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Catégorie : Sites archéologiques et historiques
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hattusap.jpgAu IIe millénaire av. J.-C., se développa en Anatolie une civilisation originale, celle des Hittites qui fut oubliée par la suite. Leur capitale Hattusa, près du village de Bogazköy (ou Bogazkale) ne fut redécouverte qu'en 1834 par Charles Texier.

Les deux sites hittites de Hattusa et de Yazilikaya sont très proches l'un de l'autre.

Le 3e site, Alaca Höyük, plus modeste, est distant d'environ 30 km des deux autres.

Au XVIIIe-XVIIe siècles avant J.-C., les Hittites, une population indo-européenne, occupent l'Anatolie et développent une culture originale.

Depuis le IIIe millénaire, Hattus était une importante ville des Hatti, une population anatolienne contemporaine des Hittites. Des Assyriens s'y étaient également installés pour commercer au XIX-XVIIIe siècle. Le roi Anitta de Kussar détruit la ville vers 1700 (d'après les textes cunéiformes retrouvés confirmés par l'archéologie), mais un roi hittite, qui prend le nom de Hattusili, décide d'en faire sa capitale sous le nom de Hattusa.

DSCN0972 Hattusas

DSCN0891 Hattusas, temple


Le site sur lequel elle fut construite est spectaculaire : un plateau d'où émergent des collines et des pitons rocheux.

Tablettes cunéiformes

Grâce aux milliers de tablettes cunéiformes que l'on y trouva, on connaît bien l'histoire de la ville et de l'empire hittite. Parmi ces tablettes, figurent le traité de Qadesh entre les Hittites et les Egyptiens (vers 1270 av. J.-C.), rédigé en Akkadien, la langue diplomatique de l'époque et les annales du roi Hattusili Ier.
A noter que la langue hittite est la plus ancienne langue indo-européenne dont on ait des témoignages écrits. L'écriture cunéiforme, apportée par les Assyriens, fut utilisée pour les archives, l'écriture hiéroglyphique, que l'on trouve dans les inscriptions, sert à noter le Louvite, une langue proche du Hittite parlée dans certaines parties de l'empire hittite. Elle a été déchiffrée par B. Hrozny dans les années 1930.

Une capitale

Les Hittites utilisèrent les éléments naturels qu'ils complétèrent de nombreux murs d'enceinte et de défenses. Ils ceignirent de murailles cette ville qui pouvait héberger plus de 10000 habitants, ils édifièrent des palais, des temples et des habitations. Les plus grands travaux datent du XIIIe siècle.

DSCN0906 Hattusas, vue vers la porte reconstituée

Vue vers une partie de l'enceinte reconstituée, depuis le temple I

Des constructions en brique crue, il ne reste rien, seules subsistent les fondations de pierre, les portes et certains éléments taillés dans la roche comme un bassin orné de deux lions  près du Büyük Mabet (temple I). Pour leurs reconstitutions, les archéologues se sont inspirées de représentations de murailles et de tours en terre cuite.

DSCN0912 Hattusas, temple I, entrée

Lions  près du Büyük Mabet (temple I)

DSCN0955 Hattusas, vue de temples depuis Yerkapi

Temples

La porte des Lions (XIVe-XIII av. J.C.) est un des ouvrages les plus impressionnants et les mieux conservés. Le corps des animaux est finement décoré et contraste avec l'appareil des murs massifs composés de pierres de différentes tailles.

DSCN0919 Hattusas, porte des lions

Porte des lions

 

DSCN0915 Hattusas, porte des lions

Porte des lions

 

DSCN0929 Hattusas, porte des lions

Porte des lions, détail

La Yerkapi (porte de la Terre) est précédée d'une longue poterne de 71 mètres qui passe sous la muraille. Sa voûte en encorbellement donne l'impression qu'elle peut s'effondrer tant la forme des pierres employées est irrégulière.

DSCN0935 Hattusas, Yerkapi

Yerkapi

Le dieu guerrier qui orne la porte du Roi est une copie de l'original qui se trouve a Ankara.

DSCN0969 Hattusas, porte du roi

Porte du roi

Depuis l'enceinte, on peut voir les fondations de très nombreux bâtiments dont les plans sont parfaitement visibles.

