Courte anthologie de poésie populaire turque traduite par M. Alric, un interprète de l'ambassade de France à Istanbul et publiée dans le Journal asiatique en 1889.

Arthur Alric était drogman, c'est-à-dire interprète de l'ambassade de France à Constantinople/Istanbul à la fin du XIXe siècle et agent consulaire en Macédoine au début du XIXe siècle.
Il a écrit : Akif pasha, Un diplomate ottoman en 1836 (affaire Churchill). Volume 66 de Bibliothèque orientale elzévirienne, Leroux, 1892, 150 pages.

Le texte ci-dessous fut publié dans le Journal asiatique, juillet-août 1889, pp. 143 sq

Ignác Kúnos (1860-1945), qui a fourni à Arthur Alric les textes de cette anthologie, est un linguiste hongrois spécialiste de turcologie et de folklore. Il voyagea dans l'empire ottoman de 1885 à 1890, nota poèmes et récits, et consacra de nombreux ouvrages à la littérature populaire turque. Il fut également professeur à Ankara et à Istanbul dans les années1925.

La préface contient une critique de la poésie ottomane de la cour qu'il juge artificielle et une description assez précise de la poésie populaire de Turquie.

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FRAGMENTS DE POÉSIE TURQUE POPULAIRE,
PAR M. ALRIC.

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

« Mes chansons, c'est moi », disait Béranger ; nous hasarderons, à notre tour, de dire du peuple turc : ses chansons, c'est lui, pourvu toutefois qu'elles soient vraiment populaires. Aussi devons-nous laisser de côté, pour conserver à cette appréciation ce quelle peut avoir de juste, le fatras des compositions littéraires où la muse, en turc, parle arabe ou persan, et dont souvent le moindre défaut est de rester lettre close pour l'immense majorité des Ottomans. Les spécimens réunis ici sous le nom de turkus « turcs par excellence » offrent un caractère bien différent : la langue en est claire, relativement souple, parlée et comprise, sans effort, de tout le monde, et, parlant, éminemment populaire. Malgré leur objectivité parfois extrême et leur incohérence fréquente, les turkus paraissent animés d'un souffle plus large que les élucubrations savantes mais froides, alambiquées, sentant l'huile d'une lieue, de nombre de stylistes raffinés : c'est le souffle de la nature. Les lettrés les tiennent cependant en fort médiocre estime ; ils leur reprochent de ne pas s'assujettir aux règles de la prosodie classique. Pour nous qui n'entendons pas grand'chose à ces scrupules d'uléma scolastique, nous sommes heureux de retrouver dans les turkus le reflet des qualités natives qui font l'éloge des classes dites inférieures; nous y relevons notamment un témoignage de la confiance inébranlable de la nation dans son souverain révéré.

Eh bien, questionnez tel ou tel efendi au sujet de ces chansons des gueux et des petites gens, il feindra l'étonnement; prouvez-lui que vous en parlez en connaissance de cause, il aura l'air confus et embarrassé comme si vous veniez de découvrir quelque plaie secrète dont lui ou les siens seraient affligés ? L'âme du Turc musulman est, il est vrai, douée d'une réserve de sensitive ; elle n'a garde de s'ouvrir au premier venu; elle se replie obstinément sur elle-même en face de l'indiscret. Que si vous parvenez à gagner sa confiance en lui prouvant que la bienveillance fait le fond de votre curiosité, vous la verrez s'épanouir comme la rose, une fois convaincue de la sincérité des serments d'amour du mélodieux bulbul « rossignol », son éternel soupirant. On me passera, je l'espère, cette métaphore bien orientale.
Les turkus se composent de vers d'apparence syllabique. La césure, presque toujours placée après une troisième ou une quatrième syllabe, donne, entre autres, les groupes ci-dessous :
- - - | - - - -
- - - - | - - - -
- - - - | - - - - | - - -
- - - - | - - - - | - - - - | - - -

La cadence est assez accentuée pour nous permettre d'obtenir, en plaçant l'ictus et moyennant quelques licences, la notation que voici :
- u - | u - u -
- - u - | - - u -
- - u - | - - u - | - u -
- - u - | - - u - | - - u - | - u -

Nous nous trouvons, dès lors, en présence de vers prosodiques, tout au moins en voie de formation. Quoi d'étonnant à cela, chez un peuple à l'oreille si avide de sensations qu'elle se contente, au besoin, pour toute mélodie, du bruissement de la feuille, du murmure d'un maigre filet d'eau ; chez un peuple où la sèche monotonie d'un simple bruit rythmé paraît constituer un accompagnement suffisant de la rêverie, qu'elle contribue, dans une large mesure, à entretenir; chez un peuple enfin qui possède ce dicton : « l'âne même brait suivant certains modes musicaux ? » De fait, n'est-ce point par des essais analogues que toute poésie et, par suite, toute littérature [La poésie fut trouvée avant la prose (J.-J. Rousseau)] ont dû commencer? Il est cependant prudent de réserver son opinion en l'espèce.

