Un beau projet plurilingue et pluriculturel initié par le marseillais Henri Cayol , imprimeur français installé à Istanbul. La revue ne connut malheureusement qu'un seul numéro paru en 1852.
Journal asiatique de Constantinople. Recueil
mensuel de mémoires et d'extraits relatifs à la philologie, à
l'histoire générale, à l'archéologie, à la géographie, aux sciences et
aux arts des nations orientales et asiatiques en général, et
principalement des nations qui ont habité ou habitent l'empire ottoman
; rédigé par plusieurs savants orientaux et européens orientalistes
dirigé et publié par Henri Cayol. Tome Ier, n° 1, janvier 1852.
Constantinople, Imprimerie orientale d'Henri Cayol.
96 pages, planches
Sommaire
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Introduction par H. Cayol
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Expédition de Basrah par Khaïri Effendi, trad. par Ch. Schefer (premier article) [français et turc]
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Fragments d'un voyage en Asie mineure par Mr. le Dr Mordtmann
I. Recherche de Scepsie
II. Priapus, ville grecque ancienne, et Exquise ville du moyen âge
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Littérature arménienne
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Introduction du panacer, texte et traduction par Mr. J. Hissarian [français et arménien]
- Recherches
géographiques, premier article, découverte du nom d'une ville inconnue
de l'Ionie, texte de Mr. I. G. Latris, trad. de H. Cayol [français et
grec]
-
Variétés, Bibliothèques ottomanes
Extrait de la préface
Un Journal Asiatique publié à
Constantinople paraîtra peut-être au premier abord une chose hasardée
aux yeux de beaucoup de personnes. Nous avouerons que nous avons nous
même partagé longtemps cette crainte, mais nous avons cru qu'enfin il
était temps de commencer cette publication, dont nous nourrissions
l'idée depuis une douzaine d'années. Les éléments scientifiques
existant dans le pays qui peuvent servir de matériaux au journal sont
nombreux parmi les nationalités et les fragments de nations qui vivent
dans l'empire. Nous sommes en rapport avec beaucoup de personnes qui
sont dans la cas de traiter des questions importantes et qui nous
aideront de leurs travaux. Voilà pour les éléments indigènes propres au
pays. Mais il faut tenir compte aussi des Européens qui, transplantés
ici pour des affaires locales, se trouvent par état ou par goût dans le
cas de s'occuper d'études orientales. Depuis l'envoi d'ambassades
européennes près la Sublime Porte, leur résidence fixe et
l'établissement de nombreuses maisons de commerce, le nombre des
européens, bien que variable, a toujours été assez grand dans le pays.
Ces éléments réunis seront, nous l'espérons, plus que suffisants : ils
sont capables d'alimenter et d'assurer le succès de cette publication;
nous sommes intimement persuadés que les personnes qui nous ont promis
leur collaboration ne nous feront pas défaut, nous en avons l'assurance
et nous avons droit d'y compter. Les Orientaux, travailleront en cela
pour le progrès de ce pays et le stimulant qui les pousse à se mettre
sur le rang des Européens et à mériter leurs « suffrages nous parait
être du meilleur augure. Désormais les Turcs, les Grecs, les Arméniens
et toutes les autres populations de l'Empire tendent à se confondre
dans une nationalité commune qui doit grandir sous l'égide d'un
gouvernement unique, bien qu'appelé à régner sur des croyances
diverses. La loi civile, devenue égale pour tous, rendra les droits de
chacun égaux et fera disparaître cet antagonisme qui était jusqu'à ces
derniers temps un obstacle à toute amélioration. Ce qui s'est fait
ailleurs peut se réaliser ici ; le moyen âge n'a-t-il pas eu en Europe
ses rigueurs et ses aberrations ? Les juifs et les hérétiques n'ont-ils
pas eu à souffrir des traitements et des persécutions qu'on se
refuserait à croire, si l'histoire ne les avait racontés et appuyés de
témoignages irrécusables ? Donc la progrès réalisé ailleurs est
réalisable ici et la voie de réformes et d'instruction qui se développe
tous les jours davantage dans toutes les classes y conduira, tout le
démontre, en beaucoup moins d'années qu'il n'en a fallu dans plus d'un
pays civilisé de l'Europe. C'est sous tous ces points de vue que les
Ottomans et les Orientaux qui s'occupent d'études et de publications
travailleront au progrès général de leur pays.
