Cette carte postale allemande montre les monnaies turques d'or et d'argent au début du XXe siècle. Seule la lira (livre) existe encore de nos jours.

Le texte ci-dessous est extrait du Guide Joanne "De Paris à Constantinople", paru chez Hachette en 1886.

Monnaies. — L'unité de monnaie est la piastre (gourouch). La pièce de monnaie désignée par ce nom au commencement du xvie s. avait une valeur de 7 fr. 90. En 1800, la piastre équivalait à 1 fr. 37. Le titre et la valeur des monnaies furent fréquemment altérés par les sultans, et notamment trente-cinq fois pendant le règne de Mahmoud II. Il en est résulté un chaos monétaire qui est un des plus gros embarras du voyageur en Turquie. La valeur nominale de la piastre est aujourd'hui de 0 fr. 2275. Mais si la piastre est l'unité monétaire de la Turquie, l'étalon monétaire est la livre turque, pièce d'or très semblable de forme et de dimensions à la pièce de 20 fr., qui pèse 7,2163 grammes, au titre de 916,66 millièmes. Elle représente une valeur nominale invariable de 100 piastres, et vaut 22 fr. 75. Il en résulte que la pièce de 20 fr. ou napoléon d'or vaut, déduction faite du change avec les diverses places de l'Europe et des commissions de banque, de 87 à 87 1/2 piastres d'or, et la livre sterling de 109 à 110 piastres d'or, ou, ce qui est plus exact, le napoléon d'or vaut 87 à 87 1/2 centièmes, et la livre sterling 109 à 110 centièmes de livre turque.

Mais le cours de l'argent est déprécié en Turquie, et l'or jouit d'une prime de 5 à 8 pour 100. En échangeant son or contre de la monnaie d'argent, on reçoit par conséquent, 107 à 108 piastres argent, en moyenne, pour une livre turque.

Les autres pièces d'or en usage en Turquie sont la demi-livre turque, analogue à notre pièce de 10 fr. ou au ducat autrichien, et le medjidié d'or 1/4 de livre turque), qui ressemble tout à fait à la petite pièce de 5 fr. en or. [page 19]

— En fait de monnaies étrangères en or, il n'y a guère que la pièce de 20 fr. (napoléon), la livre sterling et le ducat autrichien qui aient cours.

Les monnaies turques en argent sont : le medjidié, tout à fait analogue à notre pièce de 5 fr., et dont la valeur nominale est de 20 piastres argent ; la pièce de 10 piastres et la pièce de 5 piastres, qui ressemblent de forme et de dimensions, la première à notre pièce de 2 fr., la seconde à celle de 1 fr. Au cours de 107 piastres pour la livre turque, qui est le cours moyen, le medjidié d'argent a donc une valeur réelle de 4 fr. 55, le demi-medjidié (10 piastres) 2 fr. 27 et le quart de medjidié (5 piastres) 1 fr. 13. On trouve encore, mais plus rarement, la pièce en argent de 2 piastres 1/2, analogue à notre pièce de 50 centimes, et celle de ! piastre, semblable à notre pièce de 20 centimes, dont la valeur respective est de 0 fr. 56 et 0 fr. 2275. — Au même cours, la pièce de 5 fr. en argent vaut 21 piastres 3/4, et la pièce de 1 fr., 4 piastres 1/3. En général, les pièces de monnaie étrangères en argent n'ont pas cours en Turquie, ou subissent au change une dépréciation considérable.

L'intelligence de ce système monétaire n'aurait rien de plus insurmontable que celle des systèmes des autres pays étrangers, si la complication se bornait là. Mais la véritable difficulté commence lorsqu'on veut se familiariser avec la monnaie divisionnaire turque, la seule qui ait cours, toutes les monnaies divisionnaires étrangères étant sévèrement prohibées, et celle qui joue le rôle le plus important, dans toutes les transactions quotidiennes.

La première monnaie divisionnaire turque était une monnaie de cuivre, qui n'a plus cours à Constantinople, mais que l'on retrouve encore en province, particulièrement à Smyrne. Plus tard on imagina de substituer à la monnaie de cuivre, un alliage d'argent et de cuivre à un très faible titre. Aux époques de pénurie du trésor, et notamment sous les règnes de Mahmoud II, d'Abd-ul-Medjid et d'Abd-ul-Aziz, on procéda à des refontes successives et partielles de cet alliage, en abaissant chaque fois le titre. Si bien, qu'à côté de la monnaiede cuivre, on trouve encore aujourd'hui, en cours, trois sortes de monnaies divisionnaires : les monnaies altilik, les monnaies bechlik, et les monnaies métalliques. Ce sont ces dernières qui sont le plus répandues.

5 lira

500 piastres

2 ½ lira

250 "

Yslik

100 "

Ellilik

50 "

Mishir

25 "

Medjidie

20 piastres

Onlik

10 "

Beschlik

5 "

Ekilik

2 "

Kirkparalik

1 "

Jirmiparalik

1/2 "

Voici maintenant, indépendamment de la classe à laquelle elle appartient, la composition de la monnaie divisionnaire :

La piastre est divisée en 40 paras, et les pièces en cours sont : la pièce de 5 paras, — celle de 10 paras, qui équivaut à peu près à notre pièce de 5 centimes, — celle de 20 paras (1/2 piastre), — celle de 40 paras (1 piastre), — celle de 60 paras (1 piastre 1/2), — celle de 80 paras (2 piastres), — celle de 100 paras (2 piastres 1/2), — et celle de 5 piastres. Il faut encore y joindre les pièces de 5 piastres, altilik et bechlik, qui deviennent de plus en plus rares. Toutes ces pièces, très plates, se ressemblent au point qu'il est très facile de les confondre les unes avec les autres. Pour aider le voyageur à se reconnaître au milieu de cette confusion de monnaies, nous en donnons ici la reproduction, afin qu'on puisse à l'aide d'un examen un peu attentif apprendre à les distinguer les unes des autres.

