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Catégorie : Anecdotes, récits...
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Le Mercure historique et politique est publié au XVIIe et au XVIIIe siècle. Une rubrique ou une partie de rubrique y est consacrée à la Turquie avec de nombreuses informations parfois très précises sur les évènements, nominations... En voici un exemple.

Nous avons essayé de moderniser l'orthographe en remplaçant les "et" par "et", les "oi" par "ai" pour rendre la lecture plus facile.

Juillet 1759

La Fête du Grand-Bairam qui, selon l'usage, fut annoncée au Peuple de cette Capitale par trois coups de Canon tirés du Serrail, s'est terminée, et pendant les trois jours qu'elle a duré, il s'est fait ici toutes sortes de réjouissances.
Jusqu'ici l'on n'y apperçoit pas le moindre vestige de la Peste, laquelle y règne allez ordinairement durant la presente saison ; mais on a le désagrément d'apprendre qu'elle continue de faire de grands ravages à Smyrne et en divers autres endroits des Echelles du Levant.
Il vient encore de se faire divers changemens dans quelques-uns des principaux Emplois de la Porte; entr'autres, le Reis Effendi, ou Premier Secrétaire d'Etat, et le Chiaoux-Bachi, ou Grand-Maître des Cérémonies, ont été déposés. Le premier se trouve remplacé par Ommer-Effendi, ci-devant Secrétaire du Corps des jannissaires, et l'autre par Mustaphba-Aga. D'un autre côte, le Selictar-Agasi, ou Porte Cimetere du Grand Seigneur, ayant été nommé Pacha à trois Queues, Sa Hautesse lui a donné pour Successeur dans son porte le Tchoadar-Aga, ou Chef des Eunuques-Noirs. Elle a aussi disposé en faveur d'Abdi-Effendi, qui a été autrefois revétu de la Charge de Grand-Chancelier, de celle de Beyak-Reis-Namegi, ou de Contrôleur-Général des Finances.

 

Le capitan-pacha, ou le grand ... Digital ID: 94412. New York Public Library

Recueil de cent estampes representant différentes nations du Levant, gravées
sur les tableaux peints d'après nature en 1707 & 1708 par l'ordre
de M. de Ferriol ... et mis au jour en 1712 & 1713 par les soins de M. Le Hay

Le Capitan Pacha, ou Chef des Forces Navales de cet Empire, se dispose à mettre ces jours-ci à la voile avec une Flotte composée de sept Vaisseaux de guerre et de quatre Galères. On prétend qu'après que cet Officier aura fait sa tournée dans les Isles de l'Archipel, pour y recueillir les Tributs que les Habitans font obligés de payer annuellement à la Sublime Porte, il se rendra au Caire et à Alexandrie, afin de tâcher de dissiper par sa présence les troubles qui régnent depuis quelque tems dans ces deux principales Villes de l'Egypte.
Il est arrivé ici dernièrement, à bord d'un Navire Napolitain, dix-sept jeunes Turcs, qui ont été tirés de l'esclavage, et que le Roi des Deux-Siciles a envoyés au Sultan, à qui ce présent a paru faire beaucoup de plaisir. Les Pachas de Romélie et de Natolie, tous deux Beaux-Frères du Grand-Seigneur, et qui depuis un certain tems se trouvent en cette Capitale, ont, dit-on, reçu un ordre positif de se rendre sans délai à leurs Gouvernemens, ce qui donne lieu de croire que les troubles, au lieu de diminuer dans l'une et l'autre décès Provinces, vont toujours en augmentant. On fait aussi courrir lé bruit que les Laziques, Peuples qui habitent sur les frontières de la Mingrélie, faisaient de fréquentes incursions dans les environs de Trébisonde, et qu'il était d'autant plus difficile au Pacha, ou Gouverneur, de réprimer leurs brigandages, que dès qu'ils avaient fait leur coup, ils se retiraient avec leur butin sur des hauteurs et des rochers inaccessibles.
Le Grand-Seigneur se dispose à aller dans peu faire un voyage à Andrinople, où il fera plus à portée de prendre les mesures convenables pour assoupir les troubles qui se sont élevés dans l'Albanie.
On assure que Sa Hautesse a fait dire au Chan des Tartares, qui depuis un tems fort considérable se trouve ici, qu'il eut à retourner incessamment dans ses Etats.

