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Catégorie : Biographies de linguistes
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Biographie de Meninski, diplomate et orientaliste, auteur d'un thesaurus et d'une grammaire souvent cités et utilisés par les orientalistes du XIXe siècle.
 

Meninski (François Mesgnien), savant orientaliste, naquit en Lorraine vers l'an 1623. Un goût prématuré pour les voyages l'entraîna de bonne heure à Rome, où il fit sa philosophie. En 1652, il se rendit à Constantinople à la suite de l'ambassadeur de Pologne. Quelques années, de séjour le familiarisèrent si bien avec la langue du pays, qu'il fut nommé par la diète son interprète à la Porte. Un voyage en Pologne accrut l'idée avantageuse qu'avaient fait naître ses talents. Il fut renvoyé près de la cour ottomane chargé d'une nouvelle mission. Son activité et le succès de ses démarches furent si bien appréciés par la diète qu'elle lui accorda des lettres de naturalisation et de noblesse (Quelques personnes ont inféré de cette circonstance que notre auteur s'appelait Menin, et que le grand Sobieski ajouta à son nom la finale qui constatait son élévation à la noblesse).
Cependant il offrit, dès 1661, ses services à l'empereur Léopold, qui le nomma son premier interprète ; c'est en cette qualité qu'il accompagna à différentes reprises les ambassadeurs de l'empereur à la cour ottomane. Meninski, avant de quitter le Levant, fit le voyage de Jérusalem en 1669 ; ce qui lui valut l'admission dans l'ordre du St-Sépulcre. Enfin de retour à Vienne en 1671, il y passa le reste de ses jours jusqu'en 1698, année de sa mort.
Meninski avait fait, pendant son séjour dans le Levant une étude particulière des langues arabe, persane, et turque ; celle-ci surtout paraît lui avoir été très familière. À peine fixé dans sa patrie adoptive, il s'occupa de faire tourner ses études et son expérience à l'avancement de la connaissance des langues orientales dans les États chrétiens. Chaque année était marquée par l'apparition de quelque dissertation ou traité analogue à la direction de ses études. Podesta, professeur des langues orientales à Vienne et qui plus tard se brouilla avec lui, le secondait puissamment dans ses travaux.

Cependant ce n'étaient encore pour Meninski que des essais; bientôt il devait mettre le sceau à sa réputation par un ouvrage plus important. Il fit paraître en 1680 :

1° son Thesaurus linguarum orientalium ou Dictionnaire arabe, persan et turc, accompagné d'un appendix et d'une savante grammaire turque (Elle est intitulée Linguarum orientalium turcice, arabicae, persicae institutiones, seu Grammatica turcica cujus singulis capitibus praecepta linguarum arabicae et persicae subjiciuntur. Accedunt nonulla ad notatiunculae in linguam tartaricam, Vienne, 1680, in-fol. de 216 pages) , 4 vol. in fol. C'était le fruit de sept années de travaux et d'une étonnante force de volonté, puisqu'elle lui fit fondre des caractères et créer cette imprimerie orientale qui bientôt devait disparaître au milieu des horreurs du siège de Vienne, avec une partie de l'ouvrage même (1683).

Notices

Meninski avait trouvé les dictionnaires arabe et persan de Golius considérablement enrichis par Castel. Pénétré de l'impossibilité de remplacer les ouvrages de ces deux savants, il prit une marche différente; il les mit à contribution l'un et l'autre mais en cherchant à compenser, par une distribution plus commode de son travail, ce qui lui était refusé sous d'autres rapports. On sait qu'il écrivait pour ceux qui se dévoueront à la carrière qu'il avait parcourue avec tant de succès, ou pour ceux qui, pressés d'acquérir une connaissance usuelle des langues de l'Orient, n'ont qu'un léger intérêt pour la connaissance de la haute littérature. Comme une des grandes difficultés qui rebutent trop souvent ceux qui se livrent à leur étude naît des nombreuses modifications que subissent les racines arabes, il s'écarta de la route suivie par ceux qui l'avaient prêtée, et distribua les mots d'après les formes qu'ils reçoivent.
A côté de chaque mot, outre sa prononciation, il plaça ses équivalents en italien, en français, en allemand et en polonais, en faveur de ceux à qui la langue latine ne serait pas familière. Les mots arabes et persans ont été pris dans Golius et Castel avec presque toutes leurs acceptions; aussi ce qui constitue réellement le travail de Meninski consiste-t-il en général dans le turc, partie qui conserve à son ouvrage une utilité incontestable, puisque rien ne saurait jusqu'ici le remplacer, Richardson ne s'étant occupé que de l'arabe et du persan.
Cet ouvrage ne tarda pas à devenir rare à la suite du siège de Vienne ; le besoin qui s'en faisait sentir de toute part détermina quelques Anglais à en annoncer une nouvelle édition ; comme ce projet n'eut pas de suite, l'impératrice  Marie-Thérèse chargea le baron de Jenisch, aidé de quelques autres orientalistes, d'en publier une édition nouvelle, entièrement refondue et mise au niveau des progrès des langues orientales en Europe pendant un siècle ; elle parut à Vienne de 1780 à 1802, 4 vol. in-folio. L'édition est précédée d'un tableau assez complet de l'origine et des progrès des études orientales chez toutes les nations de l'Europe, depuis la renaissance des lettres jusqu'en 1780, par l'éditeur. On n'a conservé dans cette édition que les équivalents italiens des mots orientaux, mais l'omission des mots français, etc., est amplement compensée par l'addition d'une foule de mots orientaux, tirés de Vankouly, Ferhenk-Schooury etc. ; il est seulement à regretter que l'impression n'ait pas toute la correction si essentielle dans un dictionnaire.

Notices

Le fonds de cette deuxième édition a été transporté à Paris à la suite de la dernière invasion des armées françaises en Autriche. Quant à la grammaire turque, elle fut réimprimée à Vienne dès 1756, 2 vol. in-4°, par les soins de Kollar, qui remplaça les extraits de Hasez, de l'Anwar Sohayly, etc., par des dialogues turcs. Adam Francisco Kollar (1723-93) était bibliothécaire de la Bibliothèque impériale de Vienne. On avait retrouvé les caractères utilisés par Meninski qui servirent à cette nouvelle édition.

Onomasticon latin-turc-arabe-persan, Vienne, 1687, in fol. de 1000 pages ; ouvrage fort utile et qui n'a pas été réimprimé ; il forme comme le supplément du Thesaurus ;
Notice :


Grammatica seu institutio polonicae linguae, in usum exterorum edita, Dantzig, 1649, in-8° de 11 et 140 pages. C'était la meilleure grammaire polonaise qu'on eût encore imprimée ;
l'auteur composa aussi une grammaire française et une italienne suivant dom Calmet, qui l'appelle Maignien (Bibliothèque Lorr., p. 610) [on trouve également la graphie Mesgnien]. Meninski avait annoncé le dessein de publier l'histoire générale de Mirkhond en persan et en latin, mais il parait y avoir renoncé depuis.

Notices

Nous ne parlerons pas ici d'un très grand nombre de petits traités, dont on trouvera l'énumération au commencement de la 2e édition du Thesaurus.

Sources : Michaud, Biographie universelle, 1862 et notices bibliographiques