Quant
aux Européens instruits et orientalistes résidants ou voyageurs qui
pourront contribuer au Journal Asiatique de Constantinople, il serait
superflu de faire ressortir ce que le résultat de leurs travaux peut
amener de bien pour le pays et de dire quels sont les motifs qui
peuvent les engager à y coopérer. L'instruction solide résultant de
l'éducation européenne, l'esprit de jugement et de critique aujourd'hui
si avancé et si défini, le désir d'investigations scientifiques
toujours plus actif; et puis les idées de civilisation, qui maintenant
ont pénétré profondément les esprits européens et qui les guident à
s'en servir non pas seulement pour leur propre usage et leur intérêt
particulier, mais encore dans leur essence vraie, philanthropique et
divine qui fait qu'on voudrait pouvoir infiltrer ces mêmes idées
bienfaisantes de civilisation chez tous l'es hommes qui en définitive
sont nos frères; toutes ces causes, qu'on sent bien mieux qu'on ne peut
définir et qui sont le vrai motif de l'intérêt qu'on porte à l'Orient,
seront plus que suffisantes pour les engager à coopérer activement à la
publication de recherches et d'études utiles, sous tous ces rapports, à
l'humanité toute entière.
Au surplus la
diversité des objets qui pourront être traités dans ce journal
permettra une grande variété de matières, et donnera accès à un grand
nombre de collaborateurs.
Tout ce a qui
rapport aux langues parlées actuellement dans l'Empire Ottoman, comme
le Turc, l'Arabe, le Persan, le Grec, l'Arménien, le Kurde, plusieurs
langues slaves, le Vaslaque, etc, etc; ou bien à celles qui y ont été
en usage dans les temps anciens, comme l'Hébreu et les autres langues
sémitiques, le Grec hellénique et ses nombreux dialectes, les langues
Assyrienne, Médique et Babylonienne, le Copte et tant d'autres peu
connues et même oubliées, pourront être dans ce recueil l'objet
d'articles spéciaux.
Les Antiquités,
principalement celles des localités de l'Empire, occuperont une place
marquante dans ce recueil. Et quel est le pays qui pourrait en
présenter des vestiges aussi étendus et aussi intéressants ? C'est une
tâche utile que de faire revivre par des recherches suivies et des
explications laborieusement élucidées des monuments qui étaient perdus
ou inexpliqués. Par eux, nous pouvons mieux connaître les peuples qui
ont vécu avant nous et qui bien souvent ont possédé des sciences et
pratiqué des arts à un degré supérieur à celui de notre temps. C'est
sauver quelques débris de ces naufrages nombreux dans lesquels une
foule de nations ont péri et qui, malgré le vif éclat de puissance et
même de science qu'elles ont répandu à leur époque, n'ont presque
laissé d'autres traces que celles qui restent écrites sur quelque
pierre» que le temps d'un jour à l'autre peut détruire. On conçoit donc
combien peuvent être intéressantes ces publications d'antiquités, dont
l'Europe est avide et dont les recherches des voyageurs témoignent
journellement. Ce sera là le moyen de publier dans le pays même les
antiquités existant dans l'intérieur et de ne plus en laisser
l'exploitation exclusive aux étrangers qui, il faut le dire, n'ont pas
toujours agi dans l'intérêt de la science et des monuments eux-mêmes.
La
numismatique offre aussi un genre d'antiquités des plus intéressants.
Chaque jour la terre nous rend ce que les temps anciens avaient confié
à son sein et nous voyons dans ces petits monuments, vrais témoignages
historiques, des indications qui viennent éclaircir des faits douteux,
en révéler de nouveaux et même quelquefois en détruire d'erronés. Ainsi
nous insérerons dans l'occasion les pièces nouvelles et rares
appartenant à la numismatique grecque et romaine, puis nous soignerons
davantage celles des dynasties musulmanes de tous les pays et de toutes
les époques et enfin nous donnerons une attention toute particulière à
la série des monnaies et des médailles de l'Empire Ottoman, qui, entre
toutes ces catégories, figurera au premier rang dans ce recueil.
