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Catégorie : Bibliographie
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 Extrait de Joanne A. et Isambert E., Itinéraire descriptif, historique et archéologique de l'Orient, 1861 : Turquie

Ire section : Géographie. 

§ Ier. — Situations, limites, étendue et divisions. — La Turquie d’Asie est située entre 24° et 46° de longitude E. et entre 30° et 42° de latitude N. Elle est bornée au N. par le détroit des Dardanelles, la mer de Marmara, le Bosphore et la mer Noire, à l’E. par les possessions transcaucasiennes de la Russie et l’Empire Persan, au S. par le golfe Persique, le désert Arabique et l’Egypte, à l’O. par la Méditerranée; elle comprend les anciennes provinces ou anciens royaumes de Mysie, de Bithynie, de Paphlagonie, de Pont, d’Arménie majeure et mineure, de Cappadoce, de Gordyène, de Commagéne, de Galatie, de Phrygie, de Lydie, d'Ionie, de Carie, de Pisidie, de Doride, de Lycie, de Pamphylie, d’Isaurie, de Lycaonie, de Cilicie, dans la presqu’île dite d’Asie Mineure; et ceux de Mésopotamie, Assyrie, Syrie et Judée, dans sa partie continentale. Pour les Européens modernes, la Turquie d’Asie ne renferme guère que sept grandes divisions: l’Anatolie, l’Arménie, le Kurdistan, l’Al-Ojésirèh, l’Irak-Arabi, la Syrie *, la Karamanie. Administrativement elle est divisée en 18 eyalets, 100 livas et 1099 kazas. Au nombre de ces 18 eyalets, on compte l’eyalet formé par les Sporades, qu’on rattache à la Turquie d’Asie; la superficie de ces 18 eyalets est évaluée à 1259843 kilomètres carrés; leur population à 16 050 000 habitants. La Turquie d’Asie a des côtes très-sinueuses, qui forment nombre de golfes et de promontoires, surtout dans la Méditerranée. Ce sont sur la côte S.: le golfe d’Alexandrette ou d’Iskendéroun, celui d’Adalie, celui de Makrijlescaps de Cavalière, d’Anamour et celui de Chélidonie dans la Karamanie; sur la côte occidentale, le cap Crio entre le golfe d’Arineh et celui de Dochowa, le golfe de Mendéliah, le cap Sancta-Maria qui s’avance vers l’île de Samos, le golfe de Scala-Nova ; le cap Koraka, celui de Karabournou, en face de Chio, cap qui abrite le golfe de Smyrne; le golfe d’Édrémid qui se termine au cap Baba, le point le plus occidental de cette côte. Au nord, dans la mer de Marmara, la presqu’île de Cyzique qui fait 

1) Nous avons consacré à la Syrie une des grandes divisions de cet ouvrage (Voy. Ve partie), bien qu'elle fasse a administrativement partie de la Turquie d’Asie. L'intérêt spécial qui l’attache à cette contrée, les facitilés nouvelles qu'elle offre au touriste pour son exploralion, nous ont engagés à cette division arbitraire. 

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cap entre le golfe d’Artaki et celui de Moudania; le golfe étroit et profond d’Izmid; dans la mer Noire les caps Kirpèh, Kérembèh, Indjèh, Kouréli, petites langues de terre qui s’avancent à peine dans la mer; le point le plus septentrional de cette céte est Indjèh. 

