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Catégorie : Livres et documents sur le Turc
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Voici la traduction d'un poème latin du XVe siècle en Turc par August Pfizmaier, traduction que Hammer  jugea parfaite. Nous reproduisons ci-dessous le témoignage du chevalier de Carro et une des deux versions de ce texte en Turc ainsi que sa version latine et sa version anglaise.
Le chevalier de Carro raconte, en 1847, dans la revue "Le Bibliophile belge", l'anecdote suivante qui illustre l'érudition du jeune étudiant Pfizmaier qui deviendra un sinologue connu, et sa connaissance de la langue turque :

"M'occupant alors de la biographie du baron Bohuslas de Lobkowitz, né en 1462, et mort en 1510, je cherchai à me procurer une polyglotte des dix-huit hexamètres In Thermas Caroli IV, par lesquels l'Horace des Bohêmes avait chanté nos thermes, connus sans doute bien longtemps avant la fin du XVe siècle, pour ne pas dire de tout temps, mais dont aucun médecin n'avait encore décrit la nature et les effets. A ma grande surprise, le célèbre orientaliste de Vienne, M. le baron de Hammer, m'avait refusé une version turque, que j'ambitionnais d'ajouter à ma polyglotte, publiée sous le titre de Ode latine sur Carlsbad, composée vers la fin du XVe siécle, par le baron Bohuslas Hassenstein de Lobkowitz, avec une polyglotte, une notice biographique sur ce poète et des observations sur l'ode et sur l'antiquité de ces thermes, Prague, 1829.
M. de Hammer ajouta à son refus que les vers en question contenaient diverses idées qu'il trouvait trop difficile de rendre intelligibles aux Turcs. Après un pareil aveu, je ne songeai plus à l'objet de mes désirs. Néanmoins, quel fut mon étonnement, lorsque M. le docteur Pleischl, alors professeur de chimie à l'université de Prague, maintenant à celle de Vienne, me dit un jour qu'un de ses étudiants, natif de Carlsbad, ayant appris que je cherchais une version turque de l'ode en question, désirait m'en présenter deux en mètres différents ! [Voir ci-dessous l'une de ces versions] Je crus presque, au premier moment, que le savant professeur voulait s'égayer à mes dépens ; mais pour me prouver tout le sérieux de son offre, il me demanda à quelle heure il pourrait, le lendemain, me présenter Auguste Pfizmaier. Cette visite eut lieu en avril 1831. Je déclarai au jeune homme, en le remerciant de tout mon coeur, que je soumettrais ces deux versions à M. de Hammer, et que, s'il les trouvait bonnes, je tiendrais à honneur d'en enrichir ma polyglotte.
Le grand orientaliste de Vienne me répondit, au reçu de ma lettre, que ces versions étaient parfaites, que mon jeune Carlsbadois avait fait plus que lui-même n'aurait pu faire, et qu'il me priait de lui donner au plus tôt des renseignements sur les études de cet intéressant multilingue. Ces deux versions, la réponse de M. de Hammer et la biographie d'Auguste Pfizmaier se trouvent dans mon Almanach de Carlsbad de 1832, XVIII, et l'une d'elles dans mon Treatise on the mineral springs of Carlsbad, etc., que possède la bibliothèque royale de Bruxelles."
 
Essay on the mineral , of Carlsbad, for physicians and patients, by Chevalier John de Carro..., Prague, 1835
 
[version turque page 15]

Pâdichah Carolos Ilidjési uzériné.

Tchechmésâr chu 'arâ itchre mechhour,
Abi guiermun ne yerden itdi soudour,
Di ne yerden quizar quibriti revân.
Yâ bou emvâdji sâroudji souzân?
Asli mi quiouhi Etna-i 'azim,
Dibde mi yanayur nâri hadjim?
Bayanin yalisi vire sana yer,
I'é Timavosé âb iden nezer,
Vé yaquin mâvi Rine tchechmesâr,
Cande Chah Carolos bouldi mézar : 
Ne cader quieupurur caynac guirdâb.
Yucseguié ne cader satchar habâb ! 
Bac ne guioun senkler eyleyur i 'lâm,
Guiudjlé bou nour virur quiemâni benâm.
Her zéman devlet ilé ol djéréyân.
Sende boulsun chifâ nev 'i insân,
Djumle zahmetlere devâ eyle.
Piré couvveti ten 'atâ eylé.
Becri tersnâquie eyle yhit imdâd,
Vedjhi mânendi guiul ola dilchâd
Her quichi châz idé vatane rudjou,
Qui ilâdj soulérunden itdi toulou.
 
Augustus Pfitzmaier 

[version latine]

IN THERMAS CAROLI IV.

Fons, Heliconiadum merito celebrande cohorti,
Unde tibi latices calidi, venaeve meantis
Sulphuris, aut vivae, dictu mirabile, calcis?
Per terras Siculamne ignis qui provocat Aetnam,
Id facit ? An Stygii forsan vicinia Ditis
Has tepefecit aquas ? Baïarum littora cedant,
Atque Antenoreum prospectans unda Timavum,
Et quae caeruleo consurgit proximo Rheno,
Nobilitata tuo, sanctissime Carole regum,
Interitu. Quantas emittit in aera bullas !
Aspice quam varie lapides et marmora pingit
Per quaecunquo fluit ! Vix ipsa coloribus iris
Collucet totidem ! Felix per secula mana,
Fons sacer, humano generiqne salutifer esto !
Redde seni validas vires, pavidaeque puellaae
Formosam confer faciem, morbisque medere
Omnibus, et patrias accedat laetior oras
Quisquis in hac lympha fragiles immerserit arias !
 
Bohuslas de Lobkowitz
 
[version anglaise]

ON THE HOT SPRINGS OF CHARLES IV.

Fountain of health, the poets honoured theme.
Say whence thy fervid waters flow!
Rush they in subterraneous stream
From where nslphureous tides in Aetna glow.
Or fraught with healing elements ascend.
Sent, when the Styyian God in softened mind.
Had bid his fires their genial influences lend,
in mercy to mankind?

To thee the palm must classic Baïae yield
And Brentas baths by old Antenor sought.
And e'en the Rhenish springs, historic field,
IFhere Charlemagne victorious fought.
And where they wept him dead.
To thee must bow the head.
See how the bubbling water steam on high.
Impatient of restraint,
The rock, the marble, owns a brighter dye
Than Iris itself could paint!

To suffering man from nature's genial breast
A boon transcendant ever may'st thou flow.
Blest holy fount, still bid old age to know
Reviving vigour, and if health repressed
Fade in the virgins cheek, renew its glosv
For love and joy, and they that in thy wave
Confiding trust and thankful lave
Propitious aid, and speed the stranger band,
With health and life renewed to the native land.

Alvanley
 
JMB 2010