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Le système éducatif turc au XVIIIe siècle vu par Toderini, une description assez bien documentée.
Extrait de De la littérature des Turcs
CHAPITRE PREMIER
Académies des Turcs et leurs constitutions
Quoique
les académies des turcs, principalement celles de Constantinople, dont
nous parlons, n'aient jamais eu l'éclat des académies des arabes et des
persans, elles n'en font pas moins considérables pour le nombre,
dirigées par de sages lois, et composées de professeurs instruits,
enfin dotées de riches fondations, et en état de loger et à nourrir
dans des collèges séparés, un grand nombre d'écoliers. C'est par cet
air de libéralité et de grandeur qu'elles semblent se distinguer et
surpassent peut être encore toutes celles des nations européennes.
Avant
même la prise de Constantinople les princes ottomans firent éclater
cette généreuse inclination, en fondant, sur un plan aussi noble, parmi
le tumulte des armes et au milieu de la férocité des guerres, beaucoup
d'académies de littérature et de religion. C'est de ces écoles que l'on
tire les muderis [müderris, professeur ou directeur de medrese], les
cadis [kadi, juge], les ollahs, les kadiel, eschers, les mutis et les
ulemas ou gens instruits dans la loi, sans parler d'autres charges
encore plus considérables de l'empire.
Le
premier qui en donna l'exemple fut Orcan [Orkhan], sultan de la maison
ottomane, qui l'an 736 de l'ère de Mahomet, ou 1335 de notre ère, fonda
à Burse [Bursa], sa. ville capitale, une nouvelle Mosquée et une
académie, avec une magnificence vraiment royale. Il l'établit dans un
monastère, et elle devint fameuse pour la culture des arts libéraux.
Les habiles professeurs qui y enseignaient, attiraient des «écoliers en
grand nombre, du fond de la Perse et de l'Arabie ; de façon que ces
peuples, qui jusqu'alors avoient passé pour être les, maîtres du genre
humain, ne dédaignaient pas de. venir s'instruire à l'école des
ottomans [note : Voyez Cantemir tom. 1, liv. 1, Pag. 71].
Avant
d'en venir aux académies de Constantinople, je dois remarquer en
passant que Bajazet premier du nom, dans la famille ottomane, ne crut
pas pouvoir mieux employer l'or enlevé aux chrétiens dans.la ligue de
Sigismond, roi de Hongrie, qu'en élevant une académie à Burse et à
Andrinople ; ce sultan , au rapport des historiens turcs, fondait
chaque année une grande école publique. Je ne saurais non plus passer
sous silence Amurat II [Murat II] [note : Cantemir, t. I , l2, p. 266
,267], qui après avoir conquis une ville ne manquait pas d'y ériger
incontinent une mosquée, un imaret [note : Hospice où on loge et
nourrit gratis les pèlerins pendant trois jours, et où l'on entretient
les maîtres et les écoliers des académies.], un khan [note : Lieu
destiné à recevoir les voyageurs et leurs montures. Dans les villes, et
surtout à Constantinople, ce font de grandes halles de pierre, où les
artisans et les marchands de toute nation, ont leurs ateliers, leurs
magasins et leurs boutiques.], et un medressé ; c'est ainsi qu'ils
appellent les académies où les étudiants ont le logement, l'entretien
et la nourriture, et où les professeurs et les maîtres reçoivent des
appointements, pour enseigner les lettres et les sciences, à commencer
par les principes de la langue arabe.
CHAPITRE II
Académies fondées par Mahomet II, à Sainte Sophie, et dans la Mahomédie.
Mahomet
II le conquérant [Mehmet II] passe chez les turcs, pour un des premiers
sages de leur religion, pour le protecteur déclaré des lettres, et un
de leurs plus illustres mécènes. Ami des savants, il assistait à leurs
disputes, donnait de l'argent aux plus habiles et récompensait les
poètes et les orateurs distingués [note : Herbelot, au mot Mohammed].
Sitôt
qu'il eut enlevé l'empire aux Grecs, il tourna ses vues du côté de
l'avancement des études et de la culture de sa nation à Constantinople.
Aussi dès l'an 857 de l'hégire, qui répond à l'an 1453 de l'ère
chrétienne, il ouvrit une académie brillante à Sainte-Sophie, avec
grand nombre de chambres, pour loger les étudiants, et de riches
revenus, pour entretenir les maîtres et les élèves.