§ II— Configuration du sol, montagnes, lacs, fleuves, etc.— La configuration de la Turquie d’Asie, ou du moins de la péninsule d’Asie, est extrêmement compliquée : ses chaînes de montagnes se coupant, se joignant, se longeant l’une l’autre à des distances parfois trés-rapprochées, eu égard à leur élévation, forment un réseau presque inextricable. Cependant on y distingue la chaîne du Taurus et celle de l’Anti-Taurus, qui, se détachant toutes deux du plateau de l’Arménie, se prolongent, celle-ci directement à l’O., en suivant les contours de la côte septentrionale non loin de la mer Noire; celle-là inclinant au S.-O. jusqu’au golfe d’Alexandrette, où elle suit de très près le littoral de la Méditerranée dans la direction de l’O. A la hauteur du golfe d'Alexandrette, deux chaînes se détachent du Taurus dans des directions opposées; celle du mont Argée, inclinant au N.-E., va rejoindre l'Anti-Taurus. La chaîne du mont Amanus s’allonge au S. dans la Syrie. Le triangle formé par le Taurus, l’Anti-Taurus et l’Argée, est occupé en grande partie par le plateau de la Cappadoce. Au delà de son point de jonction avec l’Argée, le Taurus se prolonge à l’O. et pousse ses derniers contre-forts jusque dans la mer en face des Sporades. Au N. l’Anti-Taurus va joindre la chaîne de l’Olympe. Celle-ci partant du mont Olympe, à la hauteur du golfe de Moudania, se divise en deux branches allant, l’une de l'O. à l’E., et c’est celle que rencontre l'Anti-Taurus, l'autre du N. au S. jusqu’au milieu de la péninsule. Là commence une nouvelle chaîne qui, courant du N. -O. au S.-E., va joindre le Taurus; et de cette chaîne, comme d’une base commune, partent vers l’O. plusieurs chaînes moins importantes, qui s’allongent parallèlement et poussent leurs dernières ramifications jusqu’au bord de la mer Egée; on peut les considérer comme des arcs-boutants qui soutiennent le plateau central de la Phrygie et la Galatie. 

Tous les rameaux que nous venons d’énumérer, et principalement le Taurus, portent des dénominations turques très-nombreuses. Chacune de ces dénominations ne s’appliquant qu’à une portion assez restreinte de leur étendue, nous nous bornerons à donner ici les noms des sommets remarquables par leur hauteur ou par des souvenirs historiques. 

Ce sont : le mont Ararat (Agri Dagh), 5300 mèt., le Késchisch-Dagh (l’Olympe de Bithynie) qui a 2600 mèt. et domine Brousse; le Kas-Dagh (l’Ida), qui domine l’ancienne Troade, 1650 mèt.; le Manisa-Dagh (le Sipylus). qui domine Smyrne et la plaine de Phrygie, 2600 mèt.; le Nif-Dagh (l’Olympe de Phrygie) ; le Boz-Dagh (le Tmolus), au pied duquel était Sardes, 1333 ; le Zboum-Dagh (le Messogis), le Baba-Dagh (le Cadmus), principal pilier de la chaîne centrale, l’Ak-Dagh (le Massicytus), dans la Lycie, 3333 mèt. ; le Tachtalu-Dagh de Phaselis ou mont Chimœra) dans la Lycie au bord de la mer, et d’où s’exhalent des gaz inflammables qui ont donné naissance au mythe de la Chimère ; l’Erschisi-Dagh (le mont Argée), -3962 mèt.; l’Allah-Tépesi, qui  [447] appartient à la chaîne de l’Argée, 3333 mèt. ; l’Apischkar-Dagh 3666 mèt.; le Chisel-Dagh, 2000 mèt. ; le Giaour-Dagh, 3333 mèt. L’Apüchkar appartient à l’Argée, les deux suivants à l'Amanus. Les montagnes les plus élevées après l'Ararat sont, comme on voit, dans la Cilicie et la Lycie, au point de réunion du Taurus et de l’Argée; elles sont couvertes de neige la plus grande partie de l’année. En toute saison, les communications de Cilicie en Cappadoce ne peuvent s'effectuer que par un petit nombre de passages presque infranchissables pour des troupes pourvues d’un matériel de campagne. Au midi, l'Amanus ne laisse que deux portes ouvertes, l’une vers la Syrie, l'autre vers l’Euphrate; des deux côtés du golfe d’Alexandrette, le Taurus et l’Amanus prolongent leurs contre- forts jusqu'à la mer, qu’ils dominent en beaucoup d’endroits par de majestueux rochers. L’Argée est un volcan éteint qui a couvert la campagne d’épanchements volcaniques jusqu’au fleuve Halys, lequel coule entre des rochers basaltiques. Le mont Olympe, de Brousse à Kioutahia, offre des rochers de marbre blanc, le Sipylus des trachytes rouges et bleus, le Tmolus des masses de granit; le Sipylus est, comme l’Argée, un volcan éteint. 

