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Catégorie : Anecdotes, récits...
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Introduction à la monumentale Histoire de l'empire ottoman de Hammer parue dans sa traduction française à partir de 1835. Il présente l'abondante documentation, disponible à cette époque, qu'il a pu dépouiller.

L'empire ottoman, dont l'origine date de la fin du moyen âge, dont l'adolescence, l'âge viril et la caducité remplissent les trois siècles de l'histoire moderne, est un empire vaste et d'une immense importance sous le point de vue historique. Ses destinées, de tout temps intimement liées à celles des empires voisins d'Asie et d'Europe, ont eu une influence non moins sensible, quoique moins immédiate, sur les États européens et africains qui s'étendent depuis la mer d'Allemagne jusqu'à la Méditerranée, et depuis les rives lointaines de la Grande Bretagne et de la Scandinavie jusqu'aux colonnes d'Hercule et aux cataractes du Nil. C'est un colosse qui étend ses bras puissans sur l'Asie et l'Europe à la fois, et qui, lorsque l'heure de sa chute aura sonné, suivant la destinée commune à tous les empires, couvrira trois parties du monde de ses débris.
 
Fondé sur les ruines de l'empire romain d'Orient. l'empire ottoman présente encore de nos jours une plus grande étendue que celui de Byzance à l'apogée de sa grandeur, et quoiqu'il ait à peine atteint la moitié de la durée de ce dernier, il offre déjà à l'historien trois phases distinctes, celles de la croissance, de la force et de la décroissance.

Aux trois anciens empires du centre de l'Asie, savoir ceux d'Assyrie, de Médie et de Perse, on peut opposer à une époque plus rapprochée de nous ceux des Arabes, des Mogols et des Turcs empires qui ne le cèdent aux premiers ni en étendue ni en puissance, et dont l'histoire est incomparablement plus riche en documens variés et authentiques.

Les annales du Khalifat qui, de même que celles de l'empire mogol, attendent encore un historien en Europe, ont l'avantage de former un tout complet; mais, outre les difficultés qui naîtraient pour l'écrivain de l'éloignement des temps et des lieux., on manque encore pour écrire cette histoire des élémens nécessaires, ces élémens étant à peine connus de nom et ne se trouvant nulle part complets. L'histoire des Ottomans, au contraire, est plus près de nous sous le double rapport du temps et des lieux, et l'intérêt qui s'y attache est d'autant plus vif que, dans la destinée de ce peuple, tout se tient et s'enchaîne par un lien visible. Aujourd'hui, d'ailleurs, il est devenu possible, sinon aisé, de se procurer les sources de l'histoire de Turquie. Jusqu'ici la rareté de ces sources, ou plutôt la difficulté d'y puiser, avait opposé de grands obstacles aux historiens européens; cela est si vrai que le célèbre orientaliste anglais, William Jones lui même, n'a connu qu'une douzaine (1) des deux cents (2) ouvrages turcs, arabes et persans qui traitent de l'histoire des Ottomans, soit dans son ensemble, soit dans ses parties, ce que l'on s'expliquera lorsqu'on saura qu'à Constantinople même il n'existe qu'un fort petit nombre d'ouvrages historiques dans les bibliothèques publiques.

Il m'a fallu trente ans pour recueillir les élémens nécessaires au livre que je méditais, trente ans de fatigues et de dangers, pendant lesquels je n'ai reculé devant aucun sacrifice pour découvrir et acheter les matériaux les plus ignorés de l'histoire des Ottomans, ou tout au moins pour les exploiter, lorsque l'acquisition en était impossible.

1  A prefatory discourse to an essay on the history of the Turks.   Appendice B, dans l'ouvrage intitulé : Lord Teignmouth memoirs of the life, writings and correspondance of sir William Jones. Lond. 1806.
2  Voyez le Catalogue des Archives historiques et géographiques, 1822, n. 57 et suiv. par le baron de Hormayr.

Pendant mon premier et mon second séjour à Constantinople, et pendant mon voyage dans le Levant, j'ai fréquenté assidûment les bibliothèques et les ventes de livres; depuis, j'ai encore cherché et trouvé, au moyen de mes correspondances avec Constantinople, Bagdad, Halep et le Caire les ouvrages les plus précieux. Mais là ne se sont point bornées mes investigations; j'ai visité en Allemagne les bibliothèques de Vienne, de Berlin et de Dresde, celles de Cambridge et d'Oxford en Angleterre, à Paris celles du Roi et de l'Arsenal, celle de San Marco à Venise, l'Ambrosiana à Milan, la Laurenziana et la Magliabechiana à Florence, celle du Museo Borbonico à Naples, la Vaticana, la Barberini et celle de Maria sopra Minerva à Rome, et enfin la bibliothèque si riche de Marsigli à Bologne. Sans autre ressource que mes appointemens, sans le secours d'aucune académie orientale, d'aucune société asiatique, sans l'assistance des riches et des grands, je suis parvenu, après trente ans de travaux et de recherches, à me procurer pour l'histoire des Ottomans des matériaux qu'on ne trouverait assurément pas dans les bibliothèques réunies de l'Europe et de l'Asie. Je suis cependant redevable à la libéralité de S. Exc. M. le comte de Lutzow, dernier internonce, de quatre magnifiques ouvrages historiques (1) et de l'achat d'un grand nombre d'autres aux recherches infatigables de mon ami, M. le chevalier de Raab, interprète de Sa Majesté impériale et royale. Je dois surtout témoigner toute ma reconnaissance à celui ci pour m'avoir procuré, dans les sept dernières années, plusieurs ouvrages que j'avais vainement cherchés pendant vingt ans, et pour m'avoir mis à même de compléter une oeuvre classique très importante (2) , sans laquelle je n'aurais jamais pu entreprendre celle Histoire. Je rends également ici des actions de grâce aux ministères de Prusse et de Saxe qui autorisent les directeurs des bibliothèques royales à faire passer temporairement à l'étranger les trésors littéraires que ces bibliothèques renferment. Pendant que j'attendais du temps et des circonstances la possession complète des matériaux qui me manquaient, je m'occupais tantôt de l'examen et de la rédaction de ceux que je possédais déjà, tantôt de travaux préparatoires relatifs à la chronologie, à la géographie et à la partie littéraire de cette Histoire.

1  Un très bel exemplaire du Raouzatoul Ebrar, par le moufti Aziz Efendi; un beau manuscrit du Schamaïlnamé, orné des portraits des sultans; une collection précieuse, Inscha *, d'écrits politiques persans et turcs, et une Histoire de la Mecque.
2  Le Hescht Bihischt (Huit Paradis) , par Idris, qui dans huit livres com¬prend les règnes de huit sultans. En 1804, je fis l'acquisition d'un seul volume comprenant les trois premiers livres. Ne pouvant me procurer les cinq autres, je les fis copier pour la somme énorme de 100 ducats. J'ai payé pour la continuation du Schakaïk, biographies des légistes turques, par Attayi, Ouschaki et Scheïkhi, 200 ducats; pour la grande Anthologie turque, par Nazmi, inconnue jusqu'à ce jour en Europe et qui ne se trouve plus qu'à la bibliothèque Barberini, 50 ducats; pour le Bahryé, atlas maritime turc, la même somme; et pour la Description des voyages, par Ewlia, 100 ducats. De sorte que 12 vol. in folio m'ont coûté à eux seuls 500 ducats.
On entend par Inscha, un recueil de lettres sur la politique, l'administration , la littérature etc.., soit que ces lettres aient été écrites réellement par des hommes d'Etat, soit qu'elles soient l'ouvrage d'un simple homme de lettres.

