On est loin de l'architecture ottomane avec ce bâtiment de l'hôpital français d'Istanbul, créé au début du XVIIIe siècle, qui devint consulat de France à Istanbul après la guerre d'indépendance en 1924.

Ce bâtiment a été construit par des architectes français près de la place Taxim, au no 4 de l'Istiklal Caddesi, dans un quartier où l'influence occidentale était forte.

L'hôpital français du Taxim était un établissement créé au début du XVIIIe siècle. A partir de 1734, il s'appela Hôpital Saint-Louis. Il s'agrandit au fil du temps, mais devient vite insuffisant. A partir de 1846, il est géré par les soeurs de la Charité. En 1875, il y avait seulement 57 lits.

"Hôpital français du Taxim", carte postale coloriée du début du XXe siècle, envoyée en Allemagne

Un nouveau bâtiment est conçu par l'architecte Pierre-Juste Bourmancé (1845-1893),  "connu pour ses travaux et ses voyages en Orient", qui meurt du choléra trois jours avant le début des travaux prévu le 1er décembre 1893 et qu'il devait diriger. Il est remplacé par M. Carré, un autre architecte qui le construit selon les plans de son confrère (Le Figaro, 3 janvier 1897). 
L'hôpital est inauguré en 1896 et prend le nom de Henri Giffard (1825-1882), un ingénieur et inventeur français dont le legs compléta les fonds débloqués par l'état français.

C'est ce bâtiment qui est devenu , après l'avènement de la république turque, l'actuel consulat de France (en Turc, Fransa İstanbul Başkonsolosluğu).


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Textes

Maurice Pernot, Rapport sur un voyage d'étude à Constantinople en Egypte et en Turquie d'Asie (janvier-août 1912), Paris, Typographie Firmin-Didot, sans date

"Hôpital français du Taxim. — L'immeuble est la propriété de l'État français. Le Consul de France préside de droit le Conseil d'administration de l'hôpital. La direction de l'établissement est confiée aux Filles de la Charité. Dans les 90 lits que compte l'hôpital français, 1324 malades ont passé en 1911. Les Ottomans viennent très volontiers se faire soigner chez nous.

L'installation est très moderne et ne laisse rien à désirer. Mais notre hôpital semble petit, si on le compare aux établissements étrangers du même genre, et, en particulier, à l'hôpital allemand. Il n'a pas de jardins, il manque de pavillons d'isolement. Comme il est situé à l'intérieur de la ville et entouré de constructions, on ne peut pas songer à l'agrandir; il faudrait le transporter ailleurs."

François Alphonse Belin et Arsène de Châtel, Histoire de la latinité de Constantinople, Alphonse Picard et fils, 1894, page 502 et suivantes

"Hôpital français, civil et maritime du Taqcim [Taxim, Taksim]. 

L'origine de l'hôpital que, suivant un ancien document, « on  avait transporté (1) auprès des cimetières, » remonte au moins à 1719; il fut fondé, à cette époque, sous le titre « d'hôpital des Français de Péra», et transformé, en 1734, sous celui « d'hôpital St-Louis, » ou « d'hôpital des Français de la peste, à Péra, » un autre aumônier était attaché à cet hôpital. L'aumônier du temps rapporte que, sur cinquante malades « qui y étaient entrés en 1719, il avait vu avec douleur que trois ou quatre d'entre eux seulement avaient échappé au fléau pestilentiel. » L'hôpital, qui se composait, à cette époque, d'une seule chambre, était entretenu sur la caisse nationale de l'échelle de Constantinople (2). 

En 1720, il est augmenté de quatre chambres ; « une place est réservée à l'autel, dans la galerie, non seulement pour la consolation des malades, mais aussi pour maintenir le droit de dire la messe dans l'hôpital, selon les capitulations. » Dans la même année, un directeur est adjoint aux deux députés-administrateurs. 

Dès cette époque, l'aumônier avait la charge de curé, pour l'intérieur de l'hôpital, ce qui a été confirmé par décret de Mgr Mauri du 24 mars 1795. 

En 1730, l'hôpital est augmenté par l'achat d'une maison contiguë ; mais des réparations assez importantes ayant dû être faites en 1766, M. de Vergennes, en vue de rétablir l'équilibre dans le budget, propose, le 25 mai 1767, de vendre, pour 3,000 piastres, « à l'hôpital des catholiques de Péra, dont celui-ci n'était séparé que par un mur, » la maison enclavée dans «l'hôpital St-Louis ; » la proposition fut adoptée. 