Les turkus ont, en outre, le refrain et la rime. Celle-ci, généralement croisée ou redoublée, s'obtient de préférence par allitération et ramène des consonances qui ne sont pas sans agrément.

On trouvera à la suite des chansons de ce genre quelques échantillons de simples quatrains détachés, connus sous le nom de mânys. Ils sont sinon plus anciens, du moins plus primitifs que les turkus.

Ahmed-Véfiq-pacha en donne, dans sa "Langue ottomane", une définition assez dédaigneuse : « [lettre arabe] ou [lettre arabe], dit-il, paroles vides de sens, non prosodiques, chantées sur des airs dépourvus de rythme et de méthode ». Sans doute, dans bien des cas, ce ne sont guère que des vers de mirliton, entre lesquels il est impossible d'établir une relation même lointaine; mais l'instinct poétique des masses, au sein desquelles ils ont pris naissance, s'y manifeste pour ainsi dire à l'état embryonnaire ; ils renferment pas mal d'expressions et de tournures archaïques que le Turc osmanli tend à laisser tomber en désuétude, et, à ce double titre, ne sont pas tout à fait dénués d'intérêt.

Les schémas suivants indiquent approximativement la cadence et la place de la césure :
- u - u | - u -
u - u - | u - u -
- u - | u - u -

A de rares exceptions près, les vers de ces quatrains, sauf le troisième, riment ensemble.

Il n'est pas hors de propos de rapporter ici une particularité assez curieuse. Le glorieux saint Georges de l'Église grecque et le mystérieux Khezer (1) des musulmans sont tous deux fêtés, avec une égale solennité, le 23 avril, date qui marque, pour beaucoup de gens, à Constantinople et ailleurs, le retour du printemps. Ce jour-là, les femmes musulmanes se rendent en foule, sur la côte asiatique du Bosphore, dans les prairies des environs de Haïder-pacha [Haydar Pasa], tête de ligne des chemins de fer d'Anatolie. Par manière de passe-temps, elles y consultent le sort au moyen de mânys. On apporte un vase ou un petit sac dans lequel certaines d'entre elles ont, au préalable, déposé en cachette un petit caillou parfaitement reconnaissable. Une tierce personne, tirant au hasard un de ces cailloux, chante de mémoire ou improvise un mâny à l'intention de la propriétaire du caillou : libre à celle-ci d'interpréter ensuite, à part soi, le quatrain en question et d'en faire de son mieux l'application à ses craintes ou à ses espérances. D'autres procédés sont aussi en usage pour dire de cette façon la bonne aventure. Pas mal de harems possèdent des collections de mânys que l'on y consulte avant tout sur l'opportunité ou la convenance des unions conjugales.

(1) Voir, à son sujet, le Coran, chap. xviii, v. 62 et suiv. Il aurait eu une entrevue avec Moïse au confluent des deux mers. Son âme ayant passé successivement, d'aprés la légende, dans le corps de saint Georges [Khedr ou Khezer [Hızır]) et du prophète Elie (Elias)[Ilyas], on le désigne également sous le nom de Khedr-Elias, par contraction Khedrellés [Hıdırellez ou Hıdrellez]. [Voir http://turquie-culture.fr/pages/photographies/villes-et-villages/alacam-une-ville-de-la-mer-noire.html}

Cela nous remet en mémoire Pantagruel explorant par sortz vergilianes quel serait le mariaige de Panurge.

On appelle qaya-bâchè « le sommet du rocher » une variété de mânys. Cette dénomination indique simplement, croyons-nous, le ton élevé dans lequel ces derniers se chantent. Elle dérive, paraît-il, du nom de l'un des villages qui couronnent les collines de la banlieue de Nigdé [Nigde], chef-lieu d'arrondissement de la province de Konia [Konya], village renommé pour le talent de ses mânydjis ou « faiseurs de quatrains » de l'espèce qui nous occupe.

Après avoir entendu murmurer de ces chansons où la population déverse discrètement le trop-plein de son âme, mais quelle n'oserait pas toujours confier au papier, M. le Dr Kùnos, ancien élève de l'Académie orientale de Buda-Pesth, a entrepris de rechercher et de colliger turkus et mânys. La tâche qu'il s'est imposée n'est pas sans difficulté, aussi devons-nous savoir gré à l'honorable docteur de l'obligeance avec laquelle il a mis à notre disposition le résultat de ses premières investigations. Il a bien voulu nous autoriser à écrémer son recueil et traduire quelques-unes de ces chansons au profit du Journal asiatique.

Les fragments que l'on va lire sont surtout en vogue dans la Roumélie, à Stamboul, à Smyrne et sur certains points du littoral, c'est-à-dire dans des régions où la vie est plus forte que dans le reste de l'empire et où d'ailleurs l'élément turc se trouve en contact avec des races d'un tempérament différent.

M. le Dr Kûnos a cru devoir, avec raison, adopter, pour le texte, l'orthographe vulgaire.

[texte en caractères arabes avec notes]

* Prononcé yéçir.
* Proprement, tissu de soie orgausinée.
* Au lieu de [texte en caractères arabes].
* Etranger. S'emploie dans le sens de pauvre diable, infortuné
(comme celui qui a le malheur d'être loin du pays natal).

