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Catégorie : Sultans
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Une notice rédigée à la fin du XIXe siècle.

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 ABD-UL-AZIZ-KHAN, sultan ou empereur (padischah) des Ottomans, 32e souverain de la dynastie d'Othman et le 26e depuis la prise de Constantinople, second fils du sultan Mahmoud-Khan et frère du dernier sultan Abd-ul-Medjid, né le 15 chaban de l'an 1245 de l'hégire (9 février 1830), a succédé à son frère le 25 juin 1861. Jusqu'à son avènement, il avait toujours vécu dans la retraite la plus profonde : aussi, tout en le regardant comme plus ferme et plus énergique que son prédécesseur, on l'a jugé très-diversement. Les uns l'ont représenté comme attaché fortement aux tendances et aux préjugés du vieux parti musulman ; d'autres, au contraire, lui attribuaient de la propension pour les idées modernes. Cette dernière opinion était plus en rapport avec ses premiers actes et avec l'éducation qu'il a reçue. Elevé par un Français, il parle parfaitement notre langue et l'anglais : il est très versé dans notre littérature et dans la politique contemporaine. Il s'était beaucoup occupé d'améliorations agricoles, et il avait fondé, près de Scutari, une ferme modèle, établissement unique en son genre.

Le sultan marqua son avènement par quelques mesures louables et par des promesses excellentes, relatives surtout à des réformes intérieures et financières. Conservant tous les ministres de son frère, à l'exception du ministre des finances, Riza-pacha, qui, accusé de dilapidation, fut arrêté avec le premier chambellan, et remplacé par Namick-pacha, il réduisit sa liste civile de 70 000 000 de piastres à 12 000 000, confirma le hatti-chérif de Gulkhanè et le hatti-hunmayun de 1856, promit l'égalité à tous ses sujets, sans distinction de religion, et recommanda spécialement l'ordre et l'économie dans les finances. Il visita ensuite les établissements publics, se rendent compte de tous les détails par lui-même, épura le personnel de la justice et de l'administration, diminua les dépenses de la cour, et, déclarant qu'il voulait n'avoir qu'une femme, congédia le sérail, et ne garda au palais que les sultanes mères de princes. Contrairement à l'usage établi, il retint près de lui ses neveux que les traditions condamnaient à une sorte de réclusion : il nomma pacha Méhémet Mourad, l'aîné d'entre eux, et plaça les autres à l'école militaire de Constantinople. Il leur présenta son fils, âgé de quatre ans, qu'il avait jusque-là fait élever secrètement, avec le consentement tacite d'Abd-ul-Medjid, pour se conformer en apparence à l'usage qui défend à l'héritier du trône d'élever ses enfants mâles venus au monde avant son avènement.

Politique extérieure
Au dehors, Abd-ul-Aziz reconnut le royaume d'Italie, conclut avec ce pays, l'Angleterre et la France des traités de commerce, se montra conciliant pour l'arrangement de la question du Liban, puis après une guerre sanglante, il triompha du Monténégro, et son général, Omer-pacha, imposa la paix aux belliqueux montagnards sous les murs mêmes de leur capitale (22 sept. 1862). Pour resserrer les liens de la Turquie avec l'Egypte, le sultan profita de l'avènement d'un nouveau vice-roi, Ismaïl-pacha , et, après que celui-ci fut venu à Constantinople chercher l'investiture, Abd-ul-Aziz alla visiter les provinces égyptiennes.

Plus tard, sur la demande du vice-roi, il décida que la succession au trône d'Egypte se ferait de père en fils, en ligne directe et non plus en ligne collatérale, comme le voulait la loi d'hérédité musulmane (mai 1866).

Réformes
Le trait saillant du gouvernement d'Abd-ul-Aziz était la tendance à créer ou à confirmer en Turquie des institutions en rapport avec la civilisation européenne. Ainsi le sultan a sanctionné la loi qui étend le droit de succession sur les terres domaniales, ainsi que sur les biens religieux administrés par l'Etat (mai 1867), puis, par une innovation plus hardie, au moment de partir pour la France pour visiter l'Exposition universelle, il promulgua une loi qui accordait pour la première fois aux étrangers le droit de posséder des immeubles sur le territoire ottoman. Son voyage à Paris manifestait particulièrement ses idées de tolérance: son grand aumônier, ou kazi-askar, qui l'accompagnait, rendait visita au nonce apostolique et à Mgr Darboy, l'archevêque. Le sultan, en quittant la France, allait visiter l'Angleterre, et il acceptait, à Londres, le titre de bourgeois de la cité (juillet 1867). L'année suivante, sous l'influence du gouvernement français, il créait un conseil d'Etat, dont il inaugurait l'ouverture par un discours en faveur du progrès et de la régénération de la Turquie (mai 1868). Il marquait, en même temps, son désir d'initier le pays à nos idées, en décrétant la fondation, à Galata-Serai [Galatasaray], d'un lycée impérial sur le modèle des lycées français et sous la direction de maîtres européens. les musulmans et les chrétiens recevraient une instruction commune. Peu après, il fondait à Constantinople un observatoire météorologique. En juillet 1869, la Cour suprême de l'Empire, chargée de préparer un Code civil, publiait la première partie de son travail inspire de l'esprit moderne. L'année suivante, il témoignait le plus vif intérêt à l'œuvre de la création des chemins de fer turcs, et à son exemple, toute la cour, la sultane elle-même, souscrivaient un nombre considérable d'obligations. Il favorisait aussi l'établissement de câbles télégraphiques entre Stamboul et les ports européens. Ce qui était plus nouveau encore, il appelait des chrétiens aux hautes fonctions de l'Etat. Dans ses discours à l'assemblée de la Sublime-Porte à l'ouverture des séances, il parlait des progrès modernes dans le même langage que les souverains de l'Europe avec lesquels il s'efforçait de se mettre sur un pied de royale amitié.

