils la violent. Ces soldats atteints d'une maladie vénérienne la communiquent à Ayché qui se trouve actuellement à l'hôpital.
7°.-Des soldats grecs, allant au village d’Oenour Keuy en vue de la répression du brigandage, violent Ayché, 13 ans fille d'Ali ; Emmi, 15 ans fille de Mehmed et Fetma, 8 ans fille de Hodja Ali du village Derbend. Celles-ci furent demandées Alachéir par un colonel grec du service de la justice militaire et examinées par un médecin turc.
8°. Un détachement grec venant de Bouleden se dirige sur le village Kashidji et y prend les bêtes ci-après désignées:
10 chèvres à Déli Oglou Moustafa
2 chèvres à Ahmed Oglou Hassan
1      ‘’    Kiéledji Hussein Ismail Oglou 
4     ‘’     Hadji Ali Oglou Hussein 
3      ‘’     Hadidja femme de Topal Mehmed Oglou
3      ‘’     Déli Oglou Mehmed
1 chèvre et un veau à Moula Moustafa
1 chèvre à chacun des nommés Hadji Ali, Hadji Mehmed, Oglou Hassan, Hadji Mehmed Oglou Ibrahim.
1 veau à chacun des nommés Déli Oglou Ali, Karadja Oglou Ali, Topal Békir Oglou Osman, Kors Moustafs Oglou Husséin,
1 boeuf à Fatma la femme de Suleiman. Les Grecs auraient pris et envoyé à Bouladan 27 bêtes à cornes su village Védad Oglou
9°.- Le délégué du Haut commissariat Hellénique à Echmé d'une arrogance inconcevable terrorise les fonctionnaires ottomans de cette ville en disant que leur nomination et leur révocation sont entre ses mains : il aurait ordonné aux percepteurs de percevoir tous les impôts arriérés ; l'opération une fois faite il met la main sur l'argent apporté par ceux-ci à la caisse du Gouvernement. Depuis deux semaines les soldats grecs prennent toutes les bêtes à cornes des kaïmakamats d'Echmé et de koula.
10°. Le 9 Février 1922 vers 21 heures, des gens armés, faisant irruption dans le village de Derbend, enlèvent Halil effendi, employé de la Dette Publique, 150 Ltq lui appartenant en propre et 1637 Ltq appartenant à la Dette Publique, à Halil Oglou Ahmed, du même bureau qui lui tenait compagnie 280 piastres. Les brigands prirent aussi 30 Ltq à Mehmed, frère de Kabak Oglou. Ils auraient été au nombre de 20 et costumés en zeybeks.
B. J'ai l'honneur de vous rendre compte des renseignements suivants rapportés par des notables turcs de Koula:
a.- Le 10 Mars 1922, à l'endroit appelé Konourdja, situé à une heure de Koula sur le route d'Alachéir, la bande d'Ishan Oglou, forte de 50 hommes, fait arrêter un convoi de 6 voitures se dirigeant sur Alachéir: la bande s'empare des chevaux, puis se dirige dans une direction inconnue : tous les cochers du convoi étaient chrétiens. A titre de représailles, le commandant de la Place de Koula envoie des détachements mixtes (civil et militaires) aux villages de Sansal, Ayaz Viran et Kieurez qui sont mis au pillage ; d'après les bruits qui couraient à Koula ces détachements auraient pris 2.000 Ltq à Kieurez.
b).- Le 12 Mars 1922, des soldats grecs conduisent 350 bêtes à cornes à Koula. Les habitants allèrent voir le Commandant de la Place de cette ville et le prièrent de vouloir bien ordonner aux soldats de laisser ces bêtes à leurs propriétaires, moyennant quoi ils souscriraient en faveur de l'armée grecque.
signé : Guilbert
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu )
Monsieur le Général Commandant le C.O.F.C. (a titre de renseignements )
Monsieur le Général Comt. Général de la Gendarmerie ottomane (à titre de renseignements )
Monsieur le Lt-Colonel Commandant la Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane.

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[Les Grecs se sont repliés après la bataille de Sakarya (août-septembre 1921). En mars 1922, les alliés ont proposé aux Grecs et aux Turcs une armistice, mais Mustafa Kemal a refusé car il veut que les Grecs quittent d’abord l’Anatolie.]

