| Architecture turque, les monuments |
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Page 1 sur 2 Deux textes généraux sur l'architecture turque écrits à la fin du XIXe siècle. Le premier, extrait de la "Grande encyclopédie", offre quelques pistes intéressantes sur l'histoire de cette belle synthèse artistique, le second texte (en bleu), "Les architectes par leurs oeuvres", vaut plus par ses descriptions que par ses analyses pleines de préjugés négatifs. La Grand encyclopédie, Lamirault, fin XIXe siècle (texte de cette notice de H. Saladin)
Elie Brault, Les architectes par leurs oeuvres, ouvrage rédigé sur les manuscrits de feu Al. Du Bois de l'Ecole polytechnique, H. Laurens, 2e moitié du XIXe ![]() Tombeau d'Houen (Huvand Hatun) à Kayseri, 1238
Les Turcs de Konieh prirent Brousse [Bursa] en 1325 et en
firent leur capitale. Orkhan [Orhan], Mourad [Murat], Bayezid
[Beyazıt], Mohammed Ier [Mehmet Ier], y fondèrent de nombreux édifices
qui sont encore en partie debout. Les édifices byzantins qui existaient
à Brousse, et particulièrement les églises, eurent une grande influence
sur l'architecture turque qui s'empara dès lors des méthodes
byzantines. Nombre d'édifices turcs (caravansérails, mosquées, madrasa)
de Brousse offrent la plus grande analogie comme construction avec les
petites églises grecques et les constructions byzantines du XIVe
siècle. Les Turcs, néanmoins, apportent comme éléments caractéristiques
de leur architecture, les stalactites, les toitures singulières ,
l'emploi de l'ogive persane et l'application des faïences émaillées. Ce
nouvel appoint artistique va se greffer sur l'ancien fonds byzantin et
lui infuser une sève nouvelle et préparer ainsi l'admirable mouvement
de renaissance qui, au milieu du XVe siècle, est caractérisé par les
chefs-d'oeuvre de l'architecte Sinan. - Les mosquées de Brousse ont
d'abord été établies dans d'anciennes églises grecques comme la mosquée
funéraire d'Orkhan [Orhan camii, plan en T renversé] ; elles furent
ensuite construites, soit sur un plan analogue à la mosquée de Césarée
(V. plus haut), comme la mosquée Oulou-Djami [Ulu camii], soit sur un
plan nouveau comme la mosquée de Bayezid Ildirim [Yıldırım Beyazıt
camii], celle de Mourad et surtout Yéchil-Djami [Yeşil camii] ou
mosquée verte.
[Grandes mosquées]
[...] Si nous
donnons ici la description de la Mahommédièh (mosquée de
Mahomet), c'est parce qu'elle est véritablement un édifice du XVIIIe siècle, puisqu'elle a été presque complètement rebâtie par
l'ordre de Mustapha III après le tremblement de terre de 1763.
Nous n'ignorons pas d'ailleurs qu'elle avait été élevée en 1469
par l'architecte grec Christopoulos sur les ruines de l'ancienne
église des Saints-Apôtres fondée par Constantin le Grand pour
servir de lieu de sépulture aux empereurs d'Orient.
La restauration de la mosquée de Mahomet dans un style
semi-italien en a complètement, on le comprend, altéré le caractère primitif. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une grande masse
divisée en trois nefs, couronnée d'une immense coupole de
78 mètres de hauteur, flanquée de quatre demi-coupoles et d'un
nombre considérable de petits dômes secondaires. Deux minarets
à deux étages, qu'on aperçoit de fort loin, complètent l'édifice.
La Bayezidieh [Beyazit camii] ou mosquée de Bayezid possède aussi deux minarets. Elle est précédée d'une cour entourée de portiques. La mosquée proprement dite se compose d'une nef principale et de deux nefs secondaires. Les piliers qui supportent la coupole sont, dans le sens de la longueur de l'édifice, accompagnés d'une colonne élevée en granit, soutenant la retombée de deux ares. Les portes (le cette mosquée sont remarquablement belles par la perfection avec laquelle sont traitées leurs stalactites de marbre. La mosquée comprend une coupole centrale avec deux demi-coupoles aux extrémités.
La mosquée de Bayézidièh (Bajazet), située en face du Séraskiérat, fut bâtie en 1505 et rappelle un peu, par sa construction,
les mosquées élevées par les Arabes. Elle est précédée d'une première cour servant de bazar; la seconde formant mosquée est
entourée d'un portique ogival en marbre blanc et rouge soutenu
par des colonnes de porphyre ou de brèche verte avec des chapiteaux et des bases de marbre blanc. Elle est à trois nefs dont
une grande et deux plus petites. La grande porte est de marbre
sculpté en stalactites : deux minarets à une seule galerie complètent l'édifice.