La
collection des monnaies turques a excité depuis bien longtemps notre
zèle et à cet égard nous pouvons nous féliciter de jouir du grand
avantage de pouvoir examiner à loisir les monnaies nombreuses et
variées d'une des plus illustres et des plus anciennes dynasties
régnantes, d'abord dans notre collection particulière, puis dans
d'autres encore, plus importantes qui se sont formées dans ce pays et
auxquelles nous avons été appelés à donner nos soins. Les monnaies de
l'époque primitive Ottomane, se perdent dans le style des pièces
coufiques et par conséquent, outre l'intérêt historique, elles offrent,
encore, dans leur forme irrégulière, et dans l'écriture d'un autre âge,
cet attrait d'antiquité dont les collections de pièces tout à fait
modernes sont privées. L'étendue des possessions ottomanes et le grand
nombre d'ateliers monétaires qui ont concouru à fournir le numéraire de
l'Empire Ottoman aux diverses époques, contribueront à rendre la
publication de cette série aussi intéressante que curieuse.
La
littérature, la philosophie et les sciences en général de tous les
peuples qui ont vécu ou qui vivent en Orient, le compte-rendu des
publications locales, quelquefois l'histoire naturelle, et même les
productions curieuses des pays Orientaux, les notions géographiques et
la politique aussi comme dans ses rapports avec la législation,
l'économie et l'administration, gouvernementales pourront y être
traités ; dans l'occasion, mais sans s'y occuper des détails des faits
politiques journaliers.
L'influence
qu'ont eue sur le développement de l'esprit humain et sur les destinées
du Monde en général les travaux scientifiques et littéraires des
peuples anciens, et la diffusion des connaissances qui en était
résultée chez la plupart des peuples même occidentaux, sont là pour
prouver, l'utilité des recherches et des travaux sur ces matières.
Laissant
de côté pour le moment l'Asie, l'Égypte, la Phénicie et les autres
nations de ces époques reculées, jetons un coup d'oeil rapide, sur
celles dont l'influence a été plus directe et dont les effets se sont
fait sentir d'une manière plus efficace et plus durable.
La
Grèce, en s'initiant aux sciences par l'Asie et l'Egypte, s'était bien
vite assimilé ces notions, tout en les façonnant à son type, qu'elle
sut conserver propre en l'empreignant de son esprit. De plus,
comprenant qu'il y avait là une mission providentielle, elle s'était
servie de toute l'activité de son commerce pour répandre des
connaissances chez tous les peuples avec lesquels elle fut plus ou
moins en contact.
Les Latins, dont la langue n'était qu'un dialecte rude des
nombreuses formes pélasgiques anciennes, en étendant leur domination
sur toute l'Europe et sur presque tout l'Orient, firent du bien à
quelques parties arriérées de l'Occident, qu'ils élevèrent jusqu'à un
certain niveau, mais ils nuisirent d'une manière fâcheuse à l'Orient.
C'est à partir de leurs conquêtes que la décadence se manifesta,
produite par l'ignorance des arts, les spoliations des proconsuls, la
cessation de l'influence conservatrice des gouvernements locaux, dans
des pays désormais devenus provinces éloignées d'un centre au delà des
mers; toutes causes probablement calculés par un Sénat habile et
astucieux pour affaiblir et mieux façonner au joug des peuples
nouvellement soumis.
Mais ces causes de
dissolution sociale agissant aussi contre l'état lui même, comme les
mauvaises passions qui tuent, finirent par gangréner l'empire romain
jusqu'au coeur et le livrèrent en quelques siècles, morceau par
morceau, à la merci des peuples barbares. Là commence pour l'Europe ce
moyen âge qui n'a bien profité qu'aux peuples du nord, en leur
permettant de se façonner aux restes de la civilisation de ce temps,
dont l'abaissement était leur oeuvre. Du reste cette époque fut pour
l'Europe un temps de sommeil intellectuel, où la science et
l'organisation sociale étaient à l'état léthargique, et dont les
nations ne devaient sortir qu'à l'aide de rayons lumineux reflétés de
nouveau par l'Orient.
