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Architecture turque, les monuments Version imprimable Suggérer par mail
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Architecture turque, les monuments
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Deux textes généraux sur l'architecture turque écrits à la fin du XIXe siècle. Le premier, extrait de la "Grande encyclopédie", offre quelques pistes intéressantes sur l'histoire de cette belle synthèse artistique, le second texte (en bleu), "Les architectes par leurs oeuvres", vaut plus par ses descriptions que par ses analyses pleines de préjugés négatifs.

La Grand encyclopédie, Lamirault, fin XIXe siècle (texte de cette notice de H. Saladin)

Elie Brault, Les architectes par leurs oeuvres, ouvrage rédigé sur les manuscrits de feu Al. Du Bois de l'Ecole polytechnique, H. Laurens, 2e moitié du XIXe

L'origine de l'architecture turque qui participe de l'architecture persane, de l'architecture byzantine et de l'architecture arabe, peut être prise en Asie Mineure, dans la partie s'étend de l'Arménie propre à la Karamanie, depuis Erzeroum jusqu'à Konièh. Les Gaznévides et Seldjoukides de Perse sont les descendants des chefs de ces tribus turcomanes, appelées par les khalifes de Bagdad pour leur servir d'auxiliaires et qui leur enlevèrent leur empire. Poussés par les bordes de Tchinguiz-Khan [Gengis khan], d'autres tribu, de la même race s'établirent en Arménie, sous la conduite de Soleiman, et, après la mort de celui-ci, une partie de ces turcomans sous la conduite d'Ertogroul vint s'établir à Iconium (Konieh) [Konya], vers 1230.
En Arménie, à Erzeroum [Erzurum], l'imaret Oulou-Djami [Ulu camii] est un monument turc primitif, fortement inspiré du persan et aussi du style arménien. Les Turcs comprennent les stalactites autrement que les Persans et les Arabes : au lieu de les engendrer par des creux, se greffant les uns sur les autres, les Turcs imaginent de faire sortir d'une partie des polygones, qui donnent naissance aux plans de ces stalactites, des prismes polygonaux ayant pour section le polygone terminal de l'alvéole ; on conçoit donc que les stalactites turques ont un peu plus de lourdeur que les stalactites arabes ou persanes. L'imaret ou hospice Oulou-Djami est très remarquable.
Konieh [Konya], la capitale des Seldjoukides, est bien plus intéressante encore qu'Erzeroum. La madrasa bleue, ainsi nommée à cause des faïences qui la décorent, est un édifice charmant, persan de conception, mais où la stalactite turque apparaît déjà (XIIIe siècle). Elle fut construite par Ala-ad-Din, qui construisit la mosquée qui porte son nom, et qu'on nomma aussi Emergeh Djamisi. La façade de cette mosquée offre un ensemble persan avec ses grands minarets et sa porte encadrée, mais le tout est en marbre blanc et noir, avec briques et faïences émaillées, et les détails de l'architecture se ressentent du style arabe de Syrie. Le palais des sultans seldjoukides de Konieh contenait de beaux plafonds en style turc.
A Nigde (à l'E. de Konieh), un tombeau (du XVIIe siècle) élevé à Fatma Hanoum, fille du sultan Ahmed Ier (1610), est sur plan octogonal comme les tombeaux persans de Koum Achavend, etc.; les ornements sont aussi arabes et l'ensemble persan, ce qui prouve le maintien de ces traditions locales à Konieh depuis le XIIIe siècle.
A Césarée [Kayseri], au N. de Nigdeh, la mosquée sépulcrale de Houen (XIVe siècle) offre un certain intérêt en ce qu'elle se compose, comme les mosquées de style arabe, d'une cour entourée d'une forêt de points d'appui ; mais ici, au lieu de plafond, nous avons de petites voûtes en coupoles sur plan carré. Le tombeau d'Houen est octogonal et d'aspect persan, quoique construit en marbre.