Esquisse de chronologie des souverains hittites

vers 1680-1650 - Labarna, premier roi
vers 1650-1600 - Hattusili Ier : crée son royaume. Hattusa capitale des Hittites.
Vers 1620-1590 - Mursili Ier : conquête d'Alep, guerre à Babylone, en Syrie
Vers 1525 : Telepinu : laisse des archives de son règne, légifère, signe des traités
FIn XVe siècle : Tudhaliya II : restauration du royaume, puis de nouveau déclin
1380-1346 - Suppiluliuma Ier : Nouvel empire.
1346-1306 - Mursili II : conquêtes. Archives de son règne.
1306-1282 - Muwatalli : déménage la capitale à Tarhuntassa. Bataille de Qadesh en 1285-86 contre Ramsès II.
1275-1250 - Hattusili III : retour de la capitale à Hattusa, traité de Qadesh
1275-1265 - Tudhaliya III : épouse une princesse hourrite qui introduit ses dieux chez les Hittites.
1250-1220 - Tudhaliya IV : Réforme des archives, organise le culte. Crise. Représenté dans les bas-reliefs de Yazilikaya.
Fin XIIe siècle - Suppiluliuma II : Restauration, puis chute de l'empire

Après les Hittites

Le site continue d'être occupé, mais perd de son importance, après la chute de l'empire hittite jusqu'au XIe siècle apr. J. C., date à laquelle la région est occupée par les Turcs seldjoukides.
Au XVIe siècle, un groupe de turkmènes, les Dülkadiroğlu, originaire de Maras, s'installe à 3 km du site, à Yekbas, puis crée, près du site, le village de Boğazköy aussi appelé Boğazkale.


 

Photographies de Hattusa 

DSCN0895 Hattusas, temple, entrée

Temple I, entrée

DSCN0899 Hattusas, temple I

  Temple I

 

DSCN0900 Hattusas, temple I

Temple I, autel ?

 

DSCN0901 Hattusas, temple I

Temple I

DSCN0908 Hattusas, vue des magasins du temple I

  Vue des magasins du temple I

DSCN0914 Hattusas

Vue depuis l'enceinte près de la porte des lions 

DSCN0936 Hattusas, Yerkapi, poterne

Yerkapi, poterne

  DSCN0961 Hattusas, Yerkapi

  Porte

DSCN0967 Hattusas, vue depuis la Yerkapi

  Vue de l'extérieur depuis l'enceinte fortifiée

DSCN0975 Hattusas

 

Sources

Les Hittites ont suscité une important littérature. La bibliographie ci-dessous est très partielle. Des recherches se poursuivent encore sur de nombreux sites et dans les universités.

La description de Charles Texier, inventeur du site

cité dans Vivier de Saint-Martin, Description historique et géographique de l'Asie mineure, 1852
On pourra reconnaître dans cette description des monuments important de Hattusa.

A quelques lieues de Galadjik, M. Texier passa le Halys |Kizilirmak] ; puis continuant sa route à l'Est, par des vallées, des plaines et des rivières qu'aucune carte n'indiquait, car aucun voyageur avant lui n'avait pénétré dans cette partie trans-halyenne de l'ancienne Galatie, il s'arrêta le cinquième jour à un village que sa situation au débouché d'une double vallée a fait nommer Bogaz-keuï [Boğazköy], le village du Défilé. Des pierres sculptées et des ruines anciennes lui avaient été indiquées dans cette localité. Son attente n'y fut point trompée; cette découverte est au nombre des plus curieuses que le voyageur ait faites dans son expédition. Sur une montagne élevée dont le sommet forme un vaste plateau, il vit les restes d'une ville occupée aujourd'hui, dans son intérieur, par une forêt de chênes nains ; une muraille de travail cyclopéen, de cinq mètres d'épaisseur, l'entoure encore tout entière. Des portes, dont l'une, formant jadis une arcade, est ornée, à la hauteur de l'imposte, de deux grandes têtes de lion ; des souterrains, trois acropoles situées sur autant de rochers isolés, un temple élevé sur plusieurs esplanades, font de ce lieu un des plus remarquables de l'Asie-Mineure. M. Texier penchait d'abord à voir dans ces restes d'une ville dont rien n'indique aujourd'hui l'appellation ancienne, ni les monuments, ni la tradition, ni même les indications de Strabon, ceux de Tavium, nom que l'on trouve aussi écrit au pluriel, Tavia. Tavium était la ville principale des Trokmes, la plus reculée à l'Orient des tribus galates sur le Halys |Kizilirmak]. Mais indépendamment de ce que les distances fournies par les itinéraires contrarient ce rapport [D'AnvilIe, et après lui le colonel Leake, se fondant sur l'autorité des Itinéraires, ont placé Tavium à Tchoroum [çorum], ville située sur la route de Kiangari.], une difficulté résulte de l'absence complète de tout vestige romain dans ces ruines où de nombreux bas-reliefs offrent le plus ancien style oriental, tandis que l'on sait par les médailles assez nombreuses de Tavium que cette ancienne cité gauloise tenait encore un rang notable sous l'administration romaine. Sans s'expliquer précisément à cet égard , les commissaires désignés par l'Académie des Inscriptions pour lui rendre compte des découvertes du voyageur en Galatie n'avaient pas adopté ce rapprochement entre les ruines de Bogaz-keuï et Tavium. M. Texier en a plus tard hasardé un autre, contre lequel un savant particulièrement versé dans l'archéologie asiatique a proposé de fortes objections. Mais à part les conjectures plus ou moins incertaines sur l'ancien nom de la ville retrouvée, la découverte elle-même n'en reste pas moins avec tout son intérêt pour les scrutateurs de l'antiquité.

