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Catégorie : Livres et documents sur le Turc
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Recueil de proverbes ottomans, traduits en Français et en Allemand. La présentation en est très originale ; les pages sont divisées en deux colonnes : sur la page de gauche, les traductions en allemand et en français, et, sur la page de droite, deux transcriptions en caractères latins, une pour les francophones, une pour les germanophones et le texte en caractères arabes.

Osmanische Sprichwörter herausgegeben durch die K. K. Orientalische Akademie in Wien.  Wien, K. K. Hof- und Staatsdruckerei - Proverbes ottomans publiés par l'Académie I. et R. des langues orientales à Vienne, Vienne, Imprimerie impériale, 1865, in-8°, XII, 180 pages

Le texte en caractères arabes est accompagné d'une traduction juxta-linéaire, c'est-à-dire mot à mot qui permet de comprendre la construction de la phrase.

page gauche
page gauche page droite
page droite
traduction allemande traduction française 2 transcriptions en caractères latins texte en caractères arabes avec juxtalinéaire


Ce texte s'adresse à des débutants qui veulent perfectionner leurs connaissances du Turc et aux Turcs qui veulent se perfectionner en Français ou en Allemand. Les proverbes fournissent de bons exemples de phrases simples, mais variées. Cela permet également de faire la promotion des nouvelles formes de la langue turque écrite qui apparaissent à la fin du XIXe siècle, le "style simplifié de la Turquie moderne".

Turc moderne
Transcription pour Allemands
Transcription pour Français
a a a
e e e
ı u avec accent, y, i u, y, i
i i i
o o o
ö ö eu
u u ou
ü ü, y u
b b b
c dsch dj
ç tsch tch
d dh dh
f f f
g g gu
ğ gh gh
h h h
j    
k k q
l l l
m m m
n n n
p p p
r r r
s ß s
ș sch sch, ch
t t t
v w v
y j, i y, ï
z lettre ressemblant à un f sans barre z


En voici quelques exemples (G pour la version allemande, F pour la française) :

Mieux vaut se taire que trop parler / G ebsem olmak tschok söjlemekden jekdir / F ebsem olmaq tchoq suilemekden ïekdir.

Le chien aboie, la caravane passe / G it örer kjarwan getscher / F it eurer kiarran guetcher

Ours affamé ne danse pas / G adsch kjöpek kudurmaz / F adj kieupek qoudourmaz

L'habit ne fait pas le moine / G ihram derwischi etmez / F ihram dervichi etmez

Emprisonne la langue dans ta bouche / G aghzyndaki dilini habs ejlé / F aghzyndaki dilini habs eïle

Le connaisseur seul sait apprécier son semblable. L'ignorant comment saurait-il juger le savant ? / G bilen bilür bilüri bilmejen né bilsün bilüri / F bilen bilur biluri bilmeïen nè bilsun biluri.

Qui trop embrasse mal étreint / G tschok kodschaklajan az dewschirür / F tchoq qodjaqlaïan az devchirur


AVANT-PROPOS.
NDLE : dans l'ouvrage, il est bilingue français-allemand. Nous ne reproduisons que la version française, au demeurant fort bien écrite.

Il en est des langues comme de toute autre étude : c'est toujours le commencement qui présente le plus de difficultés. Cette vérité s'applique évidemment avec encore plus de justesse à l'idiome turc-occidental ou ottoman dont le génie diffère si essentiellement de nos langues indo-germaniques. La rareté des personnes capables d'enseigner cette langue contribue de son côté à en entraver l'étude.
Aussi le but de la présente publication est-il d'offrir au commençant français et allemand tant soit peu familiarisé avec l'écriture arabe et la grammaire turque, le moyen de vaincre ces premières difficultés en s'initiant dans la lecture des textes ottomans sans le secours d'un maître.
Elle est en outre destinée à rendre le même service aux Orientaux qui, placés dans des conditions analogues, voudraient s'exercer dans la langue française et dans la langue allemande.
Afin de réaliser cette double intention il fallait avant tout choisir un texte d'une simplicité convenable.
Nous avons cru le trouver dans les proverbes qui, grâce à leur concision et leur variété, captivent l'attention du lecteur, tout en lui offrant un choix considérable de formations grammaticales et de locutions familières et caractéristiques. Quoique ces proverbes soient en partie tirés de l'arabe et en partie d'origine turque-orientale, comme les Ottomans eux-mêmes, ils ont été qualifiés de proverbes ottomans, parce que depuis longtemps ils ont obtenu droit de cite parmi cette dernière nation qui, en se les appropriant, leur a donné la forme sous laquelle ils se présentent ici.