[fin du texte en caractères arabes]

TURKU.

I

LE CHOEUR.
La lune se lève, il fait un temps froid et serein (1);
Le jour se lève, ce sont les blancheurs de l'aube ;
Les jeunes filles qui doivent être fiancées
Y vont de bon cœur, tout en ayant l'air de faire des façons.

LE JEUNE HOMME.
Ce que j'aurais à te dire !

LA JEUNE FILLE.
Conte-moi ta peine.

LE JEUNE HOMMK.
Que celle qui t'a donné le jour, que ta mère
Deviendra ma belle-mère !

LA JEUNE FILLE, riant.
Gour-gour-gour-gour-gour-gour-gour !

LE JEUNS HOMME.
Viens, la belle, reste devant moi.

LA JEUNE FILLE.
Je ne puis rester, moi, je ne puis rester.

LE JEUNE HOMME.
Et moi, je ne resterai point à supplier.

LE CHOEUR.
Les voilà sur le seuil de la porte :
Que va-t-il donc se passer ?
La jeune fille donne sa parole au jeune homme ;
Il demeure captif auprès de la porte.

LE JEUNE HOMME.
On ne fauche point la prairie dont le gazon vient à peine de naitre;
On ne boit point l'eau qui est encore trouble (2);
Renonce donc, me dit-on, à la bien-aimée ;
Mais la bien-aiméc est délicieuse, impossible d'y renoncer.

LA JEUNE FILLE.
J'ai ruiné la maison de mon père ;
J'en suis sortie en emportant cinq mille pièces d'or;
(Dans ma fuite), je me retournais pour regarder derrière moi ;
En selle, partons, mon jeune bey !

LE JEUNE HOMME.
Ma mère s'en apercevra, mon père s'en apercevra ;
Il lancera des cavaliers à notre poursuite;
Ces cavaliers nous rejoindront et chercheront à nous tuer;
Je ne puis partir, ô fille des Turcomans !

LA JEUNE FILLE.
Que ta mère s'en aperçoive, que ton père s'en aperçoive ;
Qu'il lance des cavaliers à noire poursuite (qu'importe ?).
Ces cavaliers fussent-ils cinq cents.
Je leur tiendrais tète à moi seule, mon jeune bey !

LE JEUNE HOMME.
Mon cheval gris-pommelé n'a pas de fers ;
Son dos n'est point recouvert d'une housse ;
Il n'a même pas d'orge pour une nuit ;
Va-t'en, je ne puis partir, ô fille des Turcomans !

LA JEUNE FILLE.
De mes bracelets, je ferai des fers à cheval ;
De mon féredjé (3), une housse;
De mes perles, de l'orge;
En selle, partons, mon jeune bey !

LE JEUNE HOMME.
Fille des Turcomans, fille des Turcomans,
Ëtoile du matin,
Va-t'en, je ne puis te suivre, ô fille des Turcomans !

LA JEUNE FILLE.
Mon jeune bey, mon jeune pacha.
Mon bras te servira d'oreiller, ma chevelure de couverture ;
En selle, partons, mon jeune bey !

LE JEUNE HOMME.
J'ai labouré avec mon attelage de bœufs ;
J'ai confié à la terre sa semence;
J'ai une épouse légitime (4) ;
Va-t'en, je ne puis te suivre, ô fille des Turcomans!

LA JEUNE FILLE.
Que les loups dévorent tes bœufs ;
Que les oiseaux dévorent tes semences ;
Que ton pain licite devienne illicite (5) ;
Pour moi, je ne veux plus désormais !

(1) [texte en caractères arabes] se dit surtout d'un clair de lune qui favorise la formation de la gelée blanche en augmentant le rayonnement nocturne.
Pour désigner cet état particulier de l'atmosphère, on dit aussi couramment, à Constantinople : [texte en caractères arabes] «Ayaz-pacha est sorti pour se rendre au corps de garde», sans donner de cette expression une explication satisfaisante.
(2) Autrement dit : « Cette jeune fille n'est pas encore formée;
attends, pour l'épouser, qu'elle se soit développée ».
(3) Espèce de surtout à l'usage des femmes.
(4) Littéralement : « Je suis tombé sur une terre licite ». N'est-on pas autorisé à chercher l'origine de cette locution dans ces mots du Coran (chap. ii, v. 2 33) : [texte en caractères arabes] « vos femmes sont pour vous un champ cultivé ».
(5) C'est-à-dire « que ta femme légitime devienne illégitime ».

