| Café turc, courte anthologie |
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| Gastronomie et cuisine turque | ||||
Page 1 sur 2 Une anthologie de textes sur le café (türk kahvesi),
son arrivée en Turquie au XVIe siècle, son succès, les tentatives d'interdiction ou de contrôle, son extension en Europe, son importance dans la culture de
la Turquie. Le rituel du café reste toujours très vivace, mais cependant moins que celui du thé que l'on vous proposera plus souvent.
Cafetzy [kahveci], ou vendeur de café dans les rues, début du XIXe siècle
Voyez aussi le texte sur la préparation du café.
Henri Welter, L'Histoire du café, 1868
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Nous avons ajouté les intertitres.
En 1554, sous le règne du grand Soliman II, juste un siècle après
que, par la conquête turque, le Constantinople des Chrétiens fut devenu
le Stamboul des Orientaux, des maisons de café y furent ouvertes
simultanément par deux industriels venus d'Alep et de Damas. Avant
cette date, qui est postérieure d'une centaine d'années aussi à
l'introduction du café en Arabie par le mufti d'Aden, il n'en avait
jamais été bu à Stamboul : on ne le connaissait que par les dires des
pèlerins et bien des gens n'étaient pas éloignés de croire que c'était
une boisson enivrante, témoin cette fille du harem impérial qui, nous
l'avons vu, faillit réussir à en faire défendre l'usage à la Mecque.
Ces deux initiateurs s'appelaient Hekem et Schems ; leurs noms ont été
conservés par un historiographe turc, le defterdar ou trésorier-général
Pichevili, qui écrivit au milieu du dix-septième siècle une chronique
des règnes de Soliman II et de ses successeurs jusqu'à Amurat IV [Murat
IV, règne de 1623 à 1640]. Dans ces annales l'auteur raconte d'une
manière assez détaillée quelles ont été les commencements du café à
Constantinople, et nous rapportons ici, d'après Galland, les
circonstances les plus intéressantes de cette histoire.
Succès du café à Istanbul
L'entreprise des cafetiers syriens eut un succès merveilleux. De
tous les coins de la grande capitale on accourut en foule pour goûter
la liqueur célèbre qu'ils débitaient, et pour s'assurer si elle
méritait tous les éloges que l'on en avait ouï faire par les pèlerins ;
chacun en fut enchanté et devint passionné buveur de café, par un
entraînement plus fort qu'on ne l'avait jamais vu à la Mecque ou au
Caire. Ces deux industriels étaient des hommes fort habiles, qui ne
comptaient pas uniquement sur l'attrait du café pour faire la fortune
de leurs maisons ou Kahwa-Kahnes, comme on les appelait ; les salles
étaient décorées avec un luxe splendide et l'on y trouvait toujours de
la musique, des chants, des jeux, des danses, tous les plaisirs enfin
qui fussent propres à séduire le monde élégant et oisif. Ces lieux de
délices devinrent le rendez-vous favori des lettrés, des poètes, des
artistes, des officiers, des riches marchands, des joueurs d'échecs et
de trictrac, etc. ; ils furent les premiers à y affluer pour amuser
leurs loisirs dans la brillante société qu'ils formaient ensemble ou
pour se délasser des occupations plus ou moins sérieuses qui les
empêchaient de s'y rencontrer aussi souvent et aussi longuement qu'ils
le désiraient. C'est ce monde qui en fit la vogue : à leur suite
vinrent aussi les étudiants de la Loi et même leurs graves muderis ou
professeurs, et avec ceux-ci des magistrats grands et petits, des hauts
employés du sérail, des pachas et des seigneurs de la cour, tout ce
qu'il y avait enfin de plus distingué clans le corps des fonctionnaires
civils et militaires. Bientôt ces deux premiers cafés, que les
enthousiastes honoraient du titre d'écoles de sapience, se trouvèrent
beaucoup trop étroits pour contenir cette multitude sans cesse
grossissante. Les classes inférieures de la population commençaient
aussi à fournir en abondance des chalands, non moins avides que les
premiers de jouissances si nouvelles pour eux ; il fallut, pour
recevoir et contenter tout le monde, ouvrir de nouveaux établissements,
ce qui fut fait avec empressement, et dans la plupart des quartiers de
la ville, soit par les deux Syriens, soit par les nombreux émules que
leur prospérité inouïe avait fait surgir à côté d'eux.
