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Page 1 sur 2 Choiseul-Gouffier fut le
témoin de grands bouleversements, de la ruine de la puissance ottomane
et de la perte d'influence de la France. L. Pingaud a
eu accès à des documents inédits comme la
correspondance qui lui ont permis d'écrire la biographie de ce fervent philhellène devenu représentant du roi auprès du sultan.
Léonce
Pingaud
Choiseul-Gouffier.
La France en Orient sous Louis XVI.
Paris,
Alphonse Picard, 1887
298 pages
Disponible sur archive.org
Nous présentons ci-dessous un résumé de cet ouvrage.
I.
Les
capitulations
Caractère
des relations entre le roi de France et le sultan
La France
est, depuis les débuts de l'empire ottoman, très
influente à travers les capitulations, les maisons de
commerce et les consuls. Les rois de France sont cependant partagés
entre leur intérêt stratégique et leur image de
roi très chrétien.
A partir
du XVIIIe siècle, toute l'Europe s'allie contre les Ottomans.
Dessein
de la Russie et de l'Autriche
La France
sert de médiatrice et de garante pour le traité de
Belgrade, mais elle rejette en 1745 les propositions d'alliance de la
Porte faites sur les conseils du comte-pacha de Bonneval.
Attitude
de le France depuis son alliance avec l'Autriche
Le
traité de Kaïnardji (1774)
Mission
militaire de Tott
La France
n'est pas en mesure d'intervenir dans le conflit qui oppose les
Russes aux Polonais et aux Turcs et ne peut envoyer que des
conseillers ou des ingénieurs comme Saint-Priest ou le baron
de Tott.
Vergennes
et Joseph II
Convention
d'Aïnali-Cavac (1779)
Le comte
de Vergennes, ancien ambassadeur à Constantinople, devient le
ministre des affaires étrangères de Louis XVI. Il a
la réputation d'être indécis, ce qui valut des
déboires à la France lors de ses médiations
entre la Russie et l'Empire ottoman.
Mais c'est
l'intérêt commercial qui sous-tend la diplomatie
française de cette époque.
Ouverture
de la Mer noire et du Bosphore au commerce russe et autrichien
La France
a perdu de son influence sous le règne de Louis XVI,
concurrencée par les autres pays européens. Les russes
obtiennent les mêmes avantages de « nation la plus
favorisée » selon l'expression moderne, les
autrichiens accèdent à la mer Noire.
Premières
tentatives de commerce français
Pour
trouver des débouchés nouveaux, la France envoie deux
missions en 1783 et 1784 : Bonneval en Asie mineure et en Syrie, La
Prévalaye en Egypte. Elle n'ose cependant pas demandé
l'accès à la Mer noire par le Bosphore.
Des
enquêtes sont cependant lancées, comme celle du consul
de Smyrne Peyssonel en 1750, des négociants se rendent à
Caffa.
Anthoine
à Kherson
La
question du Bosphore est sensible, et les Turcs refusent de faire des
concessions aux Français qui ne les ont pas assez aidés
face à leur ennemis. Certains tentent de contourner l'obstacle
comme Anthoine en 1781 qui veut développer les échanges
entre la Pologne, la Russie et la France via le Mer noire.
L'opinion
en France et les Turcs : les philosophes (Voltaire, Laharpe), les
philhellènes, les voyageurs
Dès
1777, Carra parle du partage de l'empire ottoman. La mode est
favorable à la Russie (Voltaire et la lumière du Nord)
et à la Grèce (patrie de la philosophie, du
classicisme, développement de l'archéologie) qui fait
l'objet de nombreuses publications. Certains évoquent la
renaissance de la Grèce.
L'ambassade
de Nointel et son oeuvre scientifique
Le
comte de Caylus
En
1670-1679, Nointel, ambassadeur du roi près la Porte dirige
une expédition scientifique. Plus tard, le comte de Caylus
explore Ephèse.
Les
Anglais
Ils sont
très actifs et envoient de nombreuses expéditions dans
tout l'empire ottoman.
Chapitre
premier
Premières
année
I
La
maison de Choiseul
C'est une
des familles les plus puissantes de France, ses membres occupent de
nombreux postes dans l'administration.
Jeunesse
et mariage de Choiseul-Gouffier (1752-1771)
Marie-Gabriel-Auguste-Florent
Choiseul naît le 28 septembre 1752 à Paris. Il perd son
père en bas âge et sa mère l'élève.
Il suit une formation militaire, mais montre peu de goût pour
cette carrière.
