| Karagöz au XIXe siècle |
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Notice du XIXe siècle sur le théâtre d'ombres très populaire en Turquie. Cette tradition survit maintenant sous une forme édulcorée destinée aux enfants, à la manière du Guignol français.
Extrait de
Et en parlant ainsi, Caragueuz, à travers la gaze légère qui fondait les tons de la décoration et des personnages, se dessinait admirablement avec son œil noir, ses sourcils nettement tracés, et les avantages les plus saillants de sa désinvolture. Son amour-propre, au point de vue des séductions, ne paraissait pas étonner les spectateurs... Ici la pièce tourne au fantastique. Caragueuz, pour se soustraire aux regards de la femme de son ami, se couche sur le ventre en disant : « J'aurai l'air d'un pont. »
Il faudrait se rendre compte de sa conformation particulière pour comprendre cette excentricité. On peut se figurer Polichinelle, posant la bosse de son ventre comme une arche, et figurant le pont avec ses pieds et ses bras ; seulement Caragueuz n'a pas de bosse sur les épaules. Il passe une foule de gens, des chevaux, des chiens, une patrouille, puis enfin un ara bas, traîné par des bœufs et chargé de femmes ; l'infortuné Caragueuz se lève à temps pour ne pas servir de pont à une si lourde machine. Une scène, plus comique à la représentation que facile à décrire, succède à celle où Caragueuz, pour se soustraire aux regards de la femme de son ami, a voulu avoir l'air d'un pont. Dans cette scène, d'une excentricité qu'il serait difficile de faire admettre chez nous, Caragueuz se couche sur le dos et désire avoir l'air d'un pieu, la foule passe, et tout le monde dit : « Qui est-ce donc qui a planté là ce pieu? il n'y en avait pas hier; est-ce du chêne ? est-ce du sapin ? » Arrivent les blanchisseuses revenant de la fontaine, qui étendent du linge sur Caragueuz. Il voit avec plaisir que sa supposition a réussi. Un instant après, entrent des esclaves menant des chevaux à l'abreuvoir ; un ami les rencontre et les invite à entrer dans une galère, pour se rafraîchir ; mais où attacher les chevaux ? Tiens ! voilà un pieu, et on attache les chevaux à Caragueuz. Bientôt des chants joyeux, provoqués par l'aimable chaleur du vin de Ténédos, retentissent dans le cabaret ; les chevaux impatients s'agitent ; Caragueuz, tiré à quatre, appelle les passants à son secours, et démontre douloureusement qu'il est victime d'une erreur. On le délivre et on le remet sur pied. En réalités l'étrange personnalité de Karagheuz nous paraîtrait monstrueuse, à nous autres Français, et ses exploits licencieux exciteraient notre dégoût bien plus que notre rire. Je terminerai cet article en rapportant ce que Théophile Gautier dit de son origine dans son livre si curieux sur Constantinople : — « En voyant Karagheuz, je pensais à le rattacher, par la filiation de Polichinelle, de Pulcinella, de Punch, de Pickelhëring, d'Old-Vice, à Maccus, la marionnette osque, et même aux automates du Névrospate Pothein ; mais tout cet échafaudage d'érudition devint inutile lorsqu'on m'eut dit que Karagheuz était tout bonnement la caricature d'un vizir de Saladin, connu par ses déportements et sa lubricité, origine qui fait Karagheuz contemporain des croisades, antiquité suffisante pour la noblesse d'une ombre chinoise. » © Turquie-culture |
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KARAGHEUZ ou CARAGUEUZ [Karagöz]. — La marionnette favorite des Turcs, et le personnage particulièrement populaire des théâtres d'ombres chinoises à Constantinople. Karagheuz est pour l'Orient ce que Punch est pour l'Angleterre, Casperle pour l'Autriche, Polichinelle pour la France, Pulcinella pour les Napolitains. Seulement, il y a une différence entre la marionnette turque et les marionnettes européennes : c'est que celles-ci, dans leurs plus grands excès, ne franchissent jamais les limites extrêmes de la bienséance, tandis que celle-là se distingue par un dévergondage de paroles et de gestes qui lui appartient en propre et qui en fait une personnalité tout à fait à part parmi la troupe universelle des bonshommes de bois. Comme on l'a dit, Karagheuz se rapproche beaucoup du Priape antique, et c'est par des exploits dignes de ceux d'Hercule auprès d'Omphale qu'il plaît surtout au peuple turc.
« Les acteurs, vêtus de vestes brodées d'or, portaient sous leurs tarbouches élégants de longs cheveux nattés comme ceux des femmes. Les paupières rehaussées de noir et les mains teintes de rouge, avec des paillettes appliquées sur la peau du visage et des mouchetures sur leurs bras nus, ils faisaient au public un accueil bienveillant, et recevaient le prix d'entrée, en adressant un sourire gracieux aux effendis qui payaient plus que le simple populaire. Un irmélikalten (pièce d'or de 1 fr. 25) assurait aux spectateurs l'expression d'une vive reconnaissance, et une place réservée sur les premiers bancs.