Imprimer
Catégorie : Biographies de linguistes
Affichages : 3448

Alexandre Mirza Kazem Beg (1802-1868, russe) est un des rares exemples d'orientaliste de culture musulmane au XIXe siècle. Polyglotte, il est l'auteur de nombreuses publications dont des traductions en Tatare et des articles en Français pour le Journal asiatique.

Mirza Kazem Beg (Alexandre), orientaliste russe, né à Derbent, une ancienne province de Perse (sur la rive ouest de la mer Caspienne), le 22 juillet 1802, mort en 1870, reçut une éducation musulmane, ce qui lui donna une culture que peu de savants occidentaux maîtrisaient bien à cette époque.

Ses professeurs, outre son père, furent : le mollah Sâlih de Bilidji pour la grammaire arabe, le Moullah Abdoul-Aziz de Hiskendjé pour la rhétorique et la logique, et le célèbre sheikh Mohammed de Bahreïn pour la jurisprudence et toutes les branches qui dépendent des Ouloum ascheriya (sciences légales), c'est-à-dire l'Ilm-el-Kelâm, ou philosophie scolastique, l'Ilm-el-Tafsir, ou commentaire critique du Coran et l'Ilm-el-Hadis, ou la science des traditions orales de Mahomet, etc.
En 1822, son père, un notable musulman, fut exilé par les Russes à Astrakan, quelques années après qu'ils eurent conquis la province de Derbent.  Son fils l'y rejoignit.

Conversion au christianisme

A l'âge de vingt ans, Kazem Beg est en contact avec des missions européennes. Après avoir été le professeur de Turc et d'Arabe de missionnaires écossais et avoir longuement débattu avec eux, il se convertit à la religion chrétienne à Astrakan, en avril 1823. Le récit de cette conversion a été publié dans le « Christian Keepsake» de 1836. Mohammed Ali prend le nom d'Alexandre. Son éducation européenne a été achevée grâce aux missionnaires, toujours à Astrakan, au milieu desquels il passa cinq ans environ. C'est là qu'il apprit l'Anglais et l'Hébreu. Il connaissait également l'Allemand (il lut l'histoire de l'empire ottoman de Hammer) et le Français, mais nous ne savons pas qui les lui enseigna.

La carrière de Kazem Beg

En 1825 Kazem Beg fut recruté par le gouvernement russe,  nommé lecteur de la langue tatare à l'école de Omsk, et en même temps interprète pour cette langue près le gouverneur général de la Sibérie. Peu de temps après, grâce à ses amis, il fut invité à se rendre à Kazan, pour professer les langues orientales dans l'université de cette ville où il arriva en octobre 1827. En 1832, il fut promu au grade de professeur adjoint des langues orientales, en 1836 nommé professeur de la langue turco-tatare, et bientôt après, de l'arabe et du persan. De l'année 1843 à 1849, Kazem Beg enseigna l'arabe, le perse et le turco-tatare, ainsi que la littérature et l'histoire des peuples musulmans.

Élu en 1844 doyen de la faculté historico-philologique de l'université de Kazan, il exerça cette fonction jusqu'à la fin de 1849, ainsi que celle de Directeur du riche cabinet numismatique de l'Université.
Vers cette époque, le gouvernement impérial ayant conçu le projet de créer au sein de l'Université de Saint-Pétersbourg une faculté spéciale de langues orientales, Kasem-Beg fut envoyé dans cette ville par le ministère de l'Instruction publique. Il fut chargé de la chaire de littérature persane à cette université et appelé plusieurs fois à remplir les fonctions de doyen de la faculté historico-philologique. De 1854 à 1860, Kazem-Beg remplit les fonctions de doyen.
Employé en dehors du Ministère de l'instruction publique, au Ministère de l'intérieur de la 2e section de la chancellerie privée de l'Empereur, depuis 1850, et du Saint-Synode, Kazem-Beg dut renoncer au doyenné de la faculté des langues orientales, auquel il fut cependant réélu en 1865.

Ses titres et décorations sont les suivants : conseiller privé, professeur émérite de l'Université de Saint-Pétersbourg, doyen de la faculté des langues orientales, membre correspondant de l'Académie des sciences depuis 1832, membre honoraire de l'Université de Kazan, et de plusieurs sociétés savantes ; Chevalier, grand'croix de l'ordre de Saint-Waldimir de 2e classe, de l'ordre de Sainte-Anne de Ière classe avec la couronne, de l'ordre de Saint-Stanislas de lère classe, de l'ordre du Lion et du Soleil de lère classe, et décoré de la Boucle pour 40 ans de service.