La renaissance des
lettres et des sciences en Occident provint de plusieurs causes actives
mais lentes, suivant le génie de cette époque. Ce furent, le contact
produit avec l'Orient, soit par les croisades, soit par le commerce ;
puis l'imprimerie dont l'idée première, on le sait bien aujourd'hui,
est venue, de l'Asie; ensuite la migration d'un bon nombre de savants
grecs qui transportèrent en Occident une foule de connaissances qui
s'étaient conservées en Orient, vérité que nos travaux ultérieurs
feront paraître dans tout son jour; et puis encore les relations avec
les Arabes d'Espagne. Sur ce dernier point, lorsque tout le monde est
d'accord là-dessus, est-il besoin de répéter que des notions
importantes, sources du progrès scientifiques en astronomie, en
physique et dans beaucoup d'autres branches, ont pris naissance par
l'intelligence et la traduction, au moyen âge, des livres arabes que
l'Espagne possédait. Chose remarquable : c'est lorsque l'Europe se
préparait à tirer tant de profit de cette initiation de l'esprit de
fanatisme, toujours plus fort et animé d'un accès, hélas malheureux,
prenait à coeur de détruire tous les monuments écrits d'un peuple qui
leur léguait, en s'éloignant, une masse du connaissances qui devaient
plus tard si bien fructifier ! Il semble que la providence, avare en
général de ses dons, l'est encore plus en fait de sciences. Ne dirait
on pas que si d'une main elle répand abondamment les bienfaits des
connaissances et de la civilisation, de l'autre elle reprend et mesure
ses dons, et qu'assimilant l'instruction et le progrès de l'esprit à la
nourriture et au développement physiques, elle ne laisse prendre au
monde intellectuel que la part de connaissances qui doit suffire à son
époque ?
Quant aux sciences religieuses,
nous pourrons nous en occuper lorsqu'il s'agira de l'historique simple
de faits ou même de détails relatifs aux cultes anciens ; mais nous
nous garderons bien d'aborder les questions brûlantes encore pour le
pays, des croyances actuelles qui ont divisé non seulement l'Orient
avec l'Occident, mais même l'Orient lui-même en tant de fractions qu'il
est presque impossible de les compter.
Nous
bannirons donc toutes les questions de ce genre qui amèneraient des
polémiques toujours inutiles, sinon dangereuses. Ainsi loin d'exciter
les esprits à la division dans les croyances, nous aurons toujours en
vue l'union et la paix. Nous nous rattacherons toujours à cette idée
grande, universelle et nécessaire de l'amour de Dieu et de l'humanité.
Nous
nous rappellerons toujours que ce double précepte doit marcher uni et
qu'il ne peut se scinder sans conduire à deux erreurs également,
funestes qui seraient : le fanatisme dans le développement outré et
exclusif du dogme et du culte, ou bien l'oubli de la religion et les
excès qui en résulteraient dans le développement trop mondain de
l'ordre extérieur.
La première de ces
erreurs, le fanatisme, a fait son temps, comme chacun sait, et
l'Orient, dans la tolérance qu'il met en pratique depuis longues
années, est bien aussi avancé que tout autre pays du monde. La seconde,
le développement matériel de l'humanité, offre en Orient une phase plus
consolante même qu'ailleurs, parce que les idées religieuses y sont
plus vivaces. Les esprits y sont habitués à une sagesse de conduite qui
étonne même les étrangers. La population musulmane de l'intérieur
possède encore, suivant le rapport d'une quantité de voyageurs
européens, ces vertus domestiques qu'on désigne sous le nom de
patriarcales ; et les chrétiens de différents cultes, attachés
sincèrement à leurs croyances, remplissant leurs devoirs religieux et
civils avec la plus grande exactitude, apprennent de plus en plus, sous
les auspices d'un gouvernement juste et paternel, à se respecter
mutuellement et à vivre pacifiquement ensemble ; c'est la charité mise
en pratique suivant l'esprit est la lettre de la loi.
