| Des incendies à Istanbul |
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Des incendies à Istanbul, des corps de pompiers, du rôle des janissaires et de l'invasion de l'Egypte par les Français.
extrait de Andreossy, Constantinople et le Bosphore de Thrace, 1828
De gauche à droite :Pirpiri Esnaf, Janissaire (Ouvrier),
Ousta (Capitaine), Galinodji, Marin, Touloumbadji (Pompier) Elbicei Atika, Musée des Anciens Costumes Turcs de Constantinople, par Jean Brindesi, vers 1850
Tous les ministres se rendent à l'incendie, excepté le Kiahya-Beï, qui, dans aucun cas, ne peut quitter la Porte. Ils doivent tous s'y trouver avant l'arrivée du Grand-Vizir, du Capitan-Pacha et de celui qui a succédé au Janissaire-Agha, qui, à leur tour, doivent y être, lorsque l'importance et les progrès de l'incendie ont obligé le Grand-Seigneur à s'y rendre lui-même. Le Reïs-Effendi est dispensé de se déplacer dans un seul cas, c'est lorsque le feu est hors des murs de la capitale. Porteurs d'eau et pompiers
Chacun des quartiers de la capitale et des faubourgs a ses porteurs d'eau (Sakka). Ils sont dans l'obligation de courir au feu ; et s'il arrive que ceux de quelque quartier y aient manqué, ils sont sévèrement punis par le Sakka-Bachi, leur chef. Les accidents de feu sont tellement fréquents à Constantinople, qu'on estime que cette ville est entièrement renouvelée tous les cent ans. C'est sans doute par inadvertance que l'éditeur anglais des Oeuvres de lady Montague attribue aux mosquées, et non aux maisons ce cette capitale, une pareille durée [NOTE : Oeuvres de lady Montague, traduites de l'anglais, 1804 ; préface, page XIV]. Sans parler des mosquées que l'on doit à la piété de divers empereurs ottomans, depuis la prise de Constantinople, et qui sont debout depuis leur construction, tout le monde sait que la mosquée de Sainte-Sophie date du sixième siècle, et remonte par conséquent à douze cent ans. Les matières qui entrent dans la construction des maisons des particuliers sont la cause première des accidents du feu ; ces maisons sont presque toutes en bois, et tiennent les unes aux autres. L'usage des tandours [NOTE : table basse à double fond, entourée de sofas et couverte d'un grand tapis, au-dessous de laquelle on place un mangal, brasier rempli de charbons ardents, et facile à renverser], pour suppléer aux cheminées, fait naître un grand nombre de ces accidents. L'incendie comme moyen de protestation
Mais les ravages les plus funestes étaient causés par les Janissaires, qui, lorsqu'ils voulaient donner des signes de mécontentement, ou qu'ils fomentaient une sédition, mettaient le feu dans divers endroits de la capitale. Ces scènes déplorables se renouvelaient pendant plusieurs jours, jusqu'à ce qu'enfin le gouvernement eût accédé à leurs demandes, ou qu'il eût comprimé cette troupe mutine par des actes de vigueur. Ces deux partis étaient également dangereux pour le souverain : trop de faiblesse augmentait l'audace des janissaires, trop de sévérité aigrissait leur ressentiment, et les portait aux plus violents excès. Le peuple lui-même, dans les grandes crises politiques, surtout dans celles qui intéressent sa croyance, manifeste, en mettant le feu, l'inquiétude dont il est tourmenté. Il arrive quelquefois que, dans ces occasions, de dures vérités viennent frapper l'oreille du Souverain. En 1798, notre expédition en Egypte avait inspiré au peuple de la capitale une telle crainte pour la Mecque et Médine, que, trois nuits consécutives, il y eut d'affreux incendies dans Constantinople. A la suite de la seconde nuit, une femme rencontrant Sultan Selim, qui revenait de l'endroit où le feu avait été le plus actif, l'interpella publiquement : "Qu'attends-tu encore, lui dit-elle, le Caire est pris ; as-tu résolu de livrer les lieux saints aux infidèles ?" Ces paroles firent une telle impression sur le prince, qu'étant rentré au Sérail, il ôta sur le champ le sceau de l'Empire au vertueux Grand-vizir, Izzet Mehmet Pacha, qui s'opposait dans le Divan à la déclaration de la guerre aux français. Il répondait constamment à ceux qui opinaient pour la guerre : Se déclarer contre des amis de trois cent ans, et faire alliance avec un ennemi naturel et implacable, je n'y consentirai jamais ! Ce grand-vizir vivait encore, en 1814, à Magnésie, lieu de son exil, où il était universellement chéri et honoré. Izzet Mehmet Pacha fut secondé dans cette honorable résistance par son ami le mufti, Durri-zade, qui, partageant la même opinion, se fit exiler à cette époque, et refusa constamment la fetva (ou sentence légale) qu'on exigeait de lui pour sanctionner la guerre contre les Français. |
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