 
C'est par ce moyen et par une étude constante des moeurs, des usages et des lois du peuple turc et de son gouvernement, par mes voyages et mes relations continuelles avec les gens du pays, que je m'efforçais de me mettre à la hauteur de la tâche que je m'étais imposée.

Il n'est aucun des ouvrages relatifs à l'histoire de l'Orient., du moins de ceux que j'ai pu découvrir, que je n'aie lu, et en partie transcrit, aucun de ceux qu'on pouvait acheter que je ne me sois procuré. Une partie des résultats de mes travaux préparatoires topographiques, bibliographiques, statistiques et historiques, a déjà été imprimée et publiée (1) ; l'autre est encore manuscrite :

  • Encyklopaedische Uebersicht der Wissens chaften des orients, ans sieben arabaschen , persischen und türkischen Werken ubersetzt. Leipzig,  1804.   Aperçu encyclopédique des sciences orientales, traduit par extraits de sept ouvrages turcs, arabes et persans.
  • Resmi Ahmed Efendi, Gesandschaftliche Berichte. Berlin, 1809.   Resmi Ahmed Efendi, Rapports des ambassadeurs.
  • Die topographischen Ansichten auf einer Reise in die levante. Wien,  1811 Documens topograpbiques recueillis dans mi voyage en orient.
  • Hadschi Chalfa's Rumili und Bosna, Wien, 1812  La Roumilie et la Bosnie, par Hadji Khalfa.
  • Geschichte der schoenen Redekünste der Osmanen in Eichhorn's Literalur Geschichte. Goettingen, 1812, III,  B. 2. Abtheilung.  Histoire de la rhétorique des Ottomans, dans l'histoire littéraire d'Eichorn, t. III, sect. 2.
  • Des Osmanischen Reiches Staatsverfassung und Staatsverwaltung. Wien, 1815. - Constitution et administration de l'empire ottoman.
  • Die geschichte der Assassinen ans margenlaendischen Quellen. Stuttgard, 1818.   Histoire des Assassins puisée dans les sources orientales.
  • Umblik auf einer Reise nach Brusa und dem Olympos. Pest, 1818.   Voyage à Brousa et sur l'Olympe.
  • Türkische Gesandschaftsberichte, in dem Archiv für Geographie, Historie, Staats und Kriegskunst, 1821 und 1823.  Rapports des ambassadeurs turcs, dans les Archives géographiques, historiques, politiques et militaires.
  • Uebersicht der Geschichtschreiber der osmanen, im Archiv fur Geographie, Historie, Staats und Kriegkunst, 1822.  Aperçu sur les historiens ottomans, dans les Archives géographiques, historiques, politiques et littéraires.
  • Bibliographisch kritische Uebersicht der in Europa über osmanische Ceschichte erschienenen Drukwerke, im selben Archiv 1823 bis 1826.  Aperçu bibliographique et critique des ouvrages publiés en Europe sur l'empire ottoman, ibid.
  • Constantinopolis und der Bosposros. Pest, 1822.  Constantinople et le Bosphore.
  • Bakis des Groessten türkischen Lyrikers Diwan. Wien, 1825.   Le Divan de Baki, le plus célèbre poète lyrique turc,
  • Die geographischen Uebersichten in dem VII, VIII, XIII und XIV. B. der Jahrbücher dei, Litteratur.    Aperçu géographique, dans les vol. VII, VIII, XIII et XIV des Annales de la littérature.

Cette publication a été doublement utile, d'abord en ce qu'elle est une mine précieuse pour l'historien, qui y trouvera l'indication précise des lieux et des époques, ainsi que des documens positifs sur le gouvernement et sur la littérature de l'Orient; en second lieu, et surtout, en ce qu'en dégageant cette histoire de l'embarras des citations, elle a permis à l'auteur de tirer le récit des faits du chaos où il pouvait rester encore longtemps plongé.

Cependant, malgré ces premiers travaux, le fatras chronologique, philologique et géographique des historiens qui m'ont précédé, a exigé tant de corrections, tant d'éclaircissemens, qu'il n'a pas été possible de s'en délivrer entièrement, et qu'il a fallu en reproduire textuellement de nombreux fragmens pour justifier les innovations que j'ai introduites dans les mots et dans les choses. Il était également nécessaire de classer à part ces matériaux, afin d'épargner aux historiens à venir les erreurs de leurs prédécesseurs qui, trouvant sur leur passage, mais à l'état brut, les élémens qu'ils cherchaient, s'en sont souvent servis comme de pierres parfaitement propres à la construction de leur édifice. Afin donc que ces mêmes matériaux ne fussent pas pour le lecteur un objet constant de fatigue et d'ennui, je les ai réunis dans des notes explicatives qui ont été placées à la fin de chaque volume.

De cette manière, celui qui s'attache plus particulièrement aux sources sera bien aise de les trouver ici; et celui qui ne juge pas à propos d'en prendre connaissance, ne sera pas arrêté dans la lecture du texte.

Il n'en est pas de même des sources qui servent de fondement au texte; celles là ont leur place naturelle marquée au bas de chaque page. De tout temps l'historien a dû étudier et vérifier scrupuleusement les sources ; mais l'incrédulité de notre époque en exige en outre la citation. Le lecteur ne se croit point obligé d'ajouter une confiance aveugle aux assertions de l'historien, s'il ne lui présente pas des témoignages dignes de foi. Nous n'avons plus le privilège dont jouissaient les anciens d'être crus sur parole. Il est vrai que, si le lecteur a le droit de demander la citation des sources, l'auteur, de son côté, a celui d'exiger qu'on se fie entièrement à sa citation, tant qu'elle n'a pas été reconnue erronée. Tout soupçon d'infidélité relativement à une traduction, ou d'inexactitude quant à une citation, qui n'est fondé que sur un scepticisme outré, tourne à la honte du sceptique de mauvaise foi, et doit être considéré comme une atteinte déloyale à la réputation de l'auteur.

Pour citer les sources dans la langue originale, il aurait fallu consacrer à cette Histoire autant d'in folios qu'elle aura d'in octavos. D'ailleurs, jusqu'à ce que les historiens ottomans et les Byzantins soient imprimés dans l'original et ensuite traduits, jusqu'à ce que les caractères turcs soient devenus dans nos imprimeries aussi familiers que les caractères grecs, les citations ne pourront être faites, du moins entièrement, dans l'original.

En conséquence, dans le petit nombre de cas où la citation originale paraissait nécessaire, je l'ai donnée, mais seulement d'après la prononciation; ainsi ai je fait pour les passages encore peu connus de la loi du Prophète qui forment la base de la politique des Musulmans, et sont fréquemment mêlés par leurs chroniqueurs aux matières d'histoire. Tous ces documens ont été relégués dans les notes explicatives placées à la fin du volume. Au-dessous du texte se trouve seulement l'indication des ouvrages originaux déjà imprimés, et des manuscrits qui font partie de ma collection; car j'espère que ce trésor de sources pour l'histoire de Turquie, rassemblé par moi avec tant de peine et une perte si considérable de temps et d'argent, loin d'être dispersé après ma mort, sera rendu accessible au publie, et restera l'éternel témoignage des soins consciencieux que j'ai mis à écrire cet ouvrage (1).