Mais là ne se borne pas encore la complication du système. La quantité de monnaie divisionnaire mise en circulation, étant insuffisante pour les besoins du commerce, il en résulte qu'elle fait prime sur le cours de l'argent, et que les diverses classes de monnaie divisionnaire n'ayant pas le même cours, on subit une dépréciation variable suivant la classe de monnaie contre laquelle on échange son argent. Cela entraîne une complication à rendre fou le plus flegmatique des voyageurs. A Smyrne par exemple, on ne trouve pas moins de 7 cours différents pour le medjidié d'argent, qui varient entre 17 et 32 piastres. On trouvera plus [page 22] loin (F. p. 106) les conditions spéciales du change de Constantinople. Pour tâcher d'être clair, nous simplifierons les choses et nous dirons qu'en moyenne, la livre turque étant au cours de 108 piastres argent, on doit recevoir pour un medjidié d'argent, 19 piastres 24 paras, et en déduisant la commission du changeur, env. 19 piastres au lieu de 20 en métalliques, et env. 20 piastres en altilik et en bechlik. — Les journaux de chaque localité publient, du reste, chaque jour, les cours des différentes classes de monnaies.

Le papier émis par le gouvernement turc, haimé ou havalè, est absolument déprécié, et n'a plus de cours. Les billets de la banque ottomane sont au pair avec l'or.

On trouve, dans tous les grands ports de commerce de l'empire ottoman, des banques européennes ou grecques, en relations avec les principales places de l'Europe, et près desquelles on peut négocier, sans difficulté, des effets de commerce, traites, lettres de change ou de crédit. — À l'intérieur, il n'en va pas de même, et l'on ne peut se procurer d'argent sur aucun document, excepté dans les villes où existent des succursales de la Banque ottomane. 

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Le texte ci-dessous, paru en 1864, est antérieure de 40 ans à cette carte, mais correspond en grande partie aux monnaies reproduites.

Monnaies. — Les monnaies ont été jusqu'en 1844 aussi variables que les mesures. Leur valeur intrinsèque a souvent changé, et leur altération, commencée par le sultan Amurat III (1574-1595), a continué jusqu'à Mahmoud II (1808-1839), qui fit modifier durant son règne le titre et la forme des monnaies trente-cinq fois pour l'or, et trente-sept fois pour l'argent. Après la conquête de Constantinople, la valeur de la piastre turque était égale à celle du sequin de Venise; au commencement du seizième siècle elle valait 8fr. ; en 1800, 1f 35; en 1861, la piastre caimé, papier-monnaie dont la valeur fiduciaire devait correspondre à la monnaie métallique, est descendue jusqu'à 0f 09.

Sous le règne du sultan Abdul-Medjid, la forme, le titre et la valeur des monnaies métalliques ont été fixés définitivement.

Les monnaies turques en or, en argent et en cuivre sont très-abondantes. Comme titre, leur valeur est égale à celle des monnaies françaises.

L'unité monétaire turque est la piastre. La piastre se divise en 40 paras, le para en 3 aspres. La piastre vaut 0f 23.

Les monnaies de cuivre sont divisées en pièces d'une piastre, 20 paras, 10 paras, 5 paras et 1 para. Il existe très-peu d'aspres.

Les monnaies d'argent sont de 20 paras, 1 piastre, 2 piastres, 5 piastres, 10 piastres, 20 piastres.

Les monnaies d'or sont de 25 piastres, 50 piastres, 100 piastres. La pièce de 100 piastres est ce qu'on appelle la livre turque. Elle occupe dans le système monétaire le même rang que le napoléon en France et la livre sterling en Angleterre. Il existe aussi quelques pièces de 250 piastres et 500 piastres, de fabrication récente.

Il y a, en outre, dans la circulation, une grande quantité des monnaies de mauvais aloi, composées à l'aide d'un alliage de cuivre et d'argent. On les désigne sous le nom d'altelik (6 piastres), dont les subdivisions sont : 3 p. et 1 p. 1/2, et de beschlik (5 piastres), dont les subdivisions sont : 2 p. 1/2,1 p., 20 paras et 10 paras. Le retrait de ces monnaies a été ordonné, il aura lieu progressivement; dans quelques années elles doivent avoir complétement disparu. Il ne restera plus alors que les monnaies de cuivre, d'argent et d'or.

Dans l'établissement des comptes du gouvernement on se sert d'une unité nommée bourse. Sa valeur est de 500 piastres. C'est une désignation de convention. Elle se trouve avoir actuellement sa représentation par les nouvelles pièces d'or de 5 livres.

Le commerce ne compte que par piastres.

Le papier-monnaie connu autrefois sous le nom de caimé, a été démonétisé en 1862. Le gouvernement l'a remboursé en totalité. Les émissions successives s'élevaient à 1,000,907,720 piastres. Le retrait complet a été effectué en trois mois. Cette masse énorme de papier-monnaie, qui n'avait cours qu'à Constantinople et dans sa banlieue, s'est trouvé représentée par 33,500,000 titres pesant 26,000 okes (33,358 kilogrammes}. La suppression du caïmé, dont la dépréciation allait grandissant sans cesse, a rétabli le crédit public et sauvé l'État et le commerce d'une banqueroute générale.

Extrait de Bernard Camille Collas, La Turquie en 1864, Dentu, 1864