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Catégorie : Relations franco-turques
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Choiseul-Gouffier fut le témoin de grands bouleversements, de la ruine de la puissance ottomane et de la perte d'influence de la France. L. Pingaud a eu accès à des documents inédits comme la correspondance qui lui ont permis d'écrire la biographie de ce fervent philhellène devenu représentant du roi auprès du sultan.

Léonce Pingaud
Choiseul-Gouffier. La France en Orient sous Louis XVI.

Paris, Alphonse Picard, 1887
298 pages
Disponible sur archive.org
Nous présentons ci-dessous un résumé de cet ouvrage.

I.

Les capitulations

Caractère des relations entre le roi de France et le sultan

La France est, depuis les débuts de l'empire ottoman, très influente à travers les capitulations, les maisons de commerce et les consuls. Les rois de France sont cependant partagés entre leur intérêt stratégique et leur image de roi très chrétien.
A partir du XVIIIe siècle, toute l'Europe s'allie contre les Ottomans.

Dessein de la Russie et de l'Autriche
La France sert de médiatrice et de garante pour le traité de Belgrade, mais elle rejette en 1745 les propositions d'alliance de la Porte faites sur les conseils du comte-pacha de Bonneval.

Attitude de le France depuis son alliance avec l'Autriche
Le traité de Kaïnardji (1774)
Mission militaire de Tott
La France n'est pas en mesure d'intervenir dans le conflit qui oppose les Russes aux Polonais et aux Turcs et ne peut envoyer que des conseillers ou des ingénieurs comme Saint-Priest ou le baron de Tott.

Vergennes et Joseph II

Convention d'Aïnali-Cavac (1779)
Le comte de Vergennes, ancien ambassadeur à Constantinople, devient le ministre des affaires étrangères de Louis XVI. Il a la réputation d'être indécis, ce qui valut des déboires à la France lors de ses médiations entre la Russie et l'Empire ottoman.

Mais c'est l'intérêt commercial qui sous-tend la diplomatie française de cette époque.

Ouverture de la Mer noire et du Bosphore au commerce russe et autrichien
La France a perdu de son influence sous le règne de Louis XVI, concurrencée par les autres pays européens. Les russes obtiennent les mêmes avantages de « nation la plus favorisée » selon l'expression moderne, les autrichiens accèdent à la mer Noire.

Premières tentatives de commerce français

Pour trouver des débouchés nouveaux, la France envoie deux missions en 1783 et 1784 : Bonneval en Asie mineure et en Syrie, La Prévalaye en Egypte. Elle n'ose cependant pas demandé l'accès à la Mer noire par le Bosphore.

Des enquêtes sont cependant lancées, comme celle du consul de Smyrne Peyssonel en 1750, des négociants se rendent à Caffa.

Anthoine à Kherson
La question du Bosphore est sensible, et les Turcs refusent de faire des concessions aux Français qui ne les ont pas assez aidés face à leur ennemis. Certains tentent de contourner l'obstacle comme Anthoine en 1781 qui veut développer les échanges entre la Pologne, la Russie et la France via le Mer noire.

L'opinion en France et les Turcs : les philosophes (Voltaire, Laharpe), les philhellènes, les voyageurs
Dès 1777, Carra parle du partage de l'empire ottoman. La mode est favorable à la Russie (Voltaire et la lumière du Nord) et à la Grèce (patrie de la philosophie, du classicisme, développement de l'archéologie) qui fait l'objet de nombreuses publications. Certains évoquent la renaissance de la Grèce.

L'ambassade de Nointel et son oeuvre scientifique
Le comte de Caylus
En 1670-1679, Nointel, ambassadeur du roi près la Porte dirige une expédition scientifique. Plus tard, le comte de Caylus explore Ephèse.

Les Anglais
Ils sont très actifs et envoient de nombreuses expéditions dans tout l'empire ottoman.

Chapitre premier
Premières année
I
La maison de Choiseul
C'est une des familles les plus puissantes de France, ses membres occupent de nombreux postes dans l'administration.

Jeunesse et mariage de Choiseul-Gouffier (1752-1771)

Marie-Gabriel-Auguste-Florent Choiseul naît le 28 septembre 1752 à Paris. Il perd son père en bas âge et sa mère l'élève. Il suit une formation militaire, mais montre peu de goût pour cette carrière.