1  Depuis l'époque où M. de Hammer a écrit ces lignes, sa collection d'ouvrages originaux a été achetée par l'empereur d'Autriche. (Note du Trad.)

L'historien a besoin, pour se guider, des lumières de la chronologie et de la géographie. Sans les travaux chronologiques et géographiques du bibliographe célèbre Katib Tschelebi, plus particulièrement connu sous le nom de Hadji Khalfa, l'écrivain qui entreprendrait l'histoire de l'empire ottoman ne pourrait marcher, le plus souvent, que comme à tâtons et dans les ténèbres.

Un grand nombre de documens relatifs à la géographie sont cités dans le texte; plusieurs le sont dans les notes et dans les éclaircissemens. Chaque volume est accompagné des tables généalogiques des sultans ottomans et de leurs descendans qui appartiennent à la période comprise dans ce volume, et de plus des tables chronologiques des règnes des schahs et des khans contemporains, ainsi que des grands vizirs, des mouftis, des kapitan paschas, des reis effendis, des précepteurs des princes, des interprètes, etc., etc.

Les Tables chronologiques de Hadji Khalfa (1), et sa Géographie de l'Asie (2) et de la Roumilie (3), sont les seuls ouvrages turcs qui puissent servir de guide pour l'indication des dates et des lieux, et dont néanmoins aucun historien européen n'avait encore fait usage.

1 Takwimet Tewarikh, Rectification des dates. Constantinople, 1146 de l'hégire (1733 de J. C.).
2 Djihannuma, Description du monde. Constantinople, 1145 (1732). 1 vol. in fol. de 698 feuil., avec 40 cartes.
3 Rumili und Bosna, Wien, 1812. La Roumilie et la Bosnie.   Le Takwimet Tewarikh est traduit par Carli, et le Djihannuma par Norberg; mais le premier est très rare, et des fautes innombrables de traduction rendent le second presque inutile.

Il est vrai que ces historiens trouvent leur excuse dans leur ignorance de la langue turque et dans le défaut absolu de bonnes traductions ; mais ce qu'on ne saurait leur pardonner, c'est de n'avoir jamais mis à profit complètement et avec discernement les Byzantins imprimés, ces commentateurs impartiaux des règnes des sept derniers empereurs byzantins contemporains, et de ceux des sept premiers sultans ottomans. Plusieurs même de ces historiens ont ignoré jusqu'à l'existence des Byzantins. Qui croirait que Cantemir (1) et Petis de la Croix (2), dont les ouvrages sur l'empire Ottoman ont passé jusqu'à nos jours pour les meilleurs, n'ont consulté aucun historien byzantin contemporain, à l'exception de Chalcondyle; que le premier passe sous silence le siège de Constantinople par Mourad Il, et le second la prise de Thessalonique par le même sultan, quoique Ducas Phranza et Chalcondyle lui même en fassent mention, et quoique les Byzantins

1  Cantemir, Histoire de l'empire ottoman. Paris, 1734.
2  Petis de la Croix, Histoire de l'empire ottoman.

Jean Canano et Anagnosto nous aient laissé des écrits importans sur l'un et l'autre de ces évènemens ? Qui croirait que ces deux historiens européens, quoiqu'orientalistes, ont mutilé les véritables noms orientaux au point de les rendre méconnaissables, et que Cantemir surtout a commis une foule d'erreurs philologiques qui prouvent incontestablement qu'il n'avait une connaissance profonde ni de l'arabe, ni du persan, ni du turc? Qui croirait enfin que Gibbon lui même (1), le seul historien des premiers temps de la monarchie ottomane qui joigne à une vaste connaissance des sources une critique historique élevée, et à un style sublime une merveilleuse rectitude de jugement, que Gibbon a commis des erreurs inexcusables, qu'il aurait évitées en consultant, ne fût ce que superficiellement, les Byzantins?

Dans le cours de cette Histoire, et particulièrement dans les premiers livres, il m'a paru plus d'une fois nécessaire de redresser les erreurs philologiques, chronologiques et géographiques des écrivains européens mes prédécesseurs, afin de ne point paraître les sanctionner par mon silence. Ce travail ingrat, je devais d'abord l'entreprendre à l'égard des neuf Byzantins (1), qui, pour la plupart, ont raconté sincèrement les événemens dont ils ont été témoins.

1  Gibbon, History of the décline and fall of the roman empire. Lond, 1783, 6 vol. in 4.

Ce sont ces historiens que j'ai pris pour guides pendant les deux premières périodes. Quoiqu'ils ne soient pas toujours dignes de foi, tant à raison de leurs préjugés qu'à cause de leur ignorance des langues et des choses, ils méritaient cependant qu'on prît la peine de relever leurs inexactitudes et de rectifier les méprises de leurs copistes, éditeurs et traducteurs.

Les nombreux historiens européens qui ont écrit les annales de l'empire ottoman après les Byzantins (1) méritent rarement qu'on prenne pour eux le même soin, et encore moins la multitude des auteurs qui, à chaque guerre de la Turquie, ont inondé l'Europe de détestables ouvrages. Aussi les volumes suivans présenteront ils beaucoup moins de commentaires historiques. D'ailleurs, le lecteur se familiarisant de plus en plus avec les noms et les choses, je pourrai, dans les derniers volumes, passer sous silence une foule d'éclaircissemens et d'explications qu'il est nécessaire de donner dans le premier.

1 Georgii Pachymeres. Romae, 1660.  2. Nicephorii Gregorae Byzantina Historia. Parisiis, 1702.   3. Joannis Cantacuzeni historiarum libri quatuor. Parisiis, 1645.   4. Ducae Michaelis Historia byzantina. Parisiis , 1649.   5. Chronicon breve ( ajouté à Ducas).   6. Joannis Canani narratio de bello constantinopolitano. Parisiis, 1651. 7. Joannis de extremo Thessalonicensi excidio. Venetiis.   8. Laonici Chalcondylae atheniensis historiarum libri X. Parisiis, 1650.  9. Gregorii Phranzae chronicon. Vindobonae, 1796. (Edition  d'Alter.)
 
Les lecteurs pour lesquels ces sortes de dissertations presque scientifiques seraient sans intérêt, pourront se dispenser de lire tout le premier livre qui traite des temps les plus reculés de l'histoire des Turcs, et qui présente un aperçu de celle de l'empire seldjoukide de l'Asie Mineure.

Outre les sources déjà mentionnées, l'auteur en a consulté de nature différente, et auxquelles personne avant lui n'avait puisé : ce sont les archives d'État. depuis l'époque des premières relations amicales ou hostiles des Ottomans avec les États voisins jusqu'à l'époque actuelle. où l'empire turc ne se soutient plus que grâce à la longanimité de ces mêmes États (1).

Venise et l'Autriche sont, de toutes les puissances de l'Europe, celles dont l'histoire se trouve la première mêlée à celle de l'empire ottoman. Point de peuple contre lequel les Turcs aient entrepris autant de guerres, et avec lequel ils aient conclu autant d'armistices et de traités. Aussi sont ce les archives de l'Autriche et de Venise que j'ai explorées de préfé¬rence à celles de toutes les autres nations européennes dont le, contact avec l'empire ottoman a été plus tardif et beaucoup moins immédiat.

1  Voyez la Carte de Homan, où le sultan, assis sur un coussin, est porté par les empereurs d'Allemagne et de Russie, conjointement avec les rois de France et d'Angleterre, avec cette épigraphe : Si cedunt, ruit.