L'homme
de cour. Ses amis Narbonne et Talleyrand
Par sa
famille, il entre à la cour et dans l'entourage de la reine
Marie-Antoinette.Talleyrand
alors agent général du clergé, devient son ami.
L'homme
d'esprit
Avec
d'autres, il participe aux nouvelles formes d'investissement et se
montre sensible aux nouvelles idées pré-révolutionnaires.
Son épouse fonde la loge maçonnique féminine de
la Candeur. Il reçoit et protège des écrivains
célèbres de son temps.
Ses
relations avec Chamfort
Choiseul-Gouffier
est très proche de cet écrivain impertinent qui dira de
lui : « C'est un des êtres qui ont contribué,
par leurs vertus et leur commerce, à me réconcilier
avec l'espèce humaine. »
L'homme
d'étude
Ses
recherches sur la Grèce
Il n'est
pas qu'un homme de cour : il se spécialise dans l'étude
de la Grèce avec l'aide de l'abbé Barthélémy,
ami de la famille.
II
Départ
de Choiseul-Gouffier pour l'Orient (1776) ; son itinéraire
Il
s'embarque pour l'Orient en 1776, parcourt la Grèce et l'Asie
Mineure, rentre en France par la Bosnie et les états
vénitiens.
Ses
impressions sur les habitants, les monuments
En Grèce, il est plus ou moins bien accueilli par les populations, en Asie
mineure, il est parfois pris pour un fou.
Le
voyage pittoresque ; les illustrations, le récit
Sans être
archéologue, il explore les ruines, les dessinent et prend de
notes.
Il publie
son Voyage pittoresque en Grèce à partir de 1778, en
livraisons ou cahiers contenant chacun sept à huit feuilles
d'estampes. Il devait y en avoir vingt-quatre constituant deux
volumes. Elles sont traduites en allemand dès 1782.
Les
illustrations montrent des villes, des ports, des personnages, des
cartes, des plans, des coupes architecturales...
Le texte
de Choiseul-Gouffier couvre des domaines variés : géographie,
archéologie, informations économiques, religion... sans
complaisance.
Son
ouvrage a un grand succès, Tott lui rend hommage...
Nomination
de l'auteur à l'Académie des Inscriptions et à
l'Académie française
Respectivement
en 1779 et en 1782,
III
Le
« Discours préliminaire »
Paraît
en janvier 1783. C'est un ouvrage très philhellène qui
montre les Grecs opprimés et demande l'intervention de
Catherine II de Russie. Selon Choiseul-Gouffier, l'Autriche et la
France y trouveraient leur intérêt.
Nouveaux
progrès des Russes et des Autrichiens en Orient
En juin
1780, Catherine II et Joseph II se rencontrent. Peu après les
russes occupent la Crimée et le Kouban (Caucase) qui étaient
indépendants et font pression sur la Porte.
En Europe,
Joseph II fait pression sur les Provinces-Unies pour ouvrir les
bouches de l'Escaut. Des intérêts commerciaux importants
sont en jeu qui menacent l'économie de la France.
Un
capitaine de génie, Matthieu Dumas, part explorer les places
fortes et les ports de la mer Egée ; il recueille des renseignements
en Morée, à Smyrne et sur le Bosphore.
Les Turcs
essaient d'obtenir l'aide de la France par l'intermédiaire de
l'ambassadeur Saint-Priest, mais le ministre Vergennes hésite.
Il essaie cependant la négociation et cherche en vain des
alliances avec la Prusse et l'Angleterre.
Candidature
de Choiseul-Gouffier à l'ambassade de Constantinople ; ses
vicissitudes, son succès
En France,
Les pro et le anti-autrichiens s'affrontent. Grâce à la
reine, Choiseul-Gouffier est pressenti pour le poste d'ambassadeur
auprès la Porte. Il fait transmettre un mémoire
exposant ses idées à Vergennes. Après avoir
présent les faiblesses de l'empire ottoman, il montre les
ambitions de la Russie et de l'Autriche vers le Sud et la mer Noire.
Pour les contrer, il faut faire de l'Orient une vaste colonie
française, l'empire turc étant lui la source d'un
nouveau commerce.
Mais la
candidature du philhellène, partisan de l'indépendance
de la Grèce, pourrait être mal vue de la Porte.
Choiseul-Gouffier fait retirer de la vente tous les exemplaires du
« Discours préliminaire » qu'il peut
récupérer et rédige une nouvelle préface.
Début
1784, il est assuré d'obtenir le poste convoité malgré
les doutes émis sur ses capacités de négociateur.
Réception
à l'Académie française
Il lit son
discours de réception à l'Académie le 26 février
1784 ; c'est Condorcet qui lui répond.