Puis,
entre les autres études qui viendront prendre place dans notre recueil,
nous donnerons un soin spécial à celles relatives à l'histoire de
l'Orient. Pour les peuples les plus anciens qui ont cessé d'exister,
tels que quelques-uns de la race sémitique et autres de cette époque
reculée, ou qui se sont transformés comme les anciens Persans, et les
Egyptiens, on ne peut guère espérer de rencontrer des ouvrages relatifs
à leur histoire, mais il est bien possible qu'un monument inconnu
vienne l'éclairer d'un nouveau jour. De notre côté nous nous croirons
heureux si notre recueil peut faciliter la solution de ces questions
ardues et aider les savants qui s'en occupent à trouver le complément
des explications de ces anciens monuments, dont la délucidation peut
compter comme une des plus belles conquêtes modernes de l'esprit humain.
Pour
ce qui a rapport à l'histoire des peuples qui existent encore et qui
vivent dans l'Empire Ottoman, leur histoire liée à celle des temps
modernes doit nous engager à faire les recherches les plus suivies, et
bien qu'il soit difficile de retrouver des documents pour leur histoire
primitive, du moins à partir de certaines époques déterminées, les
livrer, historiques existants parvenus jusqu'à nous, nous donnent
presque, la certitude de pouvoir tôt ou tard combler les lacunes qui se
font encore sentir. Nous parlons ici en général de toutes les
nationalités vivant dans l'Empire Ottoman. Tout le monde sait qu'un
ancien proverbe en porte le nombre jusqu'à 72 1/2 et bien que cette
quantité soit fort exagérée, il n'en montre pas moins l'idée qu'on se
fait d'un nombre grand et indéfini de nations y vivant ensemble.
Cependant, quoique l'histoire de tous entre dans le but général de
notre recueil, vu l'état d'instruction de quelques-unes de ces
populations, comme des Bulgares, des Albanais et autres, ces classes,
bien que tout aussi intéressantes ethnographiquement parlant, ne
pourront fournir que peu et rarement des sujets d'études historiques
Nous dirigerons nos efforts principaux sur les histoires des nations
qui, par le nombre de leurs populations, l'importance de leurs
gouvernements, et l'étendue de leurs possessions, ont occupé la plume
de beaucoup d'historiens et chez qui les documents nombreux qui ont
existé font espérer d'en rencontrer de perdus et d'inconnus.
Nous
devons citer en en premier lieu, et suivant l'ordre des temps, les
sources grecques helléniques, comme étant la littérature la plus
ancienne de ces pays ; puis les histoires de l'Empire byzantin qui,
dans ses premières époques, était bien encore cet Empire romain qui
s'appelait le monde, mais qui ne tarda pas à s'affaiblir
considérablement, se transforma et a fini par ne former dans son
ensemble que quelques provinces de l'Empire Ottoman.Puis, les histoires
des Arabes, leurs rapides et surprenantes conquêtes, l'histoire du
Khalifat à Damas et à Bagdad, la formation de ce nombre si considérable
de Dynasties, leurs luttes continuelles et la dispersion de la plupart
d'entr'elles par l'établissement, à leur place, de l'imposante
Puissance Ottomane, qui régit ses vastes provinces depuis les bords de
l'Adriatique et du Danube, jusqu'aux mers de l'Inde et aux montagnes
intérieures de l'Afrique.
C'est
principalement dans les branches des histoires musulmanes qu'il y a le
plus à faire, non seulement pour dé. couvrir ce qui est égaré, mais
encore pour mettre en ordre et publier tout ce qui existe inédit. Mais,
nous l'avouons, c'est ici surtout que se fait sentir l'insuffisance des
efforts d'un seul homme ; et si nous offrons nos services pour des
publications semblables, ce n'est pas que nous les croyions d'une
exécution facile à réaliser dans les conditions voulues, mais c'est
parce que nous croyons qu'un succès assuré en suivrait l'exécution. La
publication des historiens Byzantins, qui a tant honoré le gouvernement
de Louis XIV, faite avec la traduction latine par des savants
compétents, fut accueillie à cette époque avec la plus grande faveur eh
bien ! le monde savant attend depuis longtemps une publication
semblable à l'égard des peuples musulmans.