Pour mieux écrire l'histoire spéciale des relations diplomatiques de l'Autriche avec la Porte, j'ai solli¬cité et facilement obtenu la communication de tous les
rapports des ambassadeurs autrichiens et vénitiens de tous les traités de paix et des négociations qui se trouvent soit dans la chancellerie de l'État, soit dans
le dépôt secret de la cour impériale, où sont conser¬vées les premières pièces diplomatiques de l'Empire, de la Hongrie et de Venise, soit enfin dans les archives du conseil de guerre. J'ai eu également à ma disposition, dans les archives de Venise, les plus anciens traités de cette puissance avec les empereurs byzantins et les sultans ottomans. Ces sortes de docu¬mens sont le meilleur contrôle des historiens turcs. C'est grâce à eux que je suis parvenu à tracer avec fidélité le tableau de certaines époques de l'histoire des Ottomans, et que j'ai pu, dans la première période, rectifier les erreurs des Byzantins (1).

1- Il suffit de mentionner l'ouvra.ge historique de Marino Sanudo, 58 vol. in folio, dont l'existence a été inconnue an comte Daru ; il contient tous les rapports des ambassadeurs, les décrets du consul, les traités, et d'autres documens que l'auteur a recueillis pendant trente neuf ans (1495 1534) comme sénateur et membre de la Pregadi.

Déjà possesseur des sources et des documens nécessaires à la composition d'une histoire de l'empire ottoman, familiarisé depuis long temps, par mes études et mes voyages, avec les idiômes et les usages des peuples de l'Orient, engagé dès ma jeunesse dans les relations politiques et scientifiques établies entre l'Autriche et la Turquie, j'ai trouvé (abstraction faite de ma vocation à écrire cette histoire, vocation qu'avait encouragée le célèbre historien de la Suisse Jean de Müller), j'ai trouvé, dis je, dans mes fonctions d'interprète de cour, de nouveaux moyens d'exécuter mon projet; car de tous les documens. qui ont été extraits des sources ottomanes pour être publiés en Europe, les plus importans ont été, à différentes époques, transportés à Vienne par des ambassadeurs et des employés de l'ambassade impériale (Veranzius, Leupoldsdorf, Busbek), ou traduits par des interprètes impériaux (Gaultier Spiegel, Bratutti, etc)

 
TABLEAU DES SOURCES ORIENTALES DONT L'AUTEUR S'EST SERVI POUR LA PREMIERE PÉRIODE DE CETTE HISTOIRE.

Les sources orientales auxquelles j'ai puisé pour écrire l'histoire de l'empire ottoman peuvent être divisées en sept catégories, savoir:

1° Les tables purement généalogiques et chronologiques.

2° Les ouvrages géographiques.

3°. Les ouvrages historiques universels, dans lesquels l'histoire des Ottomans ne se trouve qu'en abrégé.

4° Les histoires générales de l'empire ottoman. depuis sa fondation jusqu'au temps où vécurent les auteurs de ces histoires ou leurs continuateurs.

5° Les histoires spéciales d'un ou de plusieurs règnes, de quelques révolutions, campagnes, batailles, sièges et traités de paix.

6°  Les biographies d'homme célèbres, c'est à dire, de sultans, de vizirs, de reis effendis, de législateurs. de scheïkhs, de poëtes et d'artistes.

7°. Les collections d'écrits politiques, de traités de paix, de lois, d'ordonnances et autres documens.

I Ouvrages généalogiques et chronologiques.

1°. SOUBHET OUL AKIIBAR, le Chapelet des histoires, comprenant la généalogie de neuf dynasties, dont la dernière est la dynastie ottomane; bibliothèque de la cour de Vienne, no 143, avec de très beaux portraits.

2°. SOUBHET OUL EBRAR, le Chapelet des justes; tables généalogiques de douze dynasties, dont la dernière est la dynastie ottomane. Ibid., n° 144.

3°. SOUBHET OUL AKHYAR, le Chapelet des gens de bien, par le derwisch Mohammed, comprenant une suite de douze dynasties, jusqu'à Selim Ier. Ibid., no 188.

4°  SILSILENAMÉ, le Livre des chaînes; tables généalogiques depuis le commencement du monde jusqu'à Souleïman 11, avec de beaux portraits des prophètes, des sultans et des rois les plus célèbres, par le peintre Housseïn. Ces tables finissent à l'an de l'hégire 1004 (1692). Ibid., no 141

5°. SCHAMAÏL OUL OSMANYIE, Encadremens ottomans, par Lokman, poëte de la cour de Mourad III; cet ouvrage est une description des personnes des douze premiers sultans ottomans, accompagnée de leurs portraits. Ibid. no 475, et dans ma collection un très bel exemplaire, présent de M. le comte de Lutzow, contenant 89 feuil. in 4°.

6°. TAKWIMET TEWARiKH, Tables historiques, contenant la chronologie de Hadji Khalfa jusqu'à l'an 1058 (1648), celle de l'émir Boukhari Jusqu'à l'an 1144 (1731); enfin celle. de l'imprimeur Ibrahim Mouteferrika jusqu'à l'an 1146 (1733), continuées et imprimées dans la même année à Constantinople ; 947 pages petit in folio; traduites en italien sous le titre de Cronologia istorîca scritta in lingua turca, persiana ed araba da Hazi Halifé Mustafa e tradotta nell' idioma italiano da Gio. Rinaldo Carli. Venez., 1697.
 
7°. RAOUZAT OUL EBRAR, le Jardin des justes, parle moufti Kara Tschelebizadé; histoire universelle et chronologique jusqu'à l'an 1058 (1648), plus complète que celle de Hadji Khalfa, 477 feuil. in folio, très bien écrite ; cet ouvrage est un présent de M. le comte de Lutzow.

8°. TARIKHI KOUTSCROUK NISCHANDJI, Histoire du petit Nischandji jusqu'à la fin du règne de Souleïman ; ouvrage chronologique de 139 feuil. in 8°.

II Ouvrages géographiques

9°  DJIHANNUMA, Description du monde, grand ouvrage géographique de Hadji Khalfa, contenant la géographie de l'Asie, continué par Behram de Damas, imprimé à Constantinople en 1045 (1732), un volume in folio de 698 pages, avec 40 cartes

10° . TOHFET OUL KOUBAR Fi ESFARIL EBHAR, Présens aux grands relatifs aux guerres maritimes, par Hadji Khalfa, imprimé à Constantinople en 114, (1728), 75 feuil. in 4° avec 4 cartes.

11°  RUMILI UND BOSNA, Description géographique de la Roumilie et de la Bosnie, par Mustafa ben Abdalla Hadji Khalfa. Vienne 1812.

12°   BAHRYÉ, Atlas maritime, par Piri Reïs, livré au supplice en l'an 959 (1551); cet atlas, exécuté en 1520, se trouve dans les bibliothèques de Berlin (très incomplet et défectueux; Diez n'en fait point mention dans ses Mémoires sur l'Asie); dans la bibliothèque de Dresde, dans celle de Bologne (2e édition), dans celle du Vatican et dans ma collection (en un très bel exemplaire complet in folio de 17,2 feuil. avec 133 cartes (On trouve dans la Herta, t. IV, une indication détaillée de cet atlas).

