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Sainte-Sophie, chef-d'oeuvre absolu Version imprimable Suggérer par mail
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Sainte-Sophie, chef-d'oeuvre absolu
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Histoire et description de la basilique la plus célèbre du monde,  l'expression suprême de l'architecture byzantine, au début du XXe siècle. Elle est devenue un musée en 1935, Ayasofya muzesi qui est un des monuments les plus visités d'Istanbul et la plupart des mosaïques sont maintenant visibles.
 
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  Cartes postale du début du XXe siècle
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  Sainte-Sophie vue depuis l'Hippodrome (At meydani), carte postale du début du XXe siècle. Au premier plan, l'obélisque de Théodose.

Extrait de H. Barth, Constantinople, 1913, avec des commentaires parfois hostiles aux Turcs.

C'est surtout dans les édifices religieux qu'il faut étudier l'art byzantin. Tandis que le temple du Paganisme, très simple à l'intérieur, sacrifiait tout à la beauté, à l'harmonie des formes extérieures, l'église chrétienne, lieu de réunion, destinée à contenir des foules sans cesse grandissantes , rechercha tout ce qui pouvait élever et frapper l'âme des fidèles, l'architecte byzantin, trouvant a priori la formule de l'art chrétien, s'appliqua à produire des effets nouveaux par le renouvellement de la structure intérieure, par le prolongement indéfini de la perspective en hauteur comme en profondeur, par la richesse de la décoration des parois et des voûtes. Tandis qu'à Rome, les constructeurs s'obstinaient à conserver, pour les églises, le type de la vieille basilique latine ; à Constantinople, les coupoles s'arcboutaient les unes contre les autres, les arcades s'évidaient de manière à laisser pénétrer partout l'air et la lumière, un art naissait enfin d'une inspiration réellement et purement chrétienne. C'est sous Justinien que cet art trouva la formule définitive et produisit son chef-d'oeuvre : la basilique de Sainte-Sophie.

Sainte-Sophie est évidemment l'expression suprême de l'architecture byzantine. Vénérable témoin d'une grandeur passée, ce merveilleux monument, qui fut pendant des siècles l'orgueil du Christianisme oriental et qui, depuis bientôt cinq siècles, est le sanctuaire sacré de l'Islam, Sainte-Sophie, disons-nous, offre au point de vue de l'histoire et des arts, une source inépuisable d'inspirations.

La première Sainte-Sophie

On en posa les premières assises vers l'an de grâce 325, le XXe du règne de Constantin, en même temps que les fondements des nouveaux murs de la ville et des palais impériaux, au moment de l'ouverture du concile de Nicée. Conformément à la tradition romaine, ce ne fut d'abord qu'une longue basilique avec toiture en bois. On reconnut bientôt l'insuffisance de cet édifice, qui dut être agrandi dans la suite. Il fut la proie des flammes sous le règne d'Arcadius (en 404), lorsque Chrysostome fut envoyé en exil et que les partisans de cet homme vénéré se soulevèrent pour sa cause, Théodose le Jeune la fit relever en 415. Elle fut de nouveau réduite en cendres sous Justinien, lors des troubles soulevés par les querelles des Verts et des Bleus [émeute de Nika]. C'était en janvier 532. L'Empereur conçut immédiatement l'idée de le réédifier sur une place plus vaste et avec une somptuosité inconnue auparavant. Justinien voulait un monument auquel nul autre ne pourrait être comparé. On se mit aussitôt à l'oeuvre et, le 23 février, quarante jours seulement après l'incendie, dès la première heure du jour, on procéda à la pose de la première pierre.

La construction

Parmi les architectes qui collaborèrent à ce chef-d'oeuvre , on cite Anthemius de Tralles et Isidore de Milet. L'Empereur surveillait lui-même les travaux et les activait par sa présence : au lieu de faire sa sieste, il visitait les chantiers vêtu d'un habit de toile unie, la tête simplement couverte d'un mouchoir, une badine à la main. Il stimulait le zèle de chacun par un présent ou par une parole flatteuse.

