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Catégorie : Villes et villages
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Parfois le promeneur s'arrête. Et prend plaisir, pour une fois, à déchiffrer ce qui chaque jour s'offre sans parler au regard. Et qui se retrouve, pareil au même, dans de nombreux paysages urbains de la Turquie, où fleurissent en masse les mosquées anciennes ou modernes, témoins actifs de la religion dominante. 

Modeste mosquée

Le long de la rue principale de la ville haute de Mardin [la Cumhuriyet Cadesi], une modeste mosquée parmi une trentaine d'autres. Entouré d'un simple grillage. Au pied duquel une femme âgée est accroupie, la sébile en main pour demander l'aumône aux passants.

Plus au centre un pot de basilic, dont on peut frôler de la main la plante odoriférante, pour se purifier, sans y penser. 

Les chaussures laissées à l'extérieur témoignent de la présence d'hommes venus, comme chaque matin, faire leur prière.

Sur la gauche, image tronquée par le format de la photo, la base du minaret, construit en 1960, dont on aperçoit à peine la base.

La porte, avec ses motifs floraux ciselés dans la pierre, est flanquée de deux étoiles à cinq branches que les fidèles sauront interpréter comme une référence aux  fondements de l'Islam : la profession de foi ; la prière ; le soutien aux pauvres ; le jeûne du mois de Ramadan ; le pèlerinage à la Mecque.

L'architecte les a prévues pour fournir un éclairage à l'intérieur.

Commémoration

Une plaque de marbre gris accueille en lettres dorées la date, 1960, où cette mosquée, bâtie sur l'emplacement d'une ancienne église, a été restaurée avec le concours de généreux donateurs, et où le minaret a été érigé.

Décors floraux en stuc, versets du Coran, dans le style calligraphique Naskhi, surlignés en noir, accentuent la volonté de symétrie de l'ensemble, tout en introduisant de façon foisonnante, le délié et la courbe.

Conversation

Dans la matinée, l'employé de la mosquée, qui garde sa calotte grise sur la tête et qui prend soin de porter une barbe finement taillée, sort quelques instants. Il bavarde avec son ami, le vendeur de rafraîchissements.

Ce dernier vend une sorte de limonade ou de sirop [Şerbet] parfumé à la réglisse [Meyan Kökü]. En attendant les clients, désaltérant et tonique, le breuvage est conservé dans un récipient en cuivre. Les gobelets en plastique ont remplacé depuis longtemps la traditionnelle écuelle.

Gestes à l'appui, la conversation va bon train.

Coupole côtelée

Au centre de la mosquée, se détachant sur le fond bleu intense du ciel, le dôme côtelé de la coupole porte en son sommet, selon la tradition, les trois boules superposées, légèrement  plus petites au fur et à mesure qu'on s'élève, que l'on appelle communément « jamour ». Tantôt en étain, en cuivre, ou encore en cuivre doré.

Sphères qui symboliseraient les mosquées [al massâjid] des trois lieux saints les plus réputés de l'Islam : la Masjid Al-Haram [la Mosquée sacrée] de La Mecque ; la Masjid al-Nabawi [la Mosquée du Prophète] à Médine ; la Masjid  al-Aqsa [la Mosquée lointaine] à Jérusalem.

Elles-mêmes surmontées d'un croissant contenant comme motif végétal, si l'on observe bien, une palmette trilobée aux lobes inférieurs recourbés, le centre en forme d'amande.

Mais surtout, à l'intérieur de cette fleur, la découpe du métal permet de lire, sur les deux lignes, la formule, traduite en mot à mot « Dieu/ il n'y a pas de Dieu autre », autrement dit selon la formule de la foi musulmane, lâ ilâha illâ Allâh : il n'y a pas de dieu autre que Dieu.

Arabesques

Évidemment, à y regarder de près on voit que les blocs du décor sont des briques moulées, toutes préparées d'avance, et qu'il s'agit d'un habillage facile à plaquer.

Mais ce qui importe, ce ne sont pas les parties mais le tout de la façade. C'est, sortie  d'un vase, la luxuriance des tiges et des feuillages dont les arabesques, pourtant symétriques, s'enroulent sans repos, sans qu'on puisse bien distinguer où cela commence, où cela finit.

L'oeil s'égare à vouloir trouver un point de départ, à tel point que la pensée, sans y penser, se confronte à l'impression vertigineuse de l'infini.  

Texte et photographies, JJB 08-2016