En novembre 1912, durant les guerres balkaniques, les Grecs qui viennent de vaincre les armées turques entrent dans Salonique. La ville  qui avait été conquise par les Ottomans en 1430 et qui s'appelait Selanik en Turc, Thessaloniki en Grec, était alors une des plus singulières des villes des Balkans.

Plusieurs communautés y cohabitaient  et elle accueillit, à partir de 1492, les Juifs chassés d'Espagne par l'intolérance religieuse des souverains catholiques. Par la suite, d'autres Juifs arrivèrent du reste de l'Europe, le plus souvent fuyant les persécutions. Ainsi cette communauté fut longtemps la plus nombreuse de la ville.
La ville abrita dès le XVIe siècle de nombreuses synagogues et des écoles religieuses qui attiraient des élèves de tout l'empire ottoman et même d'ailleurs.
Les Juifs exerçaient tous les métiers, des plus humbles aux plus prestigieux, mais dominaient le commerce et la filature de la laine.
Après une période de décadence économique qui prend fin vers 1880, des industries s'implantèrent à Salonique, la ville devint la plus industrielle de l'empire ottoman et fut dotée d'un vrai plan d'urbanisme géré par la municipalité.
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Femmes israélites de Salonique dansant. Carte postale envoyée en 1904 dans le cadre d'un échange entre collectionneurs de cartes postales. Le timbre est turc.

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Après 1874, l'Alliance Israélite Internationale, association française dont le but est l'émancipation des Juifs parvint à s'implanter à Salonique. C'est par ce biais que de nombreux enfants apprirent le Français, langue alors considérée comme universelle et furent mis en contact avec la culture française.

Mustafa Kemal Atatürk

C'est à Salonique que naquit en 1881 Mustafa Kemal Atatürk dont la maison natale est toujours visible. Il fréquenta l'école Fevziye, une école de "dönme", des juifs convertis à l'Islam. La ville multi-communautaire subissait l'influence des idées occidentales et était devenue un espace de liberté qui permit à des mouvements, en particulier à celui des Jeunes Turcs, de se développer.
 

Guy Lévis Mano, un éditeur français

C'est aussi à Salonique que, le 15 décembre 1904, naquit et vécut une partie de son enfance, Guy Lévis Mano, fils de Moïse Levy, né en 1867 et de Oro Benjamin Mano, né en 1877, tous deux de Salonique. 
Guy Lévis Mano, connu sous ses initiales GLM, émigra en France comme ses parents, prit la nationalité française et devint un grand éditeur de poésie des années trente et de l'après-guerre. Il était à la fois éditeur, imprimeur-typographe, poète et traducteur et publia Paul Eluard, René Char, Pierre Jean Jouve, Federico Garcia Lorca, Joan Miro, Pablo Picasso... On trouve trace de ses origines dans sa connaissance de la langue espagnole qui lui permit de traduire nombre de poètes hispanophones et surtout dans sa traduction du Romancero judéo-espagnol parue en 1971. Il a par ailleurs publié en 1949 les Poèmes de Yunus Emré adaptés par Yves Régnier.
Site à visiter http://www.guylevismano.com/
 

A lire 

  • Pour plus de détails, vous pouvez consulter le très remarquable ouvrage publié sous la direction de Gilles VeinsteinSalonique 1850-1918. La "ville des Juifs" et le réveil des Balkans. Editions Autrement, série Mémoires n°12,  janvier 1992   
  • Hélène Guillon, Le Journal de Salonique : Un périodique juif dans l'Empire ottoman (1895-1911), PU Paris-Sorbonne, 2013, 434 pages
  • Sous la direction d'Esther Benbassa, Salonique : Ville juive, ville ottomane, ville grecque, CNRS, 2014, 193 pages
  • Régis Darques, Salonique au XXe siècle : De la cité ottomane à la métropole grecque, CNRS, 2000, 392 pages
  • Milan Todorovic, Salonique et la question balkanique, Auguste Challamel, 1913
  • Léon Abastado, L'Orient qui meurt, Salonique, ce qu'elle est, Impr. Acquarone, Salonique, 1918, 164 pages, nombreuses photographies et illustrations (https://archive.org/details/lorientquimeurts00abas/page/n3)

Documents 

Carte postale envoyée en 1912

Carte envoyée le 20 mai 1912 représentant l'église métropolitaine de Salonique qui existe encore de nos jours. L'Eglise Métropolitaine de Saint Grégoire Palamas fut édifiée vers 1893 sur les plans d'Ernst Ziller, un architecte grec d’origine allemande (Saxe, 1837-1923) dans une zone qui avait été détruite par l'incendie d'août 1890.
Quelques mois après l'envoi de cette carte, la ville devint grecque. Le cachet porte la mention"Salonique Turquie".

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Mention de l'éditeur : Albert Barzlilaï, Salonique

Carte postale envoyée en 1916, costume d'une paysanne 

Carte postale créée à l'époque où Salonique était ottomane, mais modifiée après le rattachement à la Grèce. Les légendes écrites en Turc (caractères arabes) ont été barrées de noir et une légende en Grec a été surimprimée. Au verso, la mention en Turc a été barrée et les armes de la royauté grecque.ont été surimprimées.

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Editeur : G. Bader, Salonique

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Détail, on distingue un peu les caractères arabes de la légende imprimée en Turc

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Verso : correspondance du soldat français

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Les armes du royaume de Grèce 

Carte postale envoyée par Kiazim en mai 1905

La carte, éditée à Munich, elle-même n'a rien à voir avec Salonique. c'est un paysage d'hiver. Mais elle a été envoyée de Salonique à Paris par un dénommé Kiazim que nous n'avons pu identifier. Il a simplement signé sans ajouter aucun mot.

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Cartes postales envoyées en 1918 par des soldats français

Ces reproductions d'aquarelles représentent des rues typiques du quartier turc qui avaient peu changé à cette époque. Le reste de la ville était de construction plus moderne. Le grand incendie de 1917 provoqua de très importants dégâts et entraîna de profondes transformations.

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Tekke des derviches tourneurs, 1916

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L'église Saint-Georges a toujours son minaret.

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Ancienne [sic] Tekke rue Ignatia

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Mosquée de la Citadelle - Minaret coupé par un obus bulgare, carte postale envoyée en 1918.

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Une très ancienne fontaine en mosaïque, carte postale envoyée en 1918.

Autres cartes postales envoyées de 1916 à 1918


Eglise Sainte-Sophie (construite au VIIIe siècle), carte postale envoyée en 1917.
Le minaret, ajouté quand elle fut transformée en mosquée, a été supprimé par la suite.


Eglise Sainte-Sophie, détail

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Panorama pris des remparts, carte envoyée en 1916 par un soldat français. Le timbre est grec (ci-dessous également).

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Vue panoramique, Yedi Koulé, carte envoyée en 1916 par un soldat français. On peut encore voir de nombreux minarets.

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Forteresse de Yedi Koulé (Yedikule, les Sept Tours), carte postale envoyée en 1918

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Les remparts à l'est et la Tour de la chaîne

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Le cimetière turc, un militaire est assis devant une tombe, carte postale envoyée en 1918.

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Café de la Tour blanche et baie de campagne intacts

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Vue des quais, vers 1918

La ville est maintenant grecque. La carte st légendée en Français et en Grec : vue du quai de Salonique. Les minarets sont toujours visibles à l'arrière-plan.

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