L'homme de cour. Ses amis Narbonne et Talleyrand
Par sa famille, il entre à la cour et dans l'entourage de la reine Marie-Antoinette.Talleyrand alors agent général du clergé, devient son ami.

L'homme d'esprit
Avec d'autres, il participe aux nouvelles formes d'investissement et se montre sensible aux nouvelles idées pré-révolutionnaires. Son épouse fonde la loge maçonnique féminine de la Candeur. Il reçoit et protège des écrivains célèbres de son temps.

Ses relations avec Chamfort
Choiseul-Gouffier est très proche de cet écrivain impertinent qui dira de lui : « C'est un des êtres qui ont contribué, par leurs vertus et leur commerce, à me réconcilier avec l'espèce humaine. »

L'homme d'étude
Ses recherches sur la Grèce
Il n'est pas qu'un homme de cour : il se spécialise dans l'étude de la Grèce avec l'aide de l'abbé Barthélémy, ami de la famille.

II
Départ de Choiseul-Gouffier pour l'Orient (1776) ; son itinéraire
Il s'embarque pour l'Orient en 1776, parcourt la Grèce et l'Asie Mineure, rentre en France par la Bosnie et les états vénitiens.

Ses impressions sur les habitants, les monuments
En Grèce, il est plus ou moins bien accueilli par les populations, en Asie mineure, il est parfois pris pour un fou.

Le voyage pittoresque ; les illustrations, le récit
Sans être archéologue, il explore les ruines, les dessinent et prend de notes.

Il publie son Voyage pittoresque en Grèce à partir de 1778, en livraisons ou cahiers contenant chacun sept à huit feuilles d'estampes. Il devait y en avoir vingt-quatre constituant deux volumes. Elles sont traduites en allemand dès 1782.

Les illustrations montrent des villes, des ports, des personnages, des cartes, des plans, des coupes architecturales...

Le texte de Choiseul-Gouffier couvre des domaines variés : géographie, archéologie, informations économiques, religion... sans complaisance.
Son ouvrage a un grand succès, Tott lui rend hommage...

Nomination de l'auteur à l'Académie des Inscriptions et à l'Académie française
Respectivement en 1779 et en 1782,

III
Le « Discours préliminaire »
Paraît en janvier 1783. C'est un ouvrage très philhellène qui montre les Grecs opprimés et demande l'intervention de Catherine II de Russie. Selon Choiseul-Gouffier, l'Autriche et la France y trouveraient leur intérêt.

Nouveaux progrès des Russes et des Autrichiens en Orient
En juin 1780, Catherine II et Joseph II se rencontrent. Peu après les russes occupent la Crimée et le Kouban (Caucase) qui étaient indépendants et font pression sur la Porte.
En Europe, Joseph II fait pression sur les Provinces-Unies pour ouvrir les bouches de l'Escaut. Des intérêts commerciaux importants sont en jeu qui menacent l'économie de la France.
Un capitaine de génie, Matthieu Dumas, part explorer les places fortes et les ports de la mer Egée ; il recueille des renseignements en Morée, à Smyrne et sur le Bosphore.
Les Turcs essaient d'obtenir l'aide de la France par l'intermédiaire de l'ambassadeur Saint-Priest, mais le ministre Vergennes hésite. Il essaie cependant la négociation et cherche en vain des alliances avec la Prusse et l'Angleterre.

Candidature de Choiseul-Gouffier à l'ambassade de Constantinople ; ses vicissitudes, son succès
En France, Les pro et le anti-autrichiens s'affrontent. Grâce à la reine, Choiseul-Gouffier est pressenti pour le poste d'ambassadeur auprès la Porte. Il fait transmettre un mémoire exposant ses idées à Vergennes. Après avoir présent les faiblesses de l'empire ottoman, il montre les ambitions de la Russie et de l'Autriche vers le Sud et la mer Noire. Pour les contrer, il faut faire de l'Orient une vaste colonie française, l'empire turc étant lui la source d'un nouveau commerce.
Mais la candidature du philhellène, partisan de l'indépendance de la Grèce, pourrait être mal vue de la Porte. Choiseul-Gouffier fait retirer de la vente tous les exemplaires du « Discours préliminaire » qu'il peut récupérer et rédige une nouvelle préface.