13°  TARIKHI SEYAH, Histoire du voyageur, ou Voyages d'Ewlia, 4 volumes en deux grands in folio, le premier de 450 feuil., le second de 472 (Le tome II de l'ouvrage intitulé: Uber die osmanische Staatsverfassung und Staatsverwaltung (De la constitution et de l'administration de l'empire ottoman), est suivi d'une table des matières très complète.).   

14° MENASIK OUL HADJ, les  Devoirs du pèlerinage; récit des voyages du pèlerin Mohammed Edib ben Mohammed derwisch, qui fit le pèlerinage de la Mecque en
1193 (1779); imprimé à Constantinople en 1223 (1816), grand in octavo de 556 pages. (Analysé dans le Leipziger Liueraturzeitung (journal littéraire de Leipzig). 1818, n. 112.)

15° KITAB OUL MOUSCHTERIK WAZEN WEL MOUFTERIK SOUKAEN, l'Homonymique géographique d'Abdollah Yakout; un volume in folio de 192 feuil., contenant 1090 articles d'homonymes, et en totalité 4256 noms de lieux.

16° ILAM OUL IBAD BI ALAMIL BILAD, Guide des fidèles dans les signes des pays, petit recueil géographique de 32 feuil. in 4°, dans ma collection; il contient 100 articles sans aucun ordre.

17°  HOSN OUL MOHAZERET FI AKHBARI MISR WE ALKAHIRET, Beaux entretiens sur la connaissance de l'ancien ci du nouveau Caire, par le scheikh Djelal eddin Soyouti, mort en 911, (1505); un volume in 4° de 478 feuill., dans ma collection.

18°  KEWKEB OUL RAOUDHAT, l'Étoile errante du jardin, topographie détaillée de l'île de Raouda, située vis à vis le Caire; c'est, ainsi que l'ouvrage précédent,
une topographie du Caire. Un volume in 4° de 274 feuil.

19°  DJEWAHIR OUL BOHOUR WE WEKAÏ OUL DOHOUR, les Perles des mers et les événemens des temps, par Ibrahim Wassif¬ schah, ouvrage presque entièrement topographique; un volume in 4° de 113 feuil., dans ma collection.

20°  TARIKHI MISR LIL DJELAL ZADE SALIR, Histoire de l'Égypte par Salih, frère de l'historien de Souléiman le Grand; 100 feuil. in folio, dans ma collection.

21° TARIKHI SCHAMI SCHERIF, Histoire de la noble ville de Damas., ouvrage écrit sous le règne de Souleïman ler; un volume in 4°  de 158 feuil., dans ma collection.

22°  EL BERK EL MOTEELIK FI MEHASIN DJELIK, l'Éclair brillant dans la louange de Djelik (environs de Damas); fait en 1171 (1757) par Seïd Mohammed ben Seïd Moustafa ben Khodawerdi ben Mourad, ben Ibrahim, célèbre sous le nom d'Ibn al Reïs, de Damas ; 87 feuill. in 8°, dans ma collection.

III Ouvrages historiques universels

23°  BEHDJETET TEWARIKH, l'Agrément des histoires en langue persane; publié par Schoukrullah ben Ahmed Er-roumi Pan 861 (1457). Comprend treize dynasties; traduit pour Souleïman en langue turque, par le poëte Moukhliss; 178 feuil. grand in 4°.

24°  SOUBDETET TEWARIKH, le Choix des histoires, par Moussliheddin Sâdi el Ibadi, en langue persane; extrait de l'histoire universelle de Lari, avec les sultans ottomans jusqu'à Souleïman I; petit volume in folio de 120 fenil.

25° DJAMI OUL TEWARIKH, le Collecteur des histoires, par Mohammed Katib Saïm; publié l'an 982 (1574). Comprend 25 dynasties; dédié au grand visir Sokolli; un volume in folio de 31£) feuil.

26°  NOKHBETET TEWARIKH , la Merveille des histoires, par Mohammed Effendi, mort en 1050 (1640) ;  dédié à Osman II ; 2 volumes, dont le premier comprend 39 dynasties, et le second la dynastie ottomane; un volume in folio de 439 feuil.

27° NOKHBETET  TEWARIKH, la Merveille des histoires, par le même ; cet ouvrage est une édition enrichie du précédent et dédiée à Mourad IV; il comprend quatre vingt sept dynasties ; grand in folio de 438 feuil., très bien écrit.

28° EL BAHREZ ZAKHAR WE AÏLEMOUL TEYAR FI ILMIEWAÏT, WEL E WAKHIR, la Mer agitée et la fontaine abondante en la science des choses premières et dernières, par Moustafa Ben Seïd Hassan al Housseïni, célèbre sous le nom de Djenabi ; comprend quatre vingt deux dynasties, dont la dernière est la dynastie ottomane jusqu'à l'an 997 (1588). Se trouve à la bibliothèque de la cour de Vienne, no 469. d'Herbelot sous le mot Djenabi, dont le titre est mal indiqué.

29°. TENKIHET TEWARIKH, la Rectification des histoires par Housseïn Hezarfen, jusqu'à l'an 1099 (1687). Ibid. nos 474 et 135, et dans ma collection; grand in-8° de 239 feuil.

30°  FOUSSOULI HALL OU AKD WE OUSSOULI KHARDJ OU NAKD, les Paragraphes de la dissolution et de la liaison, et les bases des dépenses et des recettes; recherches philosophiques sur l'origine, la grandeur et la décadence des empires, par l'historien Ali; ibid. , no 125, et dans ma collection.

31°  TARIKHI RISWAN PASCHAZADÉ, Petit traité de l'histoire universelle, qui comprend en outre la dynastie Ottomane jusqu'au règne de Mohammed III ; un volume in 4° de 295 feuil. , que j'ai acheté de la collection de Mouradjéa d'Ohsson à son beau fils le chevalier de Palin, chargé d'affaires du roi de Suède à Constantinople.

32° TARIKHI TABII ABOUBEKR BEG KHALIL PASCHAZADE, Dissertations historiques universelles, commençant à l'histoire du Prophète, et se terminant à l'an 1054 (1614) ; un volume in folio de 305 feuil.

IV Histoires générales de l'Empire ottoman

33°  TARIKHI ASCHIK PASCHAZADÉ, Histoire de l'arrière-petit-fils d'Aschik Pascha. L'auteur, Derwisch Ahmed, était fils de Yahya, petit fils de Souleïman, arrière petit fils d'Aschik Pascha ; ce derwisch est un des plus célèbres poëtes ascétiques du temps de Mourad Ier. Hadji Khalfa cite cette histoire dans son Dictionnaire bibliographique, en la qualifiant de vieux livre oublié (1) ; et, en effet, malgré d'infatigables recherches poursuivies pendant vingt cinq ans, je n'ai pu réussir à la découvrir à Constantinople (2). On ne la trouve qu'à la bibliothèque du Vatican, parmi les manuscrits de la reine Christine; c'est là que je l'ai lue et que j'en ai fait des extraits. L'auteur vécut sous Bayezid II, et se servit du livre du scheïkh Yakhschi, fils d'Elias, imam du sultan Ourkhan, qui a rapporté les événemens les plus anciens de l'histoire des Ottomans, tels qu'il les tenait de la bouche de son père.