III

Un agneau bêle sur cette montagne d'en face;
Ses appels désespérés me percent le cœur,
Est-ce ainsi que gémit celui qui est séparé de sa compagne ?
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

Il y a un adolescent sur cette montagne d'en face;
Ses joues sont parsemées de grains de beauté;
Un châle de soie entoure sa taille fine ;
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

Une fumée légère s'élève sur cette montagne d'en face ;
J'ai cherché, mais en vain, un amant fidèle (2);
Je suis orpheline et de père et de mère ;
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

Il y a une tente verte sur cette montagne d'en face;
Un jeune homme y repose;
Il ignore, hélas ! ce que c'est que le cœur et les attentions !
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

Un fanal brûle sur celle montagne d'en face;
Un cierge brûle dans ce fanal;
Est-ce ainsi que brûle celui qui est séparé de sa compagne ?
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

J'ai fait un nid sur cette montagne d'en face;
Je m'y suis couchée, solitaire;
Mon ami va venir, me disais-je, et je me levais pour le voir arriver.
Viens, mon agneau, ne te lamente pas, renonce à ton compagnon.

N'est-elle point de fer cette porte d'en face?
Celui qui habite à l'intérieur n'est-il point émir ?
Les embrassements de l'émir, n'est-ce point la vie même ?
Viens, mon agneau, cesse de l'affliger, fais ton deuil de ton compagnon.

(1) « Car tous les hommes sont aussi légers et volages que la fumée d'en face ».

IV

Fille de la Perse, qu'as-tu donc à regarder ainsi du haut de la tour?
Fais-moi du moins mourir, que je disparaisse de ce monde !
Le Créateur ne manquera pas d'assurer l'accomplissement de nos destinées (1).

Nous avons dépassé Chiraz, Tiflis a fui, que faire ?
Je voudrais bien me sauver à Candahar!

Nous étions trois jeunes filles; on s'est emparé de nous dans le jardin du Khan ;
Des cavaliers nous chassaient brutalement devant eux;
On nous a vendues, comme esclaves, aux enchères publiques.

Nous avons dépassé Chiraz, Tiflis a fui, que faire?
Je voudrais bien me sauver à Candahar !

Jadis on broyait pour moi le henné dans des coupes d'or;
Un peigne d'argent dénouait ma chevelure;
Mais telle était la destinée ; elle se trouvait écrite sur nos fronts !

Nous avons dépassé Chiraz, Tiflis a fui, que faire?
Je voudrais bien me sauver à Candahar !

(1) « Nous serons fatalement réunis, tôt ou tard, soit dans ce monde, soit dans l'autre ».

V

Il se fait tard, le soleil quitte maintenant ces lieux ;
Au fond de la vallée, le berger tire de sa flûte de mélancoliques accents;
Tendre rejeton, que le Créateur veille sur toi !

Rejoins le troupeau, de peur que les loups ne te mettent en pièces;
Viens, mon cher agneau;
Autrement tu serais, hélas ! désormais séparé de ton amie, mon pauvre petit.

Si, parce que le Seigneur a fait de moi ton esclave,
Je prosterne humblement mon front dans la poussière que tu as foulée,
Ne prête du moins pas l'oreille aux propos insidieux de mes rivaux; écoute ce que je te dis.
Rejoins le troupeau, etc.

Le brouillard enveloppe les montagnes; on ne distingue pas les envieux ;
Le chasseur a disposé son piège sur le chemin ; impossible d'aller retrouver la bien-aimée.
On ne boit pas le vin en compagnie de l'amante infidèle.
Rejoins le troupeau, etc.

VI

Le cognassier est en fleurs; les roses se sont fanées;
Le foulard à ramages s'est défraîchi sur la tête d!Aftos (1)
Ne te balance pas trop, petite khanem (2) ; ton nom est déjà dans toutes les bouches.
Laisse-les dire, Aftos ma bien-aimée, aux doigts teints de henné,
Aux chevilles de colombe, aux joues comme des pommes.
La jeune fille remplit à la source sa cruche
Sur l'anse de laquelle vient se poser le faucon fasciné.
Jeune fille, ton regard tue !
Laisse-les dire, Aftos, etc.
La jeune fille dort, étendue près de la source ;
Le sommeil a fermé ses yeux châtains.
Jeune fille, d'où vient que ton cou s'est flétri (3) ?
Laisse-les dire, Aftos, etc.

(1) Du grec "autos" prononcé [aftos] à la moderne. Une femme dit souvent, en pariant de son mari: « autos, o autos, o autos mou », «celui-ià, celui-là, le mien ». Les Musulmans, frappés du retour fréquent de ce vocable dans la conversation des Grecs, ont fini par en faire un substantif signifiant : femme grecque, femme de mauvaise vie, ou même maîtresse en général. (Test ainsi que goddam a pu servir à désigner un Anglais, bana baq, un Osmanli, et dis-donc, un Français (à Constantinople, pendant la guerre de Crimée).
On retrouve le mot "autos" dans une locution des plus vulgaires mais assez originale : auto poios « qui est celui-là? » dit-on à un homme qui se présente d'un air effaré et furibond; comme nous dirions : « A qui diable en avez-vous donc, l'ami?» On interpelle encore de la même façon des personnes en train de se chamailler. Dans ce dernier cas, quelque plaisant ajoute parfois, sans doute pour la rime : [texte en caractères arabes] « deux poules et un coq » » ce qui revient sans doute à dire : « Paix ! vous vous disputez comme deux poules lorsque survient un coq».
(2) Titre équivalent à "madame".
(3) Allusion aux innombrables baisers dont il est censé porter la trace.