D'après
les notes que j'ai vues de divers endroits, avec de l'argent, et par le
moyen des turcs instruits, notes que je me procurai en 1784 et que j'ai
revues et corrigées avec soin, il y a dans cette académie, six
collèges, de même que six chojas [hoca en turc moderne, hodja] ou
professeurs, sans compter le lecteur ou interprète de l'alcoran et le
muderis, qui est le préfet des études académiques. Le nombre des
pensionnaires étudiants a été évalué, après bien des recherches, à cent
cinquante. Mais beaucoup d'écoliers externes et même des hommes faits
viennent entendre sa leçon. Le savant turc Hagi Calfah, après s'être
trouvé au siège d'Erzerum, venait entendre en 1045 de l'hégire, (de
notre ère 1637) les leçons de Sainte Sophie, sous le professeur turc
Kurud Abdulla Effendi, homme assez savant, et le disciple l'était déjà
beaucoup lui même. C'est ce qu'on apprend dans sa vie imprimée par
Ibrahim Effendi, à la tête des tables chronologiques d'Hagi Calfah.
Mahomet
II, fonda une autre académie plus vaste et plus magnifique, quelque
temps après celle de Sainte Sophie. Il détruisit l'église des
Saints-Apôtres, monument de la piété de Justinien, pour bâtir une
mosquée qu'il appela Mahomédie de ton propre et qui fut l'ouvrage d'un
architecte grec; c'est un des monuments le plus vaste qu'on puisse voir
après Sainte Sophie.
C'est un usage
constamment pratiqué par les ottomans, de joindre aux mosquées royales
des édifices pieux, et assez souvent parmi le nombre, une académie de
lettres et de sciences. De là, Mahomet II, pour élever un monument qui
eut véritablement de la grandeur, fit bâtir un vaste édifice solidement
construit en pierres de taille, avec une grande quantité de chambres
pour les étudiants. Cette académie, que nous pouvons aussi appeler
université, comprend maintenant seize collèges, huit grands, et huit
petits. Les professeurs qui y enseignent, font au nombre de seize, sans
compter les trois dont l'emploi particulier est d'expliquer l'alcoran.
Les étudiants montent à trois cent, et peut être y a t il un pareil
nombre d'externes qui viennent profiter des leçons.
Cette
académie impériale fleurit encore aujourd'hui parmi les plus
considérables et les plus illustres ; il en sort des ottomans assez
instruits. L'ensemble superbe des bâtiments de la Mahomédie, que l'on
peut comparer avec les plus magnifiques de l'antiquité, selon les
expressions de Cantemir, fut achevé l'an 868 de l'hégire au mois
Redgeb, qui répond à l'an 1471 de l'ère chrétienne.
Au
couchant, prés de la porte de la grande cour, on a fait une grande
salle, surmontée d'un dôme, pour recevoir les jeunes élevés qui n'ont
point leur demeure dans les collèges.
CHAPITRE III
Académie du Sultan Bajazet II.
Le
Sultan Bazajet II [Beyazıt II], était somptueux en bâtiments, et
libéral envers les gens de lettres. Tous ceux qui avaient le bonheur
d'en être connus, trouvaient en. lui un protecteur qui savait pourvoir
à leurs besoins noblement, selon leur fortune et leur condition. Il
leur donnait des habits de soie ou de laine, selon Cantemir, qui le
rapporte dans son Histoire des ottomans. Il faisait plus, il leur
donnait des pensions annuelles de dix mille akcé ou aspres dont cent
vingt équivalent à un Leonin ou piastre comme nous parlons aujourd'hui.
Ce prince cultivait la poésie et avait étudié les sciences qui ont
rapport à la religion des musulmans. Il savait les mathématiques et
l'astronomie, où il avait été formé par Scellahuldin son précepteur,
homme habile, qui lui avait donné encore une teinture des autres arts.
Aussi il fonda à Constantinople l'an 911 de l'hégire (1505) une
académie considérable. Ce fut après avoir bâti dans le marché au
cuivre, sa grande et belle mosquée, connue sous le nom de sultan
Bajazet.
Sitôt que quelqu'un est
agrégé au corps des ulemas, il est logé dans cette académie où il
poursuit ses études. Il y est entretenu avec le droit de remplacer à
son gré, un mudéris ou un cadi, quand il y a un poste vacant qui n'est
pas des premiers en rang, et des plus considérables.
Il
y a trois collèges et autant de professeurs. Il y en a un aussi pour
expliquer l'alcoran. Le nombre des écoliers est de cent vingt. Ils sont
tous logés et entretenus aux frais de l'académie.