Elle
pourrait se diviser en deux branches principales : l'une, la plus
ancienne, est celle qui a rapport à l'établissement de l'Islamisme, au
Khalifat et finit à la destruction de la Dynastie des Abassides à la
prise de Bagdad par Hulagou l'an 656 de l'hégire. Ensuite, comme
complément, il faudrait y joindre l'histoire de toutes les Dynasties
musulmanes, depuis l'origine jusqu'à cette époque, et de plus, comme
prolégomènes à. cette époque historique, il faudrait y admettre if
l'exemple de la plupart des auteurs orientaux, les notions relatives à
l'histoire pro islamique. Cette période, que l'on fait remonter aux
premières époques du Monde, contient à ne pas, en douter des mythes et
des légendes dont beaucoup ne sont pas d'accord avec les idées reçues,
mais sièrait il bien de les rejeter à priori, lorsqu'elles peuvent
contenir une foule de traditions vraies que la critique, aidée des
élucidations de la science et des découvertes journalières, pourra peut
être plus tard démêler et réhabiliter en partie ?
L'autre
branche des histoires musulmanes touche encore de plus près aux études
locales, c'est celle qui embrasse la généralité de l'histoire turque,
dont les chroniques et les documents, de toute espèce forment une masse
de renseignements du plus haut, intérêt. Bien que les premiers âges de
cette puissante monarchie, n'aient pas reçu tous les développements
historiques que des auteurs contemporains auraient pu lui donner,
cependant plusieurs historiens s'en sont occupés assez tôt pour ne pas
laisser perdre le souvenir de tous les faits primitifs de cette époque
toute chevaleresque de l'établissement et de l'agrandissement de
l'Empire. Lorsque les Sultans, se furent ensuite affermis solidement
par la prise de Constantinople, ils chargèrent officiellement, un
écrivain du soin de rédiger des annales et dès lors les faits
historiques en en leurs enregistrements réguliers et continuent à être
transcrits même de nos jours. Indépendamment de cette charge
officielle, un grand nombre d'autres auteurs ont écrit des histoires
générales ou particulières et même partielles qui font, connaître une
grande quantité de faits.
M. de
Hammer, pour composer sa belle histoire de l'Empire Ottoman, a eu
l'heureuse idée de recueillir autant qu'il a pu tous les historiens,
les géographes, les livres de lois, les pièces d'état et une quantité
d'autres ouvrages relatifs à l'histoire Ottomane il a pu en former une
collection, importante qui, achetée ensuite par le gouvernement
Autrichien, et déposée, pour le bien de la science à la bibliothèque
Impériale de Vienne, est devenue accessible aux savants. Il est bien
possible d'augmenter encore cette collection: des ouvrages rares que
cet orientaliste n'a pu se procurer, malgré ses soins et ses
recherches, existent ici dans des dépôts publics ou privés ; ils
pourraient devenir plus tard, ainsi que tout ce qui est encore inédit,
l'objet de cette publication bien désirable.
En attendant, que la réalisation d'un pareil voeu, que
nous appelons de toutes nos forces et sur laquelle nous reviendrons,
puisse s'effectuer soit par ordre du gouvernement qui en chargerait une
commission, soit par une société libre qui se formerait dans ce but,
nous poursuivrons dans notre journal la publication des recherches
historiques, que Messieurs nos collaborateurs Orientaux et
Orientalistes nous communiqueront eh fait d'études sur les ouvrages
nombreux et rares qui existent dans les bibliothèques de l'Orient. Ces
dépôts, comme on sait, sont en grand nombre et bien qu'ils aient été
visités cent fois par des voyageurs, ils offrent et offriront encore
longtemps de grands sujets de recherches, parce que ce ne sont pas là
des matières qui puissent s'épuiser de sitôt,. A part quelques savants
qui ont prolongé leur séjour dans ce but, la plupart des voyageurs qui
les ont visités ou manquaient de connaissances spéciales, ou se
contentaient de prendre le titre de quelques ouvrages en passant,
sans en approfondir le contenu. Une foule de causes contribuent encore
bien souvent à tenir ignorés dans ces bibliothèques des livres
intéressants. Cela se voit journellement en Europe, malgré le soin avec
lequel les livres sont examinés : un titre manquant ou fautif, un
traité placé à la suite d'un autre, etc., contribuent quelquefois à
laisser ignorer longtemps le contenu d'ouvrages très précieux. Citons
aussi la classe des livres dits Medjmou'a c'est à dire recueils, terme
générique donné à des sortes d'albums, livres de notes, extraits
d'auteurs, choix de poésies, etc., où l'on rencontre des choses
extrêmement curieuses et le plus souvent inattendues. Le goût de ces
livres bizarres, parmi lesquels il ne s'en trouve pas deux qui se
ressemblent, est très répandu chez les Turcs. Chaque bibliothèque
publique en possède un bon nombre, et il n'est, pas d'effendi lettré
qui n'en ait déjà dans sa bibliothèque et ne forme aussi par lui-même,
selon son goût et ses études, quelqu'un de ces recueils.