Départ
et arrivée en Orient (1784)
Après
une visite à la Chambre de commerce de Marseille, il prend la
mer le 4 août 1784, passe par Athènes avant d'entrer
dans la Corne d'Or le 23 septembre.
Chapitre
II
L'ambassade
de Constantinople - Affaires politiques (1784-1787)
I
Choiseul-Gouffier
: son premier entretien avec le grand vizir
C'est avec
le grand vizir Halil-Amid qu'a lieu cet entretien. D'après le
rapport de l'ambassadeur, il est franc et ouvert, l'un et l'autre
faisant part de leurs reproches. Les Turcs
reprochent à la France son ingratitude.
Causes de
son impuissance : son philhellénisme, nature du gouvernement
ottoman, caractère des Turcs
Son
philhellénisme lui cause du tort, son « Discours
préliminaire » ayant été présenté
au grand vizir. Il offre au sultan Abdul-Hamid la nouvelle version de
son texte. Mais celui-ci est peu accessible.
Et les
vizirs se succèdent : Halil-Hamid, plutôt favorable aux
Français, disparaît le 31 mars 1785. Son successeur est hostile et se montre peu sensible aux arguments
de l'ambassadeur. « Ce n'est pas ici comme en France, où
le roi est le seul maître ; il faut persuader les ulémas,
les gens de loi, les ministres qui sont en place, et ceux qui n'y
sont plus. », écrit Vergennes à CG.
Un
Occidental, Isaac-Bey
Peu
de fonctionnaires ou de militaires connaissent l'Occident en Turquie. Issu d'une famille
proche du sultan, Isaac-Bey se réfugie en
France en 1776 après avoir introduit un officier russe dans une
mosquée. Il voyage également en Europe.
Mais il n'est pas d'une grande aide.
Le
capitan-pacha Hassan
Hassan, un militaire assez influent, se
montra mieux disposé à l'égard de la France,
malgré sa réputation de cruauté et
Choiseul-Gouffier peut s'entretenir avec lui.
L'héritier
de l'empire de Sélim
Sélim
est le neveu du sultan et l'héritier de l'empire. Il souhaite
secrètement des réformes et s'informe sur l'Occident
auprès d'Isaac-Bey et de son médecin italien. Il
recherche l'appui des Français et désire envoyer
discrètement un agent en France en se passant de
l'intermédiaire des ministres. Pour Vergennes, c'est une
opportunité unique d'être en contact direct avec le
sultan.
Le 31
juillet 1786, Isaac-Bey part discrètement avec un message pour
Louis XVI. Malheureusement ces contacts se révèleront
sans suite réelle.
Choiseul-Gouffier
est impuissant :
« J'ai vainement tenté tous les
moyens de réveiller ceux qui dirigent ou plutôt qui
croient diriger cet empire ; ils sont tous frappés
d'aveuglement. La nation, ignorante et toujours présomptueuse,
ne croit point aux dangers qui la menacent ; ceux qui, plus éclairés,
commencent à les prévoir, semblent déjà
s'y être résignés. Enfin il ne reste plus
d'espoir pour la conservation de cet empire que dans le prompt
avènement du sultan Sélim, et encore lui faudrait-il
pour le sauver une réunion de qualités qu'il est bien
difficile de lui supposer. »
II
Relations
avec l'ambassadeur russe, avec l'internonce d'Autriche (Affaire des
limites de Bosnie)
Les Russes
et leur ambassadeur Bulgakov triomphent sans complexe. Ils suivent de
très près les relations entre les Français et
les Turcs et cherche à déstabiliser Choiseul-Gouffier. Celui-ci
tente de se rapprocher des russes qui voient cela comme un aveu de
faiblesse.
Les
relations avec les autres nations ne sont pas plus faciles :
l'Espagne s'intéresse au protectorat de lieux saints, Naples
au commerce, l'Angleterre intrigue et l'Autriche n'est pas fiable.
Joseph II souhaite, avec l'appui de la Russie, obtenir de territoires
supplémentaires en Bosnie. Vergennes pousse la Turquie à
céder, mais finalement l'Autriche renonce à ses
demandes.
III
La
mission militaire française
Les Turcs
font appel à des conseillers militaires, à des
ingénieurs, des artilleurs, des fondeurs, des charpentiers... La
tâche est immense tant l'armée ottomane est mal équipée
et la flotte quasi inexistante, l'argent manque.
En janvier
1785, une frégate russe pénètre la nuit dans le
Bosphore : c'est, malgré les dénégations de la Porte, un test des défenses turques qui leur fait comprendre
la nécessité de réformes.