CHAPITRE IV
Académie du Sultan Selim I.
Le
sultan Selim I, est compté parmi les savants ; c'est une justice que
lui rendent les écrivains ottomans et même ceux d'Europe. Il possédait
toutes les sciences qui font en honneur chez les turcs : il était fort
dans les langue arabe et turque, dans lesquelles il composait de fort
jolis vers [note : Posock, dans la continuation des dynasties]. Il
éleva la mosquée impériale, nommé sultan Selim, l'an 945, et il y
joignit une académie d'études qu'il dota de bons revenus, pour
l'entretien des maîtres et des élèves, selon la généreuse coutume des
turcs dans leurs universités et dans leurs académies. Celle-ci a deux
collèges, où font aussi deux chojas, outre celui de l'alcoran, et le
mudéris qui est le principal de toutes les académies un peu
distinguées. Mes notes ne portent le nombre des étudiants qu'à
quatre-vingt dix au plus.
CHAPITRE V
Académie du Sultan Soliman I.
Soliman
I, empereur de Constantinople, nommé Canuni, de son code de législation
, très estimé chez les turcs, savait parfaitement sa langue naturelle,
l'arabe et le persan ; il fut politique, guerrier et poète [note :
Cantemir, hist. ott., tom. 1, pag. 342, Pocock a dit de lui, qu'il
faisait très bien des vers turcs, arabes et persans]. Pour éterniser la
mémoire d'un fils chéri, dont la mort lui fit répandre beaucoup de
larmes, il construisit la mosquée royale de Scieh Zadé Iamisi [Şezade
Camii], sur le chemin qui conduit à la porte d'Egri Capu, et il y
joignit une académie d'études.
Une autre université des
sciences plus renommée et plus illustre, fut établie par le sultan
Soliman, l'an 954 de l'hégire mahométane, avec des bâtiments
considérables pour les étudiants ; après que ce prince eût élevé la
mosquée vraiment digne d'admiration, qu'il appela Solimanie
[Suleymaniye], de son propre nom, et que j'ai vue avec autant de
plaisir que d'étonnement. Grelot qu'on peut regarder comme l'auteur le
plus authentique, à l'égard de quelques mosquées, parle ainsi de la
Solimanie. « Ce temple fait connaître mieux que tout autre
l'architecture musulmane. Il est aussi beau dedans que dehors, et il
est surmonté d'un dôme superbe, qui ne le cède en beauté ni en grandeur
au dôme de Sainte Sophie [note : Rel. nouv. d'un voyage de
Constantinople, pag. 272, à Paris, 1689]. Pour revenir à l'académie, le
principal ou mudéris, a le pas sur tous les autres, et de la
préfecture. Il monte au poste, honorable de mollah ou de cadi [note :
Histoire ottomane, par Cantemir, tom.1, pag. 427.].
CHAPITRE VI.
Académie de la Sultane Mihru Mah.
Miru
Mah qui signifie, soleil et lune, était le nom de la sultane, fille de
l'empereur Soliman le grand. Ce prince mêlant la piété avec la
générosité, voulut fonder une académie en 980 de l'ère mahométane, et
lui donner le nom de sa fille chérie, Mihru Mach, sultane pour le faire
passer à la postérité et en perpétuer la douce mémoire. On voit cet
édifice [ Edirnekapi Mihrimah Külliyesi] à Edrené Capu [Edirne Kapı],
c'est-à-dire, près de la porte qui mené à Andrinople. Quelques
étudiants sont logés et entretenus dans cette académie des fonds
laissés par Soliman ; mes notes en font monter le nombre à quatre
vingt.
CHAPITRE VII
Académie de Kilig Ali Bacha.
Kilig'Ali
bacha [Kılıç Ali Pacha], qui avait appris sous le corsaire Barberousse
[note : On voit le tombeau de Barberousse, dans la mosquée qui est
située sur le bord de la mer] le métier de la mer, devenu amiral de la
marine d'Alger, aborda à Constantinople, après avoir passé parles
différents hasards de la guerre. Sa politique et sa valeur, qui
l'avoient rendu célèbre, lui méritèrent le grade de grand amiral de la
marine ottomane. Ce fut alors qu'il prit le nom de Kilig [Kılıç], qui
signifie épée, et qui était un favorable augure de ses victoires Il
laissa son ancien nom d'Ulug, sous lequel il était connu auparavant.