Légendes

Toute une série d'anecdotes se rattachent à l'achat du terrain sur lequel fut bâtie Sainte-Sophie. La partie droite de la nef appartenait à un eunuque, la partie gauche à un cordonnier. Le premier abandonna volontairement sa propriété, le second exigea le double de sa valeur et, en outre, le privilège d'être applaudi comme l'Empereur à l'hippodrome les jours de grandes courses. L'Empereur le lui accorda. Le terrain où fut placé l'autel appartenait au portier Antiochus, qui ne pensait pas non plus à le vendre. Mais, comme il adorait les courses, Stratégius, l'homme de confiance de l'Empereur, l'enferma peu avant l'ouverture des jeux et l'Empereur ne consentit à le laisser aller qu'après qu'il eut signé le contrat de vente en présence de tous les spectateurs réunis sur les gradins de l'hippodrome.

Sur l'emplacement du baptistère, se trouvait la maison d'une veuve nommée Anne. Cette maison était estimée au prix de 85 livres ; mais la veuve répondit que sa maison n'était pas à vendre, même si on lui offrait cinquante quintaux d'or. L'Empereur alla lui-même la trouver, l'implorant de bien vouloir lui céder son terrain. La veuve, touchée jusqu'aux larmes d'une telle condescendance, tomba à ses genoux, déclarant qu'elle céderait gratuitement sa propriété, à condition d'être enterrée à côté de l'église, afin de recevoir son paiement au prix du dernier jugement ! et l'Empereur le lui promit.

D'autres légendes se rapportent à quelques détails de la construction. Le plan aurait été donné à l'Empereur par un ange, durant son sommeil. Une autre fois, un messager du ciel, sous forme d'un eunuque, apparut à un enfant qui gardait les outils des artisans en leur absence, lui ordonnant d'appeler au travailles ouvriers, qui se ralentissaient; comme le jeune garçon refusait d'abandonner sa place, il lui jura par l'éternelle Sagesse qu'il garderait les outils jusqu'à son retour. L'enfant fut amené devant l'Empereur, les eunuques du palais furent tous appelés ; l'enfant ne retrouva point son inconnu parmi eux. L'Empereur crut à l'intervention d'un ange et renvoya l'enfant comblé de présents, mais il lui ordonna de se retirer hors de son empire, afin que l'ange tînt sa promesse à tout jamais. Et c'est à cet événement que l'église dut le nom de la Sagesse Divine. Au moment d'élever la voûte qui domine le maître-autel, un différend s'éleva entre Justinien et ses architectes, à savoir si la lumière devait tomber par une ou deux fenêtres. Un ange apparut de nouveau, vêtu cette fois de la pourpre impériale, et commanda trois fenêtres en l'honneur de la sainte Trinité, L'édifice étant achevée jusqu'à la coupole, on manquait d'or pour la recouvrir. L'ange revint de nouveau, conduisit les mulets du trésor dans un souterrain et les chargea de 80 quintaux du précieux métal. Ces récits sont un témoignage de la forte impression produite sur l'imagination de la foule.

Les travaux de construction et l'édifice lui-même ont été décrits dans un curieux poème dû à Paul le Silentaire, conseiller intime de Justinien.

Murs et voûtes furent bâtis en briques, les piliers en pierres calcaires ; marbre précieux, granit, porphyre furent partout employés à profusion. Les images du Christ, de la sainte Vierge, des Apôtres et des Évangélistes en mosaïque de verre coloré sur un fond d'or. Sur la croix on lisait ces mots "En toutô nika", "Tu vaincras par ce signe". Sous le porche des guerriers, l'archange Michel, en mosaïque, l'épée au clair monte la garde.

Pour la voûte de la coupole dont la légèreté et la hardiesse tenaient du merveilleux, on s'était servi, vu la longueur du diamètre, de briques blanches si légères qu'une tuile ordinaire équivalait à douze d'entre elles. Ces briques portaient un renvoi au verset 6 du psaume 45 : "Dieu est au milieu d'elle ; elle est inébranlable." Après chaque couche de douze briques, on emmura des reliques, pendant que les prêtres entonnaient des hymnes et demandaient à Dieu l'achèvement et la durée de l'église.