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Tombeau d'Houen (Huvand Hatun) à Kayseri, 1238

Les Turcs de Konieh prirent Brousse [Bursa] en 1325 et en firent leur capitale. Orkhan [Orhan], Mourad [Murat], Bayezid [Beyazıt], Mohammed Ier [Mehmet Ier], y fondèrent de nombreux édifices qui sont encore en partie debout. Les édifices byzantins qui existaient à Brousse, et particulièrement les églises, eurent une grande influence sur l'architecture turque qui s'empara dès lors des méthodes byzantines. Nombre d'édifices turcs (caravansérails, mosquées, madrasa) de Brousse offrent la plus grande analogie comme construction avec les petites églises grecques et les constructions byzantines du XIVe siècle. Les Turcs, néanmoins, apportent comme éléments caractéristiques de leur architecture, les stalactites, les toitures singulières , l'emploi de l'ogive persane et l'application des faïences émaillées. Ce nouvel appoint artistique va se greffer sur l'ancien fonds byzantin et lui infuser une sève nouvelle et préparer ainsi l'admirable mouvement de renaissance qui, au milieu du XVe siècle, est caractérisé par les chefs-d'oeuvre de l'architecte Sinan. - Les mosquées de Brousse ont d'abord été établies dans d'anciennes églises grecques comme la mosquée funéraire d'Orkhan [Orhan camii, plan en T renversé] ; elles furent ensuite construites, soit sur un plan analogue à la mosquée de Césarée (V. plus haut), comme la mosquée Oulou-Djami [Ulu camii], soit sur un plan nouveau comme la mosquée de Bayezid Ildirim [Yıldırım Beyazıt camii], celle de Mourad et surtout Yéchil-Djami [Yeşil camii] ou mosquée verte.

A Nicée (Iznik), la mosquée verte (Yéchil-Djami) [Yeşil camii], construite par Khaïr-ad-Dîn, vizir de Mourad Ier [Murat Ier], est construite, quoique dans de petites dimensions, sur un plan à coupole, elle est précédée d'un porche presque copié sur la petite église de Brousse qui sert de mosquée funéraire à Orkhan. Andrinople, conquise par Mourad Ier en 1360, fut, pendant près de cent ans, la capitale européenne des sultans jusqu'en 1453 où la prise de Constantinople fit désormais de cette ville la capitale de l'empire turc. L'Eski-Djami [Eski camii] et la Mouradieh d'Andrinople [Muradiye camii, Edirne], bâties la première sous le règne de Mohammed Ier (1412-1421), la seconde par Mourad I (1360-1389), sont des prototypes de l'architecture turque créée par des architectes grecs sous l'inspiration musulmane. L'Eski-Seraï [Eski saray] ou ancien palais a été construit pendant le XIVe siècle et a servi de demeure à Mourad Bayezid, Mohammed, Mourad II et Mohammed II jusqu'à la prise de Constantinople. Ce palais a été, comme le Kiosque persan du Séraï à Constantinople, construit par des architectes persans. Il est décoré, à l'intérieur de faïences d'une grande beauté. Voici donc quels sont les éléments à l'aide desquels les architectes des sultans vont constituer l'art turc : éléments grec, arabe, persan. L'élément grec ne sera apparent que dans l'adoption de la coupole et des grandes voûtes en cul-de-four soutenues par des pendentifs, l'emploi de certains matériaux et de certaines moulures d'esprit gréco-byzantin. Les appoints arabe et persan, au contraire, seront considérables.

L'Arabe égyptien apportera ses entrelacs ingénieux, ses arabesques élégantes, ses grandes inscriptions décoratives, les portes de métal, les boiseries incrustées de nacre, d'ivoire et d'ébène, les vitraux en plâtre, les mosaïques de marbre de couleur et les linteaux et ares à voussoirs colorés, incrustés les uns dans les autres. - L'Arabe de Syrie joindra à un apport analogue la perfection de l'appareil. - Le Persan fournira les faïences de Perse, celles de Bagdad, dont les fabriques de Koutahièh et de Brousse s'inspireront. Les faïences turques auront un éclat qui rivalisera avec celui des faïences persanes (V. FAIENCE). Cependant elles se distingueront de celles-ci par l'emploi des émaux en épaisseur, le caractère de certains ornements d'esprit turcoman et presque chinois et l'emploi fréquent de grands dessins figurant comme des tapis étendus. Cet esprit turcoman et presque chinois se retrouvera dans le caractère des toitures et de divers ornements des fontaines et des kiosques turcs.