Parmi les ouvrages illustres et mémorables qui le signalèrent, ou pour
parler le langage des Musulmans, parmi ses oeuvres pies et méritoires,
on doit compter la belle mosquée de Top hana [Tophane], avec un imaret
et une académie de littérature. Elle a deux collèges où environ cent
étudiants sont entretenus et logés dans des chambres séparées.
Ces
écoles s'ouvrirent l'an 785, de l'ère mahométane. Kilig'ali bacha, mort
en 995 de l'hégire, fut enterré dans la place intérieure de la mosquée.
Voyez les guerres maritimes d'Hagi Calfah, qui fait une mention
distinguée de ce brave vizir.
CHAPITRE VIII
Académie du Sultan Achmet I.
Ce
sultan n'avait pas encore atteint trois lustres, selon les tables
d'Hagi Calfah, lorsqu'il monta sur le trône, l'an 1012 de l'hégire (de
notre ère 1600).
Occupé d'affaires
de guerre et d'intrigues politiques, libéral et magnifique, dans sa
dépense, il aima: passionnément les constructions publiques et les
édifices superbes. Un monument immortel de son goût, en ce genre, est
le temple qu'il éleva dans l'Hippodrome, au commencement du
dix-septième siècle, et où il dépensa des sommes immenses ; son
ambition était d'éclipser la splendeur de Sainte Sophie. Cet édifice
ottoman est un prodige. de magnificence et d'architecture ; je fus
singulièrement surpris en le voyant. Je n'aurais jamais cru que les
turcs eussent pu faire rien de si noble et de si somptueux même avec le
secours des grecs modernes. » La mosquée du sultan Achmet [Sultan Ahmet
ou mosquée bleue], dit Grelot, peut passer pour un des plus beaux
temples, quant au dehors, que jamais les turcs aient élevé. Pour
l'orner encore davantage, et le rendre plus magnifique, le sultan
voulut ajouter six clochers ou minarets, en forme de tours. Mais comme
c'était là le caractère distinctif de la mosquée de la Mecque, ce
dessein, éprouva des oppositions de la part du Mufti., Le prince eut
l'adroite et sage politique de respecter les remontrances du chef de la
loi, et n'en accomplit pas moins son projet, en faisant ajouter à la
mosquée de la Mecque, un septième minaret. Le temple est précédé d'une
grande place entourée de portiques, avec de superbes colonnes de granit
et de belles arcades, dont chacune soutient une coupole élégante,
couverte en plomb. Au milieu d'un bassin, pavé de grands carreaux de
marbre, s'élevé une fontaine, qui est aussi de marbre, et qui sert aux
ablutions ; elle est entourée d'un beau parapet surmonté d'une
balustrade de fer doré.
Une mosquée
si somptueuse ne devait point manquer de son medresé, ou grande école
de littérature. Aussi le sultan Achmet, qui avait eu Mustapha Effendi
pour précepteur, et qui avait du goût pour les lettres, prit plaisir à
les encourager, en fondant près de la nouvelle mosquée, une académie
des sciences, selon la coutume des ottomans.
Les softa, ou pensionnaires étudiants, font au nombre de 48 ; ils ont
chacun leur habitation séparée dans 18 chambres, distribuées dans tout
l'édifice, qui est de. deux étages ; outre les 18 softa, il y a encore
autant de ciomes qui y font entretenus. On appelle ainsi des jeunes
gens qu'on instruit et qu'on forme aux lettres, en récompense des
services que chacun d'eux rend à son softa.
Le
muderis, qui est gradué dans cette mosquée, préside aux études, et
gouverne la maison. Il donne deux leçons par semaine, le jeudi matin,
et un autre jour, de la semaine à son choix ; il a sa maison à part.
Outre cela, il y a deux choja ou maîtres, l'un pour l'alcoran, qu'on
nomme cura effendi ou lecteur, l'autre pour le ferais ou science des
lois, sur les partages des biens de l'hérédité et des successions.
Celui ci s'appelle ferais khojasi ; il donne ses leçons le matin, et le
cura, les siennes, après les prières de midi.
Le
mudéris enseigne l'arithmétique, le tessir, l'hadis., la physique,
l'astronomie les autres sciences difficiles. Le cura effendi va une
fois la semaine donner ses leçons, le lundi ; le ferais khojasi,
enseigne le mercredi et un autre jour.