Août 1759

Le Grand-Seigneur voulant donner au ci-devant Selictar-Aga de nouvelles marques de sa bienveillance, ne s'est point contenté de le nommer Pacha à 3 Queues; Sa Hautesse vient encore de lui conférer le Gouvernement de la Morée, et elle adonné à Mustapha-Pacha, son Beau-Frère, celui de Syrie, qui se trouvait vacant.
Le Chevalier Foscari, Bayle de la République de Venise ayant, selon l'ordre qu'il en a reçu de ses Maîtres, pris le caractère d'Ambassadeur Extraordinaire, il eût dernièrement en cette nouvelle qualité ses premières audiences publiques, tant du Grand Vizir que du Sultan.
Les Hospodars de Moldavie et de Walachie n'ont pu encore jusqu'ici obtenir de Sa Hautesse d'être confirmés dans la jouissance de leurs Dignités respectives; ce qui fait présumer qu'il pourrait bien survenir du changement dans la fortune de ces deux Princes.
Le Capitan-Pacha , ou Chef des Forces Navales de cet Empire, a mis ces jours passés à la voile pour se rendre dans l'Archipel, et y recueillir les Tributs que les Habitans de ces Isles font accoutumés de payer chaque année à la Sublime Porte.
Jusqu'ici l'on n'apperçoit en cette Capitale, non plus que dans les lieux circonvoisins, aucun indice de la maladie contagieuse ; mais en revanche, elle continue de faire de grands ravages à Smyrne, et elle s'est encore tout récemment manifestée en quelques endroits de l'Isle de Chypre.
Mr. Celsing, qui réside ici avec le caractère d'Envoyé de la Cour de Suede, eut le 10 de ce mois une audience particulière du Grand Vizir, à qui il remit à cette occasion une Lettre du roi son Maître, par laquelle ce Prince a adressé au Grand-Seigneur des complimens de félicitations au sujet de son avénement au Trône des Ottomans.
Le Grand-Seignuer, voulant se délasser un peu des fatigues du Gouvernement, s'est rendu ces jours-ci avec une suite peu nombreuse à Besicktachi, magnifique maison sur les bords de la Mer Noire a une petite lieue d'ici, et Sa Hautesse compte s'y arrêter durant tout le reste de la belle saison.
En conformité des ordres de S. H. on continue de faire observer à la rigueur les Ordonnances émanées en dernier lieu contre le luxe et l'on punit très sévèrement quiconque s'est convaincu de les avoir transgressées.
Le Muphti, ou Chef de la Loi Mahométane, vient d'être déposé, et il est remplacé dans cette Dignité par Chelibi-Said-Effendi, qui était ci-devant Cadisleskar de Romelie. Hamza-Pacha, à qui, comme on vient de le dire, le Grand Seigneur a depuis peu conféré le Gouvernement de la Morée, est parti ces jours-ci pour en aller prendre possession ; mais avant son départ il a été fiancé solennellement avec la jeune Sultane Heybeth-Ulla, Fille de Sa Hautesse, qui n'est âgée que de quelques-mois. Des fiançailles, si disproportionnées pour l'âge et le rang, paraîtraient extraordinaires, si l'on ignorait qu'elles sont d'usage, et qu'il y entre autant de raisons de politique que de motifs d'économie. Par là le Sultan se dispense de fournir aux frais de l'éducation et de l'entretien delà Princesse, lesquels retombent à la charge du Gendre, que son état, non moins que le devoir et la reconnaissance, obligent de pourvoir aux besoins de sa Fiancée. Après la Cérémonie, qui se fit avec toute la pompe imaginable, le Pacha, comblé le présens et d'honneurs, se mit en voyage pour se rendre à son Gouvernement.
On apprend de Limasol, dans l'Isle de Chypre, que la maladie contagieuse, qui s'y était dernièrement manifestée, commençait à n'y faire plus de grands ravages.