FUAD-MEHMED-pacha, homme d'État et littérateur ottoman, né en 1814, à Constantinople, est fils du célèbre poète Izzet-effendi-Kitchegizadé, plus connu sous le nom d'Izzet Mollah, et neveu de Leîla Khatoun, l'une des rares poétesses ottomanes. Aussi reçut-il une éducation plus littéraire que celle de la plupart des jeunes gens qui se destinent aux emplois publics en Turquie. Il s'était déjà fait connaître par quelques poésies, lorsque l'exil de son père, tombé dans la disgrâce de Mahmoud et la confiscation des biens de sa famille, le forcèrent de prendre une profession. Il choisit la médecine, qu'il étudia pendant quatre ans à Galata-Saraï (1828-1832). En 1834, il fut nommé médecin de l'Amirauté, sous Tahir-pacha, et accompagna le grand amiral dans son expédition contre Tripoli. De retour à Constantinople, il quitta brusquement la médecine et entra dans le bureau des interprètes de la Porte. Il y passa plusieurs années à se préparer à la diplomatie, par l'étude de l'histoire, des langues modernes, du droit des gens et de l'économie politique. En 1840 il fut attaché, en qualité de premier secrétaire, à la mission de Chekib-effendi, comme ambassadeur à Londres. Dans les graves négociations alors pendantes, la Turquie se tira d'un pas difficile, et l'honneur en revint en partie aux conseils du jeune secrétaire d'ambassade.

En 1843, Fuad fut nommé, à Constantinople, second interprète de la Porte, puis directeur du bureau de traduction. Il reçut peu après la mission d'aller complimenter la reine d'Espagne, à l'occasion de son avènement, et obtint les plus grand succès à la cour de Madrid. Rien en lui ne sentait le vieux Turc. Il parlait le français à merveille, faisait des mots comme M. de Talleyrand, et se montrait galant comme un Abencerrage. Il remplit une mission semblable près de la reine dona Maria, et reçut le grand cordon de la Tour et de l'Epée, après avoir reçu celui d'Isabelle la Catholique. Il rapporta à Constantinople, après une absence de sept à huit mois, un poème sur l'Alhambra, que les lettrés applaudirent, et un rapport au sultan, dont les hommes d'État ont loué les vues neuves et intéressantes. L'année suivante, peu de temps avant l'arrivée du duc de Montpensier à Constantinople (août 1845), il fut nommé grand interprète de la Porte et se trouva ainsi en communication journalière avec le prince, qui lui fit envoyer, à son retour en France, la croix de commandeur de la Légion d'honneur.

En 1848, étant amedji (grand référendaire) du divan impérial, il fut nommé commissaire général dans les principautés, a la suite des troubles de Jassy et de Bucharest (avril et juin). La conduite de Fuad, dans ces circonstances délicates, a été l'objet de vives récriminations de la part des Moldo-Valaques. Après deux nouvelles missions, l'une en 1850. à Saint-Pétersbourg, à l'occasion de la question des réfugiés, l'autre en 1853 en Egypte. Fuad qui déjà, à son retour de Russie, avait été élevé au poste de mustechar du grand-vizir (ministre de l'intérieur), fut nommé ministre des affaires étrangères, sous le grand-vizirat d'Aali-pacha (6 août 1852). Dans la question des lieux saints, Fuad, par son attitude et par une brochure très-hostile aux prétentions russes (la Vérité sur la question des lieux saints, encourut le mécontentement du czar : le prince Menschikoff le lui ayant témoigné d'une manière offensante, le ministre ottoman envoya sur-le-champ sa démission au sultan (mars 1853).

L'année suivante, il se rendit, en qualité de commissaire du gouvernement, au quartier général d'Omer-pacha, puis en Epire, où il parvint à étouffer l'insurrection des Grecs. Voyant que les négociations n'aboutissaient pas, il avait mis l'épée à la main et chargé les bandes d'insurgés. A son retour de Constantinople, il fut nommé membre du conseil du Tanzimat, nouvellement institué. En mai 1855, il fut rappelé au ministère des affaires étrangères, avec le grade de muchir, et reçut le titre de pacha. Le hatti-chérif du 18 février 1856, la consolidation des rapports extérieurs de la Porte, la création des télégraphes et des phares, tels ont été les résultats de ce second ministère. En septembre 1857, il devint président du conseil du Tanzimat. Ministre des affaires étrangères, lors du retour d'Aali au grand vizirat (11 janvier 1858), il fut chargé de la répression des violences commises en Syrie contre les chrétiens (juillet 1860), et dut s'acquitter de cette mission avec l'appui d'un corps expéditionnaire français.

La manière dont Fuad-Pacha le fit fut l'objet de jugements assez divers, mais en général peu sympathiques dans la presse européenne. Son activité et son esprit de ressources furent du moins très-grands et il ne craignit pas, l'année suivante, de répondre de la tranquillité et de la sécurité du pays, après le départ des Français. Désigné par la conférence européenne comme gouverneur général de Syrie, invité même, dit-on, à en prendre la vice-royauté, il préféra retourner à Constantinople où il fut remis à la tête du Tanzimat et du conseil de justice (juillet 1861); quelques mois plus tard, il redevint grand-vizir (20 novembre), avec la haute surveillance des finances de l'empire, dont il entreprit énergiquement la réforme. Au mois de janvier 1863, il donna sa démission de grand-vizir, fut remplacé par Kiamil-pacha et nommé séraskier ou ministre de la guerre (12 février 1863). Dans ces hautes positions, sa politique parut plus favorable à celle de l'Angleterre qu'à celle de la France.

Il est mort à Nice le 11 février 1869.

Nommé membre de l'Académie impériale des sciences et belles-lettres, lors de sa fondation (mars 1851), Fuad a publié, l'année suivante, une Grammaire ottomane. Outre les distinctions honorifiques que nous avons déjà mentionnées, Fuad-pacha a été décoré de l'ordre du Medjidié de la première classe et de l'ordre du Mérite personnel, grand-croix des ordres de la Couronne de Fer, de Léopold, du Sauveur, de l'Aigle Rouge de Prusse, de Sainte-Anne et de Saint-Stanislas de Russie, des Saints Maurice et Lazare de Sardaigne, etc.

Source : Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains

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