CHAPITRE IX
Académie du Sultan Osman III
L'Osmanié
[Osmaniye], mosquée charmante avec des galeries dorées, et de belles
inscriptions en or, me parut un joli bijou. Elle fut bâtie par le
sultan Mahamud, qui entendait le dessin, et qui avait du goût pour la
belle architecture. Il avait fait venir d'Italie, d'Angleterre et de
France les dessins et les modelés des édifices les plus fameux en ce
genre, et il dressa un plan de mosquée, qu'il communiqua aux ulémas,
Ceux ci jugèrent qu'il ressemblait plus a un temple de chrétiens, qu'à
une mosquée, et conseillèrent à l'empereur de lui donner une forme plus
mahométane, pour ne point indisposer le peuple, et éviter un
soulèvement. Sultan Mahamud, forcé de se prêter aux insinuations du
mufti fit un dessin qui se sentait de la manière européenne et de la
turque; c'est à dire, léger et majestueux tout ensemble Osman III, qui
mit la dernière main à cet édifice, et qui en acheva la construction,
ayant consulté le mufti et obtenu un fetfa [fatwa], put en sûreté de
conscience lui donner son propre nom, en l'appelant Osmanié, au lieu du
nom du sultan Mahamud. Car, comme raisonnaient les gens de loi, c'était
un bâtiment qui était resté incomplet, et qui n'avait point été
consacré à Dieu ; d'où il arrivait que la mosquée entrait, comme les
autres biens, dans l'hérédité et la possession d'Osman. Ce fait connu à
Constantinople, a été touché par le savant M. Peyssonnet.
Le
sultan fonda près de cette mosquée, une académie d'études d'après le
système bienfaisant et généreux des ottomans. Les collèges sont au
nombre de trois, avec beaucoup de chambres pour les étudiants, qui y
font nourris et entretenus. Il y a trois chojas, outre le professeur
interprète de l'alcoran, et le mudéris de l'académie. Le nombre des
écoliers est entre 150 et 170.
CHAPITRE X
Académie du sultan Mustapha III.
Le
sultan Mustapha III, ami et protecteur 'des sciences et des arts, avait
coutume de tenir des assemblées académiques de poètes, comme j'ai
appris d'Abdelrah man Reefet [note : J'ai connu ce poète dans les
prairies de Boujuck Déré, le jour qu'on lança un ballon aérostatique,
au milieu du concours et des battements de mains de toutes les nations.
Reefet m'honora d'une visite avec Ibraim Effendi, et Risa Effendi,
savants ottomans, au palais du Baile. Je le priai de faire quelque
chose sur la nouvelle expérience de l'aérostat ; mais peu de jours
après, j'appris avec douleur qu'il était mort à la fleur de l'âge. A
l'avènement d'Abdulahmid, il l'avait emporté sur tous les poètes qui
avoient fait des vers en l'honneur du sultan.], le meilleur poète et
improvisateur de Constantinople, Ce prince voulant encourager les
bonnes études à dans la nation, fit construire l'an de l'hégire 1178
(de J. C. 1764 ), à Laleli, l'université des sciences, avec divers
collèges ; il y établit cinq maîtres et deux professeurs en
particulier, pour lire et expliquer l'alcoran. Les écoliers se trouvent
portés dans mes notes au nombre de cent .ou cent trente, environ.
CHAPITRE XI
Académie de la sultane Validé.
C'est ainsi qu'on appelle l'académie érigée et ouverte l'an de l'ère
mahométane 1194, (de J. C. 1780) par Aldullahmid, empereur régnant,
parce qu'elle se trouve près du giami [cami, mosquée] de la Validé, ou
sultane mère de Mahomet IV. Le collège que j'ai été à portée de bien
voir, y étant entré plusieurs fois, est bâti en forme de cloître, avec
des arcades et.des colonnes. Le principal est un mudéris qui fait de la
géométrie, de l'astronomie, est habile dans la loi, et a l'esprit orné
de beaucoup d'érudition ; d'ailleurs, homme grave, qui a des manières
douces et polies, que j'ai été voir plusieurs fois, et qui m'a fourni
beaucoup de notes pour mon ouvrage.