(1) Suivant une note du Bureau des ingénieurs du 6e cercle, en date du 9 Niçan 1290=1874, les terrains existant au Taqcim derrière l'hôpital, faisaient partie d'un « jardin du Taqcim, » créé par sultan Mahmoud I, et sur une parcelle duquel la Vacouf aurait fait bâtir des magasins avec de nombreuses chambres, pour les sou-ialdjani, « inspecteurs des eaux » et les saqqa « porteurs d'eau » ainsi que des baraques, destinées à donner un asile spécial et provisoire aux pauvres et aux victimes des incendies ; le reste aurait conservé le nom de « jardin du Taqcim. » 
(2) Le titre de propriété de la partie vacouf de ce terrain est du 12 rebl-ewel 1279 = 6 septembre 1862. 

L'enclos de l'hôpital s'accrut d'un nouveau terrain de deux cent quarante-six pics, dans la partie longeant l'église arméno-catholique de St-Jean Chrysostome. 

Enfln, l'hôpital fut complètement transformé, le 12 octobre 1840, par la translation qui y fut faite alors, de l'hôpital français de St-Georges, à Galata. 

Un médecin et un économe, sous la surveillance des députés du commerce, furent attachés à l'établissement ; et ces derniers exprimèrent à M. de Bourqueney, ambassadeur, le 27 décembre 1843, le désir de voir la direction de l'hôpital confiée aux sœurs de Charité ; ce vœu fut réalisé, en 1846, par la signature d'un contrat emphythéotique, passé à Constantinople, le 31 décembre 1846, entre Mme la supérieure-générale de la communauté et les députés du commerce, à Constantinople, contrat homologué plus tard par M. le supérieur-général. 

En 1862, sous l'ambassade de M. de Moustier, le gouvernement français racheta, pour la somme de 84,770 francs, le terrain vendu, en 1767, à « l'hôpital St-Jean des Peyrotes, » ainsi que le propre hôpital de ceux-ci ; — l'étendue totale de ce terrain est de mille trois cent vingt pics environ, dont cinq cent vingt vacouf ; ce qui porte l'étendue totale actuelle de l'emplacement de l'hôpital à cinq mille huit cent cinquante trois pics carrés. 

Sœur Thérèse (de Merlis), supérieure, munie du consentement des députés du commerce, a fait construire, vers la rue, sur le nouveau terrain acheté en 1862, et durant l'été et l'hiver de 1865, un corps de bâtiment ayant magasins dans le bas, avec habitation au-dessus. Après extinction des frais de construction, le prix de location de ces immeubles sera une source de revenu pour l'entretien de l'hôpital. 

Avant la remise aux sœurs de l'administration de l'hôpital, le nombre des lits y contenus était de douze ; en 1851, il fut porté à trente-six ; en 1865, il était de soixante-dix; en 1871, le nombre des lits était le même ; en 1875, il était seulement de cinquante-sept. 

Les anciens bâtiments, affectés au service hospitalier, mais dont nous ne saurions préciser la date, paraissent avoir été construits sur la partie de derrière, parallèlement à la grande rue de Péra, du côté de Validé-tchechmé. Les soeurs les plus anciennes de l'hôpital se souviennent que le cabinet du médecin et le parloir étaient de ce côté. Les salles des malades étaient au-dessus, la grande porte d'entrée du même côté encore. Ce n'est qu'après la guerre de Crimée que la grande porte actuelle a commencé à être d'un usage habituel, auparavant elle était comme condamnée. 

A leur œuvre principale, les sœurs en ont adjoint beaucoup d'autres, que nous avons énumérées plus haut, et qui en font un des centres les plus actifs de la charité chrétienne à CP. ; mais l'œuvre première et celle qui donne le nom à la maison c'est encore l'ancienne : « l'Hôpital français. » 

Le nombre des malades traités dans l'établissement est en moyenne de six cent quatre par an. Le nombre des sœurs employées aux diverses œuvres est de vingt. 

Depuis de longues années on se plaint du mauvais état et de l'étroitesse de la maison : on a fait différents projets de reconstruction, ou de déplacement ; on paraît déterminé maintenant à reconstruire l'hôpital à neuf, mais sur le même emplacement.Le gouvernement français a alloué une somme considérable pour cet effet."

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