Mission d'Inspection de Gendarmerie Ottomane.
Dardanelles, le 29 Mars 1922.
No.112.
RAPPORT du Capitaine FAVREAU, Inspecteur de la gendarmerie Ottomane, sur les projets des autorités hellènes.
Un journal arrive ce matin annonçant que le Gouvernement Grec accepte les conditions de l'armistice proposé par les alliés et que les troupes grecques évacueraient toute l'Asie-Mineure.
A ce sujet, des voyageurs venant d'Athènes disent que si le Gouvernement Grec ordonne d'évacuer l'Asie-Mineure l'armée grecque n'obéira pas
Le Général PAPOULAS se retirerait et l’armée grecque d'Asie Mineure, quasi indépendante, serait placée sous le Commandement au général YOANNOU.
En un mot, l'armée grecque ferait sous le commandement du Général YOANNOU, vis-à-vis de son Gouvernement le même geste que l'armée turque, sous le commandement de MOUSTAPHA KEMAL, vis-à-vis du Gouvernement de Constantinople
signé : Favreau.
Destinataires: Monsieur le Général Haut Commissaire à titre de compte rendu)
Monsieur le Général Commandant C.O.F.C. (à titre de renseignements)
Monsieur de Lt-colonel Comt. la Mission d'Inspection.

DOSSIER 2

CONFIDENTIEL
Le commandant du Bataillon des Dardanelles écrit au commandant Général de la Gendarmerie, à la date du 3/4/1922 nº 1740/579.
Un gendarme à cheval arrivé en service d'Eziné m'a fait savoir de vive voix ce qui suit :
Le Capitaine FAVREAU, Inspecteur de notre bataillon était parti des Dardanelles le 2 courant, accompagné du Docteur ALI RIZA, médecin du Bataillon et d'une escorte de 6 gendarmes à cheval.
Arrivés à EZINE, le 9 courant, le Commandant Hellène d'Esiné fit arrêter le capitaine FAVREAU, ledit médecin et les 6 gendarmes et les détient dans la chambre du commandent de la Gendarmerie, située dans le Konak des autorités.
Il plaça une sentinelle devant la porte de cette chambre.

—————————————-
[Parti Pehlivan (1868/72-1941) était un lutteur qui fut officier dans l’armée turque et organisa la résistance contre les Grecs. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Parti_Pehlivan]

Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane.
Brousse, le 18 Mai 1922.
N° 20
SECRET
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à Brousse, sur la situation.
Objet: Renseignements.
On signale dans la région d'Adrenos "sud de Brousse” la forte activité du parti Pehlivan qui s'est réuni avec la bande "Kabadje" l'ensemble comptant environ 3.000 hommes, armés de canons et de mitrailleuses.
Les troupes grecques sont vigoureusement harcelées.
Des villageois refugiés à Brousse, déclarent que plusieurs villages de la région de Tavchanlli "Kutahia" ont été incendiés.
Les Musulmans seraient brutalisés par les Grecs.
Le Comité grec de Brousse, est toujours très actif. Les dernières instructions reçues de Smyrne peuvent être ainsi exposées, dans leur esprit :
"Exercer des représailles contre les notables qui ne sont pas favorables aux Grecs. "Autonomie"
"Evacuer tous les fonctionnaires non favorables. Recruter les musulmans afin de constituer une armée, dite "Аrmée du calife". 
Enrôler tous les Grecs du pays, de 18 à 50 ans. Contraindre les musulmans a quitter le pays et les remplacer par des Grecs qui viendront de l'extérieur."
Aziz Nouri Bey, Vali provisoire, Enver Bey, directeur de l'Efkar et Djémel Bey, seraient partisans de ce système. Quelques notables Turcs, n'ayant pas obtenu les postes de choix qui leur avaient été promis, s'éloignent du Comité. Ils auraient été menacés de la prison par le Vali.
Le 14 Mai, un grand dîner a été donné à l'Ecole d'Agriculture de Brousse, par le Vali provisoire.
Etaient présents : le Général Gouverneur de Brousse et son Etat-Major, le colonel commandant la place, le Commandant de la Gendarmerie Grecque, le Haut Délégué et l'Inspecteur des finances, Grecs.
Le Commandant de le Gendarmerie Turque, après avoir pris mon avis favorable s'est rendu à l'invitation du vali, ainsi que le Directeur de la Police Turque.
Signé : Renaudineau.
Destinataires :
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte-rendu)
Monsieur le Lt-Colonel Comt, la Mission d'Inspection.
—————————————————-
[Nomination d’un vali [préfet], Noman Bey, à Bursa. Un autre fonctionnaire, Aziz Nouri Bey, appuyé par les Grecs, se déclare vali qui dénonce certains de ses compatriotes.]