VII

Le gouverneur de la Roumélie est descendu à Vidin,
Ayant une dizaine de pachas rangés à ses côtés.
« Notre auxiliaire à nous, c'est Allah, le Créateur,
« Je ne reculerai pas, je combattrai », dit Pasvandoglou (1).

Celui qui a nom Aly est passé dans l'île ;
Le jour, il lance des boulets de marbre, et la nuit des bombes.
Grâce, mon padichâh, que t'ai-je fait?
Un moment viendra où tu auras besoin de nous, mais contre tes ennemis.

« J'ai quarante-cinq ans », dit Pasvandoglou,
« Et je vais résolument au-devant de ma dernière heure.
« Je ne bougerai pas d'ici, dût-on me trancher la tête ;
« Je ne reculerai point, je combattrai », dit Pasvandaglou.

« Qu'il vienne, que je le voie, s'écrie le grand vizir;
« Moi aussi je voudrais savoir quelle espèce de héros c'est !
« S'il veut être vizir, j'en ferai un pacha à trois queues. »
Deviens donc vizir, Pasvandoglou.
«Je suis venu sur cette terre, mais je n'y retournerai plus;

« Je suis Pasvandoglou, je n'ai qu'une parole ;
«La ville de Vidin est un legs de mon père, je ne la livrerai pas;
«Je ne reculerai point, je combattrai », dit Pasvandoglou.

(1) Ou, plus correctement, Pasvanoglou. Fameux chef de partisans (1758-1807). Il fit longtemps le coup de feu dans la montagne, où il s'était réfugié à la mort de son père, pacha de Vidin, décapité sur l'ordre du grand vizir. Appelé en Serbie par les janissaires en révolte contre la Porte qui avait essayé de réprimer leurs exactions, Pasvanoglou y provoqua de graves désordres. Les troupes nombreuses envoyées contre lui ne purent parvenir à le réduire. Finalement il s'enferma dans Vidin, sa ville natale. La Porte se résigna, de guerre lasse, à lui céder le pachalik de ce nom, avec rang de pacha à trois queues. Il y finit ses jours dans une sorte d'indépendance.

VIII

J'étais grue, j'ai pris mon vol ;
Mes ailes s'étant brisées, je suis tombée dans la plaine.
Le poids de mes chagrins représentait la charge de cinq cents chameaux;
Je m'en vais, les traînant après moi.

J'erre tous les jours sur la montagne où règne pour moi un hiver perpétuel ;
Quand j'ai retrouvé mon chemin, je le suis, la mort dans l'âme.
Et les yeux pleins de langueur, comme ceux d'un amoureux;
On reconnaît l'amoureux à ses regards.

L'ange chargé de tenir le livre des décrets éternels y a écrit, à mon sujet,
Une destinée bien sombre !
La douleur et l'angoisse ont appesanti mes paupières;
Le ciel a banni le sourire de mon visage ;
Celui qui le ramènera sur mes lèvres, c'est Allah le Créateur (en me rappelant à lui).

IX

Ma fille, ma fille, teinte de henné,
Un changeur te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, je n'irai point chez lui,
Il a trop de pièces d'or et me les ferait compter.

Ma fille, ma fille, teinte de henné,
Un fruitier te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, je n'irai point chez lui.
Un fruitier a trop de fruits et me les ferait manger.

Ma fille, ma fille, teinte de henné.
Un boucher te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, je n'irai point chez lui.
Un boucher a trop de viandes et me les ferait couper.

Ma fille, ma fille, teinte de henné.
Un cardeur te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, je n'irai point chez lui,
Un cardeur a trop de coton et me le ferait carder.

Ma fille, ma fille, teinte de henné,
Un tailleur te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, je n'irai point chez lui,
Un tailleur a trop de travaux de couture et me les ferait exécuter.

Ma fille, ma fiHe, teinte de henné,
Un ivrogne te demande en mariage, dois-je te donner à lui ?
Mère, j'irai volontiers chez lui ;
Il n'a rien à faire et ne m'imposera aucune tâche.

X

Sa chevelure ressemble à une frange d'or ;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, est-ce ainsi qu'il te la faut, mon pacha?
— Non, non, bonne femme, j'ai d'autres vues.
— Ses sourcils ressemblent à un arc ;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, est-ce ainsi qu'il te la faut, mon pacha?

Ses joues ressemblent à une pomme;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc. ?

Ses lèvres ressemblent à la cerise;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc. ?

Sa gorge ressemble à celle de la colombe ;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc.?

Ses seins ressemblent à l'orange ;
Est-ce ainsi qu*il te la faut, mon bey, etc.?

Son nombril ressemble au coing (1) ;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc. ?

Ses yeux ressemblent à la prune sauvage;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc. ?

Elle possède une figue dans une jarre (2) ;
Est-ce ainsi qu'il te la faut, mon bey, etc. ?

Fille du voisin, tu es bien belle !

(1) A cause du parfum qui s'en exhale.
(2) Le mot [texte en caractères arabes] ayant pris un sens spécial à Constantinople, on évite de s'en servir lorsqu'il risquerait d'être mal interprété. [texte en caractères arabes] désigne une femme qui se livre à la prostitution.