Essai de bibliographie de Kazem Beg

Ses ouvrages et opuscules se classent dans les divisions ci-après. A noter les articles en Français publiés dans le Journal asiatique [d'après Dugat] :

HISTOIRE.

1. Asseb-o-sseyar ou les sept planètes de Seyyed Mohammed Riza, contenant l'histoire des Khans de Crimée depuis 1466 à 1737, en langue turque. Kazan, 1832, 4° maj.

2. Extraits comparés de divers auteurs sur l'histoire des Khans de la Crimée, en langue russe. (Journal du ministère de l'Instruction publique, 1835).

3. Notice critique sur un passage de l'histoire de l'empire ottoman de M. de Hammer (Journal Asiatique de Paris, 1835).

4. Prise d'Astrakan en 1660. Lettre au recteur de l'Université de Casan. (Revue de l'Orient, 1835, et mémoires scientifiques de l'Académie des sciences. Outchoniya Zapiski).

5. Recherches sur la nation des Ouïgours, en langue russe. (Journal du ministère de l'Instruction publique, 1841).

6.  Derbend-nâmeh. Translated from a select Turkish version and published with the texts and with notes, illustrative of the history, geography, antiquities etc., occuring throughout the work, by Mirza A. Kazem-Beg, Ii-4°, VI-XXIII-245 p. Couronné par l'Académie d'un prix Demidoff et publié aux frais de cette académie, Saint-Pétersbourg, 1851

Un fragment de ce livre a paru dans le Journal asiatique 4e série XVII, p. 430. ainsi qu'une notice id. XVIII, 410.

7. Histoire de la Chine, du R. P. Jakinfe (Hyacinthe). Critique en langue russe (journal « OlétchestvenniyaZapiski, 1853.

8. Histoire de l'Islamisme. 1° L'Orient sous le rapport politique avant l'apparition de Mahomet; 2° l'Orient en matière de religion ; 3° Mahomet (en 2 chapitres). (Journal « Rouskoyé Slovo » la parole russe, 1860).


RELIGION.

9. Traités ou risalés en langues arabe, persane et tatare, sur le chritianisme, publiés à Astrakan. 1821-1824.

10. Soubat-oul-Adjezine, poème mystique en langue Djagataï avec notes en langue tatare, Kazan.

11. Notice sur un chapitre inconnu du Coran. (Journal Asiatique, 1844).
M. Garcin de Tassy avait publié et traduit pour la première fois ce chapitre du Coran, dans le Journal asiatique de mai 1842. Kazem-beg donna une savante dissertation sur le Coran, et une nouvelle édition de ce chapitre. L'honneur de la découverte de ce document revient à M. Garcin de Tassy.

12. Aperçu des diverses circonstances qui ont contribué aux progrès de Mahomet sous le rapport politique et moral, en langue russe. (Journal du ministère de l'Instruction publique, 1844).

13. Lithurgie de Saint-Jean-Chrysostôme, en langue tatare. Kazan, 1846.

14. Aperçu de la mythologie des Persans, d'après Firdouci, en langue russe. (Courrier de Finlande, 1848).

15. Les heures, en langue tatare, Kazan, 1850.

16. Les quatre évangélistes, traduits en langue tatare, Saint-Pétersbourg, 1855.

17. Le Muridisme et Chamil, en langue russe. (Journal « Rouskoyé Stovo » (la parole russe) 1859).

18. Actes des apôtres, épitre et apocalypse [Mouqaddas ḥawârîclerînenîn... ], en Turc oriental. Saint-Pétersbourg, 1859-1861.

19. L'Imâm, sa puissance et sa dignité. (Journal « Rouskoyé Slovo » 1860).

20. Concordance complète du Coran, contenant tous les mots et les expressions du texte accompagnés de la citation de tous les passages.
Saint-Pétersboug, 1859. Folio-min, 11-333 p.

21. Catéchisme détaillé de l'église gréco-russe en langue tatare, 1ère édition 1862, 2e édition 1865.

22. Bab et les Babis. (Soulèvement politique et religieux en Perse de 1845 à 1853). Saint-Pétersbourg 1865, en langue russe, traduit dans le Journal asiatique, 1866.


JURISPRUDENCE.

23. Mokhtaser-el-Wilkhkayet. Cours de jurisprudence musulmane, d'après l'école des Hanéfites, avec notes en arabe, en langue arabe, Kazan, 1845.

24. Notice sur la marche et les progrès de la jurisprudence musulmane parmi les sectes orthodoxes. (Journal asiatique, 1850).

25. Cheraïoul-islam. 1er livre des ventes et du gage, avec notes. Saint-Pétersbourg 1862, en langue russe.


LITTÉRATURE, PHILOLOGIE.