Difficultés externes et internes
De grandes difficultés furent créées au gouvernement d'Abd-ul-Aziz par tes tentatives d'affranchissement des Crétois, secondées par les Grecs. Elles furent, pendant trois ans, une source de complications et d'inquiétudes pour l'Europe entière. Au mois d'août 1866, l'insurrection éclata en Candie, en déployant le drapeau hellénique. De grands efforts furent faits pour la comprimer, et l'on annonça souvent des succès que l'on n'avait pas obtenus. Une amnistie, accordée en septembre 1867, servit aux insurgés à se réfugier à Athènes, d'où ils devaient revenir avec la connivence du gouvernement grec. Le grand vizir Aali pacha, envoyé en Crête, ne parvint pas à organiser la pacification. Les puissances européennes demandèrent une enquête, qui leur fut refusée, et déclarèrent retirer à la Turquie leur appui moral dans cette sanglante affaire (novembre 1867). Des mesures plus énergiques et des menaces contre la Grèce amenèrent un apaisement momentané à la fin de 1868.

Jaloux de s'assurer le dévouement absolu de l'armée, le sultan avait, au commencement, moigné pour ses troupes des prévenances inaccoutumées il leur avait fait en 1863 des largesses vraiment énormes et qui donnèrent lieu, en Europe, à de fâcheuses interprétations. Une assez violente opposition avait été fomentée dès lors, et à plusieurs reprises, contre Abd-ul-Aziz par le vieux parti turc mécontent des gages donnés par le sultan aux idées de réforme et des mesures prises pour initier la Turquie aux progrès de la civilisation et de l'industrie européennes. Une conspiration ourdie contre sa personne et découverte en octobre 1868 ne parut pas devoir arrêter Abd-ul-Aziz dans l'accomplissement de son oeuvre. Mais toutes les circonstances étaient contre lui. La fermeté de l'attitude de son gouvernement dans les conflits provoqués par les prétentions et les empiètements d'Ismail-pacha eut d'abord pour résultat de forcer, en 1870, le vice-roi de l'Egypte à venir à Constantinople reconnaitre son souverain et lui rendre hommage ; à deux reprises même, en 1872 et 1873, Ismail renouvela ses visites et ses actes de déférence seulement il profita de l'extrême pénurie des finances du sultan, pour obtenir, après l'abrogation de la loi de succession musulmane, l'abandon de presque tous les droits de suzeraineté de la Porte sur l'Egypte.

La fin du règne
Dans
les dernières années, l'effacement imposé à la politique extérieure de la France par ses défaites, et l'abstention systématique des cabinets anglais dans les questions l'intérêt commercial n'était pas directement engagé, laissaient visiblement les affaires de la Porte à la discrétion de l'influence russe. Pendant qu'Abd-ul-Aziz, malade et exténué, laissait flotter le pouvoir, depuis la mort d'Aali-pacha, entre les mains de ministres éphémères et inconsistants et ne se préoccupait plus personnellement que du projet de changer l'ordre de la succession au trône, de graves soulèvements éclataient dans l'Herzégovine et la Bosnie (juillet 1875). Mal combattus militairement, malgré la cruauté des représailles excitées par le fanatisme, l'insurrection menaçait  de s'étendre dans toute la chaîne des Balkans, forte des secours et des sympathies du dehors, lorsque, le 30 mai 1876, une révolution de palais s'accomplit à Constantinople. Abd-ul-Aziz Khan, en butte au fanatisme des softas et des ulémas qui, dans les derniers temps faisaient et défaisaient les ministres, était détrôné lui-même et remplacé par l'héritier présomptif selon la loi musulmane, Mourad effendi, devenu Mourad V.
 
Quelques jours plus tard (4 juin), on le trouvait mort dans le palais il avait été relégué. Il avait les veines coupées, et de petits ciseaux ensanglantés étaient auprès de lui. L'opinion publique restait indécise entre l'hypothèse d'un meurtre et cette peu probable d'un suicide.
Parmi les publications relatives au règne d'Abd-ul-Aziz, nous citerons la "Turquie sous le règne d'Abd-ul-Aziz", par Fréd. Millemgen [Osman-Seify-pacha)
(Bruxelles, 1868, in-8, avec carte).

Notice extraite de Vapereau, Dictionnaires des contemporains, 1880