Une décoration intérieure éblouissante

Les témoignages des contemporains sur l'incomparable magnificence de la décoration intérieure défient l'imagination la plus exaltée. Justinien comme enivré de puissance et de richesse, avait orné le temple avec une profusion fabuleuse. Pour l'autel, l'or n'étant point suffisamment précieux, on avait employé un amalgame d'or, d'argent, de perles et de pierres précieuses pilées, des incrustations de camées et de gemmes. Au-dessus s'élevait un tabernacle en forme de tour, le Ciborium, dont le toit d'or massif reposait sur des colonnes d'or et d'argent incrustées de perles et de diamants et ornées de lys entre lesquels se trouvaient des boules avec croix en or massif, d'un poids de 75 livres et également ornées de pierreries. Sous le dôme, la colombe du Saint-Esprit se trouvait suspendue. C'est dans son corps qu'on renfermait et conservait les hosties. D'après le rite grec, l'autel était séparé du peuple par une cloison ornée des images des saints en relief; elle reposait sur douze colonnes d'or. Trois portes masquées de voiles conduisaient à la Panagée. Au milieu de l'église s'élevait l'Ambon [lieu surélevé d'où l'on lisait les Ecritures] en forme circulaire et entouré de barrières. Il était surmonté d'un baldaquin de métal précieux, monté sur huit colonnes de marbre fin, avec une croix d'or d'un poids de 100 livres, parsemé de grenats et de perles ; des escaliers de marbre conduisaient à l'estrade. Les parois de l'escalier et le toit du lieu saint étincelaient de marbre et d'or. C'est là que s'assemblait le clergé pour les grandes fêtes officielles et que se dressait la tribune de la cour.
Patènes, clefs, vases, bassins, vaisseaux, tout était de l'or le plus pur, tout ruisselait de pierres précieuses; les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament pesaient, avec leurs appliques et leurs montures d'or, chacun deux quintaux ; d'or étaient également les ustensiles sacrés et les objets de luxe servant au cérémonial delà cour, aux couronnements et aux autres fêtes : 7 croix pesant chacune un quintal, six mille candélabres en forme de grappes de raisins, autant de porte-candélabres pesant chacun 111 livres.
La voûte de la coupole rayonnait sous le reflet des candélabres; partout des lampes d'argent étaient accrochées à des chaînes de bronze ; sur toutes les moulures couraient des guirlandes de lumière qui se multipliaient à l'infini dans les facettes des mosaïques et des pierreries.

Les portes étaient en ivoire, en ambre et en bois de cèdre, le portail en argent doré. Justinien voulait même tout d'abord faire paver l'église de plaques d'or, mais il en fut dissuadé ; il se servit de marbre multicolore dont les lignes ondoyantes devaient rappeler les flots orageux des quatre fleuves du paradis. Dans le parvis, se voyait un bassin de jaspe, avec des lions crachant l'eau, le tout recouvert d'une magnifique toiture : on ne devait entrer dans la maison du Seigneur qu'après s'être lavé les pieds. Pour la purification des prêtres, douze coquilles étaient disposées à l'intérieur du temple, à proximité de la galerie des femmes (le Léontarium), pour recevoir les eaux pluviales, et 12 lions, 12 panthères et 12 biches les rejetaient dans un bassin. Un vaisseau de marbre, autrefois placé dans l'église Sainte-Sophie et clans lequel les fidèles se lavaient les mains et le visage, portait cette inscription : "nipson anomêmata mé monan opsin" qui, lue de droite à gauche ou de gauche à droite, donne les mêmes mots et le même sens. On peut lire la même devise sur la fontaine de la cour de l'église de la Trinité, à la place du Taxim à Péra, édifice érigé vers 1881 en style byzantin.

Tous les revenus de l'empire furent employés à la construction de Sainte-Sophie sans y suffire. Le terrain seul représentait des sommes immenses. Lorsque les murs eurent atteint un mètre au-dessus du sol, on avait déjà employé 452 quintaux d'or ; l'Ambon et la Solea seuls coûtèrent les revenus de l'Egypte pendant une année. Ces dépenses pesèrent durement sur le peuple. Les impôts prirent des proportions écrasantes, les appointements des fonctionnaires furent rognés ou supprimés tout à fait.