La mosquée du Châh-Zàdeh ressemble à la Bayezidieh. Sa coupole est flanquée de quatre demi-coupoles (subdivisées chacune en trois autres); par conséquent, elle figure en plan une croix grecque comme nous le verrons pour l'Ahmedieh. Pour commencer, la mosquée de Schah-Zadé ou mosquée du fils du sultan, élevée vers 1520 par Soliman le Législateur et qui renferme les « turbès » de ses deux fils. Sa forme est une croix grecque. La coupole principale est flanquée de quatre demi-coupoles dont chacune se divise en trois petites. Celte coupole principale creusée de profondes rainures avec une bande circulaire richement décorée à la base ne manque pas d'élégance. Le portique, soutenu aux quatre angles par des colonnes de granit, est flanqué de deux minarets à doux étages ornés de galeries. Les arcades des galeries intérieures, en marbres alternativement rouges et blancs, sont soutenues par des colonnes de marbre blanc.La Suleïmanièh [Süleymaniye camii], ou hospice de Soliman le Magnifique a été construite par l'architecte Sinan, le plus célèbre des architectes turcs. On peut dire sans exagération que cette belle mosquée est un chef-d'oeuvre autant par l'ampleur de ses proportions (69 m. sur 63) que par le style grandiose de son architecture et la beauté des vitraux, la richesse des matériaux et le soin merveilleux qui a présidé à l'exécution de toutes ses parties. Ce parti des voûtes qui la recouvrent est le même qu'à Sainte-Sophie, mais conçu avec plus de simplicité et de grandeur. La grande coupole centrale est contrebutée par des arcs qui soutiennent des coupoles secondaires formant en quelque sorte des bas-côtés. Les extrémités de ces nefs secondaires sont remplies par de petites coupoles épaulant les deux énormes demi-coupoles qui sont aux deux extrémités antérieure et postérieure de l'édifice. La mosquée est précédée et suivie d'une cour. La cour antérieure est bordée de portiques. On voit combien ce parti a le grandeur et de noblesse. Les colonnes qui subdivisent en trois l'espace au-dessus duquel passent les arcs-doubleaux latéraux de la coupole sont de splendides monolithes en porphyre rouge de près de 15m50 de hauteur. Les vitraux qui éclairent le vaisseau sont en pièces de verre de couleur serties dans des découpures étégantes en plâtre ajouré. Ils sont l'oeuvre de Serkoch-Ibrahim, célèbre verrier. Les minbar, le mihrab, le siège du sultan sont de marbre blanc sculpté avec une grande finesse. Comme la Mohammedieh, elle contient dans sa vaste enceinte de nombreux établissements, tels qu'hospices (imâret), bibliothèques, des bains, un caravansérail et un hôpital et les tombeaux de Soliman et de Roxelane. On voit donc que ces grandes fondations impériales réunissent, dans leur ensemble, des types de tous les édifices musulmans. La Suleïmanièh a quatre minarets. ![]() Mosquée Suleymaniye
La Suleimaniye ou mosquée de Soliman fut bâtie, de 1550 à
1566, avec les matériaux de l'église Sainte-Euphémie de Chalcédoine [faux, même si des colonnes furent effectivement récupérés de monuments antiques ou byzantins], par Sinan, le plus célèbre des architectes turcs. Elle
possède quatre minarets, deux grands à trois galeries et deux
plus petits à deux galeries. Cette mosquée, précédée d'une
cour, forme un rectangle de 69 mètres sur 63 mètres. L'intérieur
en est divisé en trois nefs: au centre s'élève la grande coupole
soutenue par quatre massifs carrés entre lesquels se dressent
de chaque côté deux énormes colonnes en granit égyptien ayant
4 mètres de circonférence à la base et qui proviennent du palais
impérial [Augustéon] de Justinien. Les chapiteaux de ces colonnes sont en marbre blanc et supportent la double galerie qui
court autour de la coupole centrale. Celle-ci est accompagnée
de deux demi-coupoles et de dix coupoles plus petites.
À Andrinople [Edirne], la très célèbre mosquée du sultan Selim II présente aussi un ensemble magnifique. La coupole élevée, accompagnée de ses quatre grands minarets et de ses petites coupoles secondaires, offre un coup d'oeil splendide et a une fort belle silhouette. La mosquée est précédée d'une cour entourée d'un portique continu. L'intérieur de la mosquée est grandiose. La coupole est soutenue par huit énormes piliers à pans, la coupole est contrebutée par quatre demi-coupoles et quatre berceaux formant une croix grecque dont les bras sont orientés l'un dans l'axe du mihrab, l'autre perpendiculairement à celui-ci. On peut remarquer ici que les piliers qui contrebutent les colonnes, ou plutôt les piliers latéraux, sont évidés en partie et renferment des escaliers par lesquels on accède daim les parties supérieures de la mosquée. Ces piliers butants sont, comme dans la Suleïmanièh, la réminiscence de ceux qui, dans le plan de Sainte-Sophie, remplissent les mêmes fonctions.
La mosquée de Nouri-Osmanièh (la lumière d'Osman), bâtie
vers 1618, présente un carré parfait surmonté d'une coupole
unique. Du côté de l'ouest, la grande entrée est précédée d'une
cour demi-circulaire entourée d'un portique en plein cintre soutenu par de belles colonnes de granit. Cette mosquée ne possède
que deux minarets à deux étages.
Sultan Ahmet camii, Mosquée bleue, Istanbul, 1810
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