Le café a été célébré par les poètes turcs, moins souvent il est
vrai, et surtout avec moins d'art et d'esprit qu'il n'a été chanté par
les Arabes. Beaucoup d'entre eux n'y ont touché que pour se moquer,
dans des épigrammes assez bien réussies, de cet engouement soudain et
irrésistible dont fut éprise pour la nouvelle boisson toute la
population de Stamboul. De toutes les pièces, satiriques ou laudatives
qui furent inspirées par elle, nous ne citerons qu'une seule, qui est
du poète Belighi, et paraît avoir été composée vers la fin du seizième
siècle : c'est une espèce de sonnet, qui n'a point de mérite poétique,
mais présente quelque intérêt comme faisant allusion à certains faits
de l'histoire du café dans la Turquie. Il a été traduit par Galland
- c'est au même orientaliste que nous devons notre bonne vieille
traduction des Mille et une nuits (1712) - et sa version a été mise par
La Roque en vers français de la façon que voici :
Sous le sultan Sélim II, qui régna de 1566 à 1574, et que ses
sujets surnommèrent Mest ou l'ivrogne, il était permis à chacun, en
dépit du Coran et en vertu du regis ad exemplar, de boire du vin, s'il
pouvait s'en procurer. Son fils Amurat III revint en cela à
l'observance stricte de la Loi et il entendait que tout le monde dans
l'empire s'abstînt, comme lui de boissons fermentées. Le vin était
d'une cherté excessive, tandis que l'infusion du café, de plus en plus
à la mode depuis nombre d'années, se débitait à très bon marché, de
sorte qu'il fut facile à celle-ci de faire oublier le premier, comme il
est dit dans la dernière ligne de la pièce de vers de Belighi. Quant à
l'épithète de séditieux dont le poète qualifie le café, elle a rapport
aux troubles qu'il avait causés à la Mecque et au Caire, ainsi qu'à
ceux qu'il ne manqua pas de susciter aussi à Constantinople.
La multiplication des maisons de café et la faveur soutenue dont
elles jouissaient auprès de toutes les classes de la population
n'avaient pas tardé d'éveiller la sollicitude et la jalousie des
ministres de la religion. Les muftis et les ulémas se plaignaient fort
de ce que ces salles étaient toujours pleines de monde pendant que
leurs mosquées restaient à peu près vides ; ils étaient fâchés que l'on
s'y amusât si bien sans en avoir leur permission, et, comme gardiens de
la moralité publique, ils déploraient vivement les excès scandaleux qui
parfois se produisaient dans ces lieux de perdition. Tous les dévots
naturellement prirent parti contre les buveurs de café. Ces prétendues
écoles de sagesse n'étaient, à les entendre, que des rendez-vous de
gens oisifs et malcontents qui s'y rassemblaient pour goûter des
plaisirs peu honnêtes et tenir des discours très irrévérencieux contre
l'Eglise et l'Etat. Les prédicateurs dans les temples se déchaînaient
contre les abus et les péchés détestables dont était cause cette
liqueur funeste ; les derviches - ces moines musulmans auxquels incombe
surtout le soin des malades indigents - étant toujours mêlés parmi le
peuple, ne se faisaient pas faute d'en exciter les passions aveugles
contre la nouvelle boisson et tous ceux qui en étaient si fatalement
enchantés.
