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Catégorie : Architectures
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C'est un monument peu spectaculaire, mais étrange et le plus vieux monument hellénistique d'Istanbul. La colonne serpentine (Yılanlı Sütun) a été fondue avec le bronze provenant des butins des victoires de Salamine et de Platée remportées par les Grecs contre les Perses en 479 av. J.-C.

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La colonne serpentine entouré d'enfants, carte postale envoyée en 1903 (éditée par Ludwigsohn Frères, Place Karakeuy)
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Elle fut offerte au temple d'Apollon à Delphes avec un trépied et un vase d'or de 3 m de diamètre auxquels elle servait de support, par les 31 villes grecques alliées contre les Perses comme en témoigne une inscription découverte en 1855.
La colonne seule (l'or ayant été pillé) fut amenée par Constantin à Istanbul.
Plusieurs voyageurs virent la colonne serpentine : le dessinateur allemand Bretschneider, le peintre David Uslaub, Gylles, Banduri qui décrivirent ou dessinèrent ce monument offert.
Elle comportait 29 torsades et mesurait environ 8 mètres à la hauteur de la tête des trois serpents. Elle suscita l'inquiétude ou l'hostilité et fut, semble-t-il, abîmée par un  patriarche de Constantinople.
Pitton de Tournefort, qui visite Istanbul en 1701, raconte : "On dit que le sultan Murat [d'autres sources parlent de Mehmet II] avait cassé la tête à un de ces serpents ; la colonne fut renversée et les têtes des deux autres furent cassées en 1700, après la paix de Carlovitz. On ne sait ce qu'elles sont devenues, mais le reste a été relevé, et se trouve entre les obélisques, à égal distance de l'un et de l'autre."
Une légende raconte qu'après le geste du sultan, il se produisit une invasion de serpents et qu'il décida alors de la protéger.
En mai 1927, les fouilles ont montré que la colonne repose sur "une base recouvrant une canalisation ottomane." (Mamboury, Istanbul touristique, 1951)
Un fragment de la tête d'un serpent est exposé au Musée archéologique d'Istanbul.

Description de la colonne

Extrait de Félix Hourquelot, La colonne serpentine à Constantinople, Mémoires de la Société nationale des antiquaires de France, 1865

"Quant à la colonne serpentine, qui est placée entre les deux obélisques, sur la ligne de la spina, elle se compose d'une lame de bronze figurant trois serpents enroulés en spirale. La partie inférieure, restée longtemps enfoncée et cachée clans le sol, qui avait subi un exbaussement considérable, vient d'être dégagée par des fouilles récentes. Les travaux de déblayement datent de 1856. Ils furent commencés par M. Newton, consul d'Angleterre à Mételin, et continués, avec l'appui de lord Napier et de l'ambassadeur lord Stratford de Redcliffe. Quarante soldats anglais y prirent part. Une sorte de puits, creusé autour de le colonne de bronze et protégé par une balustrade, permet de voir le monument dans son entier ; on ne peut, malheureusemeat. s'en approcher, et il est difficile de l'étudier dans ses détails,

La colonne repose sur un socle de granit : elle est formée de vingt-neuf spirales, qui imitent celles de trois serpents enroulés, et dont quinze étaient invisibles avant les fouilles de 1856. Les anneaux des serpents, d'un très-petit diamètre à leur extrémité inférieure, augmentent successivement de grosseur comme dans la nature; puis les spirales se continuent pendant quelque temps avec une dimension uniforme, elles diminuent à partir du vingt-quatrième tour, et enfin, à une hauteur de cinq mètres et demi environ de la base, une brisure les interrompt brusquement. André Thevet [voyageur français, 1516-1590, dans le Levant de 1549 à 1552] s'exprime ainsi à cet égard : « Munster en sa Cosmographie monstre bien que ceux qui ont donné les mémoires de ceste colonnese mocquoient bien de luy, lorsqu'ilz luy faisoient accroire que laditte colonne est faite d'une seule pièce ayant en sa hauteur vingt-quatre brasses, chose mal considérée à luy, veu qu'elle n'en a pas six, et je m'en rapporte à ceux qui l'ont veue aussi bien que moy. » La brasse équivaut à cinq pieds de roi ; cela ferait moins de trente pieds ou environ dix mètres. Il me paraît y avoir encore de l'exagération dans cette appréciation; mais l'assertion de Munster est complètement absurde. En effet, de la grosseur des derniers tours on est autorisé à conclure que, dans l'état actuel, il ne manque pas un tour entier. Le bronze de la colonne serpentine n'offre aucune trace de soudure. L'épaisseur de la lame est de treize millimètres.

La colonne présente aux antiquaires un intérêt des plus vifs; car on ne peut douter qu'elle ait servi de support au trépied d'or qui, suivant le témoignage d'Hérodote, de Thucydide et de Pausanias, fut consacré à Apollon, dans le temple de Delphes, par les Grecs, après leur victoire de Platée, et qu'elle ait été transférée à Byzance par l'ordre de Constantin le Grand. A la partie orientale du monument qui regarde la mosquée d'Achmet, sur les orbes inférieurs, sont gravés en caractères archaïques d'un centimètre de hauteur, les noms des cités grecques qui prirent part à la bataille gagnée sur les Perses ; chaque tour contient une série de trois ou quatre noms placés au-dessous les uns des autres, et qui sont précédés par la dédicace : au dieu Apollon. Les Lacédémoniens figurent en tête, suivis des Athéniens.

Les historiens de l'antiquité nous avaient conservé la notion de l'inscription gravée en mémoire de la victoire de Platée ; mais c'est seulement en 1856, lors des fouilles qui ont fait sortir de terre la partie inférieure de la colonne de l'At Meïdan, qu'on a retrouvé l'inscription elle-même, et que, malgré d'assez graves altérations, on a pu la déchiffrer."

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