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Architecture turque ottomane, chronologie Version imprimable Suggérer par mail
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Architecture turque ottomane, chronologie
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Chaque sultan contribua à l'enrichissement du patrimoine architectural de la Turquie. C'est ce que ce texte tente de montrer en décrivant, dans l'ordre chronologique,  les monuments construits par les souverains ottomans avant et après la conquête de Constantinople. Nous avons modernisé quelques noms pour faciliter la lecture.

extrait de L. Batissier, Histoire de l'art monumental, Furne, 1860
Vers le xe siècle, la puissante tribu des Turcomans seldjoukides, venue de l'Altaï, occupait les fertiles steppes de la province appelée le Turkestan (Cette tribu tirait son nom de Seldjouk [Selcuk], un de ses princes, qui s'était converti à l'islamisme.)

Au commencement du siècle suivant, ils avaient conquis le Khorassan, l'Irak-Adjémi (Médie ancienne), le territoire de Mossoul et Bagdad. Un de leurs princes, Arpaslan, étendit encore du côté de l'ouest les bornes de l'empire seldjoukide : il s'empara de l'Arménie et de la Géorgie. Les généraux de son fils Mélik schah soumirent la Syrie et l'Egypte d'un côté, de l'autre Samarkande et Boukhara. Sous son règne, une foule de monuments furent fondés à Ispahan, à Nischapour, à Hérat, à Mossoul, à Bagdad et dans d'autres villes. Il dut employer, suivant le pays, des architectes arabes, persans et grecs. Il est certain que les Seldjoukides, peuple nomade et guerrier, ne s'étaient jusqu'alors livrés aucunement à la culture des sciences et des arts, et qu'ils durent adopter la civilisation des peuples conquis. En 1074, Souleïman [Suleyman], arrière-petit-fils de Seldjouk, avait fondé le royaume d'Iconium [Konya] et avait fini par enlever aux Grecs Antioche et Laodicée. Après la mort de Melik schah, s'étaient encore formés les royaumes d'Alep et de Damas, qui furent très-florissants. Les sultans de ces divers pays, et surtout Alaeddin Ier, dont le règne est célèbre dans l'histoire du moyen âge, embellirent les villes de la Syrie et de l'Asie Mineure d'un grand nombre de constructions civiles et religieuses. L'empire des Seldjoukides finit dans la personne d'Alaeddin III.

Ce fut dans les premières années du XIIIe siècle qu'Osman, qui avait été un des généraux d'Alaeddin, jeta les fondements de la puissance ottomane. Son fils et son successeur, Orkhan, fit de Brousse [Bursa] (l'ancienne Prusa, en Bithynie), la capitale de ses États. Il s'empara, en 1226, de Nicomédie et de Nicée. Le règne d'Orkhan, grâce à la sage administration de son frère Alaeddin, fut très-prospère et très-glorieux. Orkhan fut le premier des princes ottomans qui imita l'ancien usage oriental de couvrir les édifices publics d'inscriptions et de sentences. A dater de son règne, les mosquées, les écoles, les hôpitaux, les fontaines, les tombeaux et les ponts indiquèrent au voyageur l'année de leur construction ; souvent même on lit, sur les monuments, des vers gravés en lettres d'or sur fond d'azur. Ce fut aussi Orkhan qui le premier établit un medrésé, ou haute école [école religieuse], auprès de la mosquée de Nicée [Iznik] (1). Enfin il fonda dans cette ville le premier imaret, ou cuisine pour les pauvres.

Après avoir agrandi ses États aux dépens des empereurs grecs et tourné ses armes contre les successeurs des Seldjoukides dans l'Asie Mineure, ce prince fit exécuter dans le pays de Karasi, l'ancienne Mysie, d'immenses constructions, des mosquées, des collèges, des couvents, des karavanseraïs, qui rivalisaient de magnificence avec les établissements de Nicée. On voit encore au pied du mont Olympe le tombeau d'Oghlibaba, qui date de cette époque. A l'exemple de leur souverain, les habitants de Brousse embellirent cette ville d'une foule de fondations pieuses, bâties à grands frais (1).

Dès le règne d'Orkhan, les Turcs s'efforcèrent de s'établir en Europe. Souleïman s'empara, en 1356, de la ville de Tzympe. La conquête de Gallipoli, qui était la clef de l'Hellespont et un vaste entrepôt de commerce, leur livra les portes de l'empire grec d'Orient. Souleïman étant mort, Orkhan lui fit élever un tombeau qui se voit encore au nord de l'embouchure de l'Hellespont.

1. Brousse est restée la capitale de l'empire ottoman en Asie jusqu'à la prise de Constantinople. Les souverains Osman, Bajezid, Mourad Ier et Mourad II y ont de magnifiques mausolées. On y compte encore les tombeaux de cent vingt-six princes de leur famille, et les sépultures de plusieurs vizirs et autres personnages. Ces monuments sont aujourd'hui détruits en grande partie.