La constitution physique de la péninsule ne se prête pas à l’existence de grands cours d’eau, elle ne leur permet pas non plus de suivre des routes bien directes. Le caractère général de tous les fleuves de ce pays, c’est de dessiner, de leur source à la mer, de nombreux et de brusques méandres. Les plus considérables de ces fleuves sont : le Kizil-Irmak, ancien Halys, qui prend sa source sur le plateau de Cappadoce, non loin du point de jonction de l'Argée et de l’Anti-Taurus, à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer Noire qu’il doit atteindre. Il coule d’abord du N. au S., puis remonte au N., et enfin se détourne à l’E. Ce n’est que très-près de son embouchure qu’il entre en plaine; son cours resserré tantôt entre les montagnes de l’Argée, tantôt entre celles de l’Olympe, qui lui offrent à peine un passage, n’a jamais plus de 50 mètres de largeur. De sa source à son embouchure, il n’y a guère que 230 kilom. de ligne droite, et son cours réel mesure pourtant 1000 kil. Il n'est pas navigable. Le Sakaria (Sangarius) qui naît sur le plateau de la Galatie, descend à la mer Noire par de très-nombreux détours. Il serpente de défilés en défilés avec de brusques changements de niveau, et débouche non loin de Bender-Ékli. D’autres fleuves moins importants, mais qui méritent d’être cités pour les souvenirs historiques attachés à leur nom, sont le Ieschil-Irmak (l’Iris), le Termèh-Tchaï (le Thermodon), le Moualitch-Tchaï (le Rhyndacus), le plus considérable des fleuves qui se jettent dans la mer de Marmara; le Kodja-Tchaï (le Granique), le MendéréTchaï (Scamandre), qui débouchent, le premier dans la mer de Marmara, le second dans les Dardanelles; le Guédiz-Tchaï (l’Hermus) le Kuischuk-Mender-Tchaï (Caystre); le Buyuk-Mender-Tchaï (Méandre), qui débouchent tous trois dans l’Archipel ; le Kodja-Tchaï (Xanthus), le Keupru-Sou (Eurymédon) leGueuk-Soti (Calycadnus), le Tersous-Tchaï (Cydnus), le Seikhoun-Tchaï (Sarus), le Djéhan-Tchaï (Pyramus), qui se jettent dans la Méditerranée. 

La partie centrale de la péninsule est un vaste plateau dont les eaux [448] n’atteignent aucune mer. Ses rivières, quand elles ne se perdent pas dans des katavothras, forment des lacs parfois très-considérables, dont quelques-uns sont salés. L’Égerdir, le Bouldour, l’Adji-Touz, sont les plus grands lacs de la Phrygie, la province où les lacs sont les plus nombreux. L’Ionie, la Lycaonie, l’Isaurie, la Bithynie renferment de vastes amas d’eau, par exemple l’Akis, tout près de l’embouchure du Méandre; le Touz-Tscholli, en Lycaonie; le Kéréli, en Isaurie; l’Isnik, entre le Sangarius et le golfe de Moudania; le Manijas, près de Cyzique. Le plus grand lac de la Turquie, le lac de Van, est pourtant hors de la péninsule et appartient à l’Arménie. Outre les fleuves et les rivières, la péninsule est sillonnée par une multitude de torrents complètement à sec pendant les trois quarts de l’année. 

Nous n’avons parlé jusqu’ici que de la péninsule, parce qu’elle offre une constitution physique exceptionnelle, qu’il était nécessaire de décrire à part. En dehors de ce pays, à l’E., l’Arménie et les provinces comprises dans la double vallée de l’Euphrate et du Tigre présentent une surface moins compliquée. 

Des deux fleuves qui arrosent celle-ci, le plus considérable, l’Euphrate, est formé par la jonction de deux rivières, le Mourad-Tchaï et le Frat : l’une prend sa source près d’Erzeroum, l’autre près de Bayazid. Elles se réunissent sur un plateau assez élevé, et l’Euphrate, qui est le produit de leur jonction, coule encore pendant longtemps dans des hautes plaines que portent les derniers contre-forts du Taurus. 

Un rameau de la chaîne du Taurus se prolonge entre l’Euphrate et le Tigre. Ce fleuve, qui naît tout près des bords de l’Euphrate, s’en éloigne d’abord en courant vers l’E., puis revient vers l’O., et les dAx fleuves sont près de se joindre, ils s’éloignent de nouveau l’un de l’autre pour revenir se confondre beaucoup plus bas, tout près du golfe Persique. Le long du Tigre, à l’E., courent les monts Gordyefls, le djébel-Dagh (l’ancien Zagros). Ce sont ces montagnes qui ferment l’immense plaine qui s’étend de leurs pieds jusqu’à l'Anti-Liban ; l’Euphrate et le Tigre y coulent, au moins dans une grande partie de leurs cours, au milieu de marais et de prairies. 

