Lieu stratégique, lieu de souvenir pour de nombreux pays qui participèrent à la Ière guerre mondiale, c'était et c'est toujours un passage important entre la mer Noire, la mer de Marmara et la Méditerranée.

Çanakkale est maintenant une ville d'environ 90000 habitants. Elle est connue pour sa proximité avec le site de Troie et les monuments aux morts turcs et étrangers de la bataille des Dardanelles qui eut lieu pendant la Première guerre mondiale.

L'entrée des Dardanelles, Ludwigsohn, Place Karakeui, Constantinople, carte postale envoyée en 1912

 

 Chanak, carte postale sans date, début XXe siècle

Extrait du Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Larousse, 1888 ?

CHANAK-KALESSI ou KALE-SULTANIE, ville forte de l'Asie-Mineure, vilayet de Constantinople, sandjak de Bigha, sur la rive droite des Dardanelles, à 235 kilom. S.-E. de Constantinople et à 25 kilom. N.-O. de l'entrée du détroit, par 40° 8' de lut. N. et 24° 3' 51" de long. E. : 7.000 hab. Les Occidentaux l'appellent Ville des Dardanelles d'Asie. Le mot turc chanak veut dire "poterie" ; la ville, qui a reçu son nom de ses nombreuses fabriques de poteries, renferme environ 2.000 maisons en bois et une douzaine de minarets; ses rues sont sales et mal pavées; sa population se compose de Grecs, de Turcs et de Juifs. Chanak-Kalessi a acquis une certaine importance depuis l'organisation des services des bateaux à vapeur, parce qu'elle est devenue le point d'arrivée et de départ des caravanes qui vont à La Mecque. Les voyageurs trouvent là des guides pour aller à Smyrne et à Constantinople par terre. Le château de Chanak-Kalessi, ou château des Dardanelles d'Asie, se trouve sur la pointe N. de la baie des Barbiers. La pointe du château est basse, et se projette un peu à l'O. vers la côte d'Europe, dont elle n'est éloignée que de 1.400 mètres. Dans cette partie étroite du détroit, dont le fond est de 80 mètres, le courant est très rapide. Les fortifications, qui sont sur la pointe du château, présentent un aspect formidable. Le château a 171 embrasures et 102 pièces de canon. Une garnison assez forte y est casernes. La rivière Rhodins se jette dans la partie septentrionale de la baie des Barbiers et coule sous les murs du château.

Extrait de Joanne, De Paris à Constantinople, 1886

Le château d'Europe, appelé Kélid-ul-Bahar [Kilitbahir] (la clef de la mer), composé d'une vieille tour et de fortifications plus modernes, avec un village alentour, est bâti sur la pointe que les anciens nommaient Gynosséma (le tombeau de la chienne), en souvenir d'Hécube : suivant la Fable, cette malheureuse reine avait été changée en chienne, allusion aux imprécations qu'elle avait lancées aux Grecs qui l'emmenèrent prisonnière. Une bataille navale entre les Athéniens et les Spartiates fut livrée devant ce cap à la fin de la guerre du Péloponnèse. 

En face du Gynosséma, on voit sur la rive d'Asie l'embouchure de la rivière des Dardanelles, qui descend de l'Ida, et répond, selon Strabon, à l'ancien Rhodios d'Homère. Le château d'Asie, que les Turcs nomment Sultanié-Kalessi ou Boghas-Hissar, s'élève à l'embouchure de cette rivière. Il se compose d'un château massif et de batteries rasantes modernes ; à côté s'étend le gros village de Khanak-Kalessi [Çanakkale], que les Européens appellent Dardanelles. Ses minarets, ses maisons rouges, jaunes, vertes et brunes, les habitations des consuls, surmontées de leurs drapeaux, donnent un avant-goût du Bosphore. 

Les navires qui franchissent le détroit des Dardanelles sont forcés d'y relâcher pour montrer leurs patentes de santé et obtenir la libre pratique à l'aller, ou leurs firmans à la sortie ; en temps d'épidémie, c'est là que les navires qui viennent de la Méditerranée purgent la quarantaine. Les navires des Messageries maritimes françaises et du Lloyd autrichien y font une courte escale (env. 1 h.). En cet endroit le détroit n'a que 1950 mèt. de largeur. Le courant des eaux, coulant sans cesse de la mer Noire vers la Méditerranée, est d'une grande rapidité et impossible à vaincre sans un vent favorable du S. ou la puissance de la vapeur. 

Extrait de la Grande Encyclopédie, 1885-1902

DARDANELLES. Détroit qui donne accès de l'archipel dans la mer de Marmara, séparant l'Europe de l'Asie. Ce détroit, qui est l'Hellespont des anciens et qu'on a souvent appelé aussi détroit de Gallipoli [Gelibolu], doit son nom à l'ancienne ville grecque de Dardanus. Il a 70 kil. de long, une largeur qui varie de 4,800 m. à 7 kil. seulement. Le rivage européen est bordé de falaises et peu fertile ; le rivage asiatique en pente douce est en grande partie couvert de vignobles et de jardins. La profondeur est assez grande, 50 à 60 m. en moyenne, malgré quelques bas-fonds. Un courant très rapide va du N.au S., de la mer de Marmara à l'Archipel ; c'est le principal obstacle à la navigation, réellement gênant quand souffle le vent du N. (au printemps et en été), presque insensible quand souffle le vent du S. (automne et hiver). 