XI

Les beautés d'Erzeroum
Ont toutes les mains teintes de henné.
Le vent d'amour souffle sur ma tête;
Si j'en serrais une dans mes bras, moi aussi; n'est-ce pas possible ?

Les agneaux paissent sur les montagnes,
Les fâcheux sont survenus ;
Le cœur humain soupire ardemment après une belle ;
Si j'en serrais une dans mes bras, etc.

Les jeunes filles sont à la fontaine :
Le noir cosmétique orne leurs sourcils;
L'une d'elle a quatorze printemps ;
Si je la serrais dans mes bras, etc.

A force d'aller et de venir, je me suis fatigué;
Me voilà maintenant féru d'une belle ;
J'ai cherché mon malheur, je l'ai trouvé ;
Si je la serrais dans mes bras, etc.

Dans la vallée, une jeune fille frappe le linge avec son battoir.
Tout en se retournant pour regarder derrière elle;
Le feu du désir me brûle le sein ;
Si je la serrais dans mes bras, etc.

XII

Salut, échelle de Samsoun !
Le sourcil de ma bien-aimée ressemble au croissant de la lune.

Ne mange pas de miel avec une laideron,
Porte plutôt des pierres avec une beauté.

Eh ! la mère, qu'as-tu donc à regarder
Par l'entre-bâillement de la porte ?
Retire-toi, laisse venir ta fille
Reposer dans mes bras.

Ma chère provision de tabac est épuisée ;
Il ne m'en reste plus qu'une pipe.
Holà ! fille, je me donne au diable,
Quand tu tournes vers moi tes regards en souriant.

Par la balle de mon fusil,
Je connais mon affaire !
Allons, que je dévore à belles dents
Tes joues appétissantes comme des pommes 1

Aussi vrai que je ne saurais prétendre
A mettre sur ma tète le fez de colonel,
Je ne puis rester sans entendre
La voix de mon Emina.

XIII

Je lui ai dit : Que sont ces perles ?
ËUe m*a répondu : Ce sont mes dents.
Je lui ai dit : Que sont ces qalems (1) ?
Elle m*a répondu : Ce sont mes sourcils.
Je lui ai dit : Et treize et quatorze ?
Elle m'a répondu : C'est mon âge.
Je lui ai dit : Donne-moi un baiser.
Elle m'a répondu : Point, point, point.
Je lui ai dit : Il y a la mort.
Elle m'a répondu : Dans mes yeux. Je lui ai dit : Il y a le péché.
Elle m'a répondu : Sur mon cou (2).
Je lui ai dit : Fille, où sont tes oranges ?
Elle m'a répondu : Dans mon sein.
Je lui ai dit : Montre-les moi, que je les embrasse.
Elle m'a répondu : Point, point, point.

Je lui ai dit : Quelle est cette beauté ?
Elle m'a répondu : C'est un apanage de ma race.
Je lui ai dit : Quel est ce cyprès ?
Elle m'a répondu : C'est ma taille (élancée).

Je lui ai dit : Quelles sont ces grâces enchanteresses ?
Elle m'a répondu : Elles sont dans ma nature.
Je lui ai dit : rose, embrassons-nous !
Elle m'a répondu : Point, point, point.

Je lui ai dit : mon âme, mon sang t'appartient !
Elle m'a répondu : Cela va- sans dire : je suis sultane.
Je lui ai dit : mon âme, tu n'as pas encore une seule fois partagé ma couche !
E3ie m'a répondu : Patience! tes désirs seront satisfaits amplement, amplement, amplement.

(1) Petit roseau, droit et de couleur brune, dont on se sert pour écrire.
(2) « Si je permets qu'on m'embrasse à cet endroit ».

XIV

Immobiles devant Sébastopol, les navires
Tirent des salves dont la terre et le ciel retentissent.
Que de braves meurent d*une mort prématurée!

Il y a de petits rochers devant Sébastopol ;
L'armée de réserve a pris ses quartiers d'hiver dans les Balkans ;
Quels sont ces événements qui fondent sur ma tête ?

Je voudrais être rocher devant Sébastopol (et insensible comme lui);
Je voudrais être le sourcil qui surmonte des yeux châtains;
Je voudrais tenir compagnie aux belles solitaires sur leur couche !

Il y a des rangées de saules devant Sébastopol ;
Le commandant et le capitaine exhortent leurs soldats ;
Tandis que ma maîtresse attend au pays une lettre de moi.
Prenais-tu donc l'étendard rouge et vert pour une fiancée (1) ?

Te figurais-tu que celui qui part pour l'armée en puisse revenir?
Abusé par les roulements du tambour, t'imaginais-tu avoir affaire au davoul (2) ?

On tire au sort, pour moi, à Eski-Séraï (3);
Celui sur qui il tombe courbe tristement la tête ;
Son père et sa mère s«n vont par les chemins, (en essayant de le suivre).