Début 1784, il est assuré d'obtenir le poste convoité malgré les doutes émis sur ses capacités de négociateur.

Réception à l'Académie française
Il lit son discours de réception à l'Académie le 26 février 1784 ; c'est Condorcet qui lui répond.

Départ et arrivée en Orient (1784)
Après une visite à la Chambre de commerce de Marseille, il prend la mer le 4 août 1784, passe par Athènes avant d'entrer dans la Corne d'Or le 23 septembre.

Chapitre II
L'ambassade de Constantinople - Affaires politiques (1784-1787)

I
Choiseul-Gouffier : son premier entretien avec le grand vizir
C'est avec le grand vizir Halil-Amid qu'a lieu cet entretien. D'après le rapport de l'ambassadeur, il est franc et ouvert, l'un et l'autre faisant part de leurs reproches. Les Turcs reprochent à la France son ingratitude.

Causes de son impuissance : son philhellénisme, nature du gouvernement ottoman, caractère des Turcs
Son philhellénisme lui cause du tort, son « Discours préliminaire » ayant été présenté au grand vizir. Il offre au sultan Abdul-Hamid la nouvelle version de son texte. Mais celui-ci est peu accessible.

Et les vizirs se succèdent : Halil-Hamid, plutôt favorable aux Français, disparaît le 31 mars 1785. Son successeur est hostile et se montre peu sensible aux arguments de l'ambassadeur. « Ce n'est pas ici comme en France, où le roi est le seul maître ; il faut persuader les ulémas, les gens de loi, les ministres qui sont en place, et ceux qui n'y sont plus. », écrit Vergennes à CG.

Un Occidental, Isaac-Bey
Peu de fonctionnaires ou de militaires connaissent l'Occident en Turquie. Issu d'une famille proche du sultan, Isaac-Bey se réfugie en France en 1776 après avoir introduit un officier russe dans une mosquée. Il voyage également en Europe. Mais il n'est pas d'une grande aide.

Le capitan-pacha Hassan
Hassan, un militaire assez influent, se montra mieux disposé à l'égard de la France, malgré sa réputation de cruauté et Choiseul-Gouffier peut s'entretenir avec lui.

L'héritier de l'empire de Sélim
Sélim est le neveu du sultan et l'héritier de l'empire. Il souhaite secrètement des réformes et s'informe sur l'Occident auprès d'Isaac-Bey et de son médecin italien. Il recherche l'appui des Français et désire envoyer discrètement un agent en France en se passant de l'intermédiaire des ministres. Pour Vergennes, c'est une opportunité unique d'être en contact direct avec le sultan.

Le 31 juillet 1786, Isaac-Bey part discrètement avec un message pour Louis XVI. Malheureusement ces contacts se révèleront sans suite réelle.
Choiseul-Gouffier est impuissant :

« J'ai vainement tenté tous les moyens de réveiller ceux qui dirigent ou plutôt qui croient diriger cet empire ; ils sont tous frappés d'aveuglement. La nation, ignorante et toujours présomptueuse, ne croit point aux dangers qui la menacent ; ceux qui, plus éclairés, commencent à les prévoir, semblent déjà s'y être résignés. Enfin il ne reste plus d'espoir pour la conservation de cet empire que dans le prompt avènement du sultan Sélim, et encore lui faudrait-il pour le sauver une réunion de qualités qu'il est bien difficile de lui supposer. »

II
Relations avec l'ambassadeur russe, avec l'internonce d'Autriche (Affaire des limites de Bosnie)
Les Russes et leur ambassadeur Bulgakov triomphent sans complexe. Ils suivent de très près les relations entre les Français et les Turcs et cherche à déstabiliser Choiseul-Gouffier. Celui-ci tente de se rapprocher des russes qui voient cela comme un aveu de faiblesse.
Les relations avec les autres nations ne sont pas plus faciles : l'Espagne s'intéresse au protectorat de lieux saints, Naples au commerce, l'Angleterre intrigue et l'Autriche n'est pas fiable. Joseph II souhaite, avec l'appui de la Russie, obtenir de territoires supplémentaires en Bosnie. Vergennes pousse la Turquie à céder, mais finalement l'Autriche renonce à ses demandes.