Mission d'Inspection
de la
Gendarmerie Ottomane.
N° 21.
Brousse, le 25 mai 1922.
RAPPORT DU CAPITAINE RENAUDINEAU, Inspecteur du régiment de Brousse, sur la nomination d'un Vali
Nomination d'un Vali.
SECRET
J'ai rendu compte par son rapport n°16 du 3 courant, que le vali ayant démissionné, il avait lui-même désigné pour le remplacer, AZIZ NOURI bey, Chef du service des émigrés, avec le complet assentiment de l'Autorité Hellénique.
Le 22 Mai, NOMAN Bey, Président de la cour d'Appel, a été désigné par le Ministre de l'Intérieur, pour remplacer le Vali démissionnaire.
Le nouveau Vali après avoir avisé tous les services, ainsi que le Commandement Hellénique, s'est rendu au bureau du vilayet pour prendre possession de son service.
Mais AZIZ HOURI Bey, énergiquement appuyé par le Commandement Grec, a refusé de reconnaître le vali désigné par le Ministre.
Le  Délégué Hellénique, a déclaré que des instructions seraient demandées à Smyrne. 
Presque tous les fonctionnaires, très satisfaits de la désignation de Noman Bey, lui ont adressé des compliments.
AZIZ NOURI Bey, se serait efforcé de persuader le Commandement Hellénique, que des réunions secrètes se tenaient à Brousse, et que des soulèvements étaient à prévoir.
Déjà, plusieurs arrestations ont été opérées :
ENVER Bey, Directeur du contentieux, qui a refusé de reconnaitre Aziz Nouri Bey, HUSSEIN KASSIM Bey, 65 ans, avocat, RACHID Bey, Secrétaire du Tribunal.
Les arrestations ont été faites par la Gendarmerie Grecque.
Beaucoup de fonctionnaires se cachent pour éviter le même sort.
L'esprit des musulmans est surexcité par ces mesures qui ne semblent pas justifiées.
Il n'y a pas de soulèvement a craindre.
En présence de cette situation anormale, j'ai dû donner des instructions à la Gendarmerie et à la Police.
Jusqu'à l'installation du Vali désigné par le Ministre de l'Intérieur, installation qui n'a pu être faite, et en attendant que le conflit soit solutionné, ces deux services continueront à exécuter les réquisitions du Vali provisoire, AZIZ NOURI Bey.
Signé Renaudineau
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte-rendu.)
Monsieur le Général Commandant le C.O.F.C. (à titre de renseignement.)
Monsieur le Lt-Colonel Commandant la Mission d'Inspection.
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[Le nouveau vali, Noman bey, n’est toujours pas reconnu par  les Grecs. Des bandits opèrent dans le région, menaçant ceux qui ne sont pas favorables aux Grecs.]

Mission d'Inspection 
de la Gendarmerie Ottomane
N 22.
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la Gendarmerie Ottomane, à Brousse,
sur la situation.