Le long des Dardanelles, les principaux points sont : sur la rive européenne, le cap Belles qui marque l'entrée du détroit, la baie d'Ak-bachi-Siman (ancienne Sestos), le Kara-Onasou (Aegos Potamos), la ville de Gallipoli ; sur la rive asiatique (Koum Kaleh, à l'ancien cap Sigée, non loin de Troie), Kepor Bouroun (l'ancienne Dardanus), Lamsaki (Lampsaque). Les fortifications des Dardanelles, qui sont considérées comme la clef de Constantinople du côté de la mer, ne sont plus à la hauteur des procédés modernes d'attaque. Nous en donnons une brève description. 

A l'entrée du détroit, qui a environ 4 kil. de large, sont deux forts que Mohammed IV fit élever en 1658 pour se garantir contre la flotte vénitienne : Sedil Bahr en Europe et Koum-Kaleh en Asie. En face de la pointe des Barbiers (Asie), ancien promontoire de Dardanus, le baron de Tott bâtit en 1771 un petit fort sur la côte d'Europe. A 20 kil. au N. de l'entrée sont les ouvrages essentiels, les deux fameux châteaux des Dardanelles au point le plus resserré du détroit qui n'a ici que 4,800 m. de large : Mohammed II les fit bâtir aussitôt qu'il se fut rendu maître de Constantinople ; celui d'Europe s'appelle Kilid-Bahr, le verrou de la mer ; celui d'Asie Kalé-Sultanié, la grande forteresse du sultan ; on les appelle encore Roumeli et Anadoli. Ce défilé maritime, formé par le promontoire asiatique de Nagara dont les roches sous-marines obligent les navires à serrer la côte d'Europe, serait infranchissable s'il était bien défendu. On a bâti, depuis 1867, quatre batteries sur la côte d'Asie : Medjidié au N. de Kalé-Sultanié, Nagara à la place de l'ancienne Abydos ; sur la côte d'Europe, Namasigja et Degirmenbournou (au S. de Kilid-Bahr). L'ensemble de ces ouvrages est armé de deux cents canons environ. 
— Le commerce des Dardanelles se fait par le port de Kalé-Sultanié ; la valeur est de plus d'un million à l'entrée et autant à la sortie. 

Histoire. — Les Dardanelles n'ont pris leur rôle stratégique que depuis l'invention de l'artillerie ; jusqu'alors le passage n'en pouvait être intercepté que par une flotte, et l'importance stratégique appartenait plutôt à la Chersonèse de Thrace, la longue et étroite presqu'île de Gallipoli que l'on fermait du côté du continent par une muraille. On sait que c'est par l'Hellespont que Xerxès passa d'Asie en Europe avec son immense armée, ayant fait jeter un pont de bateaux entre Abydos et Sestos. Le premier pont ayant été emporté par le courant, on en bâtit un autre qui était double ; il était formé de trois cent soixante vaisseaux en amont du courant et de trois cent quatorze en aval, ce qui répond à une largeur d'environ 4,800 m., la même que de nos jours. A la fin de la guerre du Péloponèse, la flotte athénienne fut détruite par Lysandre au mouillage d'Aigos Potamos (405 av. J.-C). — A l'époque moderne les Dardanelles sont devenues, à la suite des progrès de l'artillerie, une sorte de défilé maritime facile à défendre ; maîtres de Constantinople et prépondérants sur terre, les Turcs n'avaient à craindre qu'une attaque par mer. Pour la prévenir, ils fortifièrent les Dardanelles ainsi qu'il a été dit. En 1499, les Vénitiens défirent leur flotte à l'entrée des Dardanelles; le 20 juil. 1657, la flotte turque fut anéantie au même lieu par les Vénitiens ; mais ceux-ci furent battus en 1694. Les fortifications suffisaient pour couvrir leur capitale ; mais les Turcs ne les ayant pas entretenues, leur confiance fut cruellement déçue ; le 26 juil. 1770, une escadre russe de sept navires de haut bord commandée par Elphinstone passa impunément devant les bateaux des Dardanelles qui n'avaient même pas de projectiles. On les remit en état, mais pour peu de temps ; le baron de Tott dirigea l'organisation. Néanmoins, le 49 févr. 1807, l'amiral anglais Duckworth put franchir impunément les Dardanelles avec huit vaisseaux de ligne, quatre frégates, ses canonnières et ses brûlots, et le 20 févr. une flotte ennemie mouilla pour la première fois depuis 1453 devant la capitale de l'empire ottoman ; toutefois Duckmorth battit en retraite dès le 2 mars, les travaux exécutés dans les Dardanelles rendant un plus long séjour périlleux ; il éprouva même de graves avaries. En 1809, un accord intervint entre le gouvernement turc et le gouvernement anglais par lequel on interdit l'entrée des Dardanelles à tout bâtiment de guerre étranger. En 1844, le traité des cinq grandes puissances et de la Porte confirma cette stipulation. 
En 1829, une flotte russe avait bloqué l'entrée du détroit avec le consentement des Anglais ; en 1833, les Turcs permirent aux Russes de mouiller à Buyuk-Déré, mais interdirent aux Anglais et aux Français le passage des Dardanelles. En oct. 1853, au contraire, ils le leur offrirent et la flotte anglo-française, mouillée à  Besika depuis juin, franchit le détroit et arriva au Bosphore le 3 nov. Les traités de 1856 confirmèrent l'ancienne interdiction, le sultan se réserva le droit d'autoriser le passage pour les navires amenant des ambassadeurs. Le protocole de Londres du 13 mars 1871 réitéra ces conventions. 

Localisation de Çanakkale


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