III
La mission militaire française
Les Turcs font appel à des conseillers militaires, à des ingénieurs, des artilleurs, des fondeurs, des charpentiers... La tâche est immense tant l'armée ottomane est mal équipée et la flotte quasi inexistante, l'argent manque.
En janvier 1785, une frégate russe pénètre la nuit dans le Bosphore : c'est, malgré les dénégations de la Porte, un test des défenses turques qui leur fait comprendre la nécessité de réformes.
Choiseul-Gouffier accélère les travaux, offre des plans de forteresses à la Vauban, des chaloupes canonnières.

Lafitte et Le Roy
Le Roy est introduit à l'Arsenal. Lafitte visite des places fortes, s'occupe de la protection de la capitale.

L'artillerie et la marine
De nouvelles batteries de canons sont placées, des élèves formés. Choiseul-Gouffier obtient la mise en chantier d'un navire. Des manuels militaires ont rédigés et traduits mais malheureusement pas imprimés.

« J'ai fit venir à grands frais des imprimeurs de Paris et de prétendus caractères arabes ; il se trouve que notre protégé Caussin, auquel on s'est malheureusement adressé, ne connaît pas ces lettres ; il n'y a pas un caractère qui puisse servir... » écrit Choiseul-Gouffier à Barthélémy le 15 novembre 1785.

Ce qu'en pensent les Turcs et les Russes
Les résistances sont importantes, en particulier des religieux qui voient d'un mauvais oeil des chrétiens donner des leçons à des musulmans. Elles annulent une bonne part des progrès. La mission militaire est de courte durée. Mais elle fortifie un peu les Turcs et inquiète quand même les russes.

Chapitre III
L'ambassade de Constantinople. Affaires religieuses et commerciales (1784-1787)

I
Le dernier roi très chrétien et les Eglises d'Orient
Les missionnaires du levant sont sous la surveillance des consuls français.
Les chrétiens sont aidés par le roi de France avec tact et discrétion. Celui-ci veille à éviter les conflits et également à ce que Rome n'intervienne pas dans les affaires de l'Eglise française.

II
Idées de Choiseul-Gouffier sur le commerce du Levant
Le commerce est la préoccupation centrale de la diplomatie français.
On appelle Echelle chaque marché ouvert aux Européens. La plupart des membres travaillent pour des maisons marseillaises.
Export vers l'Europe : tabac de Macédoine, cotons de Chypre et de Salonique, fils de chèvre d'Angora et de Smyrne, soies et laines brutes.
Import depuis la France : draperies du Languedoc, cotonnades de Picardie, de Normandie, de Provence, soieries de Lyon, denrées coloniales comme le café, le sucre et la cochenille.
La France gagne beaucoup dans ce commerce qui est plus avantageux pour elle que pour l'Empire ottoman..
Le rôle de l'ambassadeur français est de gérer les conflits avec les Turcs.

Son administration des Echelles
Les consuls
Ferrières-Sauveboeuf en Perse, Rousseau à Bagdad
Choiseul-Gouffier aide les négociants français; le commerce français représente alors plus de la moitié du commerce méditerranéen. Il veut le développer vers la Mer rouge et la Mer noire.

III

L'Egypte

Par sa position stratégique, elle suscite la convoitise. Elle bénéficie d'une quasi indépendance vis-à-vis de la Porte.

Vues de l'Angleterre et de la Russie sur ce pays
Les Anglais y cherchent une voie de passage vers les Indes. Mais leurs rivaux, les Français, veulent compenser la perte du Canada et, eux aussi ouvrir une route vers Bombay.
Le commerce avec la France est florissant malgré des conditions difficiles : insécurité, humiliations… Vergennes pousse Choiseul à faire pression sur les Ottomans.

Magallon
Traité de commerce entre la France et les beys (1785)
Magallon est un très habile négociant qui obtient des Egyptiens un traité de commerce et de navigation très avantageux.

Obstacles à son exécution
Mais à la première venue d'un vaisseau français, les problèmes apparaissent. Les Russes qui souhaitent s'allier aux Egyptiens contre Istanbul s'opposent avec succès aux Français. Le sultan qui a eu connaissance de ce traité ne l'accepte pas. Notre ambassadeur n'arrive pas à le fléchir.

Le sultan reprend possession de l'Egypte
Vers la fin 1786, le sultan envoie une expédition qui reprend possession de cette province de l'empire. Les traités sont annulés.