— Le règne de Mourad Ier [Murat Ier] ouvrit une nouvelle ère de gloire et de puissance aux Ottomans. Ce prince s'empara d'Angora [Ankara], l'ancienne Ancyre, et y fit bâtir de beaux édifices.

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Ankara, mosquée

Il dirigea ensuite ses efforts du côté de l'Europe, se rendit maître de Démitoka où il fonda un serai (palais), des mosquées et des bains à voûtes épaisses, puis enfin entra en vainqueur dans Andrinople [Edirne], qui devint la capitale des possessions ottomanes en Europe. Au fur et à mesure que les généraux de Mourad s'emparaient de quelques villes, le sultan les dotait d'édifices religieux et d'utilité publique. C'est ce qu'il fit pour Feredjik, Karaféria et Sagrae-Filibé. Après la victoire de Hadji-llbeki sur les Serviens [Serbes], en 1363, il fit construire une mosquée à Biledjik, un couvent à Yenischerh [Yenisehir], deux mosquées et un medrésé à Brousse [Bursa]. L'Oulou-Djami [Ulu camii], terminé seulement par Mohammed Ier, offre un vaste carré recouvert par dix-neuf coupoles sur pendentifs ; la coupole centrale est percée d'une grande ouverture circulaire, sous laquelle est placée une fontaine. L'édifice est précédé d'un atrium de peu d'étendue. Quant aux minarets, ils sont séparés du corps du monument. Cette mosquée est conçue sur le plan des basiliques grecques de la seconde période, mais les coupoles reposent sur des ogives qui s'appuient sur de simples piliers carrés surmontés d'une imposte taillée en biseau. Les pendentifs des murs, à stalactites et à facettes, sont très-variés. Ces piliers étaient dorés jusqu'à hauteur d'homme (1). Ce prince fit encore élever un fort beau palais à Andrinople [Edirne] ; sept grandes mosquées, sept bains, de magnifiques mausolées et d'énormes fortifications à Kutahia.

Sous les premiers princes ottomans, l'architecture fut cultivée avec succès ; une grande impulsion fut imprimée aux travaux publics en Syrie et dans l'Asie Mineure. De l'examen des monuments élevés aux XIIIe et XIVe siècles dans ces pays, il résulte que les Ottomans suivirent surtout, dans hnirs bâtiments, les pratiques de l'art byzantin, légèrement modifié par le goût arabe et persan. D'ailleurs, cette opinion est corroborée par un passage de Khatib Tchaleby, qui nous apprend que le sultan Mourad Ier employa des chrétiens à la construction de ces édifices, et que ce furent des artistes francs qui bâtirent la mosquée de Tcherkirguèh, à Brousse.

Sous le règne de Bajezid-Yldirim [Beyazit Ier Yildirim], sept des dix principautés formées après le démembrement de l'empire seldjoukide étaient soumises à la domination des sultans de Brousse. Bajezid fonda à Andrinople un imaret et une mosquée, dans le quartier de Yldirim-Khan ; des mosquées, des bains et des écoles à Alaschehr [Alasehir]. Il dota encore Brousse de deux djamis (mosquées) ornées de coupoles et de faïences de couleur, suivant le goût persan; l'une d'elles, dite d'Aktschaghlan, existe encore, et présente deux coupoles au-dessus de sa grande nef. Enfin, il releva les murs de cette dernière ville, et fit édifier le fort d'Anatolie. Les invasions des Tartares-Mogols conduits par le farouche Timour, et les troubles qui suivirent la mort de Bajezid arrêtèrent pendant quelque temps l'essor qu'avaient pris, sous les règnes précédents, les lettres et les arts. Mais Mohammed Ier [Mehmet Ier], dès qu'il se fut débarrassé des concurrents qui lui disputaient le pouvoir, attira à sa cour des médecins, des légistes, des scheikhs et des poètes célèbres, et songea comme ses prédécesseurs à embellir les principales villes de son vaste empire.

1. On comptait à Brousse soixante-quatorze djamis à minarets, vingt-quatre medjids sans minarets, vingt karavanserails publics et de très-beaux bains dans les environs.