34°. TARIKHI ALI OSMAN, vieille chronique d'un inconnu que Veranzius rapporta de sa mission, et que Lewenklau a mise à profit dans son histoire des Musulmans, sous le titre d'Histoire de Veranzius. Il est probable que l'exemplaire

1  We huwwe minet tewarikh el kadimet el wahiyet, c'est à dire : et celleci est dit nombre des vieilles histoires oubliées.
2   Le manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque royale de Paris est un ouvrage insignifiant et tout différent de l'histoire ottomane, comme me l'a confirmé mon ami M. le baron de Sacy. on lit dans le Catalogue. Histoire d'Aschik Pascha ; mais Aschik Pascha ne fit que des poésies, et ce ne fut que sort arrière petit fils qui écrivit l'histoire qui se trouve à la bibliothèque de la cour de Vienne sous le n° 139, est celui, que Veranzius avait apporté ; cette histoire ne va que jusqu'à l'an 874 (1470) (1).

35° DJIHANNUMA, Description du monde (2) par Neschri, savant qui vivait sous le règne de Bayezid Il l'auteur était donc contemporain de l'arrière petit fils d'Aschik Pascha; le style de l'un et de l'autre est également dépourvu d'élégance. Lewenklau et Amelbeuern ont connu cet ouvrage, et s'en sont servis en le désignant sous le titre d'Histoire de Haniwald, drogman de Mourad (3). Je possède deux exemplaires de cette ancienne histoire aujourd'hui très rare; la première édition, qui est la plus complète, est de l'an 966 (1558); elle forme un volume in 4° de 251 fenil.

36°  HESCHT BIHISCHT,  les huit Paradis (4), par Mewlana Idris ou Edris, de Betlis, mort l'an 930 (1523); il est le premier auteur qui, encouragé par le sultan Bayezid II, écrivit l'histoire des Ottomans dans un style fleuri, non pas en langue turque, mais en langue persane (5). Pendant mon séjour à Constantinople, je parvins à acheter les trois premiers règnes (sultans Osman, Ourkhan, Mourad I) en un volume in folio de 200 feuil. Ce ne fut que vingt ans après que je trouvai le septième et le huitième volumes (les règnes de Mohammed II et de Bayezid II) dans l'original persan; un grand

1   L'autre chronique, qui se trouve à la Bibliothèque de Vienne, n. 124, et à celle du Roi à Paris, n. 377, est un ouvrage insignifiant.

2  La Géographie déjà citée de Hadji Khalfa porte le même titre.

3  Nicolas Haniwald était secrétaire de l'ambassadeur impérial, M. de Bregner, de 1581 à 1583; et Mourad était drogman de la Porte,

4  L'Anthologie des poëtes turcs, par Sehi, dont je parlerai plus bas, porte le même titre.

5  Hadji Khalfa dit: Ewwel men sannefe fibi, c'est à dire: le premier qui conçut la manière d'écrire lhistoire, et non pas: le premier qui écrivit l'histoire, car Neschri et l'arrière petit fils d'Aschik Pascha avaient écrit avant Idris.

volume in folio de 350 feuil. Je ne devins possesseur des quatrième, cinquième et sixième livres, comprenant les règnes des sultans Bayezid Ier, Mohammed Ier et Mourad III, qu'au moyen de la copie que j'en fis dans la traduction turque qui se trouve dans une des bibliothèques de Constantinople; un volume in folio de 200 feuil.; enfin la continuation dit même ouvrage, par le fils de l'auteur, le defterdar Aboul Fazl, contenant le règne de Selim Ier, forme le quatrième volume de cette oeuvre aussi magnifique que rare (1) ; un volume in folio de 153 fenil. La peine que je me suis donnée pendant vingt ans pour découvrir cet ouvrage, et le sacrifice que j'ai fait d'une somme de 100 ducats pour l'acheter, s'expliquent par le jugement qu'en a porté Saadeddin, historiographe de l'empire, dans sa Couronne des histoires (2). " Mewlana Idris, dit il, dont la plume enchanteresse et le génie sublime ont mis au jour le livre ravissant des huit Paradis, est, sous tous les rapports, le meilleur et le plus considéré des historiens ottomans; niais. indépendamment de ce qu'il pousse la peinture des détails jusqu'à la prolixité, et de ce qu'il dédaigne le style simple et naturel, les hommes éclairés découvrent dans ce jardin dit style d'autres défauts que j'ai en partie signalés. D'ailleurs, ce livre qui parut sous le règne heureux de feu le sultan Selim (3) (que sa gloire se propage durant toute l'éternité, dans les jardins du paradis!), et sous la protection de son grand vizir (qu'il soit à jamais honoré par le sultan! ), est comme enveloppé d'un nuage de muse. Cette rareté littéraire se distingue, parmi une foule innombrable d'excellens livres, par sa beauté sublime. Sa chevelure parfumée de muse, c'est à dire les lignes qui s'entrelacent en forme de chaînes, en sont le principal ornement, comme les boucles embellissent les houris, et sa figure tire son éclat d'une teinte de vermillon, c'est à dire des vers du Koran et des passages de la tradition, écrits avec de l'encre rouge. Cependant les détails de cet ouvrage, quoique un peu diffus, ne sont point fatigans, et la concision de certaines parties ne va pas jusqu'à l'obscurité; d'ailleurs, le choix parfait des expressions ne laisse aucun doute sur leur signification. On pourrait reprocher à l'auteur d'être trop bref lorsqu'il raconte les vertus des Ottomans, et de ne pas louer les Sultans comme ils le méritent. " Cette citation peut donner une idée de la partialité de Saadeddin, le plus célèbre historiographe de l'empire ottoman. Il avait d'autant plus intérêt à faire l'éloge de son prédécesseur, qu'il l'a presque entièrement copié.

1  Une note du Journal asiatique, t. IV, p. 35, parle aussi de l'achat de cette histoire.

2   Bratutti a omis ce passage dans sa traduction, ainsi que tous ceux qui ont rapport à la littérature. Bibliothèque de Vienne, no 1219, 100 pages.

3   Le copiste a ajouté à Selim   " fils de Souleïman ; " mais cette addition est erronée, car Idris n'écrivit point sous Selim II, mais sous Selim Ier, père de Souleïman ; d'ailleurs son ouvrage ne va que jusqu'au règne de ce dernier.

Outre les histoires spéciales qui datent des règnes de Selim Ier et de Souleïman le Grand, deux écrivains contemporains des mêmes souverains publièrent des histoires générales des Ottomans; l'un est le savant grand vizir Lutfi Pascha, dont les ouvrages historiques et statistiques n'avaient pas jusqu'à ce jour même été connus de nom en Europe, l'autre est Mouhy eddin Djemali, juge à Andrinople, qui a écrit une histoire de l'empire ottoman, depuis son origine jusqu'à l'an 957 (1550). Un au après la publication de cet ouvrage, le conseiller de la chambre impériale, Beck de Leupoldsdorf, en apporta à Vienne une copie manuscrite que l'empereur Ferdinand Ier fit traduire en allemand par son interprète Jean Gaultier Spiegel. Cette traduction, que Lewenklau a publiée en latin et en allemand, devint pour les historiens européens la première base de l'histoire des Ottomans. Jusqu'alors cette histoire avait été un recueil bizarre de traditions populaires rassemblées par des Européens qui ne méritent confiance que lorsqu'ils racontent les événemens dont ils ont été témoins, ou ceux qu'ils tiennent de la bouche même des acteurs de ces événemens : tels sont le Bavarois Schiltberger, le Transylvanien Muhlenbacher, les Grecs Spandugino et Sagundino, l'Illyrien Barleti, le Hollandais Busbek, et les Italiens Menavino, Cambini et Paolo Giovio.