§ III. Produits du sol. — Minéraux. La péninsule d’Asie possède des mines assez abondantes; mines de cuivre principalement. Les plus riches sont celles qu’on exploite près de Trébizonde, non loin d’un amas considérable de plomb argentifère, qui est aussi en voie d’exploitation. On trouve d’autres mines de cuivre près de Tokat, et dans l’eyalet de Kastamouni. Il y a des gisements de fer dans les montagnes de la Karamanie, de plomb à Tozanglou, de houille dans les environs d’Héraclée. Dans l’Al-Djézireh, les mines de Maaden (Diarbékir) fournissent de l’or, de l’argent en petites quantités, mais beaucoup de cuivre. Le long du Tigre coulent des sources de bitume et de naphte, que les indigènes emploient l’un pour l’éclairage, l’autre comme spécifique contre plusieurs maladies. Une grande partie du produit de ces sources se perd néanmoins dans le fleuve et y surnage. Allumées quelquefois par les navigateurs, ces substances leur procurent un des plus curieux spectacles qu’on puisse voir : celui d’une rivière enflammée. 

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Végétation. Les côtes de la péninsule offrent les mêmes productions que la Grèce méridionale, oliviers, orangers, lentisques, tamariniers, etc. La vigne sauvage y grimpe jusqu’aux sommets des arbres les plus élevés. Le platane y acquiert un développement magnifique. Sur la côte méridionale, croissent plusieurs arbres à gomme, le styrax, par exemple, qui produit une résine estimée. Partout sur les côtes et à l'intérieur, du Bosphore à la Syrie et de l’Archipel à l’Euphrate, on rencontre le chêne qui produit la noix de galle des teinturiers; les hauteurs du Taurus portent des bois de cyprès, de genévriers, de saviniers. Les vastes plaines de l’intérieur, pour toute végétation, se couvrent d’absinthe et de sauge, ou de deux espèces de genêts, le spartium junceum et le spinosum. Les bords de la mer Noire offrent les essences propres aux pays septentrionaux. Les forêts y sont, en majeure partie, composées de chênes et de sapins. Cette côte très-fertile est le verger de Constantinople et de la Crimée. Il y a des bois de noisetiers, d’abricotiers, de pruniers, de cerisiers surtout. Dans les plaines de l’Halys et du Sangarius s’étendent de vastes pâturages. La récolte des céréales n’est pourtant pas suffisante à nourrir les habitants. On y supplée par le riz cultivé au bord de toutes les rivières. La vigne produit plusieurs espèces de vins excellents, mais qui ne peuvent pas se conserver. Le chanvre, le lin, le tabac, la garance, l’indigo, le safran, le coton herbacé donnent de beaux produits, les melons sont délicieux, les figues exquises. 

Le Kurdistan est un pays boisé; les montagnes portent de belles forêts de chênes de galles. D’autres forêts s’étendent le long du Tigre. Cependant les versants des montagnes .sont généralement stériles et nus. Dans les plaines, on cultive le lin, le coton, le sésame. Le canton d’Amadièh produit beaucoup de fruits, entre autres d’excellents raisins. Partout il y a de beaux pâturages arrosés par de nombreux cours d'eau. — L’Arménie, qui n’a que trois mois d’été, produit cependant du blé en abondance. .Ses forêts se composent de chênes et de noyers. Dans l’Al-Djézirèh, les arbres deviennent plus rares. Il n'y a pas là de forêts ; mais les rivages de l’Euphrate se couronnent de lilas, de jasmins, de vignes. Un canton, celui d’Anah à Balès, est couvert de mûriers. Plus bas, dans l’Irak-Arabi, on ne voit plus dans les campagnes que des palmiers à dattes, isolés ou semés par bouquets. Près du golfe Persique, on retrouve enfin de belles forêts de palmiers. Les pâturages ne manquent pas. Le terrain est naturellement fertile; mais, grâce à un mauvais système d’irrigation, les cultures d’orge et de riz, qui produisaient autrefois deux cents pour un, ne rendent plus que vingt. Le tabac et le coton sont les meilleures récoltes du pays. Les melons et les pastèques acquièrent parfois des dimensions monstrueuses. On en voit souvent qui pèsent 50 kilogrammes. 