Interdiction du café
Cependant la conspiration des adversaires du café n'eut pas
d'abord le succès sur lequel ils avaient compté. L'ascendant qu'en
vertu de leur ministère ils exerçaient sur la population de Stamboul
échoua contre la déplorable obstination des buveurs ; ces pécheurs
endurcis n'écoutaient guère les pieuses réprimandes dont on les
poursuivait sans cesse pour les faire renoncer au café dans l'intérêt à
là fois de la santé du corps et du salut de l'âme : il n'y eût qu'un
très petit nombre qui pûssent être amenés à résipiscence, et encore n'y
avait-il pas bien lieu de faire fond sur la solidité de leur
conversion. Il n'y avait pas d'apparence d'aboutir au but par les voies
de la persuasion ; on résolut alors d'obtenir du grand-mufti une
condamnation solennelle du café et d'en faire à ce titre interdire
absolument l'usage à Constantinople. Le Coran défend aux vrais croyants
l'emploi du charbon : les fèves torréfiées furent regardées comme
n'étant autre chose que du charbon, et partant l'infusion qui en
résultait était évidemment contraire à la loi de Mahomet. Ce n'était
pas mal imaginé, et la plupart des docteurs de la Loi, par lesquels fut
dressé l'acte d'accusation, étaient sans doute en cela de fort bonne
foi. On sait qu'un grand-mufti, dans la religion musulmane, est
souverain arbitre en matière de doctrine : celui de Stamboul s'empressa
de prononcer la condamnation désirée de lui, soit qu'il fût réellement
convaincu que le café était réprouvé par le Coran, soit qu'il ne vit
que ce moyen de couper court aux désordres et scandales qui se
passaient dans les lieux fréquentés des buveurs.
Le café ayant été ainsi condamné au nom de la religion de Mahomet,
ce fut aux autorités civiles à faire exécuter les décisions sacrées du
grand-mufti et de veiller à ce que personne à Constantinople ne
continuât à faire usage d'une liqueur devenue malheureusement si chère
à tout le monde. Tous les établissements publics furent aussitôt fermés
; à cette époque presque tout le café que l'on consommait dans la
capitale de l'empire turc se prenait dans ces lieux ; ils s'étaient en
peu de temps énormément multipliés, et les abus qui y étaient commis
par la foule des buveurs avaient été la cause première de l'anathème
dont avait été frappée par les dévots la boisson pernicieuse qu'on y
débitait. Quant aux maisons particulières, dans beaucoup desquelles on
se mit alors à préparer du café pour soi ou pour ses amis, au moyen de
fèves qu'il n'était pas difficile de se procurer par contrebande, des
agents de police devaient visiter celles où ils soupçonnaient de la
contravention, afin de surprendre les coupables et les dénoncer à la
justice.
Résistances
Mais la contrainte et la violence ne réussissent guère à arracher
pour toujours une population entière, si docile qu'elle soit
d'ailleurs, à des habitudes qui lui sont devenues aussi chères que la
vie. Presque tout le monde à Constantinople aimait fort le café ; on le
trouva beaucoup meilleur lorsqu'il eut l'attrait du fruit défendu, et
l'on était persuadé du reste que, en le condamnant, le grand-mufti
avait eu la conscience égarée par la cabale farouche qui enviait au
peuple la plus innocente des jouissances qu'il lui fût donné de goûter.
Les officiers de police, qui étaient sans doute eux-mêmes grands
amateurs de la boisson prohibée, se montraient médiocrement zélés à en
empêcher l'usage chez ceux qu'ils étaient chargés de surveiller; le
plus souvent ils acceptaient volontiers les tasses qu'on leur en
offrait, et moyennant quelque argent qu'ils empochaient avec non moins
de plaisir, l'on était sur de ne pas être dénoncé par ces aimables
visiteurs. Sous le sultan Amurat III, vers la fin du seizième siècle,
le gouvernement renouvela les mêmes défenses, mais il ne mit à les
faire observer pas plus d'énergie que par le passé, et il comprit
bientôt que c'était impossible d'abolir un usage si fortement enraciné
dans la population et qui, à le bien prendre, était loin d'avoir envers
la moralité publique tous les tort dont il était accusé. Il permit
alors, par des concessions vendues fort cher, que des débits d'infusion
de café fussent établis çà et là dans tous les quartiers de la
capitale, à condition toutefois que les salles n'ouvrissent point sur
les rues et places publiques, et qu'elles fussent assez peu spacieuses
pour ne recevoir à la fois qu'un petit nombre de consommateurs :
c'étaient généralement des arrière-boutiques d'épiciers qui furent
accommodées à ce service et elles eurent pour principaux habitués tous
ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient préparer leur café à domicile.