Quand ce davoul (d'un nouveau genre (4)) a résonné, te croyais-tu à la noce ?
Prenais-tu l'étendard rouge et vert pour une fiancée ?
Pensais-tu que celui qui part pour l'armée puisse en revenir ?

Un cyprès s'élève et se dresse devant la caserne ;
Certains d'entre nous sont fiancés, d'autres mariés ;
J'ai laissé au pays une belle à la chevelure nouée de fils d'or et d'argent (5).

Par pitié ! mon padichâh, accorde-nous une permission, sinon jette-nous à la mer.
Emparons-nous des Moscovites, frappons-les en ton honneur!

(1) Revêtue comme lui d'étoffes de brocart rouge et vert.
(2) Grand tambour employé principalement dans les réjouissances publiques, ies cérémonies de noces, de la circoncision, etc., et par les derviches dans leurs exercices liturgiques.
(3) Quartier de Stamboul où se trouve le département du Sérasquier.
(4) "Et non pas celui que tu avais l'habitude d'entendre dans les fêtes ».
(5) Selon la coutume des fiancées.

XV

Franchissons, ma fille, franchissons les Balkans neigeux ;
A nous aussi, les passes de Chipka serviront de demeure ;
Quand j'ai été séparé de ma bien-aimée, la nature entière en a pris le deuil.

Je suis resté sur la terre étrangère,
Sans personne qui s'inquîète de moi;
Mes larmes coulent à torrents
Et personne qui me les essuie !

J'étais un fauconneau de noble race ; je me sais envolé de ces lieux;
Me voyant misérable, au milieu de vous, j'ai préféré quitter la place ;
Que mon seigneur et maître, notre Créateur, veille à l'accomplissement de ma destinée I

Je suis resté sur la terre étrangère,
...............

XVI

Des coups de canon ont été tirés de Plevna ;
Musulmans et Bulgares se sont confondus dans la mêlée.
Sache-le bien, sultan Hamîd,
Les contrées rouméliotes ont été vendues à l'ennemi 1

Notre tente est bleue et blanche ;
L'été n'est-il donc pas venu cette année ?
Pitié, commis aux écritures, la situation actuelle est déplorable.
Inscris-moi sur une autre feuille de recrutement.

La mer Noire agite ses vagues,
Un cyclone se forme à sa partie centrale ;
Ce Damad-pacha (puisse-t-il perdre la vue !) ;
Quels pourparlers a-t-il donc entamés avec les Moscovites!

La mer Noire coule et passe ;
Elle ronge ses bords et passe;
Osman-pacha (Dieu le conserve !)
Taille les Bulgares en pièces et passe (1).

« Je cesse de couler, dit la mer Noire,
« Je n'ose plus regarder vers le Danube (2) »
Cent mille cosaques fussent-ils survenus :
« Je ne crains rien ", aurait dit Osman-pacha (3).

(1) Au lieu de va ou s'en va, afin de pouvoir rendre le mouvement de la phrase turque.
(2) Tant il s'y commet d'horreurs.
(3) Ghâzy Osman-pacha, le héros de Plevna, actuellement grand maréchal du Palais.

[texte en caractères arabes]

^ De l'arabe
^ Pour [texte en caractères arabes], avec une nuance d'intensité dans le qualificatif.

MÂNY

I.
Je t'ai offert une pomme, tu l'as refusée (0). Tu ne le cèdes pas au diamant. De quelle espèce de jardin es-tu donc la rose, que tu ne te fanes point pendant les mois rigoureux de l'hiver ?

2.
Belle aux yeux (noirs) de femme hindoue, mon cœur a bien rabattu de son orgueil : il dédaignait jadis de se poser sur une rose de médiocre valeur et le voilà maintenant sur les épines (à cause d*un amour malheureuse).

3.
Pourquoi les cyprès à la taille si élancée ne donnent-ils pas de fruits? Les jeunes filles d'à présent sont trompeuses (1) ; elles ignorent le tourment des préoccupations amoureuses.

4.
La lune se lève, elle cherche à sortir de dessous les nuages (il faut un yachmaq (2) à la belle dont les lèvres ont la douceur du miel (3)); ce cœur fou (d*amour), qui est le mien, est désireux de se réunir à sa bien-aimée.

5.
11 y a dix pommes sur ce plateau d'or ; prends-en cinq, laisse les autres (4). Azraël (5) est venu à la porte : « Prends mon âme, lui ai-je dit, et laisse celle de ma compagne».

6.
Sur la branche, la poire se balance (orgueilleusement), une fois tombée à terre, elle devient douce comme le miel, tandis qu'un homme, même devenu grand vizir, n'en conserve pas moins, vis-à-vis de la jeune fille, l'attitude d'un suppliant.

7.
Si je me baigne en août, il se forme une glace que la hache est impuissante à rompre (tant mon tempérament est glacial); mais si je viens à aimer une belle de soixante ans, elle n'a plus que quinze printemps (6).

8.
Regarde le raisin sur la treille ; regarde mon teint affreux (7). Bien que tu ne m'aimes pas, fais-moi l'aumône d'un sourire.

