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Catégorie : Anecdotes, récits...
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Un témoignage du rayonnement de la culture française, puisque l'auteur, qui est persan, écrit à son frère qui a fait ses études en France, en Français ; et un témoignage également du rayonnement d'Istanbul, ville internationale, charnière entre l'Orient et l'Occident, d'où est envoyée cette carte.

Carte postale envoyée de  Turquie comportant :

Le destinataire est  :
Emir Farage Khan // Ecole du Service de Santé militaire // Val-de-Grâce [mention Lyon barrée] Paris Ve

En 1904, Emir Faradj (ou Farage dans certaines transcriptions) Khan, qui a fait ses études à Lyon, est médecin à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. Son frère Mouzaffer lui écrit, depuis Constantinople où il semble habiter, une carte en français qui comporte la photographie de Mirza [?] Moussa Khan, fils d'une personnalité elle aussi persane, Miftah al Mulk. L'auteur cite également Hadji Moussa Khan, qui sera conseiller d'ambassade de Perse à Paris (Almanach de Gotha, 1918). Tous ces personnages sont, d'après leurs noms, sujets persans.



L'Ecole du service de santé militaire s'installa à Lyon en 1888. Les étudiants complétaient leurs études à l'hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, ce qui explique le changement de destination de cette carte. Dans cette école, il y avait,  au début du XXe siècle, des étudiants étrangers (on trouve, par exemple, un "Kerim Khan, sujet persan", cité  dans le Bulletin de la société des amis de l'université de Lyon en 1903).

Emir Faraj Khan publia sa thèse “Hygiène et Islamisme” soutenue à l'Université de Lyon en 1904 (Lyon, Imprimerie L. Bourgeon, 136 pages) et la dédicaça à son souverain et à plusieurs autres personnes dont "[s]on frère S. E. Asadollah Khan Moukarram-El-Sultan, consul général de Perse à Erzouroum"
(disponible ici : http://viewer2.bibalex.org/BookViewer/?book_id=DAF-Job:144623&locale=en&EnableLogin=True)
"Emir Khan, docteur en médecine,  Lyon (Ecole du service de santé militaire)" est mentionné comme participant au "XIIIe Congrès international d'hygiène et de démographie tenu à Bruxelles du 2 au 8 septembre 1903 ... Compte rendu du Congrès …", Volume 1.
Il est cité aussi dans dans les remerciements de "Contribution à l'étude hygiénique des nouveaux appareils de chauffage sans tuyau de dégagement", du Dr Moussa Khan, 1906 :
"M. le Dr Emir Khan fut pour nous un excellent ami pendant l'année que nous vécûmes ensemble dans cette Ecole, qu'il soit assuré de notre inaltérable amitié."
(https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6480199v/f9.item.r=%22Emir%20Khan%22)

En 1905, le shah de Perse Mouzafereddin (Mozaffaroddin Shâh de la dynastie Qâjâr) fit appel à des médecins venus de France pour moderniser relancer l'école de médecine dans son pays. Parmi eux, se trouvait "M. le Dr Emir Khan, nouvellement sorti du Val-de-Grâce, [qui] fut chargé d'un cours d'anatomie", Le Progrès médical, 9 janvier 1909 (https://archive.org/details/BIUSante_90170x1909x02)

Sur le contexte, voir :
Ebrahimnejad Hormoz. Introduction de la médecine européenne en Iran au XIXe siècle. In: Sciences sociales et santé. Volume 16, n°4, 1998. pp. 69-96, www.persee.fr/doc/sosan_0294-0337_1998_num_16_4_1444
Mohamad Tavakoli-Targhi, “From Jinns to Germs: A Genealogy of Pasteurian Islam,” Iran Nameh, 30:3 (Fall 2015), IV-XIX.

Texte de la carte

Constantinople le 31.1.1904
Mon cher frère ! A la vue de cette photographie //
vous devez être bien surpris mais pour nous épargnons //
cette surprise, je me fais un grand plaisir. //
Je vous présente notre cher Ami Mr Mirza [?] //
Moussa Khan, fils de S. E. Miftah el Molk,//
qui, de sa très grande amabilité qu'il a pour //
nous, entretient avec nous une bonne //
et gentille relation quoique d'une manière [?] inconnue //
Ce même Monsieur dont j'ai parlé me charge de vous offrir //
ses meilleures salutations et de vous prier de vous dé- //
pêcher à venir à Constantinople. Moukarram est //
toujours ici et se porte par excellence. S. E. Hadgi Moussa //
Khan vous salue et vous serre cordialement la main.
[signature sur le côté gauche] V. S. Mouzaffer