37° TARIKHI ALI OSMAN LUTFI PASCHA, Histoire des Ottomans, depuis le commencement de l'empire jusqu'à l'an 961 (1553); un volume petit in 4° de 107 feuil.

38°  TARIKHI ALI OSMAN MOUHY EDDIN DJEMALI, Histoire des Ottomans, par Mouhy eddin Djemali. Cet ouvrage se trouve à la bibliothèque de Vienne et à celle de Berlin, parmi les manuscrits de Diez, no 32. Lewenklau composa son histoire des Ottomans d'après Mouhy eddin DJemali, et en se servant de la chronique de Veranzius et de celle d'Haniwald, qui, elles mêmes, ne sont autre chose qu'une imitation de Neschri et de Leupoldsdorf traduits par Gaultier Spiegel. L'ouvrage de Lewenklau est empreint d'un esprit profondément critique; mais on y trouve une foule d'erreurs qui s'expliquent par son ignorance des langues orientales et des sources de l'histoire des Ottomans. S'il faut en croire les auteurs des six histoires ci dessus mentionnées, savoir: Aschik Paschazadé, Neschri, Idris, Aboulfazl, Lutfi et Djemali, Saadeddin, le célèbre précepteur des princes, juge des armées, et plus tard moufti, fut chargé, sous Mourad III, d'écrire l'histoire de l'empire depuis son origine. A dater de cette époque, l'emploi d'historiographe de l'empire fat permanent, et toutes les autres histoires qui parurent sur le même sujet ne doivent être considérées que comme une continuation qu'on désigne sous le nom de TADJ OUL TEWARIKH, c'est à dire Couronne des Histoires. Le Ragusain Bratutti, interprète de l'ambassade impériale à Constantinople, traduisit en italien l'ouvrage de Saadeddin, mais seulement par fragmens. Cette traduction est d'ailleurs pleine d'inexactitudes (1).

39°  TADJ OUL TEWARIKH, la Couronne des Histoires, par Saadeddin, à la bibliothèque de Vienne , nos 119  123 ; il en possède deux exemplaires, dont le plus complet forme un volume in folio de 3575 feuil.

40° TARIKHI ALI OSMANLI ALI, Histoire des Ottomans, par Ali, qui forme la plus grande partie de l'Histoire universelle du même auteur (KOUNHOL AKHBAR, la Mine des histoires). Ce grand ouvrage a été écrit en 1006 (1597). Un volume in folio de 488 feuil.; il contient l'histoire de l'empire ottoman, depuis sa fondation jusqu'au règne de Mohammed III. L'auteur, ami de la vérité, mais critique très superficiel, a écrit avec franchise et conscience. On doit particulièrement louer son impartialité envers les chrétiens (2). Cet ouvrage se trouve à la bibliothèque de la cour de Vienne, n° 470.

1   Cronica dell' origine e progressi della casa ottomana, composta da Saidino Turco, parle prima. Vienne, 1649 ;  parte seconda. Madrid, 1652. Schloezer, dont nous aurons souvent occasion de parler, et qui ne connaissait aucune source en langue turque de l'histoire des Ottomans, dit, dans son ouvrage historico critique, intitulé : Heures de loisir, p. 3, que la chronique de Djemali, traduite en allemand par Gaultier Spiegel, et le grand ouvrage de Saadeddin, traduit en italien par Bratutti, sont le même ouvrage. C'est commettre une erreur des plus singulières que d'avancer qu'on ne saurait plus retrouver la Couronne des histoires de Saadeddin ; car c'est précisément la moins rare de toutes les histoires de Turquie, et le grand nombre d'exemplaires complets qui en existent présentent généralement entre eux la plus parfaite similitude. L'exemplaire le plus précieux se trouve à la bibliothèque du Vatican.

2  Ali n'a été connu jusqu'à présent comme historien que par Cantemir, qui en a fait quelques extraits, et qui s'exprime ainsi sur son ouvrage : "Je suivrai sur cela le récit qu'en fait Ali Efendi, grave auteur parmi les Turcs, et qui vivait en ce temps là; il était natif de Philippopolis, et eut l'emploi de khazine kiatibi ou secrétaire de la trésorerie." Mohammed II, note R, P. 1117.   " J'ai jugé à propos de rapporter ici tout au long ce témoignage si digne d'attention de mon historien turc; je m'y suis porté d'autant plus volontiers, qu'entre tous les auteurs de sa nation, je n'en vois aucun qui parle des affaires des Chrétiens avec autant de retenue et de modération. " Ibid. p. 120. La notice bibliographique sur Ali et son ouvrage se trouve dans le Journal asiatique, t. I, p. 142 , à l'occasion de la langue mystique Balaïbalan.

 
41° TARIKHI ALI OSMAN LI HASSANBEGZADÉ, Histoire des Ottomans, par le fils du reis effendi Koutschouk Hassanbeg, qui, ayant succédé à son père dans son emploi, sous les grands vizirs Ibrahim Pascha et Yemisdji Hassan, mourut vers l'année 1045 (1636). Cet ouvrage, jusquau règne du sultan Souleïman, n'est qu'un abrégé de la Couronne des Histoires de Saadeddin ; mais arrivé aux règnes postérieurs, l'historien parle comme témoin oculaire et en homme revêtu d'un caractère politique. N'ayant pu trouver l'ouvrage complet, j'ai fait copier à Constantinople le livre qui commence au règne du sultan Souleïman, parce que c'est là que s'arrête l'histoire de Saadeddin.

42° TARIKHI ALI OSMAN LI SOLOKZADÉ, Histoire des Ottomans, par Solokzadé, mort Fl'an 1060 (1649) ; l'abrégé le plus utile qui ait été écrit sur l'histoire de Turquie. Cet ouvrage, qui forme un petit volume in folio de 184 feuil., va jusquà l'an 1054 (1644); le l'ai acheté au chevalier de Palin , qui en avait hérité de son beau père Mouradjéa d'Ohsson. Il se trouve aussi à la bibliothèque de la cour de Vienne sous le no 472.

43°  SCHEHNAMEÏ ALI OSMAN, le Livre royal des Ottomans, par le poëte Hadidi, qui vivait sous Souleïman le Grand, et qui écrivit toute l'histoire de sa nation en prose rimée. Cet ouvrage se trouve à la bibliothèque royale de Berlin, sous le no 76 des manuscrits de Diez 1. Il a été fini en 930 (1532).

V Histoires spéciales

44°  TARIKHI ABOUL FETH SULTAN MOHAMMED KHAN, Histoire du père de la conquête, le sultan Mohammed Khan, par Toursounbeg, son defterdar ; 66 feuil. in 4°.

45°  Histoire du grand vizir Mahmoud Pascha; à la bibliothèque  de Vienne, no 133, et à celle de Berlin, no 57, dans les manuscrits de Diez.

46° TARIKHI CONSTANTINYÉ WE AYA SOFIA, Histoire de Constantinople et de Sainte Sophie, par Elias, 940 (1533), dédiée au grand vizir Ali Pascha; à la Bibliothèque du roi à Paris, n° 47, à celles du Panthéon et de l'Arsenal, et dans la collection du comte de Rzewuski (2).