Retour des cafés publics
Cette licence accordée, il ne restait qu'un pas à faire pour en
revenir aux cafés publics tels qu'ils existaient avant les édits de
proscription qui les avaient supprimés. Cela ne tarda pas d'avoir lieu.
Il vint un nouveau grand-mufti qui n'eut rien de plus pressé que de
révoquer la sentence de son prédécesseur, par laquelle le café et son
infusion avaient été condamnés comme contraires au Coran. Selon lui
l'assimilation qui avait été faite du café au charbon ne reposait que
sur une apparence vaine : le charbon n'était qu'un résidu auquel on ne
savait guère d'emploi, tandis que le café ne prenait précisément toute
sa valeur qu'après avoir été par la torréfaction mis en un état qui
l'avait fait à tort ravaler au niveau du charbon. Cette déclaration du
Chef de la Loi donna au café plus de vogue qu'il n'en avait jamais eue
à Stamboul jusqu'alors, et les plus scrupuleux d'entre les dévots
s'estimèrent très heureux d'en pouvoir boire dorénavant en toute
conscience. Tous les grands cafés publics s'empressèrent de rouvrir
leurs salons, et la foule joyeuse de leurs anciens habitués pût y jouir
de nouveau des plaisirs dont ils avaient été si cruellement sevrés. Ces
établissements devinrent plus nombreux et plus prospères qu'auparavant,
malgré leurs frais énormes et un fort impôt dont ils étaient frappés au
profit des grands-vizirs, qui s'étaient arrogé le droit arbitraire d'en
autoriser la création. Chacun d'eux payait au ministre une redevance
journalière de un ou deux sequins, et ils étaient tenus de ne pas
vendre la tasse plus d'un aspre : le sequin valait à cette époque
environ huit francs et l'aspre peut-être quelque trois centimes ;
l'aspre est la cent-vingtième partie de la piastre, et celle-ci ne
compte aujourd'hui plus que pour vingt-deux centimes. Il fallait
nécessairement, qu'avec un prix si minime, il se vendît chaque jour un
nombre inconcevable de ces tasses : on sait qu'elles sont très petites
en Orient, et sans doute alors elles l'étaient encore davantage ; mais
la liqueur qu'elles contenaient n'était pas moins bonne que celle que
de nos jours l'on boit en Turquie, où les amateurs de café ont le
bonheur de n'avoir pas à redouter qu'on leur serve traitreusement de la
chicorée ni aucune autre des affreuses drogues de cette nature.
Les cafés sont interdits, mais le café reste autorisé
Tout
allait à merveille pour les buveurs de café, lorsqu'au milieu du
dix-septième siècle les établissements publics où ils se plaisaient
tant à se rassembler furent tous fermés, et pendant plus de cent ans il
ne fut plus permis d'en rouvrir. C'était dans le temps de la guerre que
les Turcs avaient entreprise pour enlever aux Vénitiens l'Ile de
Candie, laquelle ne dura pas moins de vingt-quatre ans, et se termina
en 1669 par la capitulation de la ville de ce nom, qui se rendit après
avoir soutenu glorieusement dix années de blocus et deux de siège en
règle. Déjà dans les commencements de la guerre cette capitale de l'île
avait été inutilement assiégée trois fois; ces insuccès avaient fort
irrité la population de Constantinople, surtout la foule oisive qui,
dans les cafés publics, critiquait à tort et à travers les opérations
de l'armée ; on reprochait au gouvernement tous les échecs éprouvés par
celle-ci, et prenait même plaisir parfois à inventer et propager des
nouvelles propres à augmenter les alarmes du public. Les autorités
trouvèrent bientôt que de pareils abus ne devaient pas être tolérés de
la part des sujets du sultan : pour couper le mal dans sa racine, elles
firent fermer simultanément toutes les salles, grandes ou petites, où
l'on débitait au public de l'infusion de café, et personne, à quelque
prix que ce fût, n'obtint la licence de rouvrir un établissement de ce
genre. Chacun restait libre d'ailleurs d'en boire chez lui ou avec des
amis autant qu'il lui plaisait : on ne voulait qu'empêcher les réunions
nombreuses et ouvertes a. tout venant, où les hommes s'entr'excitaient
volontiers au désordre. Beaucoup de ces lieux de plaisir avaient de
temps en temps attiré déjà sur eux l'attention de la police par les
excès et les débauches dont ils étaient le théâtre, ainsi que par les
cabales ou les complots qu'on y avait ourdis quelquefois contre le
gouvernement ou tel de ses ministres. Le grand-vizir Kiuprili [Köprülü]
qui les supprima - c'était le père de l'illustre général sous lequel
succomba Candie — était un homme d'un patriotisme et d'un
désintéressement rares en Orient ; il n'agit en cela que pour le salut
de l'Etat, et il n'hésita pas à sacrifier l'immense revenu que lui
faisait cette multitude de cafés publics.