Le comte de Ferrières-Sauveboeuf est un aventurier qui se présente comme envoyé de la France auprès du shah de Perse. Il convainc Vergennes de l'aider dans une mission pour ouvrir des nouvelles voies commerciales, mais des lettres compromettantes sont interceptées par les Russes. Cet épisode illustre la guerre diplomatique que se livrent les puissances au Proche-Orient.
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IV

Négociations de CG pour le passage des vaisseaux français dans la mer Noire
La Mer noire est un nouveau débouché pour le commerce. Les Anglais ont obtenu des concessions.
C'est le comte de Ségur qui est chargé de négocier l'accès à toutes les régions de la Russie. Il réussit à obtenir un traité commercial en mars 1787.

Importance de ce passage depuis le traité de 1784 avec la Russie
C'est à Choiseul de négocier le passage du Bosphore. Mais les Turcs n'apprécient pas le rapprochement entre la France et la Russie et les Russes ne veulent pas des Français dans la mer Noire.

Résistance obstinée des Turcs, ses causes
Les ulémas, les gens de loi et le peuple, dont l'opinion ne peut être ignorée, ne veulent pas voir des infidèles dans la Mer Noire, et en appellent à l'amitié de la France pour ne pas insister.

Chapitre IV.
Une mission scientifique en Orient.
Comme diplomate, Choiseul-Gouffier res impuissant, comme homme de culture, il réussit mieux.

I.

Commensaux, émules, collaborateurs de Choiseul-Gouffier
Il protèges les savants, les lettrés et les artistes...

Les lettrés : Delille, d'Hauterive.
... le dessinateur Cassas, l'helléniste Le Chevalier, Fauvel et Kauffer, Blanc d'Hauterive, l'astronome Tondu, le lieutenant de vaisseau Truguet.
CG est le protecteur de l'abbé Dellile (l'auteur des Jardins) qu'il emmène avec lui. Le poète le quitte en 1785 sans avoir laissé sur ce séjour aucune oeuvre.
D'Hauterive écrit des lettres ironiques qui circulent. Il continue d'écrire quand il est nommé secrétaire attaché à la personne de l'hospodar de Moldavie au début de 1785. .

Les érudits : Dansse de Villoison, Le Chevalier.

Villoison est un helléniste connu spécialiste d'Homère. Il visite Istanbul pour y mener des recherches sur des manuscrits grecs. Il visite, en 1785, la Grèce et les monastères du mont Athos, mais n'y trouve pas les classiques grecs. Il relève de nombreuses inscriptions grecques anciennes. A son retour, il découvre deux traité de Lydus dont un inédit. Il visite l'Asie mineure et repart en 1786.
Le Chevalier s'intéresse à la géographie, gagne Istanbul en passant par Troie en quinze mois.

Les artistes : Cassas
Malgré les difficultés, il parcourt la Syrie et l'Egypte et fait près de 300 dessins de costumes, de cartes et de monuments.

Beauchamp sur l'Euphrate.
Ferrières-Sauveboeuf explore l'Euphrate et la Caspienne. Le naturaliste André Michaux visite la Perse et l'abbé de Beauchamp étudie l'astronomie, la géologie et les antiquités.

II.
Travaux pour la continuation du Voyage pittoresque.
CG prépare le second volume de son Voyage et échange une abondante correspondance.

« Je m'occupe, écrit-il à Barthélémy le 15 novembre 1785, autant que les affaires me le permettent, de ma description de Constantinople et du Bosphore ; je rectifie mes cartes et mes dessins, j'en augmente le nombre, et je puis espérer que ce second volume de mon Voyage sera beaucoup plus intéressant que le premier. J'ai à peu près tous les matériaux nécessaires pour terminer la partie de la ville et du Bosphore ; mais il n'en est pas de même, à beaucoup près, des six derniers chapitres, qui contiendront Athènes et la Morée. Je n'ai pas même ici tous les livres qui me sont nécessaires ; ces recherches d'ailleurs me prendraient un temps que je puis mieux employer, et je désirerais que M. Barbié voulût bien venir à mon secours. Il a le premier volume de mon ouvrage, et jugera facilement ce qu'il faut m'envoyer pour me mettre en état de faire un nouveau chapitre à peu près dans le même genre ; un peu d'histoire, beaucoup de remarques géographiques, quelques erreurs des voyageurs qui m'ont précédé, etc. S'il consent à me rendre ce service, je lui adresserais une note détaillée des différents objets ; je reconnaîtrais comme de raison ses services, absolument comme il le désirera... »


Levées de plans à Constantinople et sur les côtes.
Le 6 décembre 1786, Kauffer et Le Chevalier peuvent visiter Istanbul et y faire des relevés. Il en lèvent le plan. D'autres effectuent le même travail dans en Grèce ou sur le Mer noire.

