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Catégorie : Géographie
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Alimenter en eau Byzance / Constantinople / Istanbul, dont la population s'accrut au cours des siècles, fut toujours une préoccupation majeure de tous les souverains et les gouvernements qui l'administrèrent.

Pour assurer l'approvisionnement de la ville en eau, les empereurs romains construisirent quatre aqueducs : Hadrien le premier, Constantin (337-361 apr. J.-C.) et ses successeurs le plus long (242 km, depuis Vize, Kirklareli en Thrace), Théodose (379-395 apr. J.-C.)  le quatrième.

On voit encore à Istanbul les restes de l'aqueduc de Valens (346-378 apr. J.-C.). Cet empereur fit également édifier des barrages dans la forêt de Belgrade.

Les Byzantins, qui subissent plusieurs sièges et qui voient leurs aqueducs parfois détruits par des envahisseurs, privilégient les citernes souterraines alimentées de l'extérieur ou par l'eau de pluie, comme celles très spectaculaires de Yerebatan ou de Binbirdirek. Il y en eut plus de 70. "Durant la période byzantine, la capacité de ces citernes atteignit 900 000 m3."

Après la conquête ottomane et face à l'augmentation importante de la population, les sultans perfectionnent, restaurent et développent les aqueducs et les canalisations qui alimentent des fontaines, des hammams, des citernes, des palais etc. Les sources d'approvisionnement sont diversifiées.
Le grand architecte Sinan lui-même construisit quatre aqueducs.
Du XVIIe au XIXe siècle, les besoins en eau augmentent encore et quatre barrages sont construits dans la forêt de Belgrade, comme celui du sultan Mahmut II, qui permettent de sécuriser l'approvisionnement.

Constantinople, bend du Sultan Mahmoud à Bagtché-Keuy, carte postale envoyée en 1921
Bend est un mot persan signifiant "barrage, digue". Construit dans le vallon de Bahçeköy, le Mahmut Bendi fut construit par Mahmut Ier en 1732 pour alimenter Beyoglu et les villages du Bosphore. Il est décoré de marbre blanc (Mamboury, Istanbul touristique, 1951)


Dans la seconde moitié du XIXe siècle, alors que jusqu'alors les habitants allaient chercher de l'eau aux fontaines, l'eau vient à eux, au moins à certains d'entre eux.
En 1868, le sultan Abdulaziz, après sa visite à Paris, à Londres et à Vienne, lança la modernisation du réseau de distribution d'eau. Il en confie la concession, pour 75 ans à partir de 1882, à une société privée, la Compagnie des eaux de Constantinople, en Turc, Dersaadet Su Şirketi, fondée par cinq banques et la Société Générale des Eaux de Paris.
Elle acheminait l’eau depuis le lac de Terkos, situé en Thrace à 50 km d'Istanbul, jusqu'à Beyoglu, Galata, la rive ouest de la Corne d’Or et la rive européenne du Bosphore. L'eau était pompée dans le lac, et n'était pas épurée, mais chlorée. La compagnie percevait les abonnements, gérait, s'occupait des raccordements etc
Comme elle obtenait de mauvais résultats avec seulement 7500 abonnés, la Banque Ottomane la racheta en 1902.
Elle fut finalement nationalisée en 1932.

A lire

Tezkere, reçu pour des travaux de la Compagnie des eaux de Constantinople, début du XXe siècle

Ce document est un reçu pour des travaux de raccordement effectués par la Compagnie des eaux de Constantinople. Il est imprimé en Turc ottoman par l'imprimeur Zellich et porte un timbre, une signature et un cachet-signature en bleu.

Le verso est annoté en Français.

Dersaadet su şirketi mudiriyetne

"Kasimdarsinda Yeni çarşı sokağında dersaadet su şirketi tarafından"
hafriyat icre ihtiyacını darici ma'lum olmustur."

Essai de traduction ; "Dans la rue Yeni çarşı, la compagnie des eaux [de Constantinople] a été chargée d'ouvrir la tranchée."

Signé en caractères latins :
C. Pacha
Yeni Tcharchi

"Tezkere [Billet, reçu] de 100 paras 0,50 centimes pour ouvrir une tranchée d'un mètre carré dans la rue pour le dépôt de prises"