Et cependant ces remarquables ruines ne sont pas encore ce qui mérite le plus de fixer l'attention sur une localité que nul Européen avant M. Texier n'avait visitée.

[Découverte de Yazilikaya]
Écoutons encore le voyageur racontant la suite de son exploration dans la vallée de Bogaz-keuï [Boğazköy] :
«La découverte de cette ancienne ville, disait-il, fort importante par elle-même, est effacée par celle d'un monument que j'ai trouvé dans les montagnes voisines, et qui doit se placer au premier rang des monuments antiques connus. C'est une enceinte de rochers naturels aplanis par l'art, et sur les parois de laquelle on a sculpté une scène d'une importance majeure dans l'histoire de ces peuples. Elle se compose de soixante figures, dont quelques-unes sont colossales. On reconnaît l'entrevue de deux personnages qui se font mutuellement des présents.  La hauteur des figures varie depuis la dimension de demi-nature jusqu'à des proportions colossales. En se transportant à l'entrée de l'enceinte, nommée dans le pays Iasili-Kaïa [Yazilikaya], la Roche Écrite, les figures marchent dans le même sens, et toute la pompe se rencontre dans le fond de cette espèce d'hémicycle où se trouvent les deux personnages principaux qui semblent échanger des présents. L'un d'eux est barbu. Il tient dans sa main droite une massue, et de l'autre, il présente une fleur ; il marche sur la tête de deux hommes qui fléchissent sous le poids. Coiffé d'une mitre fort élevée et de forme conique, il est vêtu d'une tunique courte; à ses pieds on voit un taureau unicorne. Ce roi est suivi de sa cour, qui forme derrière lui un long cortège. Immédiatement après le prince, deux hommes barbus sont également coiffés de la mitre. Le premier porte dans sa main droite une massue appuyée sur l'épaule ; le bras gauche qui est tendu soutient une grande épée. Le second est sans armes. Ces deux figures marchent sur des rochers escarpés. Dans un autre bas-relief on distingue deux figures ailées ; par le style, comme par les ornements et les attributs, ces groupes rappellent jusqu'à un certain point l'art égyptien, et plus particulièrement encore l'art assyrien et persépolitain. Le second personnage principal qui fait face au roi et à son cortège, a tous les caractères d'une femme. Une longue robe à larges manches vient s'attacher sous son cou ; sa taille est serrée par une ceinture; ses cheveux sont longs et pendants, et sa coiffure consiste en une mitre crénelée qui se voit quelquefois dans les statues de Cybèle. Cette reine est debout sur un lion, et accompagnée, comme le roi, d'un quadrupède unicorne. Derrière elle, entre autres personnages, deux figures de femmes, de plus petites dimensions que celle de la princesse, mais vêtues d'une manière absolument semblable, sont portées par un aigle â deux télés, les ailes étendues. On distingue plus loin un personnage symbolique à tête de lion , ayant les deux mains levées et tenant un globe dans l'une d'elles. Une autre figure présente une tête humaine coiffée d'une mitre, avec deux avant-corps de lions en guise de bras, et les jambes remplacées par des monstres marins.
Il est bien hasardeux, dans l'état actuel de nos connaissances historiques sur l'Ouest de l'Asie, de risquer une explication de ce singulier monument des temps antiques; ce qui n'est pas douteux, c'est qu'il remonte à une époque antérieure à l'introduction de l'art grec dans ces contrées longtemps assyriennes. Nulle trace d'écriture d'aucune espèce [en fait il y a des inscriptions à Hattusa] n'existe sur les rochers sculptés de Bogaz-keuï [Boğazköy] ; cette circonstance importante semble assigner à cette page de l'histoire phrygienne une date plus ancienne que celle des monuments funéraires de Doganlu."

 

  © JMB 09-2010