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Catégorie : Sites archéologiques et historiques
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aspendos-petit.JPGC'est à Aspendos que l'on peut admirer le plus beau théâtre d'Asie Mineure. Si les autres bâtiments de cette ville antique ont été détruits, ce théâtre a été préservé grâce à un souverain seldjoukide du XIIIe siècle qui en fit son palais.

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Vue aérienne du théâtre

Un festival d'opéra et de danse a lieu tous les ans au mois de mai dans ce site exceptionnel : programme sur http://www.aspendosfestival.gov.tr

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Extrait de Charles Félix M. Texier , Asie Mineure, description géographique, historique et archéologique...,  1862
Nous avons ajouté les intertitres.
Photographies : © Julien Revesz

"La ville d'Aspendos était située à l'extrémité de la plaine de Perge, sur une montagne isolée et à soixante stades de la mer. 

Une légende locale

Conduit par un Turcoman de la plaine, nous avons retrouvé ces ruines au village de Bal Kiz serai. Chemin faisant, il nous racontait une de ces histoires qui charment les orientaux et dont le fond est toujours le même : une princesse enlevée par un amant qu'elle dédaigne, Hamlaren padicha, le roi des serpents, aimait la reine des abeilles, qui demeurait dans la forêt voisine ; une demande en mariage ayant été repoussée, le roi des serpents résolut d'enlever la reine ; mais pour parvenir à son but il fallait traverser la vallée ; c'est alors qu'il fit construire un pont gigantesque dont vous voyez encore les ruines. Au bout de l'année la reine mourut en laissant une fille qu'on nomma Bal Kiz, la fille du miel ; et le roi des serpents lui fit construire un vaste palais au sommet duquel il fit graver le portrait de Bal Kiz, et à l'appui de son récit, le vieux Turcoman nous montrait un aqueduc partant du pied du Taurus et aboutissant à la montagne. Le palais de Bal Kiz n'est autre chose qu'un immense théâtre romain merveilleusement conservé et bien propre à inspirer aux sauvages habitants de ces montagnes des légendes féériques.

Les ruines d'Aspendos sont éparses sur la montagne ; on y retrouve l'ensemble de tous les édifices qui ornaient les villes grecques, mais elles sont effacées par le splendide théâtre dont la conservation a lieu de surprendre.

Le théâtre

Il n'y manque en effet que les ouvrages qui étaient en bois : les portes et la couverture, et encore retrouve-t-on les amorces de toute la charpente dans les trous de scellement qui restent sur les murs.

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La façade du proscénium est bâtie en grandes pierres de taille à bossage, on entre dans l'intérieur par trois grandes portes.
Au premier étage est un rang de fenêtres ceintrées et le mur est couronné par un rang de consoles perforées qui servaient à soutenir les mâts [du velum qui protégeait les spectateurs du soleil]. On voit qu'il a beaucoup de rapport avec le théâtre d'Orange. De chaque côté de la grande façade, qui fait saillie sur l'ensemble, sont deux grandes portes qui conduisaient dans l'orchestre.
Une double inscription en grec et en latin est répétée sur chaque porte, elle est ainsi conçue :
"Aux dieux de la patrie et à la maison des Augustes.
"Acurtius Crispinus Arruntianus et Acurtius Auspicatus Titinnianus ont fait élever cet édifice conformément au testament d'Acurtius Crispinus."
Ces mots, Domus Augustorum, indiquent suffisamment que ce théâtre fut construit sous le règne d'Antonin et de Lucius Vérus.
Une autre inscription placée dans l'intérieur nous dit le nom de l'auteur de cet ouvrage.
« Le sénat et le peuple ont honoré Zénon l'architecte du théâtre et des travaux de la ville ; l'ont honoré d'une statue dans le théâtre, et lui ont fait présent d'un jardin près de l'hippodrome. »
La grande salle des mimes s'étend dans toute la largeur de la scène ; au-dessus étaient deux autres galeries : celle du premier étage et la salle de service des machines.
Aux deux extrémités de la salle des mimes, sont deux escaliers qui desservent les trois étages, dans les ailes sont des chambres destinées sans doute aux chefs des jeux.

 
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On entre sur la scène par cinq portes : celle du milieu, la porte royale, est la plus haute.
La façade du proscénium était ornée de deux ordres de colonnes accouplées et portées sur des piédestaux, deux entre chaque porte.
L'ordre du rez-de-chaussée est ionique, l'entablement est en marbre blanc orné de têtes de victimes et de masques tragiques.
L'ordre supérieur est corinthien, porte une frise ornée de rinceaux ; la corniche est ornée de modillons [élément supportant des corniches], les caissons représentent des masques tragiques.
Chaque couple de colonnes est surmonté d'un fronton alternativement arrondi et angulaire.
Le centre de la colonnade est surmonté d'un grand fronton dans le tympan duquel est sculptée une figure de femme nue, les cheveux tombant ; elle sort du calice d'une fleur et tient dans ses deux mains des rinceaux de feuillage, c'est cette figure que les habitants regardent comme le portrait de Bal Kiz.

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Les gradins de la salle sont tous en place ; il y a vingt et un rangs à la première précinction [sorte de palier au-dessus de chaque étage de gradins] et dix-huit à la seconde. Des escaliers desservent tous les étages, et deux grands vomitoires conduisent du dehors à la première précinction.
Le portique supérieur est absolument intact, il est composé de cinquante-trois arcades ; les colonnes engagées ont dans la partie supérieure une console qui portait sans doute un buste.
De chaque côté de l'orchestre est une loge pour les personnages consulaires.