Recherches archéologiques et épigraphiques : les sculptures du Parthénon et les ruines de Troie.
Le numismate Cousinéry assemble une importante collection, Fauvel travaille à Athènes. CG gère ces expéditions archéologiques avec tact, n'utilisant ni la force ni la corruption. Il demande en vain l'autorisation de dépouiller le Parthénon, mais fait mouler de nombreux bas-releifs et des frises.
Cassas et Le Chevalier font des relevés à Troie, suivis de Kauffer qui fit quelques fouilles. CG cherche à obtenir l'autorisation de fouiller pendant que les russes conquièrent la Mer noire.

Choiseul-Gouffier au palais de France. Son entourage, ses visiteurs français et étrangers, ses occupations
Le palais de France abrite une imprimerie, un observatoire, de nombreux visiteurs s'y arrêtent pour rencontrer CG.
Il accueille aussi les diplomates étrangers. CG ne peut sortir de la ville qu'escorté de deux janissaires, il voyage peu (Bursa). Il souffre de la solitude, de l'absence de sa femme et de ses enfants. En France, il est bien vu du roi et de la reine.

Chapitre V.
L'ambassade de Constantinople - Affaires politiques (1787-1788).
Le conflit avec les russes est proche.

I. Action commune et pacifique de Ségur à Pétersbourg, de Choiseul-Gouffier à Constantinople.
Les deux ambassadeurs français essaient de préserver la paix. CG est dans une position curieuse : le roi de France se dit le défenseur des Turcs, pas leur allié.

Défiance des Russes et des Turcs.
Les Russes multiplient manoeuvres et intrigues.
Le ministre des affaires étrangères français Vergennes meurt et est remplacé par Montmorin qui se tourne vers l'Autriche.

Nouvelles prétentions de la Russie, soutenues secrètement par  l'Autriche.
... grâce à une menace d'alliance avec la Prusse.

Catherine II et Joseph II en Crimée.
L'impératrice fait un voyage triomphal en mer Noire.
Lafitte prépare la défense d'Otchakov avec un groupe d'artilleurs et d'officiers.
Les Turcs se préparent à la guerre et une flotte turque navigue vers l'embouchure du Dniepr.
Catherine demande d'importantes concessions : indépendance de la Géorgie... et quitte la mer Noire

Bravades des Turcs, sous l'influence anglaise et prussienne.
Anglais et Prusses tentent poussent à la guerre pour gagner en influence.
Le sultan dénonce le traité de 1783 et lance un ultimatum à la Russie.

II. L'ambassadeur russe aux Sept-Tours.
Le 16 août 1787, le vizir demande la restitution de la Crimée à l'ambassadeur Bolgakov qui refuse et est enfermé au château des Sept-Tours.

Premières hostilités.

Le vizir pense gagner la guerre facilement, la population s'agite à Istanbul. La flotte revient sans avoir affronté les russes.

Lafitte à Otchakov.
Lafitte à du mal à faire fortifier la ville. Il attaque Kinburn avec les Turcs, mais échoue. Mais aucune aide ne vient de France.

L'Autriche déclare la guerre aux Turcs.
Joseph II attaque Belgrade an vain, et déclare qu'il s'associe aux russes si la paix n'est pas signée.

Aventures de Le Chevalier et de Ferrières-Sauvebœuf .
Le Chevalier prend peur et abandonne son poste de secrétaire de l'hospodar pour s'enfuir en Autriche, ce qui met CG et la France dans l'embarras. Ferrières-Sauveboeuf, avanturier sans scrupule, se fait arrêté comme espion. CG doit le renvoyer en France pour calmer la colère de la Porte qui le considère comme un espion.