26. Al-tuhfetul-hegiretu fi ilm-il-adebi indé ahlil-arabi ; traité sur la littérature des Arabes, en langue persane. Kazan, 1249 de l'hégire, de J.-C. 1833.

27. Grammaire générale de la langue turco-tatare (en Russe). 1ère édition 1839. 2e édition 1847. Cet ouvrage a été couronné par l'Académie d'un prix Demidoff, traduit en allemand par le docteur Zenker, Leipzig, 1848. (XXVI, 272 pages et 7 planches in-8°).
On trouve dans cette grammaire beaucoup d'observations sur les différents dialectes turcs, et surtout une syntaxe, partie de la grammaire turque qui avait été jusqu'alors fort négligée.

28. Guide pour l'enseignement de la langue turque, en trois parties : 1° grammaire, 2° Chrestomathie, 3° Vocabulaire. Lithographié, Saint-Pétersbourg, 1863, in-fol, en langue russe, couronné par l'Académie d'un prix Demidoff.


DIVERS.

29. Travaux des membres de la mission à Pékin T. I. critique en langue russe. (Journal « Sovrémennik » le contemporain, 1853).

30. Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque Impériale, critique en langue russe. (Journal « Otétchestvenniya-Zapiski 1853).

31. Origine de l'instruction dans l'Inde moderne, en langue russe. (Journal du ministère de VInstruction publique 1855).

32. Explication de quelques inscriptions orientales. Lettre à l'académicien Brosset, en langue russe. (Revue de l'Orient, 1855).

33. Etat de la civilisation en Perse (Revue de l'Orient, 1857, et mémoires scientifiques de l'Université de Kazan. (Outchoniya Zapiski).

Le journal asiatique a inséré aussi un article de lui sur les progrès de la civilisation en Perse, 5e série, IX, 44,8.

34. Mohammed Aminé (Journal « Rouskoyé Slovo» 1860.)

OUVRAGES INÉDITS.

1. Djevab-i-risalé-i Hadji Moulla Riza, 1824. C'est-à-dire : Réponse à un risalé (épitre) de Hadji Moulla Riza, premier savant de Tebriz). En 1822, ce savant avait écrit, en persan, un long traité contre un des opuscules publiés en arabe par Kasem-Beg, sur le christianisme. Ce traité faisait grand bruit dans toute la Perse. Kazem-Beg se vit obligé de faire une réponse qu'il envoya à l'auteur vers la fin de 1824. Cependant cet ouvrage ne fut pas publié à cause des changements survenus dans la carrière de Kazem-Beg. Un beau manuscrit de cet ouvrage a été acquis par la bibliothèque de l'Université de Saint-Pétersbourg où il se trouve sous le n° 343-22136.

2. Traduction russe du Gulistan de Saadi, faite en 1829.

3. Matériaux d'une chrestomathie complète de la langue turco-tatare, recueillis en 1837-1840.

4. Grand ouvrage biographique sur les savants de l'Orient en arabe, 3 vol. écrits de 1828 à 1845.

5. Grand ouvrage bibliographique, en arabe, 2 vol. écrits de 1828 à 1846.


TRAVAUX NON ACHEVES (en 1868).

1. Traduction du Asseb-o-Sseyar, en anglais, avec notes.

2. Histoire du Mahométisme.

3. Dictionnaire géographique du Caucase.


EN VOIE DE PUBLICATION (en 1868).

1° Du Scherayl-ou-Islam. Livre sur l'héritage. Livre sur le mariage.

2°. Traduction des psaumes de David, en tatare.

"On voit par cette énumération des travaux de Kazem Beg que l'étude des questions historiques et religieuses a surtout dominé sa carrière scientifique. Musulman de naissance, devenu chrétien par conviction, on devine, par cet acte raisonné de sa conscience, l'homme né sur le sol de la Perse, antique berceau de la libre pensée. C'est là où naquirent Zoroastre avec sa profonde morale, plus de cinq cents ans avant Jésus ; Manès, Mazdak, réformateurs qui payèrent de leur sang la hardiesse de leurs idées et la fatalité d'être nés sous de cruels despotes, dix ou quinze siècles trop tôt; c'est dans cette région qu'apparut le prince des philosophes, Avicenne, l'Aristote de l'Orient.

La terre persane a été vraiment féconde en chercheurs de vérités religieuses, scientifiques, sociales, politiques et l'on s'explique l'apparition de sectes nouvelles comme celle des Babis, dont Kazem Beg nous a retracé l'histoire."


Sources

© JMB 09-2010