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Catégorie : Sultans
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Un règne troublé, mais victorieux grâce à un vizir de la célèbre famille des Köprülü.

SOLIMAN II, vingtième empereur de la même dynastie [ottomane], succéda, en 1687, à son frère Mehmet IV, qui était déposé. Il sortit du sérail, où il était renfermé depuis quarante ans, pour monter sur le trône. Faible, timide, dévot, et peu fait pour gouverner, il refusa d'abord la couronne, par crainte ou par respect pour son frère, et ne l'accepta que malgré lui. L'épuisement des finances ne lui ayant pas permis d'accorder aux janissaires la gratification d'usage après qu'il eut été proclamé, il s'ensuivit une violente sédition qui coûta la vie au grand vizir. Les mutins rentrèrent dans le devoir à l'aspect de l'étendard de Mahomet : mais le grand seigneur ayant voulu faire périr les chefs, la sédition recommença avec plus de fureur, et ne se termina que par l'exil du nouveau vizir. Ces scènes funestes, provoquées par le même motif, eurent lieu dans tout l'empire ottoman, qui n'éprouva, sous un pareil prince, que des revers et des troubles.

Défaites
Dès cette même année, 1687, les Impériaux reprirent Agria, le boulevard de la Haute-Hongrie. Peterwaradin et Albe Royale leur ouvrirent leurs portes. Ces échecs ayant excité encore les murmures de la populace, Soliman alarmé voulut partir pour Andrinople, mais il ne put trouver dans le palais ni chariots, ni chevaux pour transporter ses équipages, et il fut obligé de vendre quelques bijoux, afin de se procurer l'argent nécessaire à ce voyage. Cet aveu public de son indigence calma enfin les esprits. Les Vénitiens, qui avaient échoué dans leur entreprise sur Négrepont, faisaient de grands progrès en Dalmatie. Soliman, effrayé de tant de revers, demanda la paix, et ne put l'obtenir. Le prince Louis de Bade battit l'armée ottomane, en 1689, près de Nissa. Le sultan fit étrangler le serasker qui la commandait, pour avoir cru à la victoire sur la foi d'un magicien ; car tout inepte qu'était ce souverain, il n'en était pas moins religieux observateur de la loi musulmane, qui défend de croire à l'astrologie, et même de l'interroger.

Retour des succès
Les talents qui manquaient à Soliman II pour régner étaient remplacés par de bonnes intentions. C'est ainsi qu'il sut faire choix d'un quatrième Köprülü pour grand-vizir. L'apparition de cet homme ferme et courageux changea totalement la face de l'empire, et réduisit l'empereur Léopold Ier à demander la paix à son tour. Elle lui fut refusée. Köprülü Mustafa prit, en 1690, Nissa et Belgrade ; il ravitailla Temeswar, s'empara de Lippa et d'Orsowa, et battit le général Vétérani, sous les murs d'Essek. Une hydropisie, survenue à Soliman II, retint le grand-vizir près de sa personne, et l'empêcha de pousser plus loin ses succès dans une seconde campagne dont il faisait les préparatifs. Le sultan n'avait pris aucune part aux glorieux efforts de ses armes pendant la dernière année de son règne.
Livré à la méditation du Coran, et scrupuleux observateur de toutes les pratiques ordonnées par ce code de l'islamisme, il passe pour un saint dans l'opinion des Ottomans. Soliman II n'en fut pas moins un prince stupide et crédule, plus propre à être derviche qu'empereur : il était si borné, même dans les habitudes journalières de la vie, que l'histoire rapporte qu'il mangea un jour des petits poissons grillés pour des gâteaux, et redemanda le lendemain des mêmes gâteaux. Ce prince mourut en juin 1691, âgé de 52 ans, après un règne de trois ans et neuf mois. L'empire ottoman, qui était parvenu au plus haut période de puissance sous Soliman Ier, marcha plus rapidement vers sa décadence sous Soliman II, qui eut pour successeur son frère Ahmet.  S-Y.

Notice extraite de la Biographie universelle, ancienne et moderne..., Michaud, 1825