Quarante
softa ou étudiants sont logés et entretenus dans la validé. En outre,
chaque softa a son ciomes, ou jeune homme qui reçoit l'instruction, et
qui est entretenu par l'imaret, condition de servir le softa, Ils ont
tous leurs chambres à part, pour s'appliquer tranquillement aux
sciences, chose nécessaire aux étudiants, me disait le mudéris, comme
aussi de n'avoir point de femme, et de ne prendre qu'un repas en vingt
quatre heures. Les écoliers qui fréquentent cette académie font au
nombre de cent quatre vingt, d'après la note que j'en ai eue. Je me
suis trouvé deux fois dans la chambre du mudéris, tandis que dix jeunes
turcs entraient chez lui pour prendre une leçon de géométrie, science
qui s'enseigne en particulier. J'ai vu la salle où les professeurs
donnent leçon à différentes heures du jour ; c'est un beau vaisseau
rectangle ; le plancher est couvert de nattes sur lesquelles on étend
de bons tapis ; au milieu de la salle on voyait quelques lampes
suspendues, à la manière des turcs. On va de cette académie, à la
bibliothèque publique du sultan Abdullahmid dont nous parlerons en son
lieu.
Je dois remarquer, en
l'honneur de la littérature des turcs, que ces académies, et toutes
celles dont nous avons parlé subsistent de nos jours à Constantinople.
CHAPITRE XII
Autres notices sur les grandes et les petites Ecoles.
Les
premières, comme nous l'avons dit, s'appellent medresé, les secondes
mechteb, ou écoles pour apprendre à écrire ; car tel est le genre
d'instruction que l'on y donne aux enfants : ils y apprennent à lire et
à écrire. On leur enseigne encore une espèce de catéchisme, nommé
Birghilu risalé ou petit abrégé des principes de la religion et des
prières. Quand on a passé par les petites écoles, ceux qui désirent
d'entreprendre leur cours d'études et de devenir softa, ou séminaristes
entrent dans les medresé. Ces écoles auxquelles les petites font
ordinairement unies, n'ont aucune communication entre elles pour éviter
la confusion et le désordre Dans quelques medresé les softa mangent
dans leur, chambre ; il y en a d'autres où ils mangent au réfectoire.
Dans l'imaret les plus forts appointements des professeurs des medresé
ne vont point à mille piastres par an, ou deux cens de nos sequins. Les
jours de vacances dans la semaine, sont le mardi et le vendredi dans
l'année, les dix jours du bairam, sans compter le mois entier du jeune
du ramazan et les deux autres mois précédents.
D'après
les notes de l'Istambol Effendi que je m'étais déjà procurées, avant
l'horrible incendie de 1782, les collèges montaient au nombre de 518.
Les mechteb répandus dans Constantinople, et établis par des legs
pieux, font au nombre de douze cent cinquante cinq d'où il est aisé de
comprendre combien le gouvernement et les particuliers mettent de zèle
à l'éducation là culture de la nation.
Les
mudéris, comme je l'ai appris de celui de la validé, et comme de
savants turcs de mes amis me l'ont confirmé, passent le nombre de
quatre cents. Quelques jours après que le ramazan est commencé, ils se
rassemblent au nombre d'environ soixante devant le sultan, par pelotons
de dix ou douze, et agitent différents points de l'alcoran, où il entre
beaucoup de science et d'érudition. Il n'y a que les mudéris qui n'ont
que peu de fortune, qui se trouvent à ces disputes et on leur donne
tous les jours une gratification de cent sequins de Turquie.
A
la rigueur, les gens de loi ne peuvent arriver a aucune charge, sans
avoir d'abord fait leur cours d'études dans les académies turques après
avoir occupé le poste de mudéris ou principal de collège avec des
lettres du souverain, ensuite celui de nazib ou premier clerc, de
mollah ou de juge, il faudrait parcourir successivement les différents
grades de judicature, devenir juge de la Mecque, islamboul effendi, ou
lieutenant général de police à Constantinople, kadilescher ou grand
prévot de l'armée d'Europe et d'Asie, pour arriver enfin au rang
suprême de mufti ou grand pontife.
Mais
les familles nobles et riches du corps des uilémas, comme les duri
zadé, les piri zadé, les damas zadé, et beaucoup d'autres dans
lesquelles les dignités sont en quelque forte héréditaires sont souvent
dispensées, par une faveur particulière du sultan, de passer par les
degrés de judicature dont nous avons déjà parlé. Elles n'en sont pas
moins obligées de se munir de; tous les diplômes qui constatent
qu'elles ont passé successivement par toutes ces charges. Cet abus qui
s'est introduit depuis plusieurs années, fait languir dans la pauvreté
et ramper dans la paresse, les gens à talents, au grand préjudice de la
littérature turque.
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