Inauguration en 537

Après six ans de travail, cette oeuvre gigantesque fut en état d'être inaugurée. Ce fut à la veille de Noël 537 que l'Empereur sortit du palais pour se rendre à l'église dans un équipage à quatre chevaux. Il y fit son entrée conduit par le patriarche Eutychius, s'approcha vivement du prie-Dieu et, levant les mains au ciel, il s'écria d'une voix émue : « Béni soit Dieu qui m'a choisi pour exécuter une telle œuvre. Je t'ai surpassé, ô Salomon ». Pendant ce temps, on distribuait du grain et de l'or dans les rues.
Le lendemain, grand jour de fête, les portes furent ouvertes pour la première fois au service divin. Les fêtes durèrent une quinzaine de jours jusqu'à l'Epiphanie. Le grand Temple de la Nouvelle Alliance était érigé.
Ce fut avec le même faste que l'Empereur fit organiser le service divin et pourvut à l'entretien de l'église même. Plusieurs centaines de diacres, sous-diacres, lecteurs, de psalmistes, portiers, sacristains étaient préposés aux offices. L'église reçut de nombreuses dotations : 365 fonds de terre lui furent attribués dans les environs de la ville.
La précipitation apportée à la construction de cet édifice entraîna bientôt de graves conséquences. Le grand tremblement de terre qui eut lieu vingt ans après ébranla ses murs, détruisit toute la partie est du dôme, brisa la table sacrée, le Ciborium, l'Ambon, les objets les plus précieux. La légende de l'Islam fait coïncider ce tremblement de terre avec la nuit de naissance du prophète.

Réparation de Sainte-Sophie par Justinien

La coupole de Sainte-Sophie repose sur des terrains de formations diverses : de l'autel à la coupole le sol est pierreux, de la coupole au parvis les fondements durent être jetés dans un terrain marécageux, ce qui devait amener des suites fâcheuses. Quoi qu'il en soit l'église fut restaurée avec beaucoup plus de soins et surtout beaucoup plus de prudence ; Justinien fit donner à l'église plus de solidité en chargeant Isidore le Jeune de renforcer les aboutissements, arcs-boutants et contreforts, et rehausser la coupole de 25 pieds ; elle fut couverte également de tuiles en terre de Rhodes. Les échafaudages furent maintenus pendant une année entière, puis, on fit pénétrer plusieurs pieds d'eau sur le dallage de l'église pour que les pièces de bois en tombant ne pussent ébranler les nouvelles constructions. Cinq ans après, en 568, à la veille de Noël encore, eut lieu la deuxième inauguration.

Ce n'est pas sans orages que ce vieil édifice est demeuré debout jusqu'à nos jours. Le sort s'est acharné sur lui. Incendies, tremblements de terre, sièges, révolutions, vandalismes ont ébranlé ses murs sans le renverser.

Nouvelles dégradations, nouvelles restaurations

Au IXe siècle, l'une des archivoltes de la coupole se trouvant endommagée, Basile Ier le Macédonien la fit refaire et profita de ce travail pour y placer des images en mosaïque de la sainte Vierge, de saint Pierre et de saint Paul. En 987, elle s'écroula de nouveau et fut restaurée par Basile II Bulgaroctone. On voit que la coupole actuelle est l'oeuvre de plusieurs générations. L'édifice eut beaucoup à souffrir de l'incurie des empereurs latins. Ce ne fut qu'au XIVe siècle qu'on songea à le consolider. Ainsi Andronic Paléologue l'aîné fit élever du côté Est de forts murs d'appui. Mais ce fut l'appropriation aux exigences des rites de l'Islamisme qui entraîna pour Sainte-Sophie les plus profondes modifications : les Turcs s'ingénièrent à détruire l'admirable décoration intérieure de cette basilique convertie par force à l'Islam. Un badigeonnage à la chaux couvrit sans miséricorde toutes les surfaces, l'Islam défendant par principe toute figure ou représentation d'être vivant. Les ornements précieux enlevés ou volés furent remplacés par des passages du Coran en écriture géante [calligraphies].