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Bursa, pont couvert

Il fit achèvera Andrinople la mosquée de Souleïman (l'Oulou-Djami [Ulu camii], c'est-à-dire la grande mosquée). Ce monument est carré, a trente-cinq mètres de long, et est précédé d'un porche surmonté de cinq coupoles; la nef et le sanctuaire sont également couronnés par des coupoles, au nombre de neuf. On doit aussi à ce prince la mosquée Verte de Brousse. Le parvis de cette djami (mosquée) n'a pas été achevé. Elle est en marbre. Son plan est irrégulier. La porte principale est d'une hauteur et d'une richesse de sculpture sans égales. A l'intérieur, le fond de la mosquée est couvert de faïences persanes figurant deux grands rideaux verts, entre lesquels on aperçoit une corbeille de fleurs. Tout le pourtour des murs, jusqu'à hauteur d'homme, est plaqué de faïence verte et bleue, avec un bandeau d'inscriptions en relief. Les coupoles, jadis rehaussées à l'extérieur de carreaux de faïence verte, brillaient, au soleil, de l'éclat des émeraudes (1). Le mihrab ressemble à la porte et est en faïence. Ses colonnettes sont aussi en faïences émaillées. Le turbé de Mohammed Ier se voit auprès de cette mosquée. C'est un édifice octogone placé au milieu d'un jardin, et couvert, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, de faïence verte, et orné d'inscriptions d'émail blanc sur fond vert. Mohammed Ier a été comparé par les historiens, en raison de son amour pour les arts, au sultan seldjoukide Alaeddin Ier. D'après ce qui précède, on voit que les princes ottomans avaient tout d'abord adopté, pour leurs mosquées et leurs mausolées, le plan des basiliques et des tombeaux byzantins. On doit remarquer seulement qu'ils employèrent l'arc ogival, et que, comme les Arabes et les Persans, ils rehaussèrent les murailles de leurs édifices de grandes inscriptions peintes et de briques émaillées formant des dessins variés.

Mourad II [Murat II] continua l'œuvre de conquête et de civilisation commencée avec tant d'éclat par son père. Au milieu des guerres formidables qu'il eut à soutenir contre Hunyade et Scanderbeg, il trouva le temps et les sommes nécessaires pour se faire bâtir à Magnésie un vaste palais entouré de voluptueux jardins. Il dota Andrinople [Edirne] de la mosquée des Trois Galeries. Cet édifice sacré est précédé d'un vaste parvis, dont les galeries sont surmontées par vingt coupoles. A chacun des angles de ce parvis s'élève un minaret. La mosquée proprement dite est couverte par cinq dômes. Le minaret de Mourad II est fort curieux. Il présente trois escaliers en limaçon, dont les spirales se superposent l'une à l'autre jusqu'à la cime de la tour, et débouchent sur chaque galerie extérieure ; de telle sorte que trois personnes peuvent monter à la fois sans se voir au sommet du minaret. Mourad II annexa à sa mosquée des écoles et des cuisines pour les pauvres, et fonda le premier daroulhadis, ou collège des traditions du Prophète ; il éleva, en outre, une autre mosquée à Brousse, dans un jardin où se voient les tombeaux de ses femmes et de ses enfants. Les ponts d'Erkené et de Balikhissar, à Angora [Ankara], datent de son règne.

Un des premiers ouvrages exécutés par les soins de Mohammed II [Mehmet II] fut la construction du château fort de Boghazkesen (coupe-gorge) sur le Bosphore, en face de la forteresse de Guzelhissar, que Bajezid-Yldirim avait fait bâtir sur la côte d'Asie. Ce prince voulut que ce château, par sa configuration, représentât les lettres arabes dont se compose le nom du prophète Mahomet.

1. Voyez les dessins de cette mosquée, publiés par M. Texier, dans son ouvrage déjà cité : Description de l'Asie Mineure. Les murs de la mosquée Verte, jadis couverts d'ornements dorés, ont été blanchis à la chaux.

Six mille ouvriers, assistés d'une foule de gens, édifièrent cette forteresse sous la surveillance du sultan. Pendant le siège de Constantinople, un grand nombre d'édifices importants furent détruits ; mais à peine maître de la capitale de l'empire grec, Mohammed s'appliqua à réparer les désastres de la guerre. Il jeta les fondements de l'immense château dit des Sept Tours, releva les murailles de la ville, convertit en mosquées huit églises, fit bâtir les djamis d'Eyoub [mosquée d'Eyüp], du Scheïkh Bokhari, des Janissaires et du Conquérant. Autour de cette dernière, dont le dôme est supporté sur des colonnes de granit, s'élevèrent huit medrésés, un imaret, des écoles secondaires, une bibliothèque, et, un peu plus loin, des bains. Mohammed avait encore fait construire deux serais [saray], l'un sur l'emplacement de l'église des Saints-Apôtres, l'autre sur le lieu où était l'ancienne acropole de Byzance (1). Enfin la mosquée de Kasim-Pacha et celles des sultanes Aïsché et Sitti furent édifiées sous son règne, à Andrinople [Edirne]. Nous avons déjà parlé, dans un autre chapitre, du style d'architecture qui florissait aux xve et xvie siècles en Turquie. Nous n'y reviendrons pas. Nous terminerons cet aperçu par l'indication des constructions entreprises sous quelques-uns des successeurs immédiats de Mohammed II.

1. C'est ce seraï qu'on appelle la Porte impériale, la sublime Porte des sultans. Ces mots servent aussi à désigner l'armée, dont chaque corps est nommé porte.



 
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