SECRET
Objet: Renseignements.
Brousse, le 2 Juin 1922.
Le fils de Omer Agha qui avait été arrêté par des brigands aux ordres de l'Entente Libérale, a été relaxé contre le paiement de 10000 livres papier et 100 livres or. Omer Agha avait refusé de signer le manifeste pour l'autonomie de la zone occupée par les Grecs.
Les bandits, connus, n'ont naturellement pas été inquiétés. Ce sont : Pougulsiz, Yildirinli Djélal, Vakifli Osman, Araba Yatakli Ali.
Pour les mêmes raisons, le fils de Nazim effendi, membre de la municipalité, a été arrêté par des bandits Arméniens sur la route d'Inégueul et dépouillé de 5000 livres. Enver bey, directeur du Contentieux ainsi que Kassim et Rachid beys, qui avaient été arrêtés par ordre de vali ont été relaxés.
Smyrne a refusé de reconnaitre Noman bey, vali désigné par le Ministre. Aziz Nouri bey est maintenu en fonction.
Une lettre de plusieurs membres de l'entente Libérale, dont le Mufti, aurait été adressée au Ministre de l'Intérieur pour demander la désignation de Aziz Nouri bey. En cas de refus, le Vilayet serait complétement détaché de Constantinople et deviendrait indépendant.
Tous les fonctionnaires qui n'ont pas reconnu Aziz Nouri bey sont molestés et menacés.
Le parti Entente Libérale, s'organise dans les villages. Des plaques sont apposées sur les maisons des adhérents qui seraient ainsi préservés des pillages.
Les notables qui refuseraient d'appartenir à l'Entente Libérale, seraient pillés par des tchétés Arméniens déjà désignés.
Il m'est impossible de vérifier sur place l'exactitude de ces renseignements, fournis par des villageois au Commandant de Bataillon.
En présence d'une situation aussi difficile, j'ai donné des instructions à la Gendarmerie et à la police d'observer une attitude aussi neutre que possible. Toutefois, j'estime qu'il est impossible à ces deux services de ne pas reconnaitre le vali Aziz Nouri bey.
Signé: Renaudineau.
Destinataires: Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu.)
Monsieur le Lt- Colonel Commandant la Mission d'Inspection (à titre de renseignement.)
——————————————-
[Destruction de 2 fermes. Arrivée de bandits favorables aux Grecs. Arrestation de 150 notables musulmans probablement à la demande du vali favorable aux occupants.]

Mission d'Inspection de la Gendarmerie Ottomane
Brousse, le 16 Juin 1922.
N°23.
RAPPORT du capitaine Renaudineau, Inspecteur du régiment de Brousse, sur la situation.
Situation
Secret
Vers le 7 Juin, les fermes "Emin Agha et Osman bey " du caza de Kirmasti, ont été incendiées par les troupes grecques, sous le prétexte que des brigands s'y cachaient pendant la nuit.
Le Directeur de Emin Agha a été tué. Les dégâts sont estimés à la somme de 500000 livres turques.
Réquisition. La réquisition de tous les moyens de transport a été reprise.
Bande de brigands Circassiens à Brousse.
La bande du Circassien "Davoud” composée de 26 hommes, après avoir accompli de nombreux vols dans la région de Kirmasti, est arrivée à Brousse le 12 Juin.
Le chef de bande "Davoud" aurait été reçu officieusement par le vali, puis présenté au Commandant Grec.
Un cortège des voitures de ces Circassiens en armes, a circulé en ville librement.
L'impression sur la population musulmane est déplorable.
Arrestation de notables et de fonctionnaires.
Entre le 6 et le 12 Juin, environ 50 notables ou fonctionnaires de Brousse ont été arrêtés par la gendarmerie grecque. Il est impossible d'en établir une liste, les arrestations étant opérées de nuit et les inculpés ayant été mis au secret à Ak-sou, à 12 kilomètres de Brousse.
Les parents ou amis n'osent se plaindre, et à qui par crainte de représailles ou de nouvelles arrestations.
Ont été arrêtés : Docteur Munir bey, directeur du service de santé du Vilayet. Les docteurs Arif bey et Halil bey, Senih bey, avocat, Hassan Sezaï, gros négociant, Fehmi bey, Capitaine en retraite, Youssouf bey, Chefki et Hadji Ali beys, négociants, Topal Ekrem, Arab Hussein, Remsi bey, etc. etc.
De nombreux notables de Yéni Chénir et de Inégueul auraient été arrêtés puis dirigés sur le camp de Ak-Sou.
On estime plus de 150 le nombre des notables fonctionnaires ou divers, ainsi arrêtés.
(2)
Inculpation: Relations avec les Kémalistes ou bien de cacher des tchétes.
A la vérité, il semble plutôt que la plupart de ces arrestations ont été opérées sur les renseignements du vali, qui s'acharne contre ses ennemis, fort nombreux. Il y a lieu d'observer, en effet, que tous les notables internés, sont ceux qui n'ont pas voulu reconnaitre le Vali Ali Noury bey, non désigné par le Gouvernement Ottoman. Plusieurs fonctionnaires ont été destitués par le Vali. C'est l'anarchie dans l'administration. Tout le monde est effrayé.
J'ai renouvelé mes recommandations à la gendarmerie et à la police d'observer le plus grand calme et une neutralité absolue.
Jusqu'à présent il n'y a pas eu d'incident sérieux. Je suis au courant de la conduite de chacun. Je signalerai les manquements quand le moment sera plus favorable pour la police notamment.
signé: Renaudinesu.
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu)
Monsieur le Lieutenant-Colonel commandant la Mission d'Inspection (à titre de renseignements.)
———————————————
[Nouvelles arrestations.]