Choiseul-Gouffier approvisionne Constantinople, secourt les prisonniers russes et autrichiens.
Il doit lutter contre des corsaires soi-disant russes et essayer de contrer la propagande qui associe Louis XVI et Catherine II.
Les bateaux français chassés de la mer Noire par les russes et par les turcs.
CG établit cependant une liaison pour l'approvisionnement d'Istanbul coupée de ses livraisons d'Ukraine et de Crimée. Les bateaux viennent de Livourne et de Marseille.

Evasion du chevalier de Lombard.
Il était au service des russes, s'est fait capturé par les Tucrs, mais CG l'aide à s'évader du bagne où il est prisonnier.

III. L'opinion sur les Turcs à Paris.
Les mentalités changent en France et une hostilité à l'empire ottoman se développe.

L'abbé Barthélémy et Volney.

La France est profondément philhellène, comme le montre de nombreuses publications, et plutôt hostile aux Ottomans.
Volney dans ses Considérations sur la guerre des Turks plaide pour une alliance avec la Russie.

La mission militaire française quitte Constantinople.
Fin 1787, elle est rappelée et Lafitte quitte Otchakov.

Les volontaires français au camp russe
Le lieutenent-colonel Béraud, l'officier d'artillerie Prévot, le chirugien Massot... aident les russes, rejoints plus tard par des gentilshommes qui fuient la Révolution. On trouve même des parents de CG.

Chapitre VI. — L'ambassade de Constantinople. — Affaires politiques et commerciales (1789-1792).


I. Effacement de la diplomatie française
La diplomatie française tend à se désintéresser de la question orientale.

Ségur et son projet de quadruple alliance.
Le ministre essaie de rester neutre pour plaire aux deux partis.
La Prusse s'attaque à la Hollande sans que la France réagisse.
Ségur pense que, puisque la France ne peut sauver la Turquie, elle peut s'associer aux autres puissances, Russie, Autriche et Prusse, pour la partager, comme pour la Pologne.
CG est chargé de persuader à la Porte "que ses ennemis ne demandaient qu'une paix honorable."

Lutte de Choiseul-Gouffier contre l'influence anglaise et prussienne.
L'Angleterre est hostile à la France. La Suède qui a empêché la Russie d'envoyer sa flotte de la Baltique en Méditerranée obtient des avantages du sultan.
La Prusse cherche aussi à se placer parmi les grandes puissances euorpéennes.

Ses tentatives inutiles de pacification au profit de l'Autriche et de la Russie.
En 1788, les Russes prennent Otchakov, les Autrichiens sont moins heureux. Kaunitz demande l'aide de CG pour obtenir la paix. Il veut que la Porte abandonne Choczim, Orsova et des places fortes en Bosnie, ainsi qu'Otchakov sur la mer Noire. Le 21 mars, le grand vizir décide d'accepter les conditions de l'Autriche, mais de continuer la guerre avec la Russie.

Avènement de Sélim III.
Le 7 avril 1788, ce prince réformateur succède à Abdul-Hamid. Mais la déception est grande, le nouveau sultan est un despote. Il cherche une aide que la France lui refuse, demande des concessions importantes à l'Autriche.
CG réussit à contrer les manouvres de la Prusse et sert d'intermédiaire avec l'Autriche. Mais la Révolution approche et l'impopularité de Marie-Antoinette dessert la France.
L'ambassadeur de Prusse signe un traité d'alliance avec la Porte, traité non ratifié, puisqu'il est rappelé. Le nouvel empereur d'Autriche Léopold II riposte par une démonstration militaire.
Mais face à la Révolution française qui menace, Autriche et Russie ouvre des négociations à Sistova.

Délivrance de Bulgakov.
L'ambassadeur russe est libéré grâce à CG et arrive à Trieste sur un vaisseau français.

Paix de Sistova et de Jassy.
CG tente une dernière démarche pour la paix pendant l'été 1791. Mais, suite à l'emprisonnement du roi, il ne joue plus aucun rôle dans le signature de la paix de Jassy (janvier 1792). Les partisans de la France en Turquie Isaac-bey et Hassan, disparaissent.

II. La Révolution dans les Echelles du Levant.
L'agitation gagne la communauté française des Echelles du Levant. Le commerce est perturbé.