L'orientaliste Galland séjourna longtemps, vers la fin du
dix-septième siècle, dans la Turquie d'Asie et d'Europe, le plus
souvent dans la capitale de l'empire, où il était attaché à M. de
Nointel, l'ambassadeur du roi de France. Dans son intéressant opuscule
intitulé Lettre sur le café, qui fut publié en 1699, il entre
dans de longs détails sur tout ce qui a rapport au grand usage que les
Turcs faisaient alors de l'infusion du café. Il nous dit que ce n'est
qu'à Constantinople qu'on en supprima les débits publics : on ne vit
point d'inconvénient à les laisser subsister partout dans les provinces
et il y en avait jusque dans les plus petits bourgs ; les plus riches
se trouvaient à Damas où « plus qu'ailleurs ils étaient fréquentés par
les gens d'étude et de distinction. » Il y avait toutefois dans la
capitale même une exception en faveur de deux ou trois maisons de café
qui ne furent pas fermées et qui étaient dans le faubourg de Galata ;
mais l'on ne recevait là que des matelots qui se plaisaient à s'y
rencontrer pour se délasser tranquillement de leurs fatigues en fumant
et en buvant du café. La pipe et la tasse vont fort bien ensemble
suivant ce dicton persan : du café sans tabac est comme un mets sans
sel.
« On peut dire cependant que leur suppression à Constantinople a
fait que l'on y prend davantage de café, n'y ayant ni maison, ni
famille, riche ou pauvre, turque, ou grecque, arménienne, ou juive,
toutes nations fort nombreuses dans cette ville, où l'on n'en prenne au
moins deux fois par jour ; plusieurs en prennent encore presque à toute
heure, parce que c'est un usage d'en présenter dans les maisons à tous
ceux qui viennent, pour quelque sujet que ce soit, et que ce serait une
incivilité de ne point offrir le café, ou de le refuser ; ce qui fait
qu'il y a une infinité de gens qui en prennent plus de vingt tasses par
jour, et sans en être incommodés, privilège particulier au café, et à
l'exclusion des autres boissons.
Un autre privilège du café, c'est, selon la pensée de Monsieur
Galland, de lier d'un lien plus étroit, les hommes nés pour la société,
que toute autre chose que l'on puisse s'imaginer, de donner lieu à des
protestations d'autant plus sincères, qu'elles sont faites avec un
esprit qui n'est pas obscurci de fumée, et qu'on ne les oublie pas
aisément, ce qui n'arrive que trop souvent, lorsqu'on les fait dans le
vin. » La Roque.
En fermant à Constantinople les établissements qui étaient
spécialement affectés au débit de l'infusion de café, l'autorité
n'avait eu en vue, nous l'avons remarqué, que de prévenir les abus et
les désordres commis par la foule turbulente dont la plupart de ces
lieux regorgeaient sans cesse : il n'était du reste nullement interdit
d'en boire en public, ainsi que nous le voyons par cet autre passage de
La Roque : — « on le porte dans les marchés et dans les principales
rues, dans de grandes cafetières, avec du feu par-dessous sur un
réchaud, et on le distribue fort proprement à tous ceux qui en
demandent. Les passants s'arrêtent, et entrent pour ce sujet dans la
première boutique, dont le maître se fait un plaisir de les recevoir. »
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