Choiseul-Gouffier
accélère les travaux, offre des plans de forteresses à
la Vauban, des chaloupes canonnières.
Lafitte
et Le Roy
Le Roy est
introduit à l'Arsenal. Lafitte visite des places fortes,
s'occupe de la protection de la capitale.
L'artillerie
et la marine
De
nouvelles batteries de canons sont placées, des élèves
formés. Choiseul-Gouffier obtient la mise en chantier d'un
navire. Des manuels militaires ont rédigés et traduits
mais malheureusement pas imprimés.
« J'ai
fit venir à grands frais des imprimeurs de Paris et de
prétendus caractères arabes ; il se trouve que notre
protégé Caussin, auquel on s'est malheureusement
adressé, ne connaît pas ces lettres ; il n'y a pas un
caractère qui puisse servir... » écrit
Choiseul-Gouffier à Barthélémy le 15 novembre
1785.
Ce
qu'en pensent les Turcs et les Russes
Les
résistances sont importantes, en particulier des religieux qui
voient d'un mauvais oeil des chrétiens donner des leçons
à des musulmans. Elles annulent une bonne part des progrès.
La mission militaire est de courte durée. Mais elle
fortifie un peu les Turcs et inquiète quand même les
russes.
Chapitre
III
L'ambassade
de Constantinople. Affaires religieuses et commerciales (1784-1787)
I
Le
dernier roi très chrétien et les Eglises d'Orient
Les
missionnaires du levant sont sous la surveillance des consuls
français.
Les
chrétiens sont aidés par le roi de France avec tact et
discrétion. Celui-ci veille à éviter les
conflits et également à ce que Rome n'intervienne pas
dans les affaires de l'Eglise française.
II
Idées
de Choiseul-Gouffier sur le commerce du Levant
Le
commerce est la préoccupation centrale de la diplomatie
français.
On appelle
Echelle chaque marché ouvert aux Européens. La plupart
des membres travaillent pour des maisons marseillaises.
Export vers
l'Europe : tabac de Macédoine, cotons de Chypre et de
Salonique, fils de chèvre d'Angora et de Smyrne, soies et
laines brutes.
Import depuis la France : draperies du Languedoc,
cotonnades de Picardie, de Normandie, de Provence, soieries de Lyon,
denrées coloniales comme le café, le sucre et la
cochenille.
La France gagne beaucoup dans ce commerce qui est plus
avantageux pour elle que pour l'Empire ottoman..
Le rôle de
l'ambassadeur français est de gérer les conflits avec
les Turcs.
Son
administration des Echelles
Les
consuls
Ferrières-Sauveboeuf
en Perse, Rousseau à Bagdad
Choiseul-Gouffier
aide les négociants français; le commerce français représente
alors plus de la moitié du commerce méditerranéen.
Il veut le développer vers la Mer rouge et la Mer noire.
III
L'Egypte
Par sa
position stratégique, elle suscite la convoitise. Elle
bénéficie d'une quasi indépendance vis-à-vis
de la Porte.
Vues de
l'Angleterre et de la Russie sur ce pays
Les
Anglais y cherchent une voie de passage vers les Indes. Mais leurs
rivaux, les Français, veulent compenser la perte du Canada et,
eux aussi ouvrir une route vers Bombay.
Le
commerce avec la France est florissant malgré des conditions
difficiles : insécurité, humiliations… Vergennes
pousse Choiseul à faire pression sur les Ottomans.
Magallon
Traité
de commerce entre la France et les beys (1785)
Magallon est un
très habile négociant qui obtient des Egyptiens un
traité de commerce et de navigation très avantageux.
Obstacles
à son exécution
Mais à
la première venue d'un vaisseau français, les problèmes
apparaissent. Les Russes
qui souhaitent s'allier aux Egyptiens contre Istanbul s'opposent avec
succès aux Français. Le sultan
qui a eu connaissance de ce traité ne l'accepte pas. Notre
ambassadeur n'arrive pas à le fléchir.
Le
sultan reprend possession de l'Egypte
Vers la
fin 1786, le sultan envoie une expédition qui reprend
possession de cette province de l'empire. Les traités sont
annulés.
Le comte
de Ferrières-Sauveboeuf est un aventurier qui se présente
comme envoyé de la France auprès du shah de Perse. Il
convainc Vergennes de l'aider dans une mission pour ouvrir
des nouvelles voies commerciales, mais des lettres compromettantes
sont interceptées par les Russes. Cet
épisode illustre la guerre diplomatique que se livrent les
puissances au Proche-Orient.
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