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Le pulpitum [devant de la scène] est massif, on ne peut en reconnaître les dispositions intérieures ; mais sur les ailes en retour et au-dessus de la colonnade on reconnaît les amorces de la charpente qui couvrait la scène, elle formait un appentis d'environ huit mètres de largeur, la partie supérieure communiquait avec la galerie des combles. Après avoir vu cet édifice il ne reste aucun doute sur la manière dont la scène des anciens théâtres était disposée, le jeu des machines. La hausse et la baisse de cette grande toile qu'on appelait le catablema se faisait par le comble. Toutes les machines décrites par Pollux trouvent leur place dans cet édifice. L'orchestre est vide aujourd'hui, nous ignorons s'il contenait des sièges selon la mode romaine ou s'il servait pour les évolutions du choeur selon la mode grecque.

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Il est certain qu'on a donné des représentations dans ce théâtre jusqu'à une époque assez avancée de la décadence, les peintures barbares et les figures incorrectes qui existent encore sur le proscenium en font foi.
Le mur de soutènement des gradins est parallèle à la scène, ce qui n'a pas lieu dans les théâtres grecs. A côté du théâtre, au nord, est l'hippodrome, bâti aussi par Zénon, cet édifice est envahi par les lianes et dans un état de destruction avancée.
Sur le sommet de la montagne on retrouve les ruines de l'agora, de la basilique et d'autres édifices que nous n'avons pas déterminés.

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L'aqueduc

L'aqueduc traverse la plaine, supporté par un double rang d'arcades en pierres de taille ; en approchant de la montagne d'Aspendos, le canal se relève, c'est un véritable siphon comme celui que nous avons vu à Kalamaki ; il va se déverser dans un château d'eau au niveau de la montagne.

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Histoire de la cité

Aspendos, colonie d'Argos était une des plus anciennes villes de la Pamphylie, il en est fait mention au Ve siècle avant notre ère. En 391, Thrasibule ayant été chargé de faire rentrer les villes grecques sous le pouvoir d'Athènes, débarqua près d'Aspendos pour aller lever les contributions ; ses soldats s'étaient dirigés vers la ville et avaient pillé quelques habitants ; les Aspendiens firent une sortie nocturne et tuèrent Thrasibule dans sa tente.
Lorsque Alexandre se présenta devant Aspendos, les habitants avaient consenti à lui payer cinquante talents et à lui livrer les chevaux qu'ils élevaient pour le roi de Perse ; plus tard ils refusèrent d'accomplir leurs engagements. Alexandre fit entourer la ville et s'apprêtait à en faire le siège, lorsqu'ils consentirent à se soumettre. Si l'on en juge par l'état des ruines, Aspendos ne fut jamais une place très forte, toutes les murailles sont écroulées, et nous n'avons pas reconnu l'emplacement de l'acropole, mais nous savons que les arts étaient cultivés dans cette ville grecque avec plus de succès que dans aucune autre, les nombreux objets précieux qui la décoraient avaient tenté Verrès, ce qui fit dire à Cicéron : Aspendos est, comme vous le savez, une ancienne ville de Pamphylie ; elle était remplie de statues très estimées, je ne dirai pas telle ou telle statue fut enlevée : je dirai Verrès vous les avez enlevées toutes des temples et des lieux publics ; elles furent entassées sur des chariots et emportées hors de la ville.
Cicéron rappelle le joueur de luth d'Aspendos, statue célèbre que Verrès fit mettre dans ses appartements. Pillées de la sorte les villes grecques n'avaient plus sous les Byzantins que des édifices vides. Après les statues, on pilla les tombeaux et peu à peu les populations désertèrent.
L'embouchure de l'Eurymédon paraît avoir subi de notables changements depuis l'antiquité ; les a11uvions ont fait reculer la mer ; quand nous voyons la puissance des atterrissements à l'embouchure du Tibre nous ne devons pas nous étonner que depuis le cinquième siècle avant notre ère, la physionomie de cette côte ait été aussi modifiée. Du temps de Pomponius Méla [Ier siècle apr. J.-C.], "du haut d'une colline très élevée, Aspendos, colonie des Argiens, jouissait de la vue de la mer" ; aujourd'hui le rivage est éloigné de quinze à dix-huit kilomètres, ce qui est un peu plus des soixante stades de Strabon.
L'embouchure de l'Eurymédon fut le théâtre d'une des plus importantes victoires remportées par les Athéniens sur les Perses en 469 avant notre ère. Les vaisseaux des Perses étaient au nombre de trois cent cinquante, d'autres disent six cents, lorsque l'Athénien Cimon arriva avec sa flotte, les Perses tentèrent vainement de prendre la fuite, ils perdirent tous leurs navires. Cimon ayant débarqué avec ses troupes acheva sur terre la destruction de l'armée perse. Aujourd'hui l'embouchure du fleuve est obstruée par des barres de sable, à peine si les barques peuvent les franchir dans les hautes eaux.

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Le pont

Le pont [seldjoukide] sur l'Eurymédon est bâti sur des fondations antiques ; on le traverse pour se rendre à Sidé, le port le plus oriental de la Pamphylie ; mais avant d'arriver à cette ville, nous remonterons le fleuve jusque dans la montagne pour visiter les ruines de Selge.