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Carte postale du début du XXe siècle, colonnes byzantines et calligraphie turque

L'extérieur de Sainte-Sophie

Ceci excepté, l'intérieur resta tel qu'il était au point de vue architectural. Mais, à l'extérieur, rien ou presque rien ne subsiste du caractère byzantin. Les annexes qui se trouvaient groupées autour du principal corps d'édifice furent ou détruites ou enclavées dans d'autres constructions. Le Skeuophylakion, pièce particulière située au coin nord-est de l'église et où se trouvaient conservés les objets du culte, sert maintenant de garde-manger pour la cuisine des pauvres. Au côté sud du narthex, l'ancien baptistère était relié à l'église par une porte aujourd'hui murée ; c'était une chapelle à coupole, octogone à l'intérieur, quadrangulaire à l'extérieur, avec une abside à angle droit et un narthex placé à l'Ouest. Il servit de magasin à huile jusqu'au jour où on s'avisa d'y inhumer Moustafa Ier qui venait de mourir subitement. Pour remplacer les parties extérieures dénaturées ou détruites, Mahomet le Conquérant dota l'église de deux arches lourdes et informes, situées du côté sud-est de la mer. Là-dessus on éleva un minaret. Sélim II en fit construire un deuxième, à côté, mais moins élevé ; son successeur Mourad III, deux autres encore. Ces quatre tours érigées à différentes époques n'ont tout naturellement aucun caractère d'unité. Sur la pointe des minarets, le croissant brille maintenant dans toute sa splendeur. Il surmonte encore, en bronze cette fois, le sommet de la grande coupole qui semble s'incliner légèrement. Cette coupole mesure 25 mètres de diamètre environ ; Mourad II employa, dit-on, 50000 ducats pour la dorer. Cent kilomètres à la ronde et, du côté de la mer, jusqu'à la pointe de l'Olympe bithynien, on la voit étinceler sous les rayons du soleil.

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Construction à l'extérieur de Sainte-Sophie, photo © JMB, 1988

Différentes constructions vinrent se grouper tout autour de Sainte-Sophie : turbés, écoles, établissements de bienfaisance. Dans le parvis sud, Mourad III fit bâtir son tombeau ; près de lui reposent les cercueils de ses 17 fils que Mahomet III frère aîné et successeur fit décapiter et inhumer auprès de leur père le jour de son avènement au trône. Neuf ans plus tard, la mort l'amena lui-même à côté de Sélim II : c'est là que se trouvent également les restes du prince Mahmoud et de sa mère qu'il fit égorger injustement. Ces tombes résument l'histoire, les malheurs et les crimes de cette horrible famille.

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Carte postale du début du XXe siècle : on voit bien les 4 minarets.

Restauration de Fossati

Au milieu du siècle dernier [de 1847 à 1849], l'immense édifice menaçant ruine, Abdul-Medjid ordonna de le restaurer d'une façon définitive. Il fit appeler le célèbre italien [en fait, c'étaient deux frères de nationalité suisse] Fossati. Celui-ci abattit d'abord tous les contreforts superflus et chercha à réparer un peu l'ancien extérieur ; puis, les murs de la mosquée furent recrépis et agrémentés de raies transversales d'un rouge de garance, revêtement qui ressemble fort à l'habit d'un forçat ou à la robe d'une esclave. L'intérieur, après quatre cents ans d'attente, retrouva en partie ses anciennes couleurs, sa magnificence d'autrefois.
Les précieuses tables de marbre, les mosaïques à fonds d'or furent découvertes, la madone et les saints se réveillèrent de leur long sommeil. Il est vrai que des pièces manquaient, les unes détruites en tout ou en parties, les autres ne valant guère mieux. Un grand nombre d'images montraient néanmoins encore toute la beauté de leur coloris. La mosquée conserve aujourd'hui ces restes de beauté autant que le permettent les préceptes de l'islamisme. Les représentations d'êtres vivants, nullement tolérées par le prophète, furent tout naturellement passées à la chaux. Il est vrai que, pour ce travail, on prit toutes les mesures de précaution nécessaires : on recouvrait tout d'abord les figures d'une toile, puis une légère couche de couleur était passée par-dessus. Toutes les têtes eurent le même sort ; cependant quelques-unes percent encore le badigeonnage. Fossati aussi bien que Salzenberg envoyé par Frédéric-Guillaume IV à cette occasion unique ont tiré quelques copies précieuses et complètes des détails de ce monument remarquable. Fossati retrouva la porte secrète par laquelle, au moment du carnage du 29 mai 1453, le prêtre devait avoir disparu en emportant calices et hosties avec lui ; elle fut ouverte et après qu'on eut reconnu qu'elle donnait dans une petite chapelle voûtée, on la referma aussitôt.



 
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