1  Les poëtes cycliques prosateurs de l'histoire des Ottomans, ceux tanne qui n'ont traité qu'un seul règne, sont désignés sous le nom de Schahnamedji, c'est à dire auteurs de livres royaux, parce qu'ils ont mis le Schahnamé en prose métrique; de ce nombre sont Molla Hadidi, Hezarparapara, Lokman, Talikdjizadé, Noutki, Souzi, Schükri, Arif, Mahremi, Schemsi, Hayati, Derouni, Tali, Schehdi, Roumouzi, Nihali, Schehabi, Mimayi et Nadiri.

2  Les quatre ouvrages désignés ci dessous et qui se trouvent à Paris à la Bibliothèque royale et à celle de l'Arsenal, fourmillent d'erreurs, et ne sont d'aucune utilité pour l'histoire de l'empire ottoman: 1° TARIKHI ALI OSMAN, Histoire du siège et de la prise de Constantinople. 1 vol. in fol., à la Bibliothèque de l'Arsenal, n. 10. Cet ouvrage se termine par une narration fabuleuse sur le sabre du sultan Bayezid et sur l'origine de la dénomination d'Aya Sofia (Sainte Sophie); 2° Abrégé du règne de Mohammed II, sans nom d'auteur, traduit en français par Joseph Brué. 1733. L'original et la traduction se trouvent à la Bibliothèque de l'Arsenal, mais ni l'un ni l'autre ne valent la peine d'être consultés; 3° Histoire de Constantinople, par Latifi, à la Bibliothèque royale, n. 131, ouvrage rempli d'erreurs; 4° MOUHABBETNAME, le Livre de l'Amour description de Constantinople, par Djafar Hisabi, l'an 808 (1405). La première histoire de Sainte Sophie fut traduite, suivant Hadji Khalfa, par Ahmed ben Ahmed al Djilani du grec en persan, et par Nimedollah ibn Ahmed du persan en turc. Le molla Ali ben Mohammed al Kouschdji, mort en 879 (1474), traita pour la seconde fois ce sujet par ordre du conquérant.

VI Biographies

47°  SCHAKAÏKOUN NAMANYET, parle célèbre encyclopédiste Taschkoeprizadé, mort en 998 (1589). Cet ouvrage est écrit en arabe; il contient les biographies de cinq cent vingt neuf oulémas et de cinquante scheikhs; il se trouve, dans presque toutes les bibliothèques. J'en possède un volume in 4° de 182 feuil. ; à la bibliothèque impériale dans la traduction turque, augmentée par Medjdi, no 476.

48° TARIKHI ALI OSMAN, contenant les biographies des sultans ottomans jusqu'à Ahmed III, par Osmanzadé Ahmed Effendi, mort en 1136 (1723).

49°  HADIKATOUL WOUZERA, le Jardin des vizirs, par osmanzadé Ahmed Effendi, contenant la biographie des grands vizirs jusqu'à lui. Cet ouvrage forme, avec le précédent, un volume in 4° de 210 feuil.

50° GOULDESTEÏ BIYASI IRFAN , le Bouquet de roses des jardins de l'intelligence, par Seïd Ismaïl de Brousa. Cet ouvrage in 4°, de 219 feuil., contient 550 biographies d'hommes célèbres, dont les tombeaux se trouvent à Brousa ; il va jusqu'à l'an 1135 (1722).

51°  HESCHT BIHISCHT, les huit Paradis, par Sehi d'Andrinople, mort en 995 (1548). Ce volume, de 132 pages in 8°, fait partie de ma collection, et contient la biographie de deux cent sept poëtes.
 
52°  TESKER ETOUL SCHOUAR A WE MESC il AÏR OUL SOL REFA FI KAWAÏDI EDAB IL KOUTTAB MIN EL FOUSEL.A, Liste des poëtes et préceptes à
l'usage de ceux qui voudront écrire d'après les règles des meilleurs auteurs, par Seïd Mohammed Ali, connu sous le nom d'Aschik Tschelebi, mort en 979 (1571). Cet ouvrage contient les vies de quatre cent vingt poëtes, et se trouve à la bibliothèque de Vienne, no 477 ;  j'en possède un volume in folio de 804 fenil.

53° TESKERETOUL SCHOUARA, Liste des poëtes, par Latifi de Kastemouni, mort l'an 990 (1582). Cet ouvrage contient les biographies de cent quatre vingt huit poëtes; Chabert en a traduit cent deux en abrégé; à la bibliothèque impériale de Vienne, n° 478. L'exemplaire dont je suis possesseur forme un volume in 8° de 182 pages.

54° TESKERETOUL SCHOUARA, par le molla Hassan Tschelebi ben Ali ben Emroullah, célèbre sous le nom de Kimalizadé, mort en 1012 (1605). Cet ouvrage contient des notices biographiques sur six cent sept poëtes. L'exemplaire qui fait partie de ma collection forme un volume in 4° de 942 feuil.

VII Collections de lois et écrits d'Etat

55°  KALLOUNNAMEI MOHAMMED FATIH, le Code de Mohammed le Conquérant, appendice du Kanounnamé rassemblé par Mouezzinzadé ben Ali en 1029 (1619); à la bibliothèque de Vienne, n° 90.

56° MOUNSCHIATI SELATIN, Mémoires des Sultans, par le reis efendi Feridoun, précieux recueil d'écrits politiques, extraits de dix huit cents originaux qui se trouvent dans les archives ottomanes. L'exemplaire que je possède forme un petit volume in folio de 218 feuil., et contient deux cent soixante sept fragmens. Le manuscrit de la Bibliothèque royale de Paris, n° 79, ne contient quune partie de ce volume. Voyez Langlès (tom. V des Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque royale, p. 668), qui dit qu'on ne trouve dans ce volume que quatre vingt huit écrits politiques, au lieu de deux cent soixante sept. Mon manuscrit, au contraire, contient les écrits politiques jusqu'au règne de Selim Ier. La suite, qui comprend les écrits du sultan Souleïman et le journal de ses campagnes, a pour titre MOUNSCHIATI HOMAYOUN.

Des cinquante six sources que je viens de citer, et qui m'ont servi pour le premier volume de mon ouvrage, cinq seulement ont été mises à profit par les historiens européens qui ont traité le même sujet; ce sont: 1° la chronique de l'écrivain turc, connu sous le pseudonyme de Veranzius ; 2° celle de Neschri, qui porte le nom d'Haniwald; 3° celle de Djemali, traduite en allemand par Gaultier Spiegel ; 4° la même, publiée plus tard par Lewenklau, sous le titre de Chronique de Beck; 5° Saadeddin, traduit par Bratutti. Les historiens européens ne se sont même pas donné la peine de consulter les biographies de Latifi qui ont été depuis imprimées et publiées en Europe. De ces cinquante-six ouvrages, deux seulement, savoir: les huit Paradis d'Idris et la Couronne des histoires de Saadeddin, ont été écrits par ordre des sultans. Ils sont aussi les seuls qui se distinguent par un style fleuri; tous les autres ayant été faits sans prétention et loin de tout contact avec la cour, forment, par l'impartialité qui y règne, un contraste frappant avec les oeuvres des historiens impériaux. Leurs auteurs étaient , comme les biographes des poëtes, non seulement des savans et des professeurs, mais aussi des hommes d'état et des guerriers ; plusieurs étaient revêtus des plus hautes dignités ; on compte parmi eux des secrétaires d'état, des chanceliers (Nischandji et Defterdar), des Sandjakbegs et des Beglerbegs ; un d'eux, Saadeddin, fut même moufti, et un autre, Lutfi, grand vizir.