Décret des 21-29 juillet 1791.
Marseille perd ses privilèges. Tout citoyen français peut commercer avec le Levant ce qui entraîne une désorganisation des circuits commerciaux.

Epreuves de Magallon et d'Anthoine.
Magallon avait essayé en vain de développer l'influence française en Egypte. Il est forcé de fermer son entreprise, faute d'aide du gouvernement français.
Anthoine doit aussi abandonner le commerce français dans la Mer Noire.

Derniers efforts de Choiseul-Gouffier en faveur du commerce français.
Il écrit sur le commerce français :

"Les talents de mes prédécesseurs et mon zèle sans bornes ont obtenu de la tolérance du gouvernement [ottoman] de plus grands avantages que ceux auxquels nous avions vraiment droit de prétendre ;  c'est cette utile extension que nous risquons de perdre, si nous persistons à montrer la même indifférence pour l'empire ottoman."


Ses démarches pour se maintenir à son poste.
Il semble se rallier à la Révolution :  il est soutenu par Talleyrand, mais attaqué par Ferrières-Sauveboeuf. S'il présente la constitution de 1791 au sultan, il reste loyal au roi qui le propose au poste de ministre des affaires étrangères.
Il attend la chute de la Révolution. Mais on n'oublie pas ses liens avec la reine.

Il est remplacé par Sémonville et décrété d'accusation.
La France envoie un nouvel ambassadeur pour ouvrir un nouveau front et promettre à Selim une escadre pour reprendre la Crimée.
 
Sa fuite en Russie
Il reçoit ses lettres de rappel (qui le "destituent") le 7 août 1791. Il attend la victoire des coalisés et des royalistes, mais on trouve des papiers compromettant et il est accusé de trahison.
Selim choisit la neutralité dans le conflit entre la France et les autres puissances.
CG doit mettre sa famille à l'abri et doit s'enfuir en Russie.

Chapitre VII
Dernières années.

I.
Séjour de Choiseul-Gouffier en Russie (1795-1802)
Il est le protégé de Catherine II qui le considère comme le successeur de Voltaire, bien qu'il ait servi son ennemi l'empire ottoman.

Le courtisan, l'homme d'esprit.
Il retrouve l'ambiance de la cour et sa famille obtient des postes et des terres.
C'est l'époque où Bonaparte se lance à la conquête de l'Egypte.

Disgrâce momentanée sous Paul Ier.
Il est mal vu de certains à la cour et se retire sur les terres qu'il a reçu près de Léopol en Galicie. Paul Ier le nomme président de l'Académie des beaux-arts.

II
Rentrée en France.

Il va profiter de l'amnistie accordée par Bonaparte aux émigrés pour rentrer. Il quitte la Russie en mars 1802.

Etat des relations de la France avec la Porte, et des études orientales.
"Les souvenirs de son ambassade n'étaient point faits pour l'importuner ; car ses successeurs, Aubert-Dubayet et Sébastiani, avaient continué son œuvre de défense militaire et en définitive l'empereur des Français maltraitait encore plus les Turcs que le roi de France, puisqu'il les avait combattus en Egypte et poussés contre les Russes avant de les sacrifier à son allié de Tilsitt. Bien mieux, il s'était souvenu sur la mer Noire de la tradition de Vergennes, et était arrivé au but poursuivi depuis trente ans; par son traité de 1802 avec la Porte, il avait arraché à cette puissance les clefs du Bosphore ; et au même moment un ancien serviteur de Louis XVI, le duc de Richelieu, fondait Odessa et ouvrait toutes grandes aux vaisseaux de Marseille et au commerce français les portes de la Nouvelle-Russie."

Vie studieuse et retirée de Choiseul-Gouffier sous l'empire.
Il est membre titulaire de la classe d'histoire et de littérature anciennes de l'Institut. Il y lit  une dissertation sur le Bosphore en 1805.

Le second volume du Voyage pittoresque.
CG s'attelle, avec de savants collaborateurs,  à la publication du second volume de son ouvrage dont le premier fascicule paraît en 1809. Il retrouve son esprit "anti-ottoman" et philhellène.

Rentrée de Choiseul-Gouffier dans la vie publique (1814).
A la Restauration, il devient pair de France et redevient membre de l'Académie des inscriptions.

Sa mort (1817).
Il meurt le 20 juin 1817 à Aix-la-Chapelle.