[Grandes mosquées]
Nous allons donc étudier l'art turc dans ses plus belles productions, les provinces de Constantinople ; les grandes mosquées, élevées dans l'empire depuis la prise de Constantinople, ne furent guère que des inspirations dérivées des grandes mosquées turques à coupole (Djezzar Pacha à Acre, mosquée de la citadelle au Caire). Voici l'ordre dans lequel nous les étudierons et qui sera celui de leurs dates respectives : Mohammedieh (1469) [Fatih Mehmet camii] ; Bayezidieh [Beyazit camii] (1481-1512) sous Bayezid II ; Châh-Zâdeh [Şehzade camii] (1520-1566) ; Suleïmanièh [Süleymaniye camii] (1540-11566); Selimieh [Selimiye camii] d'Andrinople [Edirne] (1566-1574); l'Ahmedieh [Sultan Ahmet camii, Mosquée bleue] (1610). -

Le Mohammedieh [Fatih Mehmet camii] fut construit sous Mohammed II al Gâzi par l'architecte grec Christodoulos. Son dôme central est flanqué de quatre demi-coupoles, elle a deux minarets et son enceinte embrasse des hospices, des collèges, des écoles, des bains, un caravansérail et un hôpital. Le tombeau du conquérant est aussi compris dans cette enceinte.

[...] Si nous donnons ici la description de la Mahommédièh (mosquée de Mahomet), c'est parce qu'elle est véritablement un édifice du XVIIIe siècle, puisqu'elle a été presque complètement rebâtie par l'ordre de Mustapha III après le tremblement de terre de 1763. Nous n'ignorons pas d'ailleurs qu'elle avait été élevée en 1469 par l'architecte grec Christopoulos sur les ruines de l'ancienne église des Saints-Apôtres fondée par Constantin le Grand pour servir de lieu de sépulture aux empereurs d'Orient. La restauration de la mosquée de Mahomet dans un style semi-italien en a complètement, on le comprend, altéré le caractère primitif. Aujourd'hui, ce n'est plus qu'une grande masse divisée en trois nefs, couronnée d'une immense coupole de 78 mètres de hauteur, flanquée de quatre demi-coupoles et d'un nombre considérable de petits dômes secondaires. Deux minarets à deux étages, qu'on aperçoit de fort loin, complètent l'édifice.

La Bayezidieh [Beyazit camii] ou mosquée de Bayezid possède aussi deux minarets. Elle est précédée d'une cour entourée de portiques. La mosquée proprement dite se compose d'une nef principale et de deux nefs secondaires. Les piliers qui supportent la coupole sont, dans le sens de la longueur de l'édifice, accompagnés d'une colonne élevée en granit, soutenant la retombée de deux ares. Les portes (le cette mosquée sont remarquablement belles par la perfection avec laquelle sont traitées leurs stalactites de marbre. La mosquée comprend une coupole centrale avec deux demi-coupoles aux extrémités.
La mosquée de Bayézidièh (Bajazet), située en face du Séraskiérat, fut bâtie en 1505 et rappelle un peu, par sa construction, les mosquées élevées par les Arabes. Elle est précédée d'une première cour servant de bazar; la seconde formant mosquée est entourée d'un portique ogival en marbre blanc et rouge soutenu par des colonnes de porphyre ou de brèche verte avec des chapiteaux et des bases de marbre blanc. Elle est à trois nefs dont une grande et deux plus petites. La grande porte est de marbre sculpté en stalactites : deux minarets à une seule galerie complètent l'édifice.