Le texte original est accompagné :

1° d'une traduction interlinéaire qu'on s'est efforcé de rendre aussi fidèle que possible, le présent travail, ainsi qu'il vient d'être remarqué, ayant pour but principal de mettre l'étudiant en état de se passer d'un maître. Cette méthode interlinéaire, employée avec succès par rapport a d'autres langues, est appliquée ici pour la première fois au turc-occidental dans une proportion plus large qu'on ne l'a fait jusqu'à présent.
2° de la transcription française et allemande qu'on a eu soin, en ce qui concerne le son et l'accent, d'adapter, autant que possible, à la véritable prononciation usitée parmi les classes les plus distinguées de la société musulmane de Constantinople.
3°, d'une seconde traduction, en français et en allemand, qui a été conçue dans un sens un peu plus libre par égard pour ceux des lecteurs dont le but n'est pas purement linguistique. Cette traduction est en outre accompagnée de proverbes analogues empruntés à l'une et à l'autre de ces deux langues, au fur et a mesure que l'occasion s'en est présentée.
4° d'un glossaire qui, toutefois, ne contient que les substantifs et les infinitifs des verbes qui se rencontrent dans le texte, la traduction interlinéaire renfermant déjà une explication suffisante des autres parties du discours.
Malgré les diverses facilités que les auteurs de ce travail pensent avoir offertes, ils sont pourtant bien loin de s'imaginer d'avoir ainsi fourni un fil d'Ariadne assez sûr pour guider l'intrépide novice à travers le labyrinthe de ce que l'on est convenu d'appeler les classiques ottomans.

En effet, si versé que soit l'amateur dans la lecture des proverbes, sa patience n'en sera pas moins mise à une rude épreuve par des ouvrages tels que les Lettres Sultaniques de Féridoun Bey, les Odes de Baki, les Annales de l'Empire par Vassif, l'Epistolaire d'Aakif Effendi et d'autres modeles de style remontant à une époque antérieure, et il sentira même parfois le besoin de recourir en cette matière à un plus expert que lui.
D'autre part, cependant, l'art d'écrire a depuis lors subi en Turquie une transformation des plus avantageuses. Ce changement est dû, comme tant d'autres réformes utiles, à l'initiative éclairée d'un certain nombre d'hommes éminents, parmi lesquels brillent au premier rang les noms des Grands Vezirs Rechid Pacha, Aali Pacha et Fuad Pacha. Grâce à leur impulsion puissante et à l'influence toujours croissante des idées européennes qui se manifeste dans l'Empire des Sultans, le goût ancien en matière de style s'est singulièrement modifié. La prédilection héréditaire des écrivains ottomans pour les périodes d'une longueur démesurée disparaît peu a peu. Les combinaisons artificielles de la prose rimée, les assonances bizarrement accumulées, les jeux de mots ainsi que les fréquentes citations tirées de l'arabe et du persan perdent de plus en plus de leur charme séculaire, et cèdent la place à la conviction qu'en fait de rédaction la clarté, la simplicité et la précision forment des qualités bien plus appréciables que la phraséologie la plus harmonieuse. Enfin, là, comme ailleurs, les maîtres de la plume sont arrivés à reconnaître que, pour nous servir du mot spirituel de Mirza Chafi, la forme, sous laquelle l'intelligence aime le mieux à se manifester, c'est l'intelligible. Les essais tentds par le Grand-Vezir actuel Fuad Pacha et par Djevdet Effendi, historiographe de l'Empire, d'introduire une vocalisation plus précise dans l'intérêt d'une prononciation plus correcte des mots ambigus et surtout des termes empruntés aux langues étrangères, la tendance marquée de faciliter l'entente par la fixation d'une orthographe moins arbitraire que celle en usage jusqu'à présent, l'emploi d'un nouveau système de ponctuation régulière dans le Journal semi-officiel Tasviri Efkiar, la correspondance officielle de la S. Porte elle-même, les travaux de Djevdet Effendi et de Soubhi Bey, les livraisons mensuelles de la société savante Djemieti 'ilmié ainsi que la presse quotidienne sont autant de témoignages irrécusables de la révolution pacifique du goût littéraire des Ottomans que nous venons de signaler.

Or, par le présent opuscule les auteurs n'ont eu en vue que de frayer, pour ainsi dire, un passage à la connaissance de ce style simplifié de la Turquie moderne.
Puissent-ils avoir réussi dans cette tache et contribué ainsi, pour leur pari et en raison de leurs moyens, à cette grande oeuvre du rapprochement intellectuel de l'Orient et de l'Occident, oeuvre à laquelle la nature spéciale de leurs études les engage a se consacrer de préférence.

Bon O. de Schlechta-Wssehrd.