Mission d'Inspection de la gendarmerie Ottomane.
Brousse, le 23 Juin 1922.
N° 24.
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur du régiment de Brousse, sur de nouvelles arrestations.
Arrestations.
J'ai l'honneur de rendre compte que la série des arrestations, signalées par mon rapport Nº 23 du 16 Juin, continue. Le 21 Juin ont été arrêtés: Djémal bey, président de ls municipalité de Brousse, démissionnaire, et Hassan bey, Capitaine Commandant la gendarmerie du bataillon de Brousse.
Je me suis présenté immédiatement au délégué du Haut Commissaire Grec ainsi que au Général Gouverneur de Brousse, afin de connaitre le motif de l'arrestation du capitaine Hassan bey.
Il m'a été déclaré ce qui suit :
“Le Capitaine Hassan bey n'est pas arrêté.
Il a simplement été cité à comparaitre devant le Commissaire enquêteur, à Ak Sou, afin de fournir des explications sur diverses organisations de tchètès. Cette enquête étant rigoureusement secrète, tout le monde est conduit à Ak Sou. Des ordres vont être donnés pour que le Capitaine Hassan bey soit entendu le premier."
Le Lieutenant Suréia, a pris provisoirement le commandement du bataillon. Je suivrai cette affaire de près et je rendrai compte.
Je suis persuadé que le Capitaine Hassan n'est pas coupable.
Signé : Renaudineau.
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire (à titre de compte rendu.)
Monsieur le Lt- Colonel Commandant la Mission d'Inspection (à titre de renseignements.)
—————————————————
[Le 30 août 1922, les Grecs sont vaincus à la bataille de Dulumpinar et doivent se replier. Ils quittent Bursa [Brousse]. Des soldats et des généraux grecs sont faits prisonniers. Au moment du repli, la capitaine Renaudineau signale les exactions et, en particulier, la tentative d’incendie de la banque ottomane. Bursa est reprise par les troupes turques de Şükrü Naili Paşa le 10 septembre 1922.]

Mission d'Inspection de la Gendarmerie ottomane.
Brousse, le 22 septembre 1922.
N° 47/2
Mesures prises.
RAPPORT du capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la gendarmerie ottomane, à Brousse,
sur les mesures de sécurité prises à Brousse
J'ai l'honneur de rendre compte qu'au moment de l'évacuation de Brousse par les Grecs, il m'a été impossible pendant plusieurs jours, d'utiliser mon interprète, le lieutenant Halid bey, qui a dû se cacher, comme le Capitaine Hassan bey, pour ne pas être arrêté par les troupes en retraite, démoralisées et indisciplinées.
J'ai prié Monsieur Bonapace, Directeur de la Banque Impériale Ottomane, de mettre à disposition, Mr. Raymond BROTTE, employé à La banque, soldat réserviste du 66e. Rgt. infanterie.
Pendant 8 jours le soldat BROTTE, m’a accompagné partout, en cours de services particulièrement difficiles en raison de l'hostilité des officiers et soldats grecs contre les français.(Organisation et contrôle des services de surveillance des divers établissements Français). Il a aussi collaboré à la garde de la Banque Ottomane. Malgré les menaces des soldats grecs, BROTTE s'est montré énergique, m’accompagnant partout, risquant sa vie. De nombreuses menaces nous ont été faites.
Le 8 septembre en inspectant le quartier Mouradié des soldats grecs ont tiré deux coups de feu dans notre direction sans nous atteindre. Je signale la conduite de Mr. Raymond BROTTE, et je demande que le présent rapport soit transmis à Monsieur le Directeur Général de la Banque Impériale Ottomane à Constantinople.
Je crois devoir signaler aussi, l'attitude énergique du Directeur de la Banque, Mr. BONAPACE, qui aurait pu, en présence du grave danger encouru, abandonner Brousse et la Banque, comme l'on fait presque tous les employés.
Monsieur BONAPACE s'est tenu à la banque en permanence, s’assurant en complet accord avec moi, que la garde de l'établissement était parfaite.
Il n'est pas douteux, qu'à défaut de ces mesures le Lieutenant grec Papa ARGHIERI, aurait réussi à incendier la banque, sur laquelle il a lancé 2 bombes, sans résultat, parce que à l'intérieur se trouvaient 5 gendarmes turcs armés qui ont empêché l'incendiaire de continuer.
Signé: Renaudineau.