Ainsi pour l'Orient l'étude de l'histoire dans toute sa
généralité, c'est-à-dire celle de tout son passé, histoire des annales,
histoire de l'art, histoire de la philosophie, histoire de la
littérature, tout est intéressant, tout est essentiel, tout est vital
pour lui. Ce n'est que par l'étude de cette histoire générale que
l'Orient apprendra à se connaître lui même, il ne fait encore que s'en
douter. Les peuples de l'Orient ont tous eu, tour à tour, un passé
brillant de gloire et de science. Ce qu'ils ont été, ils peuvent le
devenir encore ; le bienfait d'un gouvernement éclairé et d'une
éducation forte peut les ramener à ce point de science et de bien
être, et l'Orient, nous le croyons, est destiné à cette réalisation.
Mais il y arrivera par l'étude approfondie de son passé, ce n'est que
lorsqu'il saura bien ce qu'il a été, qu'il se sera rendu maître de ses
connaissances anciennes en les polissant au Progrès du jour, qu'il
pourra redevenir savant et glorieux comme aux beaux temps de son
antiquité. C'est à aider à ce résultat que nous espérons que ce journal
pourra être de quelque secours.
Pour
nous, au moment où nous commençons la publication d'une oeuvre
pareille, après en avoir expliqué le but et les moyens, si on nous
demande quels sont nos titres scientifiques, quelles seront nos
fonctions, quelle sera notre part dans les travaux sus-énoncés, nous
répondrons que nous ne pourrons que peu par nous même en fait de
science, mais nous avons une volonté ferme de travailler au progrès de
l'Orient, nous poursuivrons ce but avec persévérance, en tâchant de
servir de lien, entre les savants orientaux et les Européens
orientalistes, en nous présentant à eux avec notre imprimerie, ce
puissant moyen d'instruction, comme un centre commun où viendront
affluer les efforts de quelques-uns pour se refléter sur tous. Nous les
dirigerons d'après une expérience résultant de bonnes études, d'un peu
de criterium s'appuyant sur un long séjour dans le pays et sur la
connaissance, de ses besoins, et puis de beaucoup d'amour pour
l'Orient, que, nous considérons comme une nouvelle patrie. Aussi, nous
regardons cette mission que nous nous donnons comme une oeuvre toute de
charité, qui devra dorénavant, occuper toute notre vie, et c'est à son
exécution que nous allons en consacrer tout le restant. Puissent nos
voeux se réaliser; puissent l'Orient et l'Occident se comprendre de
plus en plus ; laisser tomber, nous le répétons, les derniers restes
des rivalités qui jusques dans ces derniers temps, avaient empêché la
réalisation d'une alliance sincère, et s'établir cette unité de vues et
d'idées scientifiques, philosophiques et philanthropiques qui doit la
cimenter et la rendre permanente. Au reste nous croyons le temps bien
choisi ; l'Occident est on ne peut mieux disposé, l'Orient possède un
souverain, dont les efforts secondés par, le concours de ministres
intelligents tendent à favoriser fortement le progrès en toutes choses.
Ces circonstances sont déjà un fait providentiel qui assure pour un,
avenir très prochain la réalisation, de ce double, bienfait si désiré
de voir l'Orient régénéré établir une paix et une entente durables avec
l'Occident.
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