Animaux. Le bœuf est rare dans la péninsule; comme bête de travail, et comme viande de boucherie, il est remplacé par le buffle. Le mouton est incomparablement plus commun que tous les autres animaux domestiques. Sa laine n’est pas belle. Un seul canton, celui d’Angora, produit des animaux remarquables sous ce rapport; moutons, chèvres et lapins. L’Anatolie possède une belle race de chevaux [450] robustes et légers. Presque partout dans la péninsule, on peut voir des mulets et des ânes, grands, forts et de belles proportions. Les chameaux sont nombreux. On élève beaucoup de vers à soie, qui donnent de bons résultats. Une source de profits assez considérable est la vente du miel et de la cire. Les essaims d’abeilles sont très-nombreux dans la péninsule et dans l’Al-Djézirëh. Le mont Taurus a des moutons sauvages. Les bords de l’Hellespont abondent en gibier de toute sorte, mais surtout en perdrix rouges. Les cygnes se rencontrent en assez grande quantité sur les bords du Caystre. Les animaux carnassiers sont le chacal, l’hyène, le loup et l'ours. 

Le Kurdistan, l’Al-Djézirèh, l'Irak-Arabi, produisent des quantités Considérables de cire, de miel, de soie, de laine et de maroquin, grâce à la qualité de leurs pâturages émaillés de fleurs, qui fait l’excellence de toutes leurs espèces d’animaux. Le Diarbékir possède plusieurs manufactures de maroquin et de soieries. Mossoul a en outre une manufacture de tissus de coton, qui sont connus dans le monde entier sous le nom de mousselines. L’Al-Djézirèh a souvent à déplorer l’invasion des sauterelles. Le pays d’Hillah, où sont les ruines de Babylone, est le seul canton de la Turquie qui ait des tigres et des lions. 

§ IV. Climats, vents, etc.— Hippocrate, parlant du climat de la péninsule d’Asie, a dit ; « On ne connaît guère ici de différence de chaleur etde froid; les deux températures se fondent l'une dans l’autre. Beaucoup de voyageurs, tant anciens que modernes, se sont exprimés sur ce point comme Hippocrate. En effet, la rigueur de l’hiver est sensiblement adoucie par l’influence des trois mers qui entourent ce pays. Pendant l’été, les brises des montagnes rafraîchissent l’air brûlant des plaines. Le climat des côtes est moins tempéré que celui des plateaux intérieurs. La côte N. a parfois à souffrir des brumes qui se développent sur le Pont-Euxin. La côte S., dans la partie qui fait face à la Syrie, est exposée pendant quelques jours de l'été à une température tellement élevée, que les habitants se retirent dans les montagnes. La côte O. offrirait un séjour plus agréable, si le souffle aride du sirocco n’y venait pas quelquefois enflammer l’air et rendre la chaleur intolérable. Le jugement d’Hippocrate n’en reste pas moins vrai, appliqué à la climature générale de ce pays. La côte O. est la moins salubre ; la peste y exerce souvent ses ravages. Souvent aussi des tremblements de terre ont bouleversé la surface de la péninsule; en 1855, les cantons de Smyrne et de Brousse ont été le théâtre d’un tremblement de terre qui causa d’épouvantables malheurs. 

La Turquie à l’E. de la péninsule offre, au point de vue de la climatologie, des contrastes saisissants. Les montagnes de l’Arménie, que couvrent des neiges éternelles, ne sont séparées que par une dizaine de degrés de latitude de Bagdad, un des pays les plus chauds du globe. A Erzeroum, il tombe parfois de la neige au mois de juin. Le Kurdistan jouit d’un climat tempéré comparativement à celui de l’Arménie et à celui de l’Al-Djézirèh, excessifs tous deu;t, dans des sens divers. Mossoul a des hivers très-froids; en automne, la fièvre y règne et fait de nombreuses victimes. L’Al-Djézirèh et l’Irak-Arabi partagent [451] à peu près les mêmes vicissitudes atmosphériques. L’hiver y est froid ; mais la saison rigoureuse est l’été. Des vents étouffants brûlent les pâturages de la plaine, et dessèchent les sources. Le manque d’eau engendre bien des souffrances et des maladies ; comme en Syrie, les vents apportent des nuées dévastatrices de sauterelles. L’air en tout temps est peu salubre, à cause des nombreux marécages qui coupent la plaine.