La mosquée du Châh-Zàdeh ressemble à la Bayezidieh. Sa coupole est flanquée de quatre demi-coupoles (subdivisées chacune en trois autres); par conséquent, elle figure en plan une croix grecque comme nous le verrons pour l'Ahmedieh.
Pour commencer, la mosquée de Schah-Zadé ou mosquée du fils du sultan, élevée vers 1520 par Soliman le Législateur et qui renferme les « turbès » de ses deux fils. Sa forme est une croix grecque. La coupole principale est flanquée de quatre demi-coupoles dont chacune se divise en trois petites. Celte coupole principale creusée de profondes rainures avec une bande circulaire richement décorée à la base ne manque pas d'élégance. Le portique, soutenu aux quatre angles par des colonnes de granit, est flanqué de deux minarets à doux étages ornés de galeries. Les arcades des galeries intérieures, en marbres alternativement rouges et blancs, sont soutenues par des colonnes de marbre blanc.
La Suleïmanièh [Süleymaniye camii], ou hospice de Soliman le Magnifique a été construite par l'architecte Sinan, le plus célèbre des architectes turcs. On peut dire sans exagération que cette belle mosquée est un chef-d'oeuvre autant par l'ampleur de ses proportions (69 m. sur 63) que par le style grandiose de son architecture et la beauté des vitraux, la richesse des matériaux et le soin merveilleux qui a présidé à l'exécution de toutes ses parties. Ce parti des voûtes qui la recouvrent est le même qu'à Sainte-Sophie, mais conçu avec plus de simplicité et de grandeur. La grande coupole centrale est contrebutée par des arcs qui soutiennent des coupoles secondaires formant en quelque sorte des bas-côtés. Les extrémités de ces nefs secondaires sont remplies par de petites coupoles épaulant les deux énormes demi-coupoles qui sont aux deux extrémités antérieure et postérieure de l'édifice. La mosquée est précédée et suivie d'une cour. La cour antérieure est bordée de portiques. On voit combien ce parti a le grandeur et de noblesse. Les colonnes qui subdivisent en trois l'espace au-dessus duquel passent les arcs-doubleaux latéraux de la coupole sont de splendides monolithes en porphyre rouge de près de 15m50 de hauteur. Les vitraux qui éclairent le vaisseau sont en pièces de verre de couleur serties dans des découpures étégantes en plâtre ajouré. Ils sont l'oeuvre de Serkoch-Ibrahim, célèbre verrier. Les minbar, le mihrab, le siège du sultan sont de marbre blanc sculpté avec une grande finesse. Comme la Mohammedieh, elle contient dans sa vaste enceinte de nombreux établissements, tels qu'hospices (imâret), bibliothèques, des bains, un caravansérail et un hôpital et les tombeaux de Soliman et de Roxelane. On voit donc que ces grandes fondations impériales réunissent, dans leur ensemble, des types de tous les édifices musulmans. La Suleïmanièh a quatre minarets.

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Mosquée Suleymaniye

La Suleimaniye ou mosquée de Soliman fut bâtie, de 1550 à 1566, avec les matériaux de l'église Sainte-Euphémie de Chalcédoine [faux, même si des colonnes furent effectivement récupérés de monuments antiques ou byzantins], par Sinan, le plus célèbre des architectes turcs. Elle possède quatre minarets, deux grands à trois galeries et deux plus petits à deux galeries. Cette mosquée, précédée d'une cour, forme un rectangle de 69 mètres sur 63 mètres. L'intérieur en est divisé en trois nefs: au centre s'élève la grande coupole soutenue par quatre massifs carrés entre lesquels se dressent de chaque côté deux énormes colonnes en granit égyptien ayant 4 mètres de circonférence à la base et qui proviennent du palais impérial [Augustéon] de Justinien. Les chapiteaux de ces colonnes sont en marbre blanc et supportent la double galerie qui court autour de la coupole centrale. Celle-ci est accompagnée de deux demi-coupoles et de dix coupoles plus petites.

À Andrinople [Edirne], la très célèbre mosquée du sultan Selim II présente aussi un ensemble magnifique. La coupole élevée, accompagnée de ses quatre grands minarets et de ses petites coupoles secondaires, offre un coup d'oeil splendide et a une fort belle silhouette. La mosquée est précédée d'une cour entourée d'un portique continu. L'intérieur de la mosquée est grandiose. La coupole est soutenue par huit énormes piliers à pans, la coupole est contrebutée par quatre demi-coupoles et quatre berceaux formant une croix grecque dont les bras sont orientés l'un dans l'axe du mihrab, l'autre perpendiculairement à celui-ci. On peut remarquer ici que les piliers qui contrebutent les colonnes, ou plutôt les piliers latéraux, sont évidés en partie et renferment des escaliers par lesquels on accède daim les parties supérieures de la mosquée. Ces piliers butants sont, comme dans la Suleïmanièh, la réminiscence de ceux qui, dans le plan de Sainte-Sophie, remplissent les mêmes fonctions.

La mosquée de Nouri-Osmanièh (la lumière d'Osman), bâtie vers 1618, présente un carré parfait surmonté d'une coupole unique. Du côté de l'ouest, la grande entrée est précédée d'une cour demi-circulaire entourée d'un portique en plein cintre soutenu par de belles colonnes de granit. Cette mosquée ne possède que deux minarets à deux étages.

Mosque of Sultan Achmet Digital ID: 81514. New York Public Library
Sultan Ahmet camii, Mosquée bleue, Istanbul, 1810


 
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