——————————————-

[Izmir/Smyrne est reconquise en septembre 1922. Arrivée d’officiers turcs nationalistes.]
Mission d'Inspection 
de la 
Gendarmerie Ottomane.
Brousse, le 24 septembre 1922.
N° 45/0.
RAPPORT du Capitaine RENAUDINEAU, Inspecteur de la gendarmerie ottomane, à Brousse, sur l'organisation.
Organisation.
J'ai l’honneur de rendre compte que j'ai pu, à cette date, organiser le bataillon de Brousse. Ci jointes les situations de l'effectif de la troupe et des officiers, utilisé à titre provisoire seulement.
Le Major Remsi bey, arrivé d'Angora le 22 Septembre après avoir pris connaissance de la note 64 du 12 septembre de l'inspection, m'a fait observer, très aimablement, qu'il n'avait reçu aucune indication d'Angora concernant le Mission de réorganisation.
Le Général Chukri pacha, Commandant du corps d'armée, en résidence à Brousse, m'a fait une observation semblable.
Il m'est donc impossible d'exercer mon action avant que des ordres soient donnés par Angora, qui a très probablement omis de faire le nécessaire.
Le Major Femsi bey Commande le bataillon de Brousse. Dans le nouvelle organisation, préparée à Angora, il n'y a plus de régiment. La gendarmerie est organisée par sandjak ; relevant directement du Commandement général d'Angora.
signé : Renaudineau.
Destinataires:
Monsieur le Général Haut Commissaire à titre de compte rendu.)
Monsieur le Lt-Colonel Commandant la Mission d’Inspection à titre de renseignements.)

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[Çürüksulu Ziya Paşa (1870-1939), général, fut ministre de la guerre du 21 octobre 1920 au 4 novembre 1922.
Le Général de Brigade Gaston Alphonse Foulon (1870-1920) fut nommé Général de Brigade en 1919. Il fut Inspecteur Général de la Gendarmerie Ottomane à Constantinople. [source : https://museedesetoiles.fr/piece/general-de-brigade-foulon/] C’est à ce titre que le Ministère de la Guerre ottoman lui rend hommage.]

Ministère de la guerre
Bureau de la Correspondance à l'étranger.
Constantinople, le 25 décembre 1920

A Monsieur SARROU.
Chef de Bataillon de la Mission du Général FOULON.
Je viens de recevoir avec infiniment de plaisir votre aimable lettre dans laquelle vous avez bien voulu me remercier au nom de Madame Foulon et sa famille pour les marques de sympathie et d'estime témoignées au Général FOULON à l'occasion de ses funérailles.
Nous devions à celui dont le mort nous laisse en deuil, un juste tribut d'éloges et d'hommages, en reconnaissance de ses signalés services rendus depuis déjà longtemps pour la réorganisation de la gendarmerie ottomane et de ses sentiments particulièrement bienveillants dont le cher défunt n'a pas manqué de témoigner pour les Turcs en général.
Les gestes d'hommage et de profonds respect montrés au nom de l'armée ottomane à cette triste occasion, sont la manifestation sincère de nos sentiments de reconnaissance.
J'espère que, en cette cruelle épreuve, la sympathie de tous donnera à sa famille le réconfort et soulagement dont elle a grand besoin.
Je vous prie de vouloir bien être interprète auprès de Madame Foulon et de sa famille de l’assurance de mes sentiments de reconnaissance, et d’agréer l'assurance de ma parfaite considération.
Le Ministre de la Guerre 
Signé : ZIA. [Çürüksulu Ziya Paşa]

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