9.
Il y a de l'ail dans les jardins. Si nous nous tenions étroitement embrassés, tous les deux sur une même couche; si nous y tombions dans de longues pâmoisons (8) !

10.
Il y a des roseaux aux jardins; la rose s'épanouit. L'été arrive ; mais je me garderai bien de dire de ma bien-aimée quelle est une rose (de crainte de lui porter malheur (9)) : la rose en effet vit trop peu de temps !

11.
Le temps est couvert (10) aujourd'hui ; le rossignol de l'été chante ; j'aime en ce moment une belle, une rose de Stamboul.

12.
Il fait aujourd'hui un temps brumeux; ce turban ne tient pas sur la tête ; penche-toi pour que je t'embrasse une fois; peut-être aurons-nous soif en route.

13.
Le cri hou (11) provient des couvents de derviches et l'eau des fontaines. Tu es là-bas, moi ici, que pouvons-nous faire ?

14.
Hélas ! mon rossignol, hélas (12) ! le bouton de rose s'est fané (13) ; ton amant est laid et toi belle, comment consens-tu à partager sa couche (14)?

15.
Le plongeur connaît la mer;
Celui qui prend pour femme une fille de muhadjir (15) la connaît ; qui n'a pas tenu dans ses bras une fille de muhadjir (15) ne connaît pas la vie.

16.
Celle qui s'avance, de qui est-elle donc la fille ? Son féredjé (16) est rouge; le rose s'est épanoui sur ses pommettes, je la prenais pour l'étoile du matin.

17.
J'ai placé une pierre sur l'autre, en guise d'oreiller; ma bien-aimée va venir, me suis-je dit, et j'ai laissé pour elle une place vide, à ma droite.

18.
La neige tombe dans les bas-fonds ; elle se déverse dans les gouttières. Quelle espèce de mère lui a donc donné le jour (à cette jeune fille), elle se dérobe toujours à mes étreintes !

19.
La neige tombe à tout petits flocons. Si je collais fortement mes lèvres sur ta bouche ? Où est-elle restée? Elle n'est pas venue la colombe de mon cœur.

20.
Le dessus de la forteresse est en pierre. Ma belle laisse retomber sa chevelure au-dessous des reins. Au-dessus d'yeux châtains qu'un sourcil arqué est bien à sa place !

(0) Allusion à la coutume qu'auraient certains villageois de demander la main d'une jeune fiUe en lui envoyant une pomme dont l'acceptation implique le consentement au mariage.
(1) [texte en caractères arabes] Ahmed-Véfiq-pacha, dans la "Langue ottomane", donne à cette expression le sens de [texte en caractères arabes].
(2) Voile de mousseline dont les femmes s'enveloppent la tête. Il est devenu fort transparent et, au lieu de cacher la figure, ne fait souvent que donner du piquant à la physionomie, quand il est bien porté.
(3)  « Car elle s'efforce, de son côté, de montrer son visage, beau comme la pleine lune » en écartant le yachmaq qui l'enveloppe d'un nuage de gaze».
(4)  Voir ci-dessus, note 0.
(5) L'ange de la mort.
(6) Les deux premiers vers de ce quatrain sont seuls reproduits dans le recueil des vieux dictons d'Ahmed-Véfiq-Pacha; sans les deux vers suivants, il serait assez malaisé d*en faire l'application exacte.
(7) [texte en caractères arabes], tournure intensive, pour [texte en caractères arabes].
(8) Jeux de mots sur sarmesaq et sarmaq.
(9) Les Orientaux sont assez portés à croire à l'influence bienfaisante ou funeste des noms. [texte en caractères arabes] « Les plus beaux noms appartiennent à Dieu », dit le Coran (ch. viii, v. 179). V[oir]. Hammer, Histoire de l'empire ottoman, t. I, p. 86.
(10) Littéralement : « couleur de jacinthe », c'est-à-dire « sombre, bleuâtre comme lui ».
(11) « lui » (Allah). Quelques derviches, cherchant l'extase, tirent ce son, avec effort, du fond de leur poitrine, au cours de leurs pratiques religieuses.
(12) [texte en caractères arabes], période du noviciat des derviches, pendant laquelle le postulant, consigné dans le [texte en caractères arabes], est contraint de s^acquitter des besognes les plus pénibles, de vaquer aux soins du ménage, etc., de là, ce mot en est venu à signifier : « temps d'épreuve, tourment, affliction, malheur ». Dans le langage courant, on dit : [texte en caractères arabes] dans le sens de : « tel est mon sort actuel, telle est ma mauvaise chance ». [texte en caractères arabes] dérive, semble-t-il, du persan [texte en caractères arabes] « quarantaine, retraite de quarante jours ».
(13) « Parce que tu l'as embrassé trop souvent ». [texte en caractères arabes] « tache, tache de rousseur », désigne ici les légères taches roussâtres qui apparaissent sur la rose en train de se fâner.
(14) Littéralement: « Comment peux-tu coucher avec [texte en caractères arabes] ».
(15) Musulman qui s'est réfugié en Turquie, pour fuir la domination étrangère.